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DE LA FABRICATION DU SAVON

L’art du savonnier est fondé sur la combinaison des corps gras avec les alcalis rendus caustiques. Cette combinaison peut se faire à froid ou à chaud : mais la première méthode n’est jamais employée en grand ; elle offre trop de difficultés ; le savon qui en provient est imparfait et caustique.

Les savons solubles se font ordinairement avec la soude ou la potasse et les huiles ou matières grasses dont nous donnerons le nom dans l’ordre de leur plus facile saponification. i° l’huile d’olive et d’amande

louce ; 2° les huiles et graisses animales ; 3° huile de olza et de navette ; 4° huile de faîne et d’œillette mêées à l’huile d’olive ou aux graisses animales ; 5° huile le poisson mêlée à l’huile d’olive ; 6° huile de chenevis;

7° huiles de noix et de lin. Les savons les plus durs ;ont ceux provenant de matières grasses renfermant e plus de stéarine. On ne fabrique à hase de soude que es savons d’huile d’olive et de graisse. L’huile d’olive lite d 'enfer , ou de seconde expression , est très convenable à cette fabrication , parce qu’elle se saponifie plus facilement. On a remarqué que plus elle était visqueuse mieux elle se combinait avec les alcalis ; il en est de même des suifs : ceux qui sont vieux et rances i’envisquent plus facilement que les blancs et nouveaux.

La potasse ne forme qu’un savon mou. Le fabricant se procure une certaine quantité de soude artificielle, et il reconnaît la quantité réelle d’alcali qu’elle contient en l’essayant par l’acide sulfurique. On se sert ordinairement pour ces essais de l’instrument appelé alcali mètre , inventé par Descroisilles : il est commode et très exact. La soude naturelle contient rarement au-delà de 32 à 33 parties pour ioo de carbonate de soude.

Avant de lessiver les soudes , on doit les rendte caustiques en les mélangeant avec de la chaux vive qui absorbe l’acide carbonique : on écrase la soude et on la mêle avec six pour cent de chaux vive, qu’on a préalablement éteinte qoour la réduire à l’état pulvérulent : on porte le mélange dans des bacs ou cuviers sur lesquels on jette de l’eau qui filtre et s’écoule dans les réservoirs ; on renouvelle plusieurs fois l’eau sur le résidu pour l’épuiser , et on conserve à part les lessives de différentes forces.

Les chaudières dans lesquelles se cuit le savon ont presque toujours la forme d’un cône tronqué ; à Marseille , le fond seulement est en cuivre, les parois sont bâties en briques couvertes d’un ciment ; mais les chaudières, entièrement de fer, sont plus avantageuses: cependant celles de fonte sont exposés à casser par le

contact des lessives froides : aussi donne-t-on la préférence aux chaudières de feuilles de tôle bien assemblées et bien rivées : on adapte, à quelque dis tance < du fond , un tuyau appelé Y épine , et qui sert à évacuer les lessives usées : ces chaudières ne doivent être chauffées que par le fond.

Lorsque les soudes ont été épuisées par les lessives , celles-ci sent rassemblées , suivant leur force , dans des réservoirs séparés et divisés en trois classes : la première doit peser de 25 à 3o° Baumé ; la seconde de io à 20° ; la troisième de 5 à io° ; ensuite on procède à l’empâtage. L’huile ou le suif est mis dans la chaudière avec quelques seaux de la troisième lessive ; od allume le feu dans le fourneau , et on porte à une faible ébullition ; on remue souvent le mélange et on y ajoute de temps en temps de nouvelles lessives faibles;la matière devient laiteuse et acquiert de la consistance^ qui augmente progressivement par l’addition de lessives plus fortes jusqu’à parfaite saturation. C’est alors que i’on s’occupedu relargage , opération qui a pourbut d’accélérer la séparation des parties humides que contient la pâte, et de la disposer à s’unir à de nouvelles lessives pendant la coction; c’est avec des lessives usées et imprégnées de sel marin que se fait cette opération ; après avoir cessé le feu, on remue la pâte en ajoutant de ces lessives usées jusqu’à ce qu’elle se grumelle ; on fait écouler les lessives surabondantes par l’épine , ou mieux, on transvase le savon dans une autre chaudière.

La coction suit immédiatement le relargage : on commence par mettre quelques seaux de troisième les— sive dans la pâte, et on réallume le feu pour porter à une bonne ébullition ; on ajoute ensuite, et à mesure des besoins, de la première lessive ; la pâte saturée d’alcali se sépare en petits grumeaux , et on reconnaît que la cuisson est achevée lorsque la vapeur qui s’exhale de la pâte n’a plus l’odeur lixiviellc ni celle des matières grasses qui la composent, et qu’elle ne laisse aucune impression d’humidité quand on l’écrase dans la main:

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cependant si on coulait dans les mises le savon en cet état, il n’aurait pas de consistance : il faut lier ses parties parla tuméfaction ; on jette sur la pâte quelques seaux de lessive à ioou i5°, l’extérieur des grumeaux se ramollit et ces grumeaux adhèrent ensemble ; c est seulement à ce point que l’on coule la pâte dans les mises ; ce sont de grandes caisses de bois, ou mieux de pierre, bien jointes ; et après le refroidissement on coupe le savon en briques pour le livrer au commerce. Ce savon est coloré en gris-bleuâtre par une combinaison de matière grasse , d’alumine et de fer hydrosulfuré. On peut rendre ce savon blanc en le délayant peu à peu dans des lessives faibles et laissant reposer : le savon alumino-ferrugineux se déposé et le savon blanc occupe la partie supérieure.

