‹ Traite elementaire d'ophthalmoscopie, d'optométrie et de réfraction oculaire, rédigé conformément au système métrique et avec l'équivalence en pouces de ParisChapitre 94 sur 102 · DE L'AMAUROSE ET DE L'AMBLYOPIE SIMULÉES · texte numérisé non relu

DE L'AMAUROSE ET DE L'AMBLYOPIE SIMULÉES

1° Dans toute circonstance il faudra commencer par examiner les yeux à l'éclairage oblique, afin de s'assurer qu'il n'y a rien, dans la cornée ou dans le cristallin, qui puisse intercepter les rayons lumineux. Après cela on procédera à l'examen ophthalmoscopique. Si ces deux modes d'investigation ne donnent qu'un résultat négatif, et que le malade ait intérêt à nous tromper, nous devrons être d'une grande réserve pour nous prononcer, surtout si les commémoratifs ne nous donnent pas à supposer une amblyopie toxique, sine materia, comme on l'observe souvent chez ceux qui font abus du tabac ou des alcooliques. Il est rare, du reste, que les sujets accusent une cécité complète. Dans ce cas, il y a plusieurs moyens de reconnaître s'il en est ainsi : le premier, qui est d'un emploi vulgaire, consiste à approcher vivement la main de l'œil du sujet, comme si on voulait le frapper; s'il voit, il fera involontairement un mouvement d'occlusion des paupières, ou de clignement qui trahira la fraude. Cependant, avec de l'exercice, on peut arriver à conserver aux paupières une immobilité absolue, de sorte que ce moyen est souvent imparfait et insuffisant; il a toutefois une certaine valeur surtout à cause de sa simplicité.

Un second moyen consiste à projeter sur l'œil du sujet, enfermé dans la chambre noire, la lumière d'une lampe au moyen d'une lentille convergente de deux ou trois pouces de foyer : si l'iris se contracte, la sensibilité rétinienne est conservée et la vision n'est pas abolie en entier; si la pupille res:.e dilatée, il faudra s'assurer que le sujet n'a pas employé d'atropine, et, dans le cas de certitude, on aura de très-grandes présomptions pour croire à la cécité.

Si le sujet ne se plaint que d'une diminution de l'acuïté visuelle, et que l'examen à l'éclairage latéral ou à l'aide de l'ophlhalmoscope n'ait rien dévoilé, il faudra l'interroger au point de vue des intoxications, puis procéder à l'examen de l'état de la réfraction, soit au moyen de l'oph-

446 DE L'AMAUROSE ET DE L'AMBLYOPIE SIMULÉES, llialmoscope à réfraclion, si on a assez d'habitude de s'en servir, soit au moyen des verres d'essai, ou de l'oplomètre du docteur Badal. Si aucun verre n'améliore la vue et que l'oplithalmoscope ait démontré que l'œil est emmétrope, il sera presque impossible de dire si l'amblyopie est réelle ou simulée; mais, dans tous les cas, il ne faudra jamais se hâter de se prononcer dans un sens ou dans l'autre.

2° Le sujet se plaint de ne voir qu'imparfaitement ou pas du tout d'un côté, la vue étant conservée de l'autre. Ici, nous avons des moyens de contrôle autrement puissants que dans les cas précédents, et il est bien rare qu'on ne découvre pas immédiatem:-:]]t la vérité. Si le sujet accuse une amblyopie qui ne soit pas améliorée par l'emploi des verres concaves, convexes, ou cylindriques, et que n'explique aucune lésion apparente externe ou interne (taies de la cornée, troubles de l'humeur aqueuse, du cristallin ou du corps vitré, hémorrhagies rétiniennes, atrophie du nerf optique, rétinite, elc), on prendra un carton blanc de stéréoscope sur lequel on disposera, à '.^ centimètres environ de la ligne verticale médiane, deux lettres ou des petits morceaux de papier de différentes couleurs, de 1 centimètre de largeur environ, et arranges comme l'indiquent les figures suivantes :

Le carton n" 1 (fig. 113) devra donner dans le stéréoscope, si la vision binoculaire a lieu, l'aspect que représente le n° 2, les deux lettres étant superposées plus ou moins exactement, selon le degré de convergence du sujet. Si celuici dit ne voir qu'une lettre, il sera obligé de la nommer au hasard, aucune raison ne le portant à indiquer l'une plutôt que l'autre, s'il les voit également bien toutes les deux. S'il se plaint d'amblyopie de l'œil droit et (pi'il dise voir seulement la lettre B, il se condamnera immédiatement, puisque c'est avec cet œil qu'il voit celle lettre ; s'il dit ne voir que la lettre A, on procédera à la contre-épreuve en

DE L'AMAUROSE ET DE L'AMBLYOPIE SIMULÉES. 447 retournant le carton, sur l'autre face duquel les lettres seront disposées en sens inverse, c'est-à-dire la lettre A à droite et en haut, la lettre B k gauche et en bas. La fusion des deux images dans le stéréoscope donnera la

Fig. 113.

même disposition que précédemment, et si le malade persiste dans sa première affirmation, la simulation sera découverte, attendu que maintenant, c'est avec l'œil droit qu'il voit la lettre A. Cette expérience donnera toujours une certitude absolue, mais on peut encore la varier en remplaçant le carton précédent par un autre sur lequel seront disposés, à 3 centimètres du centre, de petits carrés de papier comme l'indique le n''3(fig.ll3),les carrés blancs de la figure étant rouges et les noirs étant bleus, par exemple. L'image stéréoscopique sera celle que représente le n° 4, pour celui qui aura la vision binoculaire, tandis qu'elle sera formée d'un carré bleu et d'un carré rouge, comme cela est figuré à droite ou à gauche du carton n° 3, suivant que le sujet ne verra qu'avec l'œil droit ou avec l'œil gauche. Comme rien ne lui indique le stratagème, il sera porté, naturellement, à dire qu'il voit deux points superposés, deux rouges s'il se plaint de l'œil droit, deux bleus

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