‹ Traité élémentaire de botanique appliquée, contenant la description de toutes les familles végétales, et celle des genres cultivés ou offrant des plantes remarquables par leurs propriétés ou par leur histoireChapitre 40 sur 87 · FAMILLE DES SOLANÉES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES SOLANÉES

Corolle ordinairement quinquélobée et pentandre. Capsule ordinairement bivalve , biloculaire , ou baie biloculaire ; embryon arqué.

Les solanées sont des herbes ou des arbrisseaux à feuilles alternes. Beaucoup des végétaux qui composent cette famille sont vénéneux.

MOLENE. Verbascum. Corolle rotacée ; filets antbérifères ordinairement velus ; anthères uniloculaires , réniformes. Capsule bivalve.

Les botanistes ont décrit environ soixante-dix espèces de verbascum toutes habitent l’ancien continent , et sont répandues dans ses diverses contrées ; elles affectionnent spécialement les lieux arides et déserts de l’Europe méridionale ; les îles de l’Archipel et l’Arménie en offrent aussi quelques unes ; huit ou dix croissent sur les monts Caucases , et une seule végète en Sibérie. Une uniformité assez constante de caractères se remarque dans toutes les plantes de ce genre , un des plus naturels du règne végétal. Les tiges , ordinairement revêtues d’un duvet tomenteux dont les poils sont ramifiés et comme étoilés , ne sont armées d’épines raides que dans la Molène épineuse. La couleur de la fleur ne présente que bien peu de variété ; presque constamment d’un beau jaune, ses teintes

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se rembrunissent de rouge ferrugineux dans la Molène ferfu-* gineuse , et elle est peinte en violet dans la Molène purpurine.

La Molène bouillon blanc 1 , que l’on emploie le plus ordinairement en médecine , est une plante très-commune en Europe, où elle fleurit pendant l’été; elle se reconnaît à ses feuilles blanchâtres, cotonneuses et décurrentes; un épi simple de grandes fleurs jaunes termine sa tige : ce sont ses fleurs dont on se sert; M. Morin a reconnu qu’elles contenaient de l’huile volatile jaunâtre, de l’acide malique, de l’acide phosphorique , du malate et du phosphate de chaux , de l’acétate de potasse , du sucre incristallisable , de la gomme et quelques autres substances. Il est probable que c’est à cette dernière qu’elles doivent leurs propriétés adoucissantes.

Cette plante est d’un usage vulgaire général, et M. Poiret l’a trouvé non moins répandu sur les bords du Rhin , de la Vistule et du Tibre qu’au milieu de nous ; les memes principes mucilagineux se trouvent aussi dans ses feuilles , et le docteur Gilibert , qui a fait un si brillant éloge des vertus de la molène , dit que leur décoction est bonne pour calmer les douleurs de la dysenterie. Risler rapporte que les paysans de la Norvvége et de l’Irlande ont étendu l’usage de la molène à la médecine vétérinaire, pour combattre la toux des bestiaux. Dans certaines contrées, les malheureux se chauffent avec ses tiges, ou ils les recouvrent de poix pour servir à l’éclairage, tandis que dans d’autres leur duvet est employé à l’instar d’amadou, ou pour faire des moxas.

Une seule espèce se recommande et mérite d’étre mentionnée par sa beauté : c’est la molène écarlate , dont les fleurs empourprées décorent agréablement nos jardins-paysagers.

NICOTIANE. Nicotiana. Corolle ordinairement infundibuliforme ; etamines inégalés. Capsules ordinairement bivalves.

Il existe environ vingt-quatre espèces de nicotianes ; le plus

i V . thapsus.

SOLANÉES

grand nombre habitent l’Amérique méridionale ; le seul nicotiane rustique croît en meme tems dans tout le globe ; une espèce unique se voit à la Nouvelle-Hollande. Les corolles de ces plantes sont souvent verdâtres , quelquefois blanches ou d’un beau rose ; leurs étamines présentent beaucoup de variétés ; toujours un de leurs filets offre quelque anomalie ; ordinairement il naît plus bas et acquiert moins de hauteur que les autres. Dans certains cas, on voit quatre anthères presque sessiles cachées dans la gorge de la fleur, tandis qu’une seule s’y trouve portée sur un long filet 1 .

Le JNlicotiane tabac 2 porte de belles fleurs roses. M. Vau— quelin a publié une analyse du suc de ses feuilles ; elle a offert les substances suivantes : une matière animalisée rouge , un principe âcre particulier, un principe volatil incolore ( partie active), de la résine verte, de l’albumine, du ligneux, de l’acide acétique, du nitrate et muriate de potasse et du nitrate d’ammoniac; dans le tabac du commerce , on trouve en plus du carbonate d’ammoniac , paraissant provenir de la décomposition qui s’opère entre la chaux et le muriate d’ammoniac , mêlé au tabac pour lui donner du montant.

Le Tabac fut connu d’abord par les Espagnols de l’île de tabcigo , qui le désignèrent sous ce nom. Cette plante, déjà propagée dans le Portugal , nous en fut apportée par l’ambassadeur de France Nicot, qui, à son retour dans son pays, l’offrit à Catherine de Médicis. De là , les noms de Nicotiane et d’Herbe à la reine, que l’on donna à cette solanée; mais ce ne fut que sous le règne de Louis XIII , pendant le ministère du cardinal de Richelieu, que le tabac se répandit généralement , et que son usage se multiplia. La destinée de cette plante devait éprouver toutes sortes de vicissitudes : tantôt ses qualités furent hautement prônées , et l’on ne balança pas à la nommer Herbe sainte , Herbe sacrée , Panacée antarctique , en ajoutant foi aux miraculeuses propriétés que lui attribuaient leshabitans de la Floride et les Brésiliens ; un jésuite polonais écrivit même

l N. -undulala.

■x N. tabacum .

un poème en son honneur. D’autrefois le ridicule et les persécutions tâchèrent de restreindre ou d’aboïîr son usage , et les rois semblèrent se liguer pour l’anéantir tout-n-fait ; Jacques Ier. déclara à l’Angleterre que le tabac devait être extirpé comme une herbe suspecte , et ce roi publia meme une satire contre les fumeurs ; les papes Urbain YIII et Clément XI ne dédaignèrent pas de lancer des bulles et de fulminer l’excommunication contre ceux qui prendraient du tabac dans les églises; Elisabeth d’Angleterre enjoignait meme aux bedauds de confisquer leurs tabatières ; une ordonnance de Transylvanie menaça delà perte des biens ceux qui cultivaient cette plante. La cruauté fut encore poussée plus loin en Perse , en Turquie et en Russie, où l’on vit Amurat IV et le grand duc de Moscovie en défendre l’usage sous peine de perdre le nez ou meme la vie ; cependant, ni le ridicule, ni les menaces n’arrètèrent la propagation du tabac, que la violence de ses détracteurs fit peut-être désirer davantage.

Le tabac est un poison narcotico-âcre, extrêmement énergique ; sa virulence dépend d’une huile empyreumatique excessivement âcre , qu’il contient , et dont la moindre quantité a suffi pour tuer subitement des animaux dans les expériences de MM. Brodie etMacartney. Diémerbrook rapporte que des pestiférés , séduits par la guérison miraculeuse de l’un d’eux, à l’aide d’une décoction de tabac , essayèrent le même moyen , mais qu’ils succombèrent tous. Santeul expira dans des coliques atroces , après avoir bu du vin dans lequel on avait jeté malicieusement du tabac d’Espagne. L’usage extérieur de cette plante n’a pas même été à l’abri de danger. On lit dans les Ephémérides des curieux delà nature, que des enfans, affectés de la teigne, que l’on pansait avec un topique contenant du tabac , éprouvèrent aussi des vomissemens et de violentes convulsions. L’empoisonnement par le tabac est caractérisé par des vertiges et des tremblemens continuels, joints à des déjections excessives et à la non dilatation de la pupille. Les lésions cadavériques confirment la nature irritante de ce végétal ;

SOLANÉES

MM. Orfila et Brodie ont remarqué de violentes inflammations du canal digestif, et des engorgemens des poumons et du cerveau, déterminés par son ingestion.

A l’imitation des sauvages , nous avons tenté d’introduire cette plante dans notre thérapeutique. Diémerbrook la regardait comme un excellent prophylactique de la peste j Fowler l’employait contre l’hydropisie. Le tabac a été fréquemment administré par les voies alvines dans les apoplexies et les asphyxies, «pour ébranler tout le système nerveux, et procurer à l’organisme une commotion capable de ranimer la vie prête à s’éteindre. Les Anglais ont proposé son usage dans les hernies étranglées ; mais dans un grand nombre de cas , il nous a paru très-peu efficace. Le docteur Anderson a récemment publié des observations qui tendaient .à prouver l’utilité du tabac dans le tétanos traumatique.

La poudre de tabac , aspirée par le nez , produit un agréable chatouillement , en irritant la membrane pituitaire ; la stimulation se transmet au cerveau , excite la vitalité de cet organe , et l’esprit en reçoit une lucidité inaccoutumée. L’habitude de fumer le tabac s’est généralement répandue ; quelques peuples du nord trouvent , dans l’usage de la pipe , une stimulation que les hygiénistes regardent comme salutaire contre la température froide et brumeuse de leur climat. Cette habitude, sans d’aussi bonnes raisons pour la justifier , s’est aussi étendue dans le midi , et les Orientaux en font les délices de leur vie oisive et voluptueuse ; nous avons même souvent vu jusqu’aux femmes mauresques fumer du tabac parfumé, dont la vapeur se dépouillait de son âcreté en traversant des vases en cristal doré remplis d’eau.

Tous les autres nicoti ânes paraissent être vénéneux.

BRUNFELSIE. Brunfelsia. Corolle tubuleuse * hypocrateriforme; quatre e'tamines didynames. Capsule.

Les nomenclateurs n’ont encore mentionné que deux espè-

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ces de brunfelsies, trouvées aux Antilles. Ce genre a été dédie par Plumier à Brunfels, médecin et botaniste allemand. Nous pensons avec Swartz que ces végétaux n’ont vraiment que quatre étamines didjnames , ce qui les éloignerait un peu des solanées, avec lesquelles leurs autres caractères les font naturellement classer.

NIGANDRE. Nicandra. Calice à lobes profonds, larges ; corolle campanulée. Capsules membraneuses, globuleuses, indéhiscentes.

Le fruit n’est point une baie sèche comme différens botanistes l’on dit , mais bien un péricarpe capsulaire , membraneux et transparent, se déchirant spontanément, et séparé à l’intérieur en trois , quatre ou cinq loges , par des cloisons très-minces. Le calice profondément lobé , la forme campa— nulée de la corolle , et la structure du fruit , ne permettent pas de confondre ce groupe avec les Physalis, desquels le nom d’une espèce semblerait le rapprocher *• Ce genre ne contint longtems qu’une seule plante indigène du Pérou ; Roè'mer et Schultes en ont décrit une seconde des Indes orientales. Si les nicandres n’olfrent aucune ressource à l’économie domestique ou à la médecine, le Nicandre physaloïde , ornement récent de nos jardins, nous en dédommage agréablement par la beauté de ses corolles en cloches, d’un bleu azuré.

JUSQUÏAME. Hyosciamus . Corolle à limbe oblique. Pyxide.

Les jusquiames habitent toutes l’ancien continent, et se trouvent dans l’Europe , la Perse et l’Egypte ; un grand nombre végètent vers les rivages de la Méditerranée ; une seule espèce croît en Sibérie. On en compte en tout douze ou quatorze.

i N. physaloides.

SOLAJNÉES.

La Jusquiame noire 1 est celle que l’on emploie en médecine. Cette plante est très-commune en France, le long des chemins et sur les décombres ; on y a découvert les principes mentionnés ci-après : un extractif alcalin, cristallisable , susceptible de former des sels avec les acides, et nommé Hyosciamine par M. Brandes , de l’acide gallique , de la résine , du mucilage et divers sels. Le caractère particulier de son action consiste dans un délire furieux, auquel succède l’aphonie et une extrême stupidité , appareil de symtômes qui ne laissent aucune lésion dans l’estomac , comme le démontrent les expériences de M. Orfila. Les ouvrages de Linnée, Wepffer, Boerhaave , Van-Swiéten, Haller, Spielmann , Sauvages et deM. Alibert, sont d’une malheureuse fécondité en exemples d’empoisonnemens produits par la jusquiame , que sa funeste ressemblance avec la chicorée , et celle de ses racines avec les panais , a fait souvent cueillir pour ces deux plantes. Des religieux ayant collationné avec de la chicorée inconsidérément mélée à deux racines de jusquiame, Wepffer rapporte que tout le couvent fut empoisonné. Potovillat raconte que neuf individus furent frappés d’aphonie et possédés d’un délire furieux , pour avoir bu du bouillon contenant des racines de cette plante. Simon Paulli a tracé la déplorable mort de plusieurs paysans qui avaient mangé de la jusquiame noire par mégarde. Les exhalaisons meme qui s’élèvent de ce végétal ne sont pas sans danger pour l’homme ; elles ont affecté Boerhaave , qui éprouva des tremblemens et une sorte d’ivresse pour avoir préparé un emplâtre dans lequel entrait cette plante , et le professeur Brugmans fut pris de vertiges lorsqu’il venait de l’étudier attentivement. L’énergie de ses sucs délétères est encore bien prouvée par l’histoire d’un élève de Boerhaave qui avait bravé l’Aconit et la Belladone , et qui tomba dans le délire pour avoir essayé d’affronter le poison de la jusquiame.

i //. niger.

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L’usage médical des jusquiames se trouvait répandu dans l’antiquité ; Galien et Dioscoride mentionnèrent leurs propriétés , mais leurs descriptions , si l’on en croit Schulze et Sprengel , ne se rapportent point à Yhyosciamus niger de Linnee. Stœrck , le premier parmi les modernes , s’emparant de cet agent dangereux , eut l’audace de l’éprouver sur lui-mème , et ensuite en fit l’application au traitement de diverses maladies ; il vit ses essais couronnés de succès dans certaines affections nerveuses. Les docteurs Breiting, d’Ausbourg, et Meglin, de Colmar, ont publié les bienfaits de cette plante dans des cas de névralgie faciale. Cullen , au contraire, cite la jusquiame sans lui trouver de grandes vertus. Stoll en faisait usage dans la colique de plomb , Forestus dans l’hémoptysie , Boyle dans les hémorragies, Franck et Gilibert, à l’imitation du célèbre Stœrck , dans l’hypochondrie , l’épilepsie , la manie et le squirre. Hufeland l’employait contre la coqueluche. La jusquiame est certainement trop pompeusement vantée par Yogler , contre le tétanos et les graves affections du système nerveux ; ses effets à l’intérieur ne sont encore que vaguement fixés , mais ses bienfaits et son action sédative à l’extérieur ne peuvent être révoqués en doute ; ses feuilles , conseillées par les anciens auteurs , sont encore usitées de nos jours , en cataplasme , pour apaiser les douleurs de la goutte et du cancer.

Presque toutes les autres plantes de ce genre sont douées de propriétés délétères. La Jusquiame blanche 1 doit être citée en tête pour son énergie ; le docteur Gilibert en éprouva sur lui — même les funestes effets , et M. Fodéré a rapporté l’histoire de l’empoisonnement de l’équipage d’un navire français , relâché en 1 792 dans les parages de la Morée , et dont les matelots firent de la soupe avec cette jusquiame, qu’ils avaient cueillie pour une plante alimentaire. Nous devons à Sauvages le récit des visions d’une mal?-

I JJ. a/bus. L.

SOLANÉKS.

heureuse femme qui avala un bouillon préparé avec cette solanée , et fut saisie de vertiges au milieu desquels il lui semblait que sa tête était détachée de ses épaules , tandis que son corps errait vaguement dans l’air ; cet auteur a vu aussi l’emploi de cette plante occasionner des espèces de visions étincelantes pendant lesquelles des points lumineux se succédaient et se précipitaient en pluie d’or devant les yeux ; phénomène auquel ce nosologiste appliqua le non élégant de Berlue Danaë. La jusquiame blanche est abondante en Grèce et dans l’Europe méridionale ; elle fut employée par Hippocrate ; et les praticiens de Montpellier ont imité le père de la médecine par l’usage fréquent qu’ils en font aujourd’hui ; M. Fages l’administre souvent dans la syphilis et les affections squirreuses ; le professeur Baumes dit en avoir obtenu d’heureux résultats dans les cancers , en l’alliant à la ciguë ; Fouquet en faisait aussi l’éloge dans les affections cancéreuses.

La Jusquiame dorée 1 n’a pas des sucs moins vénéneux ; il paraît cependant que certains peuples de l’Asie font une boisson enivrante avec ses graines torréfiées.

La Jusquiame physaloïde 2 jouit, au rapport deSchulze, de l’étonnante vertu de frapper l’esprit de terreur par des images effrayantes , au milieu d’un délire qui donne une apparence énorme aux plus faibles objets.

Les Egyptiens font un fréquent usage de la Jusquiame datora 3 pour calmer leurs enfans ; et l’on croit que c’était des semences de cette espèce dont se servait le sultan Sélim II pour dissiper ses chagrins loin du trône. M. Virey pense aussi qu’elles entraient pour beaucoup dans les bols qu’on offrit en Perse au voyageur Kœmpfer, à la fin d’un magnifique repas, et qui lui firent éprouver des joies inexprimables.

1 H. aureus. L.

2 H. physaloides. L.

o H. datora.

DATURA. Datura. Calice caduque, tubuleux, ordinairement anguleux. Capsule quadrivalye.

Le Datura stramoine «, qui est nommé aussi Pomme épineuse ou Herbe aux sorciers , est la seule espèce de ce genre qui soit employée en médecine. Ses graines contiennent un grand nombre de principes ; M. Brandes y a reconnu du gluten végétal , de l’albumine , de la gomme , une matière butyracée , de la cire verte, de l’huile fixe , de la tragacanthe, des matières saccharines , de l’extractif gommeux orangé , des inalates et surmalates de potasse et de daturine , des muriate , sulfate , phosphate , benzoate , carbonate et acétate de chaux , plusieurs sels à base de potasse , de la silice , des oxides de fer, de cuivre et de manganèse, et de l’alumine. La Daturine , alcali organique , cristallisable en flocons aciculaires , décou- A ert par M. Brandes , se retire de ses semences où il est à l’état de malate acide.

Le datura stramoine infeste quelques campagnes de la France ; il exhale une odeur fétide; toutes ses parties sont vénéneuses, mais ses sucs délétères semblent s’ètre concentrés plus abondamment dans les fruits et les racines. Les écrits de Haller , Rrause , Stœrck , Sprengel , Vicat , Sauvages , Alibert et Orfila, attestent les fréquens empoisonnemens causés par cette plante. SAvaine et Yicat rapportent qu’une décoction de trois capsules de la pomme épineuse dans du lait, détermina un délire furieux, avec la paralysie générale du corps ; et l’on vit, à ce que dit Garidel , le bourreau d’Aix et sa femme danser pendant une nuit , tout nus, dans un cimetière qu’ils profanaient par leurs extravagances , après que des filous les eurent plongés dans le délire au moyen de cette plante.

La pomme épineuse doit être rangée parmi les agens exci— tans de l’encéphale ; elle laisse souvent après son usage de

1 JJ. stramonium.

S0LANEES.

tristes désordres, tels que l’affaiblissement de la mémoire ou sa perte absolue, et, dans certains cas, l’aliénation mentale. C’était de cette propriété d’obscurcir quelque tems la mémoire que se servaient des courtisanes de l’Inde et de l’Egypte, qui mêlaient du stramoine à de délicieux breuvages, et qui profitaient de l’ivresse léthargique dans laquelle ils plongeaient leurs amans , pour leur dérober leurs richesses. Sauvages nous a raconté que chez nous des voleurs dévalisaient les voyageurs après avoir glissé des semences de cette plante dans leur vin ; ce poison les enivrait et les jetait dans un sommeil profond , que suivait un délire pendant lequel ils erraient plusieurs jours sans proférer une parole. Haller ayant ouvert une femme empoisonnée par cette plante , trouva la muqueuse intestinale fortement enflammée.

Stoerck employa le premier le datura en médecine, et Vandermonde , Sauvages , Haller, Pinel et Alibert, démontrèrent que son action était à peu près analogue à celle de la belladone et de la jusquiarne. L’administration du stramoine par Stœrck dans l’épilepsie, la manie et les convulsions, fut bientôt imitée par Bergius , Durande , Greding, Razoux etHufeland. Certains expérimentateurs n’ont obtenu de ce médicament que des succès douteux , tandis que d’autres le vantent comme un des plus merveilleux secours de l’art ; avec lui, M. Roques a vaincu un délire intermittent, et M. Orfila une céphalalgie rebelle. L’usage de cataplasmes de stramoine a aussi obtenu du succès dans des carcinomes et des inflammations du sein ou des brûlures. Les voies aériennes ont été soumises à la médication du stramoine , et l’on a poussé l’audace jusqu’à introduire la fumée de cette plante dans les bronches , à l’aide de l’inspiration , pour remédier aux désordres spasmodiques dont les organes respiratoires sont quelquefois le siège. Ce végétal dangereux a même été associé aux plaisirs de l’homme , avides de jouissances , les orientaux ont transformé ce poison en une liqueur enivrante qui les plonge dans un délire délicieux .

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La prudence ordonne de suspecter toutes les autres plantes de ce genre. Le Datura fastueux 1 possède aussi des propriétés vénéneuses. M. Lenionnier raconte que les vapeurs qui s’exhalaient d’un Datura arborescent 2 qui ornait un balcon, provoquèrent des céphalalgies chez plusieurs personnes qui habitaient les appartemens voisins.

BELLADONE. Atropa. Corolle tubuloso-campanulée. Baie biloculaire, ordinairement déprimée.

On a décrit environ seize espèces à' atropa ,• trois ou quatre croissent dans l’Amérique méridionale ; les autres ont été trouvées aux Canaries et au Japon.

La Belladone vulgaire 3, Solarium furiosum de Tournefort, que ses vertus médicales font souvent employer, est une plante très-commune en France. M. Brandes en a publié une analyse , et il a trouvé qu’elle est composée de malate acide d’atropine, de gomme , d’amidon , de chlorophylle résineuse, de ligneux, de matières analogues à rosinazôme,et de sels. L’Atropine, nouvel alcali végétal cristallisable , qui paraît jouir des propriétés actives de la belladone , se retire de cette plante à l’aide de certaines opérations chimiques ; le nom mythologique A' atropa , spirituellement imposé par Linnée au genre belladone , ne laisse aucun doute sur les propriétés malfaisantes des végétaux qu’il renferme.

La belladone est une des plantes les plus vénéneuses de la famille dessolanées ; c’est particulièrement dans les lieux déserts, au milieu des décombres, qu’on rencontre ses hautes tiges herbacées portant des fleurs pendantes et solitaires , d’un rouge sombre et ferrugineux, auxquelles succèdent bientôt des baies noires et luisantes. Ses fruits ayant une ressemblance malheureuse avec certaines cerises, leur jus vermeil et leur goût douceâtre et sucré ont souvent engagé les pâtres ou les enfans à

1 D. fastuosa.

2 D. arborea.

3 A. beüaduna.

SOLANÉES

s’en saisir ; chaque page des traités d’histoire naturelle ou de médecine , nous offre de ces malheureux exemples dont on peut surtout contempler les tristes détails dans les écrits de Boerhaave, Van Swiéten, F. Hoffmann , Sauvages, Wepffer, Vicat , Bulliard , Murray , Pinel et Alibert. Gmelin rapporte qu’un berger accablé de soif et de chaleur , au milieu d’un jour brûlant, voulut se désaltérer avec des baies de belladone dont la douceur l’avait séduit ; il éprouva d’abord des convulsions et bientôt mourut ; sur quatre bûcherons de la foret de la Pérouse , qui mangèrent de ces fruits et tombèrent en démence , deux éprouvèrent le meme sort. M. Gaultier de Ciaubry a tracé l’histoire d’un détachement français qui campait en Allemagne ; les soldats altérés ayant mangé des fruits de belladone , quelques uns tombèrent morts au pied de la plante ; d’autres expirèrent «à quelques pas. Ceux qui restaient , troublés par le délire , se dispersèrent dans les bois , ou , attirés par les feux des avant-postes , vinrent se précipiter dans les flammes ; les autres ne furent retrouvés que le lendemain ; tous étaient dans un désordre extrême. Chez tous la vision était confuse ou presque entièrement éteinte, les pupilles dilatées et immobiles ; tous les souvenirs de cet état extraordinaire s’évanouirent à leurrétablissement.CependantGilibert rapporte que l’on a vu des personnes manger des baies de belladone sans en éprouver d’accidens ; on connaît l’histoire d’un idiot qui avala une trentaine de ces fruits et n’en fut que très-légèrement incommodé. Un carrier, dans une de mes herborisations, m’assura avoir mangé , sans le moindre accident , plus de douze baies de belladone , et que plusieurs de ses compagnons en dégustèrent chacun plein leurs deux mains ; il faut donc admettre que ce poison agit diversement selon les individus.

La racine et les tiges de la belladone produisent aussi des accidens terribles , comme le rapportent les ouvrages de Mathiole, Ray , Wepffer , Junker , Gmelin. Par une politique affreuse , des nations se sont servi à la guerre de cette plante pour empoisonner les boissons de leurs ennemis. L’historien

Buchanan rapporte que les Ecossais , par cette trahison qui déshonora leur victoire, taillèrent en pièce une armée Danoise qu’ils avaient plongée dans le délire et le sommeil.

Dans l’empoisonnement produit par la belladone, l’encéphale et les poumons sont spécialement affectés ; le cerveau est injecté et engorgé de sang veineux. Selon M. Flourens, cette effusion sanguine n’a d’abord lieu que sur les tubercules quadrijumeaux , puis se répand ensuite aux lobes cérébraux , et de là naissent, selon lui , les différentes lésions de la vue. M. Orfüa a vu que l’action locale était ordinairement peu intense et se bornait à une simple rougeur de l’estomac ou des intestins. Roques prétend au contraire que les traces cadavériques ont quelquefois été des gangrènes du canal digestif, accompagnées de plaques bleuâtres sur l’abdomen et d’une intumescence énorme du corps , dont la putréfaction s’emparait promptement. Mappi rapporte que le vin de belladone accasionna une gangrène universelle.

Quand on considère la belladone sous le rapport de ses propriétés médicales , on est étonné des nombreux écrits qu’elle a fait éclore. Conrad Gesner se servait dans la dysenterie d’un sirop de baies de belladone , et il prétend en avoir retiré de grands avantages. Mais c’est surtout contre les névroses que cette plante est efficace ; en effet Muench a pompeusement vanté la belladone contre la manie , la mélancolie , l’épilepsie et l’hvpochondrie. Greding , Stoll , l’ont aussi préconisée dans l’épilepsie , et Turquet de Mayerne, F. Muench et Bucholtz ont proclamé la racine de ce végétal comme le spécifique de l’hydropbobie : Mais il faut avouer que malheureusement rien ne confirme cette vertu. Alberti , Junker , Zimmermann et Cullen ont vu des squirrhes , et meme des cancers , se dissiper par son emploi ; mais , d’un autre côté , cette dernière assertion a été réfutée parles plus célèbres antagonistes ; Heister, Haller , Dehaen et Schmucker , ont meme avancé que ce végétal était quelquefois nuisible dans ces maladies ; cependant on ne peut nier que si la belladone n’arrëte pas les désorganisations

SOLANÉES

des cancers , elle a souvent été utile pour apaiser leurs douleurs et procurer le sommeil. En consultant les fastes de l’art, on découvre qu’il n’est presque pas de maladies que l’on n’ait essayé de combattre par ce médicament.

La chirurgie moderne a employé avec succès la belladone dans les affections des yeux. Dupuytren et Guignon de Livourne , l’ont vue enlever des phlogoses des membranes de l’œil ; elle est souvent mise en usage pour dilater la pupille avant l’opération de la cataracte. Les convulsions qui surviennent pendant l’accouchement ont cessé sous les yeux de mesdames la Chapelle et Legrand , au moyen de frictions exécutées sur le col de l'utérus trop rigide , avec la pommade de belladone du professeur Chaussier.

MANDRAGORE. Mandragora. Corolle campanule'e ; filets anthérifères à base dilatée. Baie uniloculaire.

Le genre mandragore ne contient qu’une seule espèce ; anciennement établi par Tournefort , il ne fut point admis par Linnée qui le comprit dans son atropa. Des observations nouvelles de Gærtner et de de Jussieu ont engagé à revenir aux vues de notre illustre compatriote en admettant le genre mandragore , qui diffère principalement des atropa par ses étamines élargies et rapprochées à leur base , et surtout par son fruit à une seule loge , renfermant des graines dispersées dans la pulpe , près de sa surface , tandis que dans les belladones les baies sont biloculaires , et les graines se trouvent implantées sur des placentas convexes.

La Mandragore officinale 1 , vulgairement nommée Mandragore mâle ou femelle , est célèbre dans les annales des superstitions.

Les rochers solitaires et l’ombre des cavernes du beau climat de la Grèce et de l’Italie sont les lieux préférés par ce végétal,

1 31. nfficinalis. Mil.

<|ue l’antiquité entoura de ses erreurs fabuleuses ; le nom d ’Antropomorphos , que Pythagore lui avait donné , contribua sans doute à faire croire aux magiques vertus dont on le décorait. On croyait que son influence accordait les faveurs de la marternité aux épouses stériles ; on racontait que la mandragore épouvantait les sorciers et qu’elle jouissait de la puissance de faire naître l’amour comme les philtres de la magicienne Circée , dont Pline et Dioscoride lui avaient donné le nom(Circœa.). Cette opinion a même traversé les siècles pour s’établir chez les modernes où elle était encore en faveur du tems de Machiavel, comme nous le voyons dans sa comédie de la Mandr agora.

On crut longtems, et le nom d ’Antropomorphos semblait justifier cette opinion , que les racines de la mandragore offraient des formes humaines ; d’anciens livres les représentent même sous ces traits et distinguées par les caractères sexuels. Dans les siècles d’ignorance, les charlatans se servaient des racines de cette plante pour leurs conjurations, après les avoir transformées en grossières figures d’hommes. C’était sous cette forme que le vulgaire croyait qu’elles se trouvaient au pied des gibets , renaissant ainsi des débris des suppliciés , et la crédulité ajoutait que l’on ne pouvait les ceuillir sans s’exposer mortellement.

Les anciens nous ont même transmis les pratiques superstitieuses qu’il était nécessaire d’exécuter, pour se soustraire à tout danger, lorsqu’on voulait extirper la racine de cette so— lanée merveilleuse. Ne se contentant pas d’accorder des vertus extraordinaires à la mandragore , ils prétendaient qu’elle était douée de sensibilité , et que jouissant de la faculté de l’exprimer , elle poussait des gémissemens quand on l’arrachaii du sol natal ; c’était à cause de cela que l’on prescrivait à ceux qui allaient la cueillir , de se boucher les oreilles afin qu’ils ne fussent point attendris par ses cris. Théophraste dit que pour arracher la mandragore , il faut tracer trois cercles autour d’elle avec la pointe d’une épée , puis l’enlever en regardant

SOLANÉES

l’Orient , tandis qu’un des assistans danse aux environs en prononçant des paroles obscènes. Pline décrit aussi les cérémonies que l’on doit mettre en usage pour se procurer cette herbe ; afin de se soustraire aux prétendus dangers de cette opération, quelques hommes crédules conseillèrent meme de la faire à l’aide d’un chien qu’on liait à la plante et sur lequel on assurait qu’elle exerçait tout son maléfice : cet animal était considéré alors comme voué à une mort certaine.

La puissance délétère de la mandragore est aussi énergique que celle de la belladone. Le professeur Fodéré éprouva des vertiges avec des faiblesses , pour s’étre livré à l’étude d’une de ces plantes. Le docteur Spon de Lyon eut du délire pour avoir mangé de la racine de mandragore. Mais les gros fruits jaunes et sphériques de cette plante ne jouissent probablement pas de la meme puissance vénéneuse que ceux de la belladone , et l’on sait que le professeur Hernandez en mangea un entier pour prouver leur innocuité. Malgré cela , les auteurs judicieux n’admettent point que les fruits de cette plante soient les memes qui , sous le nom de mandragores , sont considérés , dans l’Ecriture sacrée , comme un aliment agréable ; selon Linnée , ces prétendues mandragores ( Dudaïm ) que Rachel acheta à sa sœur un prix si extraordinaire , étaient les fruits d’un concombre 1 qui abonde dans l’Orient.

L’histoire rapporte qu’Annibal , envoyé par les Carthaginois contre des Africains révoltés, feignit de se retirer après un combat , en abandonnant sur le champ de bataille quelques vases remplis de vin dans lequel il avait fait macérer des racines de mandragore ; les barbares burent sans défiance cette liqueur , mais bientôt ils tombèrent dans la stupeur, et ce grand capitaine , revenant alors sur ses pas , dut à cet artifice une victoire facile.

Les médecins de l’antiquité utilisèrent les propriétés nar- ) cotiques de la mandragore , elle fut employée par Hippocrate

a C. (hidairn. L.

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dans les convulsions et les douleurs arthritiques ; puis , par Dioscoride et Galien , pour exciter le sommeil ; Rhasès et Avicenne se servaient de sa racine pour assoupir les malades prêts à subir de graves opérations.

Cette racine, qui paraît receler des sucs plus énergiques que les autres parties , est un émétique violent provoquant le sommeil. Boerhaave a fait disparaître des tumeurs scrophuleuses avec des cataplasmes de feuilles de mandragore. Hoffmann et Swédiaur préféraient la racine , avec laquelle ils prétendent avoir guéri les memes affections et des engorgemens syphilitiques.

COQUERET. Phjsalis. Calice campanule, accrescent , recouvrant la baie globuleuse et biloculaire.

Trente-cinq espèces de physalis sont répandues dans la nature. Ces plantes croissent principalement en Europe et dans les deux Amériques ; quelques-unes sont disséminées au Japon , dans l’Inde et la Nouvelle-Hollande ; leurs fleurs sont ordinairement jaunâtres , très— rarement bleues 1 .

Le Coqueret alkekenge 2 a été employé dans l’antiquité ; ses faibles vertus l’ont fait presque totalement abandonner de nos jours. Pline dit bénévolement que les vapeurs qui s’exhalent de cette plante assoupissent les reptiles venimeux. Son fruit, dont la saveur acidulé et aigrelette propagea sans doute l’usage alimentaire en Espagne , en Suisse et en Allemagne , dut anciennement à sa beauté la faveur d’orner la coiffure des dames d’Athènes , comme le rapporte Galien.

La médecine n’employa que rarement les feuilles de l’alkckenge , qui furent cependant conseillées par James en topique sur les érysipèles dangereux. Ce sont les baies de cette solanée dont l’action sur l’organisme mérite le plus de confiance : essayées par Dioscoride dans l’ictère et l’ischurie ; vantées ensuite dans cette dernière maladie par Arnaud de Villeneuve

1 P. prostrata .

2 P, alkekengi.

SOLANÉES

et Mathiole , les médecins de nos jours s’accordent à leur reconnaître de faibles propriétés rafraîchissantes , diurétiques et légèrement laxatives , Gilibert vit leur usage couronné de succès dans plusieurs hydropisies. Ray prétend avoir prévenu les accès d’une goutte opiniâtre, en astreignant son malade à l’usage des fruits d’alkekenge ; mais on s’étonne de voir Lister conseiller comme lithontriptique les trochisques de cette plante, inventés par la monstrueuse polypharmacie de Mésué.

Le Coqueret comestible 1 du Pérou fournit des fruits abondans , dont l’usage est sans danger ; cependant on rapporte qu’ils ont causé quelquefois un peu d’assoupissement. Le Coqueret somnifère 2 , qui croît dans l’Europe méridionale , recèle dans ses feuilles les propriétés stupéfiantes que son nom semble annoncer.

MORELLE. Solanum. Corolle rotacee; anthères s’ouvrant en haut par deux pores. Baie.

Le nombre des solanum connus s’élève aujourd’hui à trois cent vingt espèces , selon Dunal ; presque tous sont originaires des climats chauds des deux continens, et surtout de l’Amérique équinoxiale. Leurs fruits offrent des dimensions et une configuration variées ; ordinairement globuleux ou ovoïdes , ils sont quelquefois cylindriques ou toruleux ; et quoique le plus souvent ils soient à deux loges, ils en offrent parfois trois ou quatre qui semblent dues à l’accroissement de cloisons supplémentaires développées sur les deux placentas primitifs.

La Morelle tubéreuse 3 , qui est la plus utile des solanées , est originaire du Pérou ; elle en fut apportée à l’ancien continent, où elle se trouve aujourd’hui généralement cultivée. M. Yauquelin a signalé dans les tubercules de cette plante , connus sous le nom de Pommes de terre , les principes suivans : de l’eau, de l’amidon, du parenchyme, de l’albumine, de l’as-

\ P. edulis .

