‹ Traité élémentaire de botanique appliquée, contenant la description de toutes les familles végétales, et celle des genres cultivés ou offrant des plantes remarquables par leurs propriétés ou par leur histoireChapitre 31 sur 87 · FAMILLE DES MYIITÉ ES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES MYIITÉ ES

Calice monosépale, formé de quatre à six pièces soudées ; corolle de quatre à six pétales ou nulle ; étamines libres , polyadelphes ou monadelphes , insérées sur le calice , et ordinairement nombreuses ; anthères biloculaires, à déhiscence longitudinale ; style unique. Fruit sec ou charnu.

Les myrtées sont des arbres ou des arbrisseaux dont les feuilles sont ordinairement opposées et sans stipules. Ces feuilles et souvent aussi l’éeorce de ces végétaux et leurs calices sont munis de glandes remplies d’huile essentielle. Les fleurs sont blanches ou rougeâtres.

BÆGKEÜ. Bœckea. Calice quinquédenté; corolle, pentapétale , octandre. Capsule tri ou quadriloculaire.

Ce genre , cpii est dédié à A. Bæck, médecin du roi de Suède, se compose de végétaux indigènes de la Chine et de la Nouvelle-Hollande .

M EL ALE U CE. Melaleuca . Calice quinquéfide; corolle pentapétale ; étamines pentadelphes. Capsule trivalve, à trois loges polyspermes.

Ces végétaux, dont la dénomination provient de pt.s\ccç, noir, et de heintof, blanc, habitent presque tous l’Australasie ; l’Inde en produit quelques-uns.

Le Mélaleuce à feuilles de millepertuis 1 , qui croît dans le

i M. hypericifolia.

MYRTEES.

premier de ces pays et dont les fleurs sont d’un beau rouge , est une des espèces que l’on cultive le plus communément dans nos jardins.

BEAUFORTIE. Beaufortia. Calice tubuleux ; corolle pentapétale ; étamines nombreuses, pentadelphes ; anthères bifides. Capsule monosperme.

Les beauforties sont des arbrisseaux originaires de la Nouvelle-Hollande.

GALOTHAMNE. Calothamnus. Calice turbiné, quadridenté; corolle tétrape'tale; étamines tétra ou pentadelphes. Capsule triloculaire , polysperme.

Les calothamnes ont une dénomination formée de xciAof, beau, et de arbuste ; ils habitent l’Australasie.

LEPTOSPERME. Leptospermum. Calice turbiné, quinquédenté ; corolle pentapétale , rosacée ; étamines libres. Capsule globuleuse, ligneuse, à trois à cinq loges polyspermes.

Ces végétaux habitent l’Australasie ; ils doivent leur nom , qui provient de às-ttos-, petite, et de crvrepy.ci, semence, àl’exiguité de leurs graines.

Le Leptosperme thé 1 offre des feuilles aromatiques que Cook employa avantageusement , en infusion théiforme, pour son équipage, et qui servent ainsi à la Nouvelle-Hollande.

FABRIGIE. Fabricia. Calice quinquéfide ; corolle pentapétale. Capsule à huit à dix loges ; graines ailées.

C’est à l’entomologiste danois J. Fabricius, que ce genre i\ i Z. thea.

CLASSE XIII

été dédié; il se compose d’arbrisseaux originaires de la Nouvelle-Hollande.

METROSIDEROS. Metrosideros. Calice turbiné, quinquédenté; corolle pentapétale, petite; étamines libres. Capsule ordinairement a trois valves septifères et triloculaires.

Par ce nom, qui provient de intérieur, et de (TiS'epot , fer, on a voulu indiquer la densité du bois des métrosidéros. Ceux-ci sont en général des arbres et des arbrisseaux élégans , dont la fleur est souvent plus remarquable par la beauté de ses étamines que parle coloris de ses pétales; ils habitent presque tous la Nouvelle-Hollande,

EUGALYPTE. Eucalyptus. Calice tronqué , d’abord fermé par un opercule ; corolle nulle. Capsule épaisse , quadrivalve , quadriloculaire.

Cette dénomination, qui est dérivée de su, bien, et de Ksiàu-tté», je ferme, indique la structure du calice. Les eucalyptes sont de grands et beaux arbres qui forment parfois de vastes forets dans l’Australasie, dont ils sont presque tous originaires ; leurs fleurs sont d’un jaune pâle ; un grand nombre d’espèces sont cultivées en Europe.

