‹ Traite elementaire d'ophthalmoscopie, d'optométrie et de réfraction oculaire, rédigé conformément au système métrique et avec l'équivalence en pouces de ParisChapitre 77 sur 102 · REMARQUES SUR LA CONSTRUCTION DES LUNETTES · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LA CONSTRUCTION DES LUNETTES

Dans la vision de loin les lignes visuelles sont parallèles et le plan des verres doit être perpendiculaire à ces lignes; dans la vision de près, au contraire, les lignes visuelles sont convergentes, et d'autant plus que l'objet fixé est plus rapproché. Pour que cet objet ne soit pas vu obliquement à travers les verres, ce qui altérerait la netteté de l'image, on comprend que ces verres doivent toujours rester perpendiculaires aux lignes de visée, c'est-à-dire que leurs plans doivent converger vers la face du côté du nez. On peut suppléer à cette inclinaison par l'emploi de verres périscopiques qui la remplacent en partie; mais, s'il s'agit de verres forts, les périscopiques étant (rès-épais sont un peu lourds et par cela même assez incommodes. Il n'y a donc pas d'autre moyen dans ce cas que d'employer l'inclinaison des verres qui, quoique un peu disgracieuse, contribue beaucoup dans certains cas à la netteté de la vision, surtout lorsqu'on emploie des verres forts. Nous voyons souvent les enfants recourber leurs montures de lunettes et donner instinctivement à leurs verres l'inclinaison favorable. Les opticiens négligent généralement cette condition et monlent toujours les verres dans un même plan que ceux-ci doivent servir pour voir de loin ou de près. Dans quelques cas, au contraire, les malades préfèrent regarder obliquement à travers leurs lunettes et les recourbent dans le sens favorable, soit en dedans, soit en dehors, dans l'astigmatisme, par exemple. Dans les verres faibles du reste cette inclinaison est inutile.

Les verres cylindriques ayant un axe qui doit être invariablement placé tians une direction fixe et déterminée par rapport à un méridien de la cornée sont difficiles à monter en pince-nez et on trouve peu d'opticiens qui veuillent se donner la peine de le faire d'une façon irréprochable; cependant lorsque le malade a l'habitude de mettre son pince-nez toujours de la môme façon, on peut sans beau-

270 UEMARQUES SUR LA GONSTRUCTIO>! DES LUNETTES.

coup de difficuUé employer utilement les verres cylindriques, mais nous aimons mieux une monture de lunette.

Disons, en passant, que les verres cylindriques ne seront réellement efficaces qu'autant que leur axe restera dans un niême méridien de l'œil pour lequel il aura été calculé, et si le regard s'incline d'un côté ou de l'autre, non parallèlement ou perpendiculairement à ces axes sans que la tête accompagne ce mouvement, il n'y aura plus coïncidence et le cylindre pourra être plus nuisible qu'utile attendu que son effet pourra s'ajouter à l'astigmatisme normal de l'œil. C'est pour celle raison qu'on voit généralement les astigmates pourvus on non de lunettes correctrices incliner la tête d'une certaine façon pour avoir des images plus nettes lorsque le regard se porte dans un plan oblique par rapport à l'axe des verres ou à la direction de la fente palpébrale qui leur tient lieu d'appareil sténopéique, comme nous le verrons au chapitre de l'astigmatisme.

La matière dont est fait un verre de lunettes a une assez grande importance. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit à ce sujet. Le crown-glass, offrant un pouvoir dispersif Irès-peu considérable, convient parfaitement pour la confection des verres fo7Hs, concaves ou convexes, ceux-là parce qu'ils ne se rayent pas et ceux-ci parce qu'étant d'un prix peu élevé on peut les remplacer facilement. Le flint-glass et surtout le cristal de roche sont beaucoup plus durs que le crown-glass, mais ils ont l'inconvénient de coûter plus cher et d'avoir un pouvoir dispersif considérable, qui ne permet leur emploi que dans la construction des verres à long foyer. Un avantage assez sérieux des lunettes en cristal de roche, c'est de rester limpides malgré l'humidité de l'atmosplicre et de ne pas condenser la vapeur d'eau à leur surface, comme le verre.