2 P . somnifera.

3 S. tuberosurn.

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paragine, une résine amère et aromatique, une matière nnîmalisée particulière colorée ; des citrates de potasse et de chaux , des phosphates de potasse et de chaux , et de l’acide citrique libre. On retire de ces tubercules une fécule alimentaire abondante , qui contient du sucre et de l’alcool , et dont l’emploi aurait enlevé au froment la première place parmi les plantes utiles à l’homme , si elle eût contenu du gluten . Cette fécule s’y trouve sous la forme d’une poudre blanche, éclatante, ayant l’apparence cristalline ; elle est rude au toucher, et, observée au microscope , elle ressemble à de belles perles de nacre , affectant des formes diverses, et dont le diamètre varie de i/8ài/ioode millimètre. L’analyse a démontré à Berzélius qu’elle était composée d’hydrogène , de carbone et d’oxigène ; traitée par l’eau et l’acide sulfurique , on en obtient un sirop abondant que l’on n’a pu encore faire cristalliser ; enfin , la fécule de ce végétal fournit aussi une quantité considérable d’alcool , et déjà le commerce en tire un si grand parti , que M. Robiquet publiait, en août 1821 , que les fabriques des environs de Paris produisaient par jour dix mille litres d’alcool rectifié de fécule de pomme de terre.

Cette plante, déjà fort anciennement connue au Pérou, nous en fut apportée au seizième siècle par les Espagnols ; sa culture se répandit bientôt dans toutes les régions de l’ancien continent , et aujourd’hui l’habitant des glaces polaires et celui des sables des tropiques la voient également fertiliser leur sol et leur prodiguer un aliment aussi sain qu’abondant. La méfiance environna quelque tems l’usage de cette solanée ; on craignait qu’elle ne recelât quelques principes dangereux, comme plusieurs de ses congénères; mais enfin la vérité s’est montrée, et ce bienfaisant végétal s’est universellement propagé , grâce au zèle ardent de Parmentier, qui le fit connaître après les premières notions que nous en avait laissées le botaniste Lécluse ; ce fut Parmentier qui indiqua la manière de faire le pain de pomme de terre, qui nous a déjà préservé de la famine. En Allemagne, on obtient une espèce de beurre des tubercules de cette plante.

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M. Lemonnier rapporte qu’une famille entière éprouva des accidens pour avoir mangé des pommes de terre cuites dans de l’eau qui avait servi plusieurs fois à cet usage , et qui se trouvait saturée de leurs principes actifs. Ce fait paraît démenti par les expériences de Dunal.

Les feuilles et les sommités de la morelle tubéreuse avaient été regardées pendant un tems comme légèrement calmantes et recommandées à l’extérieur ; mais ces faibles vertus sont aujourd’hui tombées dans l’oubli, aussi bien que l’efficacité lithontriptique accordée jadis bénévolement à cette plante.

La Morelle des montagnes 1 fourni tune racine très-analogue à notre pomme de terre , et que les Indiens mangent fréquemment dans leurs repas ; elle sert aussi à engraisser les bestiaux au Pérou, selon Ruiz et Pavon.

La Morelle mélongène 2, nommée par Dunal Morelle édule 3, pour désigner son usage , porte des baies ovoïdes , blanches ou violettes, nommées Aubergines, qui forment un mets trèsagréable. On les avait crues vénéneuses dans un tems où l’on confondait ces fruits avec ceux de la Morelle ovigère 4 , dont les graines sont enveloppées d’une pulpe âcre et délétère , mais que l’on peut cependant manger avec sécurité quand on les a dépouillées de cette partie dangereuse , ce que l’on fait à Java pour cette plante , et dans l’Inde pour le S. pressum, dont on chasse, par la compression, les graines avec leur pulpe.

D’autres morelles fournissent encore des fruits qui servent à l’alimentation dans certains pays : ainsi, la Morelle de Quito5, qui a le goût de l’orange ; la Morelle muriquée 6 , semblable à nos melons, et les S. nemorense y Dun. , anguivi, Lam. , album , Lour., œthiopicum, Jacq., se mangent au Pérou, à la Chine, à Madagascar et au Japon. On peut conclure, en général, de ces exemples, que tous les fruits des morelles sont

1 S. montanum. 4 A. ovigerum.

2 S. melongena. L. 5 S. quitœnsce. Lam,

3 S. esculentnm. 6 S. muricatum.

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d’une saveur douce et sucrée , tout-à-fait inerte , qui réside dans la substance du sarcocarpe , mais qu’ils recèlent cependant quelquefois une pulpe verdâtre qui entoure les semences , et dont l’amertume annonce le danger. Elle seule est délétère.

La Morelle douce-amère 1 doit son nom spécifique à ses tiges , dont la saveur douceâtre et sucrée se change bientôt en une légère amertume. Cette plante recèle, dans toutes ses parties, un alcali découvert par M. Desfosses, qui le nomme Solanine , et lui prête des propriétés analogues à celles de l’opium. Ses fruits renferment une pulpe d’un goût fade et nauséabond. Floyer les avait réputés vénéneux, d’après une seule expérience qui a été anéantie par celles de Dunal. L’ino— cuité de ces fruits semble assez prouvée par l’usage que l’art en faisait du tems de Mathiole , où ils étaient administrés dans les maladies cutanées.

L’emploi médical de cette plante , aujourd’hui restreint à de sages limites , fut singulièrement répandu pendant un tems où de séduisantes apologies l’avaient proclamée comme une véritable panacée universelle. Linnée, Carrère, Razoux, Sauvages, Barthez, Werlhof , Baumes et Fouquet contribuèrent beaucoup ù en étendre l’usage , tandis que d’autres médecins tendaient à le faire tomber en discrédit. Linnée, qui contribua tant à faire employer la douce-amère , dit l’avoir trouvée efficace dans les rhumatismes , le scorbut et la syphilis, ainsi que contre la gale, maladie dans laquelle les Uplandes s’en servent encore fréquemment . Boerhaave , à ce que rapportent Haller et Linnée , l’employa avec succès dans la pleurésie et la pneumonie; Werlhof et Sagar ont même vanté son efficacité contre la phthisie pulmonaire ; Sauvage guérit , par son emploi , des syphilis , et Murray des douleurs ostéocopes et des ictères ; Razoux en fit l’éloge dans les hydropisies, les scrophules et les cancers. Les succès que l’on a attribués à cette plante ont été exagérés ; il

* S. dulc a tn ara „

SOLANÉES

faut cependant reconnaître qu’elle détermine dans l’organisme certains moilvemens souvent salutaires dans les affections rhumatismales et arthritiques . Les observations de Carrère, Razoux et Bertrand semblent constater les bons effets de la douceamère contre les dartres ; cependant Alibert, placé au centre d’un vaste théâtre de maladies cutanées, n’en a obtenu qu’un succès médiocre dans ces affections. Les docteurs Busch et Hufeland l’indiquent encore dans la phthisie pour dissiper les accidens scrophuleux du poumon ; enfin , on a fait usage de la douce-amère à l’extérieur ; Sebizius l’employait dans les engorgemens des mamelles, et Fuller dans les contusions.

La Morelle noire 1 , plante herbacée qui exhale une odeur vireuse , croît aux bords des chemins. Les propriétés délétères qu’on s’était efforcé de trouver dans cette solanée , que la couleur de son fruit aura pu faire confondre avec la belladone , sont loin d’être prouvées. Orfila a expérimenté qu’une faible quantité d’extrait de cette morelle pouvait être mortelle aux animaux, mais on doit croire que son action est différente sur l’homme , puisque Théophraste et Dioscoride racontent qu’elle était employée, de leur tems, comme potagère , et aujourd’hui elle est encore alimentaire et servie en guise de légumes dans quelques campagnes de la France, au Malabar et à l’île Bourbon. Desbois de Rocliefort , qui en a donné des doses considérables , n’a jamais vu d’accidens se développer.