GOYAVIER. Psidium. Calice subpyriforme ; quatre ou cinq pétales. Baie contenant une à cinq loges polyspermes.

Ce genre, qui porte le nom grec de la grenade, est composé d’arbres à fleurs blanches, qui habitent presque tous l’Amérique du sud.

Le Goyavier poirier 1 , qui est communément cultivé aux

ï P. pyriferum.

MYRTÉES.

Antilles, offre des fruits astringens analogues à des poires, et avec lesquels on fait des gelées et des confitures.

GALYPTRANTKE. C alyp tranth us . Calice tronque', d’abord ferme' par un opercule ; corolle nulle. Baie globuleuse, uniloculaire.

Les calyptranthes sont des arbres et des arbrisseaux originaires de l’Asie et de l’Amérique.

MYRTE. Myrtus. Calice quinque'lobe' ; corolle ordinairement pentape'tale ; e'tamines indéfinies, insérées sur un disque e'pigyne. Baie calicifère , offrant une à trois loges polyspermes ; graines nombreuses , incurvées ; cotylédons plans , subfoliacés.

Selon quelques savans, c’est de (tvpov, parfum, que provient ce mot qui rappelle l’arôme du myrte ; d’après d’autres, il serait dérivé du nom de f/.vprivn que les Grecs donnaient à cet arbrisseau et qui est celui de la belle Myrsine que Minerve changea en myrte , après qu’elle eut été massacrée par les jeunes Athéniens , qu’elle avait vaincus «à la lutte et à la course.

Le Myrte commun 1 est un arbrisseau qui habite l’Europe méridionale, ainsi que l’Asie et l’Afrique, où il acquiert d’assez grandes dimensions ; nous l’avons observé en Italie , et nous ne nous rappelons pas sans plaisir le parfum suave dont il embaumait les routes à certains momens du jour. Chez les anciens, le myrte était consacré à Yénus et à l’Amour. Les auteurs ne sont pas d’accord sur les raisons qui le firent dédier à la première; quelques uns ont cru que cette déesse , au moment de sa naissance , et lorsqu’elle séchait ses blonds cheveux sur le rivage de la mer, ayant été aperçue par des

I M. communis.

satyres , se déroba à leurs regards en se réfugiant derrière un myrte ; Jeaume Saint— Hilaire dit que d’autres ont pensé qu’elle se couronna du feuillage de cet arbrisseau après sa victoire sur Junon et sur Pallas. D’un autre côté Polycharme raconte ainsi, dans Athénée, l’origine delà dédicace du myrte à Vénus: Hérostrate , marchand naucratien , éprouva une violente tempête vers les parages de l’Egypte. L’équipage de son vaisseau se prosterna alors devant une petite statue de la déesse qui se trouvait à bord ; en ce moment Vénus, qui protégeait les naucratiens , fit naître autour du navire une forêt de myrtes verts qui embaumèrent l’air et firent cesser le malaise de l’équipage. Bientôt Hérostrate et les siens ayant abordé à Naucrate , ils y consacrèrent leur petite statue , et les amis du voyageur se réunirent dans un banquet , où chacun avait une couronne fuite avec des rameaux de cette plante ; ces couronnes furent nommées naucr alites . Pausanias raconte que Vénus avait, à Tcmnos, une statue exécutée par Pélops, sur un myrte vivant, et que l’artiste l’avait consacrée à cette déesse , afin qu’elle favorisât son amour pour Hippodamie.

Quoi qu’il en soit, cet arbuste était dans l’antiquité l’ornement de tous les festins joyeux , de toutes les réunions érotiques ; alors on représentait l’une des grâces avec une de scs branches dans la main , et cet attribut signalait aussi les courtisanes dans les rues d’Athènes. Les poètes qui avaient des vers passionnés à réciter s’en ornaient le front, et l’on faisait circuler ses rameaux avec une lyre pendant les repas , pour inviter les convives «à chanter ; Erato , qui présidait aux poésies amoureuses , et tous les poètes élégiaques étaient représentés avec une couronne de myrte ; les triomphateurs portaient ce symbole pendant l’ovation, et Virgile dit même qu’Enée assistait aux jeux le front ceint des branches du végétal chéri de sa mère.

Le myrte est une plante amère et astringente; dans la Grèce, dans l’Italie, et même dans quelques pays de la France, ou

MYRTÉÈS.

emploie ses feuilles pour tanner les cuirs. Les baies de cet arbrisseau remplaçaient les épices pour les anciens, et c’était avec elles qu’ils préparaient leurs ragoûts ; cette coutume s’est meme conservée en Toscane.

Dioscoride et Pline prêtaient une foule de vertus médicales au myrte , et anciennement on en préparait un vin nommé myrlidanum , ou l’on employait son huile essentielle ; aujourd’hui il est inusité. Sous le nom d’Eau d’ange, on désignait autrefois une eau que l’on obtenait par la distillation des feuilles et des fleurs de cet arbrisseau, et qui avait la réputation de conserver les charmes.

EUGENIE. Eugenia. Calice quadrifide ; corolle tétrapétale. Cotylédons épais , charnus , soudés , offrant des vésicules remplies d’huile volatile.

Ce genre est consacré au prince Eugène de Savoie, l’un des protecteurs de la botanique. Ces végétaux habitent les deux eontinens.

DÉCUMARIE. Eecumaria. Calice à huit à dix dents; corolle de huit à dix pétales. Capsule à huit à dix loges.

La Décumarie sarmenteuse 1 , arbuste qui croît dans la Caroline du sud , est probablement la seule espèce de ce genre , dont le nom provient de decumanus , par dix.

PHILADELPHE. Philadelphus. Corolle tétra ou pentapétale ; étamines libres ; quatre ou cinq styles soudés. Capsule à quatre ou cinq loges polyspermes.

Le Philadelphe coronaire2, qui habite l’Europe australe,

i /). sarmentosa.

■i P. coron arius.

est abondamment cultivé dans nos jardins ; les autres espèces cjui , ainsi que lui , sont des arbrisseaux à fleurs blanches , résident toutes dans l’Amérique du nord.

GRENADIER. Punica. Calice subcampanule' , quinquélobé ; corolle pentape'tale , chiffone'e. Fruit calicifère , pluriloculaire ; semences enveloppe'es cl’une arille pulpeuse.

C’est de punicus , carthaginois, que provient, selon Pline, la dénomination des grenadiers, parce que le territoire de Carthage était regardé comme leur patrie. Le nom de malum punicum, que les Romains donnaient à leur fruit, semblerait confirmer cette opinion , et établir, ainsi qu’on l’a professé , que ces maîtres du monde les rapportèrent dans leur pays après la destruction de la ville Africaine ; mais comme on rencontre des grenadiers à l’état sauvage en Italie, ainsi qu’en France et en Espagne, il est rationnel de penser que ces végétaux croissaient spontanément sur tout le littoral de la Méditerranée , et que le nom de malum punicum indique seulement que les Latins tiraient leurs fruits du territoire punique , probablement parce qu’ils y prospéraient mieux.

Le Grenadier vulgaire 1 abonde en Barbarie. Les Grecs donnaient une origine mythologique à ce bel arbrisseau ; selon eux , le monstre Agdeste , fils de Jupiter et du Rocher Àgdus , s’étant coupé les organes sexuels, le sang qui en jaillit donna naissance au grenadier. Le fruit ou la fleur de ce végétal ont souvent figuré parmi les allégories des anciens peuples; les habits sacerdotaux des prêtres de la nation hébraïque étaient ornés de grenades ; celles-ci, et , à ce que dit Duhamel, les fleurs qui les produisent, se trouvent représentées sur quelques médailles phéniciennes et carthaginoises. Dans l’antiquité, la grenade était le symbole de la fécondité , et nous connaissons

t P. granatum.

MYRTÉES.

des médailles de Side , ville de Pamphylie et de Paruta , qui représentent un dauphin surmonté d’une grenade , pour exprimer sans doute l’exportation que ees cités faisaient des produits de leurs terres. On dit que la fameuse statue de Junon , due au ciseau de Polyclète , et qui était révérée dans un temple de l’île d’Eubée , avait une grenade dans l’une de ses mains.

La lecture de Dioscoride nous enseigne évidemment que , dans l’antiquité , on se servait de la racine du genadier pour combattre le tœnia. Pline, Celse et Marcellus-Empiricus font mention de ce fait, mais d’une manière moins explicite, tandis que Théophraste et Hippocrate ne parlent nullement de cet usage médical , qui semble aussi avoir généralement été inconnu aux auteurs du moyen— âge ; cependant il paraît, d’après Buchanan, que de tems immémorial cette racine était employée dans l’Inde pour détruire cet helminthe , et ce fut peut-être pendant leurs excursions dans ce pays que les philosophes grecs en apprirent l’usage. Ce médecin de Calcutta , en i 807 , signala à l’Europe l’efficacité de cette plante , qni avait été oubliée , et bientôt un grand nombre de cures vinrent la ranger parmi les plus efficaces vermifuges. C’est l’écorce de la racine du grenadier qui est la partie active ; par l’analyse, on a reconnu qu’elle était formée de chlorophylle* de beaucoup de résine, de tannin, de matières grasses, et d’une substance cristalline blanche et sucrée, que l’on a nommée Grenadine, et qui ne paraît pas être le principe actif.

Le fruit du grenadier est de la grosseur d’une forte pomme. Hippocrate prescrivait son suc à ses malades ; Pline et Celse le regardaient comme efficace contre le tœnia, et Yan Swiélen dans la dysenterie. Ce suc est acidulé, un peu sucré, et dans les contrées où il vient on le suce comme celui des oranges, et l’on en prépare même parfois un sirop, de la limonade , des glaces ou des confitures. L’écorce de la grenade était désignée par les Romains sous le nom de malicorium , cuir de pomme , à cause de sa consistance coriace , et ceux-ci l’employaient au

CLASSL XIII.

tannage devenirs. Cette écorce, pour les médecins de la Perse, remplace le quinquina, et au Thibet elle est aussi employée comme fébrifuge. Cullen dit l’avoir administrée avec succès dans la diarrhée, et d’autres médecins comme vermifuge.

FAMILLE DES POMACÉES.

Calice urcéolé, corollifère. Corolle pentapétale , rosacée ; environ vingt examines ; trois à cinq carpelles souciées. Mélonide calicifère.

Les pomacées sont des arbres ou des arbrisseaux à feuilles simples ou composées.

POMMIER. Malus. Etamines rapprochées ; cinq styles soudés à la base. Fruit ombiliqué au sommet et à sa base.

Ce nom provient de [/.cihov, dont on a fait malum , mot qui indique le fruit des pommiers. On ne compte que peu d’espèces dans ce genre que Tournefort avait distingué des poiriers, mais que Linnée leur avait réuni.

Le Pommier commun r croît spontanément en Europe, ce qui n’avait point échappé à Pline et à Théophraste , qui rapportent que cet arbre , à l’état sauvage , peuple les forêts de cette partie du monde. Il paraît qu’on le trouvait principalement dans la Gaule ; peut-être existe-t-il aussi dans l’Amérique septentrionale. Ce végétal a perdu ses épines par les soins de la culture, et celle-ci a singulièrement amélioré ses produits. Son tronc est en général peu volumineux ; l’abondance de fruits dont il se couvre l’empêche de prospérer. 11 offre un bois d’une couleur rougeâtre et qui peut se polir facilement.

i DT. corn munis .

POMACËES . 33 y

Le fruit de cet arbre est connu sous le nom de Pomme. Les premières lignes de l’Ecriture le mentionnent ; mais il est probable que ce qu’elles en disent doit plutôt se rapporter aux bananes. Hippocrate et Galien blâmaient l’usage des pommes: probablement ils n’entendaient parler que de leur abus, et d’ailleurs ce n’est peut-être pas à ces fruits que s’applique leurs remarques, car on donnait le nom de pomum aux récoltes de plusieurs plantes , et il paraît hors de doute que ceux du pommier ■étaient recherchés par les anciens. Les monumens de la Grèce et de Rome, déposent même que de leur tems il y avait déjà de très-belles variétés de ce fruit. On en découvre surtout dans les mains des statues ou des peintures qui représentent Pomone , déesse qui, selon Ovide, dut son nom au soin qu’elle prenait des pommiers , et l’on en voit aussi sur des bas-reliefs qui représentent des sacrifices à Priape, conservateur des jardins.

Les pommes décorent les tables dans tous les pays où elles viennent , et elles doivent être regardées comme ayant une saveur qui plaît généralement. Cependant quelques personnes se sont fait remarquer par leur aversion pour ces fruits : tel fut un secrétaire de François I€r, qui était incommodé aussitôt qu’il en sentait, et qui éprouvait même un saignement de nez quand il essayait de vaincre sa répugnance pour eux ; tel fut encore l’illustre Haller, qui, au rapport de Zimmermann , détestait l’odeur des pommes et en était désagréablement affecté quand il en existait chez ses voisins.

Pline dit que l’on retirait des pommes une espèce de vin ; sous ce nom il est infiniment probable qu’il désigne le Cidre , et il est rationnel de penser que ce furent les Romains qui , en envahissant la Gaule, y importèrent la culture du pommier et apprirent à ses habltans à en extraire cette boisson fermentée. On a dit, il est vrai, que ce furent les Arabes qui transportèrent cet arbre en Espagne et que les Normands le rapportèrent de ce pays dans leur province ; mais cette opinion est moins rationnelle, carie pommier est principalement répandu dans les provinces du nord de l’Ibérie, et ce sont justement celles-là

dans lesquelles les Maures ne pénétrèrent pas ou dont ils ne furent que passagèrement les maîtres.

Le pommier n’a été introduit dans les jardins et cultivé en espaliers ou en buissons , que sous le règne de Louis XII, et ce ne fut que sous le roi qui lui succéda que l’on y cultiva des quenouilles et des pommiers nains. Aujourd’hui on compte plus de deux cents variétés de cet arbre, parmi lesquelles nous nous contenterons de citer les plus recherchées ; telles sont : le calville blanc ; le calville rouge ; la reinette de Canada ; la reinette grise ; le pigeonnet , et l’api , dont le nom provient , dit-on, de ce que ce fut C. Appius qui la rapporta du Péloponèse.

Les chimistes ont trouvé un acide particulier, nommé Malique, dans les fruits du pommier, et l’on a essayé dans ces derniers tems d’extraire du sucre de ces derniers.

POIRIER. Pyrus. Etamines divergentes , cinq styles libres. Fruit seulement ombiliqué au sommet.

Le mot pyrus , que les latins donnaient au poirier , tire son origine du celtique peren; certains étymologistes le font dériver du grec rrvp, ou de rrvpoç^ feu , à cause de la configuration des fruits de cet arbre que l’on comparait à celle de la flamme.

Indigène de l’Europe tempérée , le poirier se trouve disséminé dans ses forêts sans jamais en former à lui seul. II acquiert parfois des dimensions considérables ; on en cite un des environs d’Erford en Angleterre , qui offre une circonférence de dix-huit pieds. Au rapport de Bosc, la longévité de cet arbre n’est pas moins remarquable , puisque ce naturaliste en a vu auxquels on attribuait trois à quatre siècles d’existence, et qui, cependant, malgré ce grand âge, étaient encore d’une extrême fertilité.

Le Poirier commun «, espèce dont les botanistes modernes

i P. commuais.

POMACEES. 33û

ont fait de si nombreuses variétés, était connu des anciens qui , d’après ce que nous apprend Virgile , ne le divisaient qu’en trois variétés , et son fruit délicieux était apprécié par eux , puisqu’Homère , dans son Odyssée , le cite comme un des arbres qui ornaient les vergers du vieux Laërte et ceux d’Alcinoüs , roi des Pbéaciens , qui passait pour le dieu du jardinage. Pline , par une de ces erreurs qui si souvent s’échappèrent de sa plume , place le poirier au nombre des arbres fruitiers qui croissent rapidement et durent peu , tandis que Théophraste, plus judicieux dans ses observations, dit que plus le poirier est vieux , plus il est fécond ; ce qui a lieu en effet.

La pesanteur , le grain fin et serré et la couleur rougeâtre du bois de poirier l’ont fait de tout tems regarder comme un des plus précieux pour la sculpture et la gravure. Les Grecs, avant cette époque remarquable pendant laquelle ils livrèrent à l’admiration des siècles tant de chefs-d’œuvre de la statuaire , se servaient fréquemment de ce bois pour reproduire les images de leurs dieux ; Pausanias nous apprend que la fameuse statue de Junon d’Argos n’était autre chose, dans l’origine, qu’un tronc de poirier grossièrement taillé, qui , lorsqu’on le remplaça par une figure d’or et d’ivoire d’un travail admirable , fut voué à un juste oubli.