Quelques fabricants, plus guidés sans doute par les idées de lucre et le goût de la nouveauté que par les études scien-

REMARQUES SUIl LA CONSTRUCTION DES LUNETTES. 271

tifiques, ont fait des verres achromatiques-, mais cette innovation, coûteuse et inutile, n'a aucun avantage, même pour les foyers courts où le crown-glass est parfaitement suffisant. Quant aux verres à long foyer ils peuvent être construits même en cristal de roche sans que la dispersion des couleurs soit nullement gênante. L'œil, du reste, n'est pas achromatique en dehors de l'adaptation exacte, et par conséquent les lunettes ont encore moins besoin de l'être.

Jusqu'ici les verres à court foyer, concaves ou convexes ou spliéro-cylindriques présentaient un sérieux inconvénient : c'était leur poids. Un de nos plus habiles constructeurs bien connu des ophthalmologistes, M. Roulot, de Paris, a complètement triomphé de cette difficulté et a pu ainsi fabriquer des verres de un ou deux pouces de foyer plus légers que les plus faibles numéros, surtout pour les verres concaves et tout en ayant la même grandeur. Le moyen est bien simple : pour ces derniers M. Roulot prend un verre plan de la grandeur des verres ordinaires, et taille à la main une des faces seulement en lui donnant la courbure voulue, courbure qui doit avoir un rayon deux fois plus court que celui d'un verre biconcave ordinaire pour produire le même effet divergent. Le verre de lunette étant ovale et le moule sphérique qui sert à le creuser produisant une excavation à bord circulaire, il s'ensuit que le verre une fois taillé présente à son centre une cavité en godet de 25 à 30 millim. de diamètre et à ses. deux extrémités une partie en forme de croissant où le verre est plan. En conservant sur les bords l'épaisseur des verres faibles ordinaires nous avons pu nous convaincre que la partie concave était plus que suffisante et ne diminuait absolument rien de l'étendue du champ visuel corrigée par les verres ordinaires.

Ces verres ainsi (aillés ont le même aspect qu'aurait un verre plan concave dont on aurait usé sur une meule plane

27-2 INFLUENCE DES VEHRES DE LUNETTES SUR LA VLSION. la face sphérique jusqu'à produire un amincissement suffisant, mais il paraît que la fabrication par le procédé de M. Roulot est d'une exécution plus facile et plus économique que celle que nous venons d'indiquer.

Pour fabriquer les verres convexes à cataracte on prend une lentille plan-convexe de 3 centimètres de diamètre d'un rayon de courbure égal à la moitié de celui du verre biconvexe ordinaire et se termiiiant par un bord bien tranchant. Cette demi-lentille est collée exactement au moyen de Baume du Canada sur une des faces d'un verre plan auquel on peut donner la forme et les dimensions de l'anneau de la lunette.

Si on veut fabriquer par ce même procédé un verre sphéro-cylindrique concave ou convexe ou concave-convexe, • il suffira de creuser la face plane du cylindre concave ou convexe de la même manière que nous venons de voir pour les verres sphériques, ou d'y coller une demi-lentille sphérique si cette face doit être convexe.

Si nous nous sommes étendu si longuement sur ces verres, c'est que leur emploi nous paraît avoir de trèsgrands avantages, et nous croyons que dans un ouvrage de la nature de celui-ci il est de notre devoir de chercher à en vulgariser l'emploi. Toutefois, pour être juste envers tout le monde, nous devons dire que si la fabrication des verres concaves par ce procédé ne présente que des avantages, il n'en est pas tout à fait de même pour les verres convexes dont la lentille sphérique se décolle assez fréquemment.

§ 5. — Inllucncc des verres «le Iiincties sur In vision.

Nous ne parlerons ici que des verres sphériques, nous réservant de dii'c quelques mots sur les verres cylindriques, quand nous iraiterons de l'astigmatisme, et nous suppose-

INFLUENCE DES VERRES DE LUNETTES SUR L/V VISION. 273 rons également que les axes des verres coïncident avec les lignes visuelles.

Les conséquences immédiates les plus importantes de l'apposition devant un œil d'un verre positif ou négatif sont les suivantes :

loLes limites les plus éloignées elles plus rapprochées de la vision distincte, P et R/subissent des modifications;

2° L'amplitude d'accommodation est changée;

3° Le parcours de l'accommodation change de position et d'étendue;

4° La grandeur de l'image formée sur la rétine ne reste pas la même.