Les fruits noirs de cette morelle , que des observations de Camérarius, Gmelin , Wepffer et de MM. Alibert et Bertrand, sembleraient annoncer comme dangereux , ont été tout à fait inertes dans les expériences de M. Dunal qui en a avalé luimême un nombre considérable , sans inconvénient. Spielmann avait déjà fait pressentir ces résultats en administrant , sans danger, le suc des baies de cette plante à des malades. Toutes.

ï S. nigrum..

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ces considérations nous font douter que la morelle noire ait toujours été le sujet des rapports faits par les auteurs sur leurs qualités malfaisantes , et cette opinion est encore fortifiée par la grande consommation que nous savons que l’on fait de ces fruits dans l’Ukraine et l’Egypte.

La Solanine se trouve seulement dans les baies , et c’est h cet alcali organique qu’on prétendait qu’elles devaient leurs propriétés , mais sa quantité est si faible que son action ne doit pas être sensible .

Du tems d’Hippocrate , cette morelle fut employée comme sédative , et Celse la vanta appliquée sur la tête , dans la phrénésie. Certains auteurs ont trouvé à cette plante des propriétés calmantes , dont l’action s’étendait particulièrement vers les organes urinaires, et de là elle a obtenu le titre de diurétique, M. Alibert l’a préconisée dans les dartres vives et rongeantes. Ses injections ont souvent apaisé les souffrances des maladies de l’utérus.

La Morelle cultivée 1 , est une espèce qui se rapproche pour le faciès, de la morelle noire ; des notes renfermées dans l’herbier de A. Richard annoncent que cette plante est cul-* tivée à la Guiane et dans les Antilles , et que les naturels de ces pays mangent sa partie herbacée qui passe pour un aliment recherché .

TOMATE. Lycopersicum. Corolle rotacée, à cinq ou six divisions ; examines syngénèses. Semences velues.

Si l’aspect général de la fleur et du fruit des tomates a pii faire rapprocher ce genre des solarium , il en est bien distinct par le plus grand nombre de lobes de son calice et de sa corolle^ par ses étamines syngénèses plus nombreuses et à anthères Ion-, gitudinalement déhiscentes et surmontées d’une couronne

l S. uleraccum. Lin.

S0LANEES. 44 r

membraneuse ; enfin par un fruit plus compliqué et renfermant des semences velues.

La Tomate édule 1 offre dans son fruit un aliment recherché pour nos tables. Cette espèce présente toujours des fleurs anomales plus ou moins compliquées , et qui paraissent évidemment dues à la soudure latérale de plusieurs fleurs ensemble ; elle est originaire du Brésil , et actuellement cultivée dans tous les jardins potagers.

Les fruits des tomates sont remplis d’une pulpe édule ; Galien et Avicenne donnaient à certaines espèces le nom de pommes d* amour , pour énoncer la vertu qu’on leur prêtait de ranimer la tendresse ; dès leur époque , l’homme les employait déjà pour son alimentation. Avicenne attribuait meme la lèpre à leur fréquent usage ; c’est un tort. La tomate édule est un aliment très-sain. Dans l’Inde, e’est delà Tomate cérasiforme 2 dont on fait ordinairement usage.

PIMENT. Capslcum. Corolle campanulo-rotacëe ; anthères intorses. Baie polymorphe , subuniloculaire , à cloison nulle en haut.

Les naturalistes ont mentionné environ vingt espèces de pimens ; presque toutes sont très - anciennement connues , et originaires des Indes orientales ; quelques unes croissent dans l’Amérique équinoxiale. Ce genre est fort naturel ; la couleur constamment blanche de ses fleurs s’accorde avec l’harmonie deleurs formes ; mais ses fruits présentent une structure aussi variée que leurs couleurs sont inconstantes : souvent d’un rouge éclatant ou d’un jaune clair, quelquefois il sont teints en violet ou d’un beau noir luisant. Le Piment annuel 3 est l’espèce la plus répandue, et celle dont la culture s’est propagée > pour l’usage culinaire, de l’Inde dans l’Amérique et l’Europe.,

i L. esculentum.

a L . cerasifunne.

3 C. annuum.

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C’est une petite plante herbacée que ses fruits d’un beau rouge luisant ont fait nommer Corail des jardins. Toutes les parties de ce végétal ont une saveur extrêmement âcre et brûlante, qui domine surtout dans ses fruits dont le moindre contact irrite fortement les membranes muqueuses ; cependant cela n’a pas empêché l’homme d’en adopter l’usage sur les tables, après qu’on les eût vantés comme d’utiles excitans de l’appétit et comme des fortifians de l’estomac. Les Indiens mangent ces fruits avec délices dans tous leurs mets ; à Naples on ne les recherche pas moins; le peuple les avale même tout crus.

LYC1ET. Lycium , Corolle tubuleuse ; étamines ordinairement saillantes et à base pubescente. Baie.

Toutes ces plantes, dont les fleurs , ordinairement empourprées ou violettes , précèdent des baies pendantes d’un beau rouge-orangé ou d’un bleu noirâtre , sont répandues à la fois dans les deux mondes et se trouvent en même tems au Pérou et à la Chine , vers le cap de Bonne-Espérance et dans la Sibérie ; la Barbarie et le bassin de la Méditerranée en produisent diverses espèces.

Le Lyciet d’Europe 1 vient naturellement en Espagne , en Italie et dans les provinces méridionales de la France. Le Lyciet de la Barbarie a croit spontanément près Paris , et c’est lui qui , sous le nom de jasminoïde , est cultivé dans un grand nombre de jardins , où il forme des haies du plus agréable aspect et sert à confectionner des tonnelles.

Dans l’Europe méridionale les buissons épais que produisent ces deux espèces servent à former des clôtures que leurs épines rendent impénétrables. En Espagne, et dans les campagnes environnant Aix et Montpellier, les villageois mangent, assaisonnées en salade, les jeunes pousses et les feuilles du lyciet d’Europe. Il ne paraît point que la médecine ait

i Z. europœum.

2 L. barbaruin.

CONVOLVULACEES.

jamais cherché à utiliser les baies abondantes de cet arbuste ; cependant le goût douceâtre et mucilagineux de leur pulpe semblerait y annoncer des propriétés tempérantes et faiblement calmantes qui pourraient les rendre précieuses comme succédanées des fruits du jujubier.

GESTREAU. Cestrum. Corolle tubuloso-infundibuliforme ; examines incluses, à filets à base gibbeuse. Baie.

On connaît trente-deux ou trente-quatre espèces de cestreaux ; toutes sont des arbrisseaux exotiques, dispersés dans les diverses régions de l’Amérique et du cap de Bonne— Espérance. Ces végétaux n’ont guère d’affinité qu’avec les lyciets ; mais ceux-ci sont des arbrisseaux sarmenteux dont les tiges flexueuses sont hérissées d’épines , et leurs corolles hypocra— tériformes sont munies d’étamines à filets droits et villeux , tandis que les cestreaux sont entièrement désarmés et offrent des corolles renflées à la gorge et portant des étamines dont les filets sont gibbeux et dénués de poils à leur base.

