DES PRINCIPES HYDROGÉNÉS OU INFLAMMABLES
Les principes hydrogénés des végétaux contiennent en même temps un grand excès de carbone; ils ont des propriétés tellement caractéristiques qu’on ne peut les confondre avec ceux que nous avons étudiés jusqu’ici : ils 11e sont ni acides ni alcalins ; et d’un autre côté ils brûlent rapidement , en donnant une fumée très épaisse et se putréfient très difficilement ; ils sont en général insolubles dans l’eau et solubles dans l’alcool. Parmi ces produits on distingue , i° les huiles ; 2° les résines ; 3U les baumes ; \° les gommes-résines ;
33o HUILES.
5° le camphre ; 6° la cire ; n° le caout-chouc ou gomme élastique.
Des Huiles.
Les huiles sont inflammables, insolubles dans l’eau, et fluides à une température modérée. On distingue les huiles en huiles fixes ou grasses , et en huiles volatiles ou essentielles.
Des huiles fixes. Elles ont pour caractère distinctif des huiles essentielles : i° de ne pouvoir se volatiliser sans altération, et par conséquent de former sur le papier une tache que l’action de la chaleur ne peut faire disparaître; 2° d’être, excepté l’huile de ricin, insolubles dans l’alcool ; 3° d’être, excepté les huiles d’olive et de laurier, contenues dans l’intérieur même de la graine ; 4" d’être enfin toutes moins pesantes que l’eau. Toutes sont composées de deux corps gras la stéarine et l’élaïne. Le premier est solide et analogue au suif , on en fait aujourd’hui des bougies ; le second est liquide. On peut séparer ces substances en pressant dans du papier à filtrer les huiles congelées , l’élaïne seule est absorbée parle papier.On peut diviser les huiles en huiles non siccatives ou grasses , et en huiles siccatives ; les premières restent fluides à l’air , tandis que les deuxièmes absorbeut l’oxigène de l’air, deviennent rances, épaississent et sèchent assez rapidement si elles sont étendues en couches minces, et perdent la propriété de tacher le papier : on augmente ccttc propriété siccative en les faisant bouillir sur de la litharge ( oxide de plomb) ; elles sont alors très employées en peinture et portent le nom d’huiles lilhargirisées. La préparation des huiles fixes n’offre aucune difficulté ; elle sc fait par expression : on concasse la graine et on la soumet à l’action de la presse ; l’opération se fait l° a froid pour les huiles employées comme comestibles , 2° à la chaleur de ioo° pour les huiles employées dans les arts: ce dernier mode qui rend l’huile plus fluide et facilite
n extraclion ne peut être applicable aux huiles alimentaires, parce qu’il altère leur saveur d’une manière très sensible.
Les huiles fixes se congèlent en général à 3 ou 4° au-dessus de zéro : cependant quelques-unes exigent une température plus basse que celle à laquelle 1 eau se solidifie. Elles entrent en ébullition à une température qui varie de 320 à 34o° ; c’est une véritable décomposition avec émission de gaz qui entraîne de l’huile déjà altérée ; en distillant plusieurs lois le même produit on obtient une huile qui peut ensuite se volatiliser sans altération. La densité des huiles est à peu près uniforme ; celle des huiles d’olive et de navette est o,gi3 ; celles de lin et d’amande est de o,g32; de l’huile de ricin o,g68 ; des huiles de noix et de laîne o,q23. Les produits de la combustion de l’huile sont de l’eau et de l’acide carbonique ; il résulte des expériences de MM. Gay-Lussac et Thénard que l’huile d’olive contient :
CarLone. . . 77,213 ou 12 proportions de carbone 72
Oxigène. . . . 9,427 1 — d’oxigène 8
Hydrogène.. i3,36o 12 — - hydrogène 12
Voici une liste des huiles principales et des arbres qui les produisent. Huila de Ben ou Behcn , on l’obtient , par la simple expression , de la noix du Morynga- Zeilanica; elle est remarquable en ce qu’elle rancit très difficilement , aussi les parfumeurs l’emploient-ils pour extraire le principe aromatique des fleurs qui ne produisent que peu ou point d’huile essentielle dans la distillation , telles sont le jasmin , la tubéreuse. Huile de blé de Turquie , du scsanicum orientale. Huile ou beurre de cacao : cotte huile est solide à la température ordinaire ; on l’obtient par l’ébullition dans l’eau des gTaines du theobroma cacao , le beurre fond, surnage, est recueilli , purifié et moulé à la manière du chocolat ; les médecins en font usage comme adoucissant. Huile
de chenevis : celte huile qui est verdâtre s’emploie pour l’éclairage dans les campagnes ; on l’extrait des graines de la plante cannabis saliva qui produit le chanvre ordinaire. Huiles de colza , de navette . employées dans l’éclairage et dans l’art du foulon ; elles sont obtenues des graines du brassica arvensis et napus : on les purifie en les agitant avec les de leur poids d’acide sulfurique , puis les battant avec le double de leur volume d’eau ; l’acide s’empare de la matière colorante et la cbarbonne ; on achève de purifier en filtrant. Huile de hêtre ou de faine , cette huile est très douce , elle remplace souvent l’huile d’olive, surtout en Picardie; on l’extrait de la graine tétraédrique du fagus sylvatica. Huile de laurier •• se retