‹ Traité élémentaire de botanique appliquée, contenant la description de toutes les familles végétales, et celle des genres cultivés ou offrant des plantes remarquables par leurs propriétés ou par leur histoireChapitre 35 sur 87 · FAMILLE DES OROBANC HÉ E S · texte numérisé non relu

FAMILLE DES OROBANC HÉ E S

Calice monosépale ; corolle monopétale , irrégulière , bilabiée ordinairement ; quatre étamines didynames ; un style ; stigmate bilobé. Capsule bivalve, uniloculaire, polysperme ; deux trophospermes pariétaux.

Les orobanchées sont souvent parasites et implantées sur les racines des autres végétaux; leur tige est ordinairement revêtue d’écailles qui remplacent les feuilles.

OROBANGHE. Orobanche. Calice à deux lobes bractéiformes , bifides. Corolle à lèvre supérieure échancrée. Capsule pointue.

Ce nom provient de opoCoç , orobe, et de ctyyjiv ■> étranglé, il fait allusion au dépérissement que les orobanebes occasionnent aux plantes sur lesquelles elles vivent.

FAMILLE DES POLYGALÉES.

Cinq sépales , dont deux sont parfois plus grands, pétai oïdes ; corolle de deux à cinq pétales soudés à leur base , irréguliers ; ordinairement huit étamines monadelphes, en tube fendu; anthères uniloculaires , ordinairement operculées au sommet. Capsule comprimée, biloculaire, ou drupe monosperme.

Les polygalées sont des herbes , des arbustes ou des arbrisseaux portant généralement des feuilles alternes et simples.

PÛLYGALi'ES.

POLYGALA. Polygala. Calice pentasepale, à deux sépales très-grands ; pétale inférieur fimbrillé. Capsule lenticulaire ou cordiforme , souvent ailée.

Polygala vient de rrohvç, beaucoup , et de yaha,, lait. Ce genre est fort nombreux : il contient des végétaux herbacés ou ligneux , indigènes de l’Europe , de l’Afrique et de l’Amérique.

Le Polygala de Virginie * , plante ligneuse de l’Amérique septentrionale , offre une racine grise à l’extérieur et blanche en dedans, qui est fort employée en médecine; les chimistes en ont donné des analyses qui sont si dissemblables , que nous n’en reproduisons aucune ; Thomson prétend qu’elle contient un acide ( Polygalique ) et une matière résineuse âcre, qu’il nomme Polygaline, et qui paraît en être le principe actif.

C’est après avoir vu les habitans de la Virginie se servir de la racine de ce polygala contre la morsure des serpens, que Tennant , qui avait habité ce pays, préconisa , en 1736, ce médicament, dans la péripneumonie , parce qu’il avait observé les symptômes de cette affection chez les individus mordus par ces ophidiens et qu’il regardait ce végétal comme propre à empêcher la coagulation du sang , effet qu’il croyait se produire dans les deux cas et déterminer la mort. Lémery, Jussieu et Duhamel, ainsi que Linnée qui s’était guéri d’une pneumonie commençante avec le polygala , vantèrent ensuite les vertus de cette plante , qui paraît agir en déterminant une dérivation vers l’estomac ; mais aujourd’hui on s’accorde à ne l’administrer qu’au déclin de cette maladie, ou même seulement comme expectorant dans les catarrhes chroniques, ainsi que le veut Desbois de Rochefort. Deux médecins, MM. Archer et Hardford , ont préconisé dernièrement le polygala comme un spécifique du croup, et M. Bretonneau dit aussi l’avoir employé avec le plus grand succès dans cette maladie , dans laquelle il prétend qu’il s’oppose à la formation de la

t P. senega.

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fausse membraue. On l a également vanté contre les ophtalmies ou la cataracte. Il est facile de reconnaître que dans les maladies où cette plante obtient quelque succès, elle opère en agissant comme dérivative et en provoquant des vomissemens ou des purgations.

Le Polvgala vulgaire *, qui est fort commun sur les collines de la France , a été regardé comme augmentant le lait des bestiaux. On a prétendu à tort qu’il était doué des memes vertus que l’espèce précédente , et il ne faut guère connaître la marche de la phthisie, pour croire que Coste et Willemet l’ont guérie avec ce végétal.

SEGURIDAQUE. Securidaca. Pétale supérieur en casque. Capsule portant une aile foliacée , cultriforme.

Ce nom, qui est dirivé de securis , hache, indique la forme du fruit. Les sécuridaques sont des arbustes ou des arbrisseaux grimpans qui habitent les Antilles et l’Amérique.

FAMILLE DES M Y O PORINÉES.

Calice monosépale, quinquélobé. Corolle monopétale, subrégulière ou subbilabiée ; quatre étamines didynames , et quelquefois une cinquième normale ou rudimentaire. Drupe à noyau à deux ou quatre loges mono ou dispennes ; ovules pendans.

Les myoporinées sont des arbustes à feuilles simples, alternes ou opposées et sans stipules.

MYOPORE. Myoporum. Corolle campaniforme y

* P. t u/garis.

VERBENACEES.

subrégulière. Fruit à quatre loges monospermes, ou à deux loges dispermes.

Toutes les espèces de ce genre sont originaires de la Nouvelle-Hollande ; plusieurs sont cultivées dans les jardins.

FAMILLE DES VERBÉNACÉES.

Calice ordinairement monosépale ; corolle monopétale , tubuleuse , irrégulière et ordinairement bilabiée ; ordinairement quatre étamines didynames. Péricarpe sec ou charnu , à une , deux ou quatre loges.

Les verbénacées sont des arbres, des arbrisseaux ou des herbes à feuilles opposées. Elles diffèrent des labiées par leur ovaire non gynobasique.

GLERODENDRON. Clerodendrum. Calice campanulé. Corolle tubuleuse , quinquélobée. Baie uniloculaire , à quatre semences osseuses.

C’est de KMpoç, fortune , et de S'gyf'pov , arbre, que provient ce nom qui fait allusion aux vertus salutaires que l’on accordait à certaines espèces. Les clérodendrons sont de beaux arbres originaires des Tropiques.

V OLK AMERE . Volkameria. Corolle tubuleuse , quinquélobée. Baie à deux noyaux biloculaires.

C’est à la mémoire de C. Volkamère , botaniste allemand, que ce genre a été consacré. Il renferme des arbrisseaux de Java, du Japon et de la Chine.

ÆGIPHILE. Ægiphila. Corolle quadrilobée ;

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étamines égales. Baie à quatre loges monospermes ou à deux dispermes.

C’est de ctiyoç, chèvre , et se qiKoç , ami , que cette dénomination est dérivée.

Les ægiphiles sont des arbres ou des arbrisseaux indigènes de l’Amérique méridionale et des Antilles.

GATTILIER. Vitex. Corolle à tube grêle ; limbe subbilabié , à cinq ou six lobes. Baie quadriloculaire , tétrasperme.

La souplesse des rameaux des gattiliers a été comparée à celle de l’osier , vitilia $ c’est de là que provient cette dénomination latine. Ces plantes sont des arbrisseaux à feuilles ordinairement digitées, et qui croissent dans les contrées chaudes du globe.

Le Gattilier agneau chaste 1 est le seul qui habite l’Europe. L’antiquité raconte que Latone, réfugiée à Délos, abrita sous ce végétal Diane déesse de la chasteté , à laquelle elle venait de donner naissance, et Pline dit que celui-ci a tiré son nom de la coutume qu’avaient les Athéniennes à l’époque des fêtes de Cérès, de se coucher sur des sacs remplis de ses feuilles , pour chasser les idées impures : les prêtresses de la déesse observaient constamment cet usage ; telle est probablement l’origine des propriétés anti-aphrodisiaques, que l’on accordait autrefois à ce gattilier, mais qu’il est loin de posséder. Les fruits de cette espèce se mangent , ainsi que ceux de quelques autres ; ils sont chauds et stimulans ; on les emploie parfois en guise de poivre, ce qui les a fait appeler Poivre sauvage. Mathiole dit qu’en Italie on les sert en friture ; naguère , méconnaissant leurs vertus , on en préparait un sirop que l’on croyait propre à anéantir les désirs , et que l’on distribuait

5 fr. a gnu s castus.

YERBÉNACÉES. 35-}

dans les communautés religieuses ; il était appelé Sirop de Chasteté dans les anciennes officines.

GALLICARPE. Callicarpa. Calice quadrifide ; corolle quadrilobe'e. Baie uniloculaire , te'trasperme.