Au rapport de Burmann , quelques peuplades de l’Afrique se servent des semences du Cestreau vénéneux 1 , mêlées à la viande , pour détruire les bêtes féroces qui infestent leurs retraites. Le Cestreau de nuit3 présente une de ces anomalies bien dignes de fixer l’attention; c’est quand la nuit commence que ses thyrses fleuris l’entourent d’une atmosphère embaumée mais celle-ci cesse de se produire avant le retour du jour.

FAMILLE DES CONVOLVULACÉES.

Calice monose'pale, quinquélobé; corolle monopétale, campanulée , entière ou quinquélobée,pen-

i C. venenatum.

2 C. nocturnwn.

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tandre. Capsule forme'e d’une à quatre valves , et <V une à quatre loges , dont les cloisons correspondent aux sutures valvaires ; embryon roule' ; pe'risperme mucilagineux.

Les végétaux de cette famille sont herbacés ou frutescens et souvent volubiles ; ils portent des feuilles alternes et sans stipules.

LISERON. Convolvulus. Calice nu ou offrant deux bracte'es ; corolle plissée , entière ou à cinq angles ; stigmate bifide. Capsule à une ou deux loges dispermes.

Convolvulus provient de convolvere , entourer , et exprime l’habitude qu’ont ces plantes de s’entortiller autour des corps qui les avoisinent.

Le Liseron des baies 1 qui est commun en France , offre des corolles blanches que l’on a comparées à celles du lis ; c’est meme delà qu’est provenu son nom générique français etPline dit qu’en formant ses belles fleurs , la nature s’essayait à créer le lis.

Le Liseron jalap 3, qui est originaire du Mexique , fournit le purgatif nommé Jalap, si fréquemment employé. Le Liseron scammonée, le Liseron mécoacan et le Liseron turbitb, qui offrent des médicamens d’une action analogue , appartiennent aussi à ce genre .

Le Liseron patate 3, qui croît dans l’Inde , présente des racines alimentaires.

IPOMEE. Ipomœa. Corolle campanule'e ou infim-

1 C. sepiwn.

2 C.jalappa.

3 C. batatas.

POLEMONIEES. 44^

dibuliforme , subentière ; stigmate capitë. Capsule triloculaire , polysperme.

Cette appellation est formée de irroç, liseron , et de o[/.oioç , semblable. Les ipomées habitent les contrées tropicales.

ÉVOLVULE. Evolvulus. Corolle subrotacée , quadri ou quinquélobëe ; quatre stigmates. Capsule quadrivalve , à quatre loges monospermes.

Les évolvules sont presque toutes indigènes des contrées chaudes de TAmérique et de l’Asie .

CUSCUTE. Cuscuta. Corolle subglobuleuse , ordinairement quinquélobëe , garnie intérieurement de cinq appendices découpés ; cinq étamines ; Pyxide globuleuse , à deux loges dispermes.

Par ce nom , que l’on croit provenir de consuo , coudre , on a voulu indiquer le lacis que les cuscutes forment sur les végétaux sur lesquels elles vivent en parasites.

FAMILLE DES POLÉMONIÉES.

Calice monosépale , quinquélobé ; corolle monopétale , quinquélobëe , pentandre , ordinairement régulière. Capsule triloculaire , à trois valves septifères sur leur milieu.

Les polémoniées sont des végétaux ligneux ou herbacés ? à feuilles alternes ou opposées.

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POLÉMOINE. Polemonium. Corolle rotace'e ; anthères cordiformes. Capsule à loges polyspermes.

Selon Mérat , ce nom vient de nohvç , beaucoup , et de l jlovoç , seul , et indique qu’un grand nombre de folioles sont insérées sur un pétiole unique . Les polémoines sont herbacées ; leurs fleurs sont ordinairement bleues. Presque toutes croissent dans les deux Amériques.

La Polémoine bleue x, qui est originaire de l’Angleterre et de la Suisse, est fréquemment cultivée dans nos jardins.

PHLOX. Phlox. Calice cylindroïde ou subprismatique ; corolle hypocràte'riforme. Capsule à loges monospermes.

Théophraste avait employé ce mot, qui provient de feu , pour désigner un végétal qui nous est inconnu. Les plantes de ce groupe sont herbacées ou sous-frutescentes ; elles croissent en grande partie dans l’Amérique septentrionale ; la beauté de leurs fleurs et la facilité avec laquelle on les propage ont contribué à les répandre dans nos jardins.

GANTU. Cantua. Corolle infundibuliforme. Capsule à loges polyspermes ; graines aile'es.

Ces plantes portent une dénomination américaine ; elles sont principalement originaires du Pérou.

BONPLANDIE. Bonplandia. Calice tubuleux , pentagone ; corolle tubuleuse , bilabiëe. Capsule à loges monospermes.

La Bonplandie à fleurs géminées 2 , qui est originaire de la

s P. cœruleum.

i B. gemini flora

GENTIANEES.

Nouvelle-Espaque , est l’unique espèce (le ce groupe , dédié au compagnon de Humboldt.

COBEA. Cobœa. Calice campanule , anguleux ; corolle campanule'e. Semences ailées.

C’est au jésuite espagnol B. Cobo, qui a écrit sur l’histoire naturelle, que l’on a dédié ce groupe.

Le Cobéa grimpant 1 , qui est originaire du Mexique, est l’unique espèce. Elle est souvent cultivée en France pour orner les tonnelles ou les fenêtres.

SESAME. Sesamum. Corolle subcampanulée ; quatre étamines didynames et une cinquième rudimentaire.

Le Sésame d’Orient 2 est cultivé dans le Levant où l’on extrait de l’huile de ses semences.

FAMILLE DES GENTIANÉES.

Calice monosépale , ordinairement qniuquélobé ; corolle monopétale, ordinairement quinquélobée; ordinairement cinq étamines. Capsule bivalve , uniloculaire ou biloculaire, polysperme; placentas suturaux; cloison formée par le bord des valves.

Les gentianées sont des herbes ou des sous-arbrisseaux à feuilles opposées et dépourvues de stipules.

GENTIANE. Gentiana. Calice subcampanulé , à tube anguleux ; corolle campanule'e , infundibuli-

l C. scandens .

st S. orientale.

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forme ou rotacëe , à limbe ordinairement à cinq divisions offrant des appendices entr’ elles ; cinq e'tamines ordinairement ; stigmate bilamellë , sessile. Capsule fusiforme , aiguë, uniloculaire.

Dioscorîde et Pline disent que ce nom générique est dérivé de celui de Gentius , roi d’Jllyrie , qui fit connaître les propriétés médicales de la Gentiane jaune x.

SWERTIE. Swertia. Corolle rotacëe , quadri ou quinquëlobe'e , offrant huit ou dix nectaires ciliës. Capsule uniloculaire.

Ce genre est dédié à E. Swert, savant hollandais; il se compose de plantes exotiques, à l’exception d’une seule.

CHLORE. Chloro . Calice à huit lobes ; corolle hypocratëriforme, à huit lobes, octandre ; stigmate en croissant. Capsule ovoïde , biloculaire.

Cette dénomination provient de %\apoç , jaune. Les chlores sont des plantes remarquables par la teinte glauque de leur feuillage Plusieurs habitent la France.

ERYTHREE. Erythrcea. Calice tubuleux, pentagone , quinquëdentë ; corolle hypocratëriforme , quinquëlobe'e, pentandre ; anthères tordues. Capsule linëaire , subbiloculaire.

L’Erythrée petite centaurée 2 , qui croît dans nos bois , est un des plus énergiques fébrifuges.

GENTIANELLE. Exacurn. Calice quadrifide ; co-

i G. lutea.

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