\°. Les limiles les plus rapprochées et les plus éloignées, P etR, subissent des modifications.

Si nous nous rapportons au chapitre de l'accommodation, .nous verrons que cette proposition s'y trouve développée quoiqu'elle ne soit pas énoncée sous une forme explicite.- A propos des divers états de la réfraction, hypermétropie, myopie, emmétropie; ou de l'accommodation, presbyopie, spasme ou paralysie, nous serons obligé de revenir encore sur cette question, mais les détails que nous allons donner maintenant nous dispenseront d'y insister plus tard.

Supposons d'abord, pour plus de clarté, que l'œil soit un simple appareil convergent. S'il est emmétrope, les rayons parallèles, venant de l'infini, viendront se réunir naturellement sur la rétine. Si nous plaçons sur le trajet de ces rayons lumineux une lentille convergente L(fig. 95), les rayons parallèles Ra, R'rt', deviendront convergents, prendront la direction ak', a'k', au sortir de la lentille, et formeront leur foyer en le', en avant de la rétine; ils ne seront donc pas perçus. Il en sera de même pour lous les points placés depuis l'infini jusqu'au poini /', foyer de la lentille L, qui se croiseront de plus en plus près de la rétine puisqu'ils seront de moins en moins convergents, et il n'y aura que les rayons fa,

274 INFLUENCE DES VERRES DE LUNETTES SUR LA VISION. fa', qui, sortant parallèles de la lentille, suivront la même marche que les rayons primitifs Ra, R'a et se réuniront en le, sur la rétine. Nous aurons donc produit ainsi une myopie artificielle dont la distance / indiquera le degré. Plus la distance focale de cette lentille sera grande, moinsr se rapprochera de l'œil, plus cette distance focale sera courte, plus r sera rapproché et plus la myopie sera forte. La lentille po-

Fig-, 95. •

silive aura donc transporté en / le point r, le plus éloigné de la vision distincte. Si l'œil était déjà myope, le verre positif ne servirait qu'à augmenter le degré de la myopie et rapprocherait encore le point r; si l'œil était hypermétrope, il aurait son punctum remotum au delà de Tinfini, et si la lentille additionnelle donnait aux rayons parallèles la convergence nécessaire pour que ces rayons vinssent former leur foyer sur la rétine, cette lentille corrigerait l'hypermétropie et ramènerait le point r à l'infini. Donc, quel que soit l'état de réfraction de l'œil, les lentilles positives rapprochent toujours le point r; d'autant plus qu'elles sont plus fortes. Maintenant, si nous faisons intervenir l'accommodation, ce sera comme une nouvelle lentille positive ajoutée à la première. Mais, comme l'accommodation aura conservé sa même puissance on comprend aisément qu'elle rapprochera d'autant plus le point que le

point r sera déjà plus voisin et que celle-ci sera plus énergique. Quel que soit encore l'élat de réfraction de l'œil, si l'accommodation reste la même, la lentille L aura pour effet de rapprocher le point p.

Si nous voulons savoir maintenant de combien les points p et r auront été rapprochés, cela nous sera très-facile, connaissant la distance focale de la lentille et la position de p et r avant l'interposition de celle-ci. Si l'accommodation n'agit pas, la formule si simple et à la fois si élégante de Donders.

nous servira à calculer la position de r qui deviendra r'. En effet ^ peut désigner la force de la lentille additionnelle qui transporte le point r au point r'. Soit, par exemple, R=oo, A=12"; nous avons, en désignant par ^ la distance de r'

ou

R' oo l"! n

Le point r a tlonc été transporté à 12", c'est-à-dire au foyer de la lentille additionnelle L, ainsi que l'indique l'explication donnée au commencement de ce paragraphe, les rayons émanant de 12" ont une divergence exprimée par 1/12 et il faudra évidemment une lentille convergente de la même force pour rétablir le parallélisme. L'œil étant emmétrope, r ne sera plus qu'à 12" avec une lentille 1/12.