C’est de x,cthoç , beau , et de Kcip'roç , fruit , qu’est formé ce nom qui indique l’agréable aspect des baies de ces plantes. Les callicarpes sont originaires de l’Amérique , de l’Asie et de la Nouvelle-Hollande.

CORNUTIE. Cornutia . Calice quinque'dentë ; corolle quadrilobée. Baie monosperme.

C’est au voyageur J. Cornut , médecin et botaniste français que ce genre est dédié. Il n’est formé que par un seul arbre originaire des Antilles.

GITHAREXYLON. Cithare xylum. Corolle infundibuliforme , quinquélobe'e ; un rudiment de cinquième e'tamine. Baie à deux noyaux biloculaires, dispermes.

Ce mot est formé d etuôctpet, harpe, et de %v\ovy bois. Ce genre se compose de petits arbres presque tous originaires des Antilles , où on les nomme Bois guitare , à cause de leur densité qui permet de les employer pour confectionner des instruinens de musique.

DURANTE. Duranta. Corolle infundibuliforme , quinque'lobe'e. Drupe à quatre noyaux biloculaires, dispermes.

C’est à C. Durante , médecin et botaniste italien , qu’a été dédié ce groupe qui est composé d’arbrisseaux à fleurs d’un bleu violet , et qui presque tous proviennent de l’Amérique.

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LANTANIER. Lantana . Calice quadridenté ; corolle quadrilobée. Drupe à noyau biloculaire, disp erme.

Les lantaniers sont des arbustes et rarement des herbes ; presque tous proviennent des contrées équatoriales du Nouveau-Monde.

Le Lantanier à fleurs variées 1 , que l’on cultive dans nos serres, est remarquable par ses fleurs à couleurs changeantes et qui du jaune passent ensuite au rouge écarlate.

SPIELM ANNIE. Spielmanriia. Corolle hypocratériforme , quinquélobée , à gorge barbue ; étamines égales. Drupe à noyau biloculaire, disperme.

La Spitlmannie Africaine a, arbrisseau à fleurs blanches , est l’unique espèce de ce groupe dédié à Spielmann , savant allemand.

ZAPANIE. Zapania. Calice quadridenté ; corolle tubuleuse , quinquélobée ; quatre étamines , dont deux avortent. Diakène.

Les zapanies habitent les contrées chaudes des deux conti-» nens ; elles ont été séparées des verveines avec lesquelles elles se trouvaient primitivement confondues.

PRIVA. Priva. Calice ventru ; corolle quinquéfide. Drupe sec , quadriloculaire , tétrasperme.

Les végétaux de ce groupe sont des herbes subdichotomes, hérissées de poils rudes ; ils croissent en Amérique et dans l’Arabie.

i L. Carnara-

x S. Africana.

YERBÉNACÉES.

STACHYTARPHÈTE. Stachytarpheta. Calice quadridenté ; corolle quinquélobëe ; deux ëtamines fertiles, deux stériles. Drupe sec, biloculaire , disperme , bipartible.

Ces végétaux sont ligneux ou herbacés ; leurs fleurs sont disposées en épis , et leurs corolles sont bleuâtres , roses ou purpurines. Ils habitent l’Amérique méridionale et les Antilles.

VERVEINE. Verbena. Calice tubuleux, quinquédente' ; corolle tubuleuse , incurve'e , quinquélobée. Quatre akènes.

Les auteurs ne sont pas d’accord sur l’étymologie de ver bena'y Bullet prétend que ce n’est qu’une altération du mot celtique ferfaen , qui signifie : charrier la pierre ; il s’appuie de ce que , chez les Gaulois, la verveine commune avait la réputation de guérir les affections calculeuses. Poiret et Mérat veulent que cette dénomination provienne de vend f^eneris , veine de Vénus, parce que cette plante passait pour avoir la puissance de faire naître l’amour. Enfin, d’autres croient que ce nom vient de verrere , balayer; et ils se fondent sur ce que cette plante était anciennement employée pour nettoyer les autels de Jupiter. Ce genre se compose d’un grand nombre d’espèces dont la majeure partie est originaire des contrées équatoriales de l’Amérique.

La Verveine officinale 1 habite l’Europe et est fort commune en France. De tout temps cette plante a joui d’une extraordinaire réputation : les Grecs l’appelaient Herbe sacrée ; les Romains s’en servaient dans leurs cérémonies pour faire les aspersions d’eau lustrale ; c’était avec elle que l’on purifiait les autels des sacrifices, et l’on en faisait des couronnes pour les statues de Vénus. A la guerre, les héraults envoyés «à l’en—

1 V, o/Jidnalis.

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nemi portaient de la verveine en signe de paix. Cette plante avait aussi la réputation d’éloigner tous les fléaux : aussi les personnes superstitieuses en suspendaient-elles dans leurs maisons pour dissiper les sortilèges et les maladies. Les druides avaient pour la verveine une aussi grande vénération que pour le gui. Ils ne la cueillaient qu’après avoir fait un sacrifice à la terre, et au moment où le soleil apparaissait à l’horizon; ces prêtres l’employaient ensuite «à la divination . Plus tard , les bardes et les prophétesses se couronnèrent de cette herbe pour exciter leurs inspirations ; notre mot français verve n’a peut-être pas d’autre origine. Les cabalistes , dans le moyen ;ige, se servirent aussi de la verveine pour exploiter la crédulité : ils la faisaient entrer dans des filtres composés pour rallumer l’amour. Maintenant encore , dans certaines contrées, les paysans en portent sur eux un bouquet le jour de leur mariage, pour s’assurer de la tendresse de leur fiancée

La verveine ayant été consacrée par la religion et la superstition , ne manqua pas d’ètre regardée aussi comme douée de grandes vertus médicales, et on la crut efficace dans une foule de maladies. Son inutilité dans l’art l’a fait abandonner généralement par les gens éclairés. Quelques espèces exotiques paraissent cependant posséder une certaine énergie , et sont employées par les médecins américains.

SELAGINE. Selago. Corolle tubuleuse, quadri ou quinque'lobe'e. Deux coques monospermes.

Les sélagines sont des arbustes à feuilles éparses, entières ou dentées, et dont l’inflorescence est spiciforme. L’Afrique méridionale est leur patrie.

HEBENSTREITE. Hebemtreitia . Calice spathiforme : corolle subunilabiëe. Capsule biloculaire.

C’est J. Hcbenstreit , botaniste allemand, qui a reçu la dédi-

cace de ce groupe. Il se compose de sous-arbrisseaux indigènes du cap de Bonne-Espérance.

FAMILLE DES LABIEES.

Calice monosépale, ordinairement tubuleux, campanule et quinquédenté, quelquefois bilabié ; corolle monope'tale , bilabiée, très-rarement unilabiée ou régulière; quatre étamines didynames, ou deux seulement par avortement; ovaire quadrilobé ; style unique. Quatre akènes ou moins par avortement. Par exception quatre baies.

Les labiées renferment des arbustes, des arbrisseaux et des herbes dont la tige est quadrangulaire et porte des rameaux et des feuilles opposées ; celles-ci sont simples. Les fleurs de ces végétaux sont ordinairement subverticillées.

Cette famille est une des plus naturelles que l’on connaisse ; un grand nombre des plantes qui la composent possèdent dans leurs tissus une huile essentielle abondante et un principe gommo-résineux, auxquels elles doivent leurs propriétés ; elles sont stimulantes quand c’est la première qui prédomine , et toniques lorsque c’est l’autre. Gaubius prétendit avoir trouvé des cristaux de camphre dans l’huile essentielle de thym , et Proust dit que celle de lavande, de romarin et de menthe contient une proportion considérable de cette substance ; mais, selon M. Bizio, celle-ci ne serait qu’un principe particulier aux huiles volatiles, qu’il nomme Séreusine, et qui a seulement de l’analogie avec le camphre.

1. ROSMARINEES. Corolle à deux étamines fer-, tiles seulement.

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LYGOPE. Lycopus. Calice tubuleux, quinque'fide ; corolle tubuleuse, quadrilobée, diandre, subrégulière, a lobe supe'rieur e'chancrë.

Lycopus provient de âvx.os', loup, et de'zrov?, pied; on ne sait pourquoi on a comparé la forme des feuilles de ces labiées à celle de l’empreinte de la patte d’un loup. Les lycopes habitent l’Amérique septentrionale et l’Europe.

AMETHYSTEE. Améthyste a. Calice campaniforme , quinque'denté ; corolle tubuleuse , subbilabiée, quinquélobée, diandre.

L’Améthystée bleue *, qui habite la Sibérie et doit son nom générique «à la couleur violette de ses fleurs, est l’unique espèce de ce genre.

Z1ZIPHORE. Ziziphora. Calice tubuleux, quinquédenté, à orifice hispide ; corolle bilabie'e, diandre. Akènes gibbeux.

Cette dénomination est formée de zizi , nom indien , et de <pepco, je porte. Les ziziphores croissent dans l’Orient , en Barbarie et en Espagne .

IVIONARDE. Monarda . Calice tubuleux, quinquédenté ; corolle tubuleuse , longue , bilabie'e , diandre ; lèvre supérieure étroite, dressée , entière.

C’est à Monardès , médecin espagnol , que l’on a dédié ces végétaux qui sont presque tous originaires de l’Amérique du Nord.

La Monarde à fleurs rouges 3 , avec les feuilles de laquelle

l A. cœrulca.

i DI. didytna.

on remplace le thé, et que l’on appelle même Thé (le Pensylvanie , est cultivée pour l’ornement de nos jardins.

ROMARIN. Rosmarinus. Corolle bilabie'e ; lèvre supérieure bifide ; deux étamines à filets portant une dent.

Le Romarin officinal 1 ayant été appelé par Ovide vos marinas , rosée de mer, parce qu’il se plaît sur les rivages, on a conservé ce nom «à ce genre de labiées. Ce végétal est un arbrisseau qui s’élève à un mètre, et que l’on trouve sur les rochers de toute la région Méditerranéenne ; on le cultive souvent dans nos jardins ; ses organes contiennent une grande quantité d’huile essentielle , et Proust , qui a étudié celle-ci , en a extrait le dixième de son poids de camphre. C’est à l’abondance de cette huile que le romarin doit le suave parfum qu’exhalent ses feuilles et ses fleurs et qui est tel dans les localités où cette espèce est commune , qu’il se répand à des distances considérables ; Bartholin assure que les émanations des romarins font parfois reconnaître les côtes de l’Espagne à quarante milles en mer : Diodore de Sicile dit quelque chose d’analogue relativement à l’Arabie.

Ce végétal était une des plantes coronaires des anciens , et ils se plaisaient à s’en parer le front dans les fêtes solennelles ; plus tard il fut souvent célébré comme l’emblème du plaisir , dans les chants et les fabliaux des troubadours de la Provence . Maintenant, dans quelques pays du midi, le romarin a des attributions différentes , car il sert dans les cérémonies funè-. bres, et la superstition s’imagine même que ses rameaux végètent dans la main des morts.

On dit que l’arôme de cette labiée se communique à la chair des bestiaux qui broutent ses feuilles et qu’elle en devient plus savoureuse. M. Biot rapporte que les abeilles des îles Baléares

i H. officinalis.

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se nourrissent en grande partie des fleurs du romarin , et que quand celles-ci viennent à manquer, la récolte du miel en souffre ; M. de Candolle a fait la meme observation pour le miel de Narbonne, dont ces fleurs passent pour produire la saveur exquise. Le romarin est un tonique excitant, énergique ; il entre dans une foule de composés officinaux et fait la base de la fameuse eau de la reine de Hongrie , dont la superstition racontait que la recette avait été révélée par un ange à la royale personne qui la composa .

SAUGE. Salvia. Calice subcampanulé , bilabié ; corolle bilabiee, à lèvre supérieure falsiforme ; deux étamines à filets très-courts; connectifs articulés , excessivement longs , portant deux anthères , dont une avortée ; deux autres étamines rudimentaires.

Le nom scientifique de ce genre vient de scilvare , sauver , à cause des nombreuses vertus médicales que l’on supposait aux plantes qui le forment. Riche en espèces , ce groupe semble s’être plu à doter le monde entier de ses plantes aromatiques , car elles se trouvent disséminées sur tout le globe ; le bassin Méditerranéen , lieu de prédilection de tant de végétaux odoriférans, est aussi celui du genre qui nous occupe.

La Sauge officinale 1 est une de ces plantes dont la grande célébrité, constatée par les écrits des anciens , a été transmise de siècle en siècle, pour arriver jusqu’à nous. Théophraste , Hippocrate , Dioscoride et d’autres , par le nom d ' Hevba sacra , dont ils l’a décorèrent , témoignent leur admiration pour cette labiée qui , pour eux , était efficace contre presque tous les maux ; mais c’était spécialement comme propre à assurer la conception que cette plante était devenue précieuse ; Aetius rapporte que l’Egypte ayant été ravagée par la peste , on força les femmes à faire usage de la sauge afin de réparer

I S. officia al is-

pal' leur fécondité les pertes que venait d’essuyer cette antique terre. Les Juifs, dans le même but sans doute, avaient pour coutume de joncher des fleurs de cette labiée la couche des nouveaux époux.

Le moyen-âge, tout aussi crédule que l’antiquité , loin de diminuer les vertus de la sauge , semble porter encore plus loin son enthousiasme pour elle. Les rédacteurs des principes de l’école de Salerne paraissent douter que la mort puisse frapper un homme qui possède cette plante : Cur moriatur homo, cui salvia crescit in horto ? Et ils ajoutent qu’il n’y a pas de remède plus efficace contre le trépas. Dans des tems plus récens , elle a encore été regardée par quelques médecins , tels que Hunauld, Yedel et Paullini , comme une espèce de panacée universelle.

Nous devons rappeler que ce fut aux rugosités qui couvrent ses feuilles , que les sectateurs de la doctrine des signatures comparèrent aux papilles de la langue , que la sauge dut la haute célébrité dont elle jouissait pour les maladies de cet organe et de la bouche en générale. Cependant , en même tems qu’on lui prodiguait les vertus les plus variées , quelques auteurs accusaient la plante sacrée de causer des accidens fort graves et même des empoisonnemens ; le P. Kircher attribua la cause de ceux-ci à des animalcules imperceptibles qu’il crut voir , au microscope , contenus sur ses feuilles par un tissu semblable à une toile d’araignée, et qui disparaissaient dès qu’on les lavait ; d’autres pensèrent que les crapauds et les couleuvres aimant à s’abriter sous les touffes de sauge, lui communiquaient leur venin et occasionnaient ces funestes effets ; il est inutile d’ajouter que ces qualités nuisibles sont aussi chimériques que la plupart des vertus qui furent accordées à cette plante.

Les Provençaux font usage de la sauge pour assaisonner leurs aîimens ; les Anglais en mettent aussi dans la plupart des mets. Malgré la saveur forte et peu agréable de son infusion , on a proposé de substituer ce végétal au thé. En Orient, on le

classe XIV.

nomme Thé des Grecs, parce que ces derniers en font habituellement usage de cette manière ; Boerhaave et A alrnont de Bornare affirment que les Chinois estiment beaucoup la sauge et qu’ils ne conçoivent pas que possédant cette plante , les Européens viennent si loin chercher leur thé , dont ils ne se font aucun scrupule de donner deux caisses en échange d’une de sauge. Quelques peuples fument ses feuilles.

Dépouillant cette labiée de tout le prestige qui lui donna une si haute célébrité , la médecine moderne ne la regarde plus que comme un des antispasmodiques les plus énergiques ; on l’administre avec succès toutes les fois qu’il faut donner du ton et de l’activité à quelque organe affaibli.

La Sauge pommifère 1 , rapportée par Toumefort de l’ile de Crète , se fait remarquer par des excroissances transparentes et charnues , que l’on a nommées Pommes de sauge ou Baisouges , produites sur ses feuilles par la piqûre d’un cynips. Ces galles se vendent communément dans les marchés de Constantinople ; Obvier nous apprend que dans l’ile de Scio , en les préparant avec du miel et du sucre , on en fait des confitures fort agréables et réputées comme stomachiques.

La Sauge des prés * est fort commune dans les pâturages des environs de Paris.

GOLLINSONŒ. Collinsonia. Corolle quinque'lobe'e , diandre , à lobe inferieur très-long et finement de'coupe'. Akène fertile unique.

Ce genre est dédié à Collinson , botaniste anglais ; il se compose de végétaux sous-frutescens , indigènes de l’Amérique septentrionale.

WESTÉRINGIE. Westeringia. Calice quinqué-

i S. pnmi/era.

i S. pratensis

LABIÉES. 36-ÿ

lobe ; corolle bilabiée ; lèvre supérieure plane, bifide ; deux étamines fertiles , deux stériles.

La Westéringie à feuille de romarin 1 , qui , ainsi que les autres espèces de ce genre , habite la Nouvelle-Hollande , a été transportée dans les jardins d’Europe.

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