Le poirier , comme tant d’autres plantes , fut doté par les médecins du moyen âge de qualités nuisibles ou bienfaisantes. D’après un conte absurde d’Albert— le— Grand , on croiyait qu’il empêchait la conception et que ses fruits nuisaient à l’accouchement , aussi de graves médecins de ce tems d’ignorance recommandent d’écarter avec soin les poires de la chambre d’une femme en mal d’enfant. Copiant les anciens qui déjà avaient émis ces vues , Picco regarde la décoction des feuilles du poirier comme l’antidote des empoisonnemens causés par les champignons vénéneux , et Ambroise Paré assure que ceux-ci perdent tout pouvoir de nuire lorsqu’on les a fait cuire avec les fruits , les feuilles ou l’écorce du poirier sauvage.

Les poires d’une qualité inférieure servent aujourd’hui , comme cela avait lieu dans l’antiquité , ainsi que nous le voyous dans un passage de Pline , à faire une boisson alcoolique , nommée Poiré , qui cause facilement l’ivresse ; les qualités irritantes de cette boisson la font quelquefois ordonner aux personnes gênées par trop d’embonpoint ou attaquées d’hydropisie ; le poiré passe aussi pour augmenter le lait des nourrices. Par la distillation on en retire une meilleure eaude— vie que celle que l’on extrait du cidre , et il fournit aussi un vinaigre qu’il est difficile de distinguer de celui du vin blanc.

Le Sorbier domestique 1 a été placé avec raison dans le genre poirier par Gærtner, et John Lindley l’a imité dans ses écrits sur les pomacées ; c’est un arbre élevé, indigène de nos forêts, et qui est souvent cultivé dans nos vergers où on le désigne aussi sous le nom de Cormier. On extrait parfois de ses fruits une boisson analogue au cidre. On cultive aussi dans les jardins le Sorbier des oiseaux 3 et le Sorbier hybride 3, auxquels leurs beaux fruits rouges donnent le plus bel aspect.

COIGNASS1ER. Cydonia. Mélonide à cinq loges contenant chacune huit à dix semences.

Ce nom rappelle la ville de Cydon. Les coignassiers sont des arbrisseaux à fleurs rouges ou roses.

Le Coignassier commun 4, qui est originaire de la Crète et de l’Asie-Mineure, était en honneur dans l’antiquité. Ses fruits avaient été consacrés à Yénus, et quelques commentateurs pensent que les fameuses pommes du jardin des Hespérides étaient les fruits du coignassier, et non ceux des orangers, puisque, selon Galesio, qui a récemment écrit sur ces derniers arbres , ils n’habitaient point spontanément les lieux où l’on plaçait le jardin des Hespérides , et que même ils étaient inconnus à la Grèce.

1 P. sorbus. 3 S. hybrida.

2 P. aucuparia. 4 C. vulgaris.

POMACEES.

Le coignassier est actuellement naturalisé en France; on le cultive pour greffer le poirier, et pour ses fruits qui sont astringens et avec lesquels on fait de bonnes confitures.

NÉFLIER. Mespïlus. Mélonide turbinëe , largement ombiliquée au sommet, contenant deux à cinq nucules monospermes.

M ecrrrihn était le nom du néflier chez les Grecs. La plupart des végétaux de ce genre proviennent de l’Amérique.

Le Néflier commun 1 présente un assez grand nombre de variétés; il croît spontanément dans nos forets. Son bois, qui est très-dur, est employé pour les ouvrages de tour. Ses fruits sont astringens et ont souvent été conseillés contre les diarrhées.

Le Néflier du Japon 3 , qui habite aussi la Chine, a été apporté en Europe en 1^84; ses mélonides sont agréables au goût et acidulés. Il forme un des arbres fruitiers de ces deux premiers pays , et est aussi cultivé dans les vergers de l’Inde et de l’Ile de France; maintenant, chez nous, on le place en pleine terre. Il constitue actuellement un nouveau genre.

ALISIER. Cratœgus. Un ou deux styles. Mélonide globuleuse , biloculaire ; loges dispermes ; semences osseuses.

C’est de Kpctrcç , force , que provient cette dénomination ; elle indique la densité du bois de ces végétaux Les alisiers sont des arbrisseaux épineux qui habitent les deux continens.

L’Alisier aubépine 3 est commun en France et y est souvent employé pour la confection des haies.

\ M. gennanica.

2 Itl . J aponie a.

3 C. oxyacantha.

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