Lorsqu’on se propose de faire du savon marbré , on ajoute à la pâte du sulfate de fer , à raison d’un demikilogramme sur cent kilogrammes d’huile ou du suif dissous dans la lessive faible. Un ouvrier, monté sur une planche placée sur la chaudière , remue la pâte avec un redable , pendant qu’un autre verse la solution de couperose.

Lorsque les savons sont destinés à la toilette , ils exigent plus de soin dans leur fabrication, et l’emploi de matières plus pures : celte qualité de savon est faite tantôt à base de soude , tantôt à base de potasse , mais ordinairement avec du suif, parce que sa fonte est plus facile , et qu’il s’allie mieux aux essences dont on le parfume ; pour donner à ce savon l’odeur de celui de Windsor, il faut y introduire, lorsqu’on le met dans la mise , de l’essence d’anis. L’essence de savon est une dissolution à chaud de cette substance dans l’alcool, mais à laquelle on ajoute un peu de benjoin: on ne se sert, pour faire cette essence, que du savon préparé avec l’huile d’olive. Les pharmaciens emploient un savon appelé médicinal ou amygdalin j il est parfaitement blanc et prépare avec l’huile d’amandes i douces. Les savons jouissent tous de la propriété de

dissoudre les matières grasses, et c’est sur cette propriété que sont fondés tous leurs usages. La soude et la potasse produisent le même effet, mais elles ont sur Les tissus une action énergique que n’ont point les savons.

Des huiles essentielles. Elles diffèrent des précédentes en ce qu’elles peuvent se volatiliser sans altération ; elles se dissolvent dans l’alcool , et sont légèrement solubles dans l’eau ; elles sont âcres , caustiques, sans viscosité , très inflammables par l’approche d’un corps en combustion. Presque toutes se distinguent entre elles par l’odeur , la densité et autres qualités physiques. D’après les analyses de M. T. de Saussure , quelques-unes de ces huilcsnecontiendraient pas d’oxigène , toutes au contraire contiendraient de l’azote, ce qui est nié par d’autres chimistes. Les odeurs particulières des plantes paraissent dépendre de l’huile volatile qu’elles renfermént : les vertus des eaux parfumées doivent être attribuées à la même cause : en recueillant les huiles aromatiques , on fixe le parfum des fleurs généralement si fugace. La préparation des huiles se fait par distillation : la plante est mise avec de l’eau dans la eueurbitc d’un alambic ; on chauffe , beau se volatilise entraînant l’huile essentielle ; cette huile se sépare de l’eau dans le récipient et surnage si elle < >t plus légère : on la recueille alors par les moyens connus : si l’huile volatile est plus dense que l’eau, elle se rassemble à la partie inférieure du récipient. L’eau dissout cependant une petite partie d huile volatile et s’appelle eau distillée de la plante, eau aromatique ; c’est pourquoi on doit employer de préférence de l’eau déjà saturée d’huile. Les huiles volatiles n ont jamais été employées comme substances alimentaires ; les arts en font usage pour la eompoition des couleurs et tics vernis ; mais c’est surtout comme parfums qu’il s eu fait une grande consommation. Les principales huiles essentielles sont les essences d anis , de bergamotte . de citron , de cédrat , de cannelle employées en médecine et comme cosmétique ; de jasmin , de lavande , de roses

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employées comme parfums, et l’essence de tércbentbine que l’on extrait de la résine du pinus mari lima ; cette dernière a une odeur très forte et désagréable ; traitée par le gaz hydrocblorique , elle donne naissance à une substance que l’on appelle camphre artificiel. Cette huile sert à dissoudre les résines dans la confection des vernis.

Des Résines.

Les résines sont des substances solides , cassantes , inodores, insolubles dans l’eau, mais solubles presque toutes dans l’éther, les huiles fixes ou essentielles ; l’alcool , la potasse et la soude en liqueur. L’air est sans action sur elles, à la température ordinaire ; le feu détermine leur fusion , puis les décompose. L’acide nitrique attaqueles résines et formeavec elles une substance jaune visqueuse, soluble , qui , chauffée avec ungmouvelle quantité d’acide nitrique, acquiert les propriétés du tannin : l’acide sulfurique concentré forme avec les résines une dissolution transparente, visqueuse, décomposable par l’eau qui en précipite la résine. Les résines existent dans les arbres , d’où ou les extrait par incision ; les plus connues sont la résine animée, jaune , très odorante , se lire de l’Amérique septentrionale ; la résine copale , fragile, presqu’incolore , peu odorante, difficilement soluble, même dans l’alcool et l’essence de térébenthine , s’extrait du rhiis copallinum ; la résine élémi , jaune-verdâtre , s’extrait de l’amyris elemifera ; la sandaraque découle du thuya articulata ; la résine mastic , très odorante, jaunâtre, ressemble à la sandaraque, s’extrait du pistacia lentiscus ; le sang-dragon , sec, friable , d’un rouge foncé, s’extrait du dracœna draco ; la résine tacamahaquc s’extrait do calophyllum inophyllum ; la térébenthine s’extrait du pin maritime. La térébenthine commune donne, par la distillation, l’huile essentielle de térébenthine ; la partie solide qui reste dans la cucnrbitc ostia colophane. La térébenthine, lorsqu’on la purifie, laisse sur la paille qui lui sert de filtre, une ma-

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