L'œil est-il myope? le point r à 24", par exemple, nous avons, après l'interposition de la lentille 1/12 :

K' il n 8 ~

ici, le point /■' viendra plus près de l'œil que la distance focale de la lentille L qui est toujours de 12". Il ne saurait

en être autrement, car les rayons partant de 24" ont une divergence exprimée par 1/24; or, pour que l'œil myope perçoive ces rayons, il faut qu'ils soient, non pas parallèles, mais avec 1/24 de divergence; la lentille convergente, de 1/12 aura pour effet non-seulement de rendre parallèles les rayons venant de 24" mais encore de leur donner 1/24 de convergence; la myopie aura donc augmenté de 1/12 et r au lieu d'être à 24 pouces sera à 1/12 plus près, c'est-àdire à 8".

L'œil est-il hypermétrope? le point r à 24" au delà de l'infini ? c'est encore la même chose et r' nous sera donné par la même formule :

Dans ce cas, le foyer de la lentille ne coïncide plus avec r', mais en est éloigné d'une certaine distance. En effet, un tel œil perçoit, non pas les rayons parallèles, mais ceux qui ont 1/24 de convergence ; la lentille 1/12 emploiera d'abord la moitié de sa force, soit 1/24, pour rendre parallèles les rayons venant de 24" au delà de oo , et l'autre moitié pour donner à ces rayons 1/24 de convergence, r' viendra donc à 24" de dislance de l'œil. En effet, les rayons partant de ce point auront 1/24, de divergence, mais en traversant la lentille de 1/12, qui égale deux fois 1/24, ces rayons acquerront évidemment 1/24 de convergence eÀ seront dans les conditions nécessaires pour être perçus.

Jusqu'ici, nous avons supposé l'œil à l'état slalique, c'està-dire de repos, et par conséquent nous n'avons parlé que du rapprochement der; mais si l'accommodalion intervient, les conditions du problème ne seront pas cliangées, et, aux résultats précédents, il suffira d'ajouter la force delà lentille

INFLUENCE DES VERIîES DE LUNETTES SUIl LA VISION. 277

positive que représente cette accommodation pour avoir la distance de p, et cela toujours au moyen de la même formule, que nous continuerons d'employer à cause de sa simplicité, et du caractère élémentaire de cet ouvrage.

Dans le premier exemple ci-dessus, le point r était venu à 12", avec une lentille positive de 1/12; si nous y ajoutons un effort d'accommodation exprimé encore par 1/12, p deviendra p' et nous aurons :

ou, en dioptries

3",08 + 3°,08 = 6MG = 0-",l6 .

et l'œil verra distinctement entre p' et r', c'est-à-dire entre 6" et 12".

Dans le second exemple, r est venu à 8" parce que l'œil est myope. Si cet œil dispose encore de 1/12 d'accommodation, nous aurons :

p 8 ^ 12 21. 4 'Vo et l'œil verra distinctement entre 8" et 4" 4/5.

Dans le troisième exemple, r est venu k 24"; avec 1/12 d'accommodation, // sera à 8 pouces, car

Voilà pour les lentilles convexes. Ce que nous avons dit des lentilles concaves ressortira tout aussi clairement, nous l'espérons, des explications suivantes :

Soit A (fig. 9G) un œil emmétrope dans lequel un rayon R, venant de l'infini, vient converger sur la réline au point g. Si nous plaçons sur le trajet de ce rayon une lentille divergente L, dont le foyer virtuel est en f, le rayon H sera réfracté, prendra la direction fa, sortira divergent, et, si l'accommodation n'intervient pas, ira former son foyer en dehors de

ARMAIGNAC. 1(3

la réline, en g', par exemple, il ne sera donc pas perçu. Tout autre rayon lumineux partant d'un point situé enlre l'infini et l'œil sera encore plus divergent au sortir de la lentille et ira former son foyer à une plus grande distance derrière la réline, distance d'autant plus grande que ce rayon partira d'un point plus rapproché de l'œil. Il n'y aura donc que les

rayons venant d'un point plus éloigné que l'infini, c'est-iidire convergents, qui pourront former leur image sur la rétine. L'œil sera devenu hypermétrope et la force de la lenlille concave indiquera le degré de cette hypermétropie. A aucune distance cet œil ne verra clairement sans le secours de son accommodation; son punctum remolum se sera donc éloigné à 24" au delà de l'infini, si nous supposons la lentille concave de 2-4" de foyer.

Si l'œil est myope, qu'il perçoive naturellement les rayons divergents venant de /, soit de 24", qu'arrivera-t-il par l'interposition de la lentille L? Les rayons venant de l'infini auront, au sortir de la lentille, la même direction que ceux qui viennent de 24", sans lentille, puisque le foyer virtuel de celle-ci est en f, ils auront donc la divergence nécessaire pour aller former leur foyer sur la réline et seront perçus par l'œil myope. Le verre concave a donc rendu cmmélrope

INFLUENCE DES VERRES DE LUNETTES SUR LA VISION. 279 l'œil myope en transportant à l'infiiu le point r, qui était anparavantà 24"; ce point s'est donc éloigné.

On démontrerait de la même façon qu'un œil hypermétrope serait rendu encore plus hypermétrope par un verre concave et aurait son punctum remotum encore plus éloigné de l'infini de toute la quantité exprimée par la force de la lentille divergente.

Sans l'accommodation, nous n'avons que le punctum romolum; si l'accommodation intervient, cela équivaut à l'emploi d'une lentille convexe de même force placée sur le trajet des rayons rendus divergents par la lentille concave. La première agira donc moins sur ces rayons, d'autant moins qu'elle aura moins de force et que la seconde sera plus puissante, et, par suite, le punctum proximum sera rapproché d'autant moins. Traduisons par des exemples. Soit un œil emmétrope devant lequel nous avons mis un verre concave de 24" de foyer; nous lui avons ainsi donné 1/24 d'hypermétropie et son punctum remotum se trouve transporté à 24" au delà de l'infini. Si cet œil possède 1/24 d'accommodation, celle-ci neutralisera l'Iiypermélropie et l'œil verra de nouveau à l'infini et jusqu'cà 24" au delà. Le point p ne sera donc qu'à l'infini, tandis qu'il serait à 24" de l'œil si nous n'avions pas employé de lentille concave, et, en exerçant toute son accommodation, un tel œil aurait vu depuis24"jusqu'à l'infini. Si, dans le même exemple, nous employons une accommodation exprimée par 1/12, ou deux fois plus forte, le point /) sera ramené en p. c'est-à-dire à 24" de l'œil; car la moitié de 1/12, soit 1/24, sera employée à neutraliser la lentille négative, et l'autre moitié permettra de percevoir les rayons parlant de 24", dont la divergence sera exactement corrigée par le pouvoir convergent du restant de l'accommodation. Dans ce cas, comme on le voit, 1/12 d'accommodation ne portera qu'à 24" le point p qui serait à 12" sans l'emploi de la lentille concave; il est donc

280 INFLUENCE DES VEIUIES DE LUNETTES SUR LA VISION, plus éloigné, ainsi qne nous l'avons dit en commençant Dans tout autre cas, que l'œil soit mvope ou hypermétrope, la démonstration est la même et^conduit au même résultat; ce serait inutile d'y insister. 2" L'amplitude d'accommodalion est changée Il nous faudrait, pour bien développer cette proposition, entrer dans des détails que ne comporte pas le caractère de cet ouvrage; aussi nous serons bref et nous nous bornerons a dire que l'amplitude d'accommodation augmente par 1 usage des verres négatifs et diminue par celui des verres positifs. S'il ne s'agissait que de l'accommodation absolue c est-a-dire monoculaire, on comprend que l'emploi des verres positifs ou négatifs ne saurait avoir sur elle aucune influence. Mais, dans l'accommodation binoculaire ou bien relative, il y a un autre élément dans la question : c'est la convergence qui est liée jusqu'à un certain point, comme on le sait, à la contraction du muscle ciliaire.

Or le myope, pour regarder à une dislance très-rapprochée, est obligé de converger beaucoup tout en accommodant peu ou point; si, aa moyen de verres concaves appropriés nous reportons à l'infini, ou seulement plus loin qu'auparavant, son punctum remotum, il pourra utiliser l'accommodation qu'il tenait en réserve, et qu'il ne pouvait employer à cause de l'excès de convergence dont il aurait eu besoin, et que ses muscles droits internes étaient impuissants à produire. On peut dire que, dans la myopie très- forte, la difficulté de maintenir la vision binoculaire ne provient pas de Veffort de V accommodation, mais plutôt de la difficulté de la convergence.

L'hypermétrope, au contraire, accominode toujours, même avec les lignes visuelles parallèles, et son accommodation est déjà à son extrême limite de tension que sa convergence est modérée, attendu que plus près, le foyer des objets tomberait au delà de la réline. Il a tellement l'habitude

OU la nécessité de contracter son muscle ciliaire, que son accommodation n'est jamais complètement relâchée, et, pour une convergence croissante, il doit toujours mettre en jeu, d une manière disproportionnée, une grande partie de sa puissance d'accommodation.

Si, au moyen de verres convexes convenables, nous rapprochons le point r, le point p subira un déplacement analogue. Dès lors, l'œil n'aura plus besoin d'accommoder pour les rayons parallèles, et, avec une assez forte convergence, grâce aux lunettes et à l'habitude d'accommoder, il sera obligé de garder en réserve une certaine partie de son amplitude d'accommodation.

D'ailleurs, d'après Donders, bien qu'un œil armé du verre qui corrige exactement son amétropie ne puisse pas être assimilé à un œil emmétrope, l'usage prolongé des verres à correction déplace l'amplitude relative d'accommodation : celle des myopes comme celle des hypermétropes tend graduellement à se rapprocher de celles des emmétropes.

3° Le parcours de l'accommodation change de position et d'étendue. — D'après tout ce que nous avons dit dans le premier article de ce paragraphe sur le changement de position de p et de r par l'emploi des verres correcteurs, il serait inutile d'insister sur le changement de parcours de l'accommodation. Il est évident que les verres négatifs en étendront considérablement l'étendue, puisqu'ils permettront à l'individu fortement myope de voir depuis quelques pouces jusqu'à l'infini; et, s'il perd quelques centimètres dans un espace où il est inutile de voir, à cause de son trop grand rapprochement des yeux, il gagne des milliers de mètres sur un champ d'observation de la plus grande utilité. L'hypermétrope lui-même, avee des verres convexes, perd la faculté de percevoir les rayons convergents (faculté parfaitement inutile, puisque de tels rayons n'existent pas

dans la nature) et acquiert la facilité de voir plus près, là précisément où se trouvent ses besoins et ses occupations habituelles. C'est donc Ri le plus grand bienfait que procurent les verres correcteurs. Quelques exemples : un individu avec une myopie 1/6 et une puissance d'accommodation 1/6 verra depuis 3" (1/6 + 1/6 = 1/3 = 3") jusqu'à 6". Le parcours de son accommodation aura donc 6' — 3" = 3" d'étendue. Mettez-lui devant les yeux à l"/^ de distance des verres de — 1/5 il verra le point r transporté à l'infini, et p à 6" environ; par conséquent son rayon d'accommodation devientoc — 6"=oo ,et | = 1/6 '/g. Voilà donc un œil dont l'amplitude d'accommodation est restée à peu près la même et dont le parcours d'accommodation R — P est devenu infiniment plus considérable.

Un hypermétrope avec H = 1/8 et =1/6 voit depuis l'infini jusqu'à 2-i pouces (1/6 —.1/8 = 1/24.); et à travers des lunettes de 7 1/2 placées à I72 de l'œil, il voit depuis l'infini jusqu'à une distance de près de 6 pouces ici encore, sans que l'amplitude d'accommodation soit notablement changée, si ce n'est que le 1/8 précédemment perdu devient utilisable.

Au contraire, un individu presbyte qui, avec une amplitude d'accommodation de 1/24, a un horizon d'accommodation s'étendant depuis l'infini jusqu'à une distance de 24" de l'œil, perd une grande partie de cette étendue en se servant de verres de 1/24. Son horizon d'accommodation est réduit à 24" —12" =12", bien que son amplitude d'acôommodation soit restée à peti près la même, et plus le verre convexe sera fort, plus cet horizon sera restreint.

Le tableau suivant, que nous reproduirons à propos dii traitement de là presbyopie indique dans la 3^ colonne le parcours de l'accommodation, c'est-à-dire l'étendue et la posilioh de ta vision distincte, lorsque la presbyopie est corrigée par les verres convexes appropriés.

AGES

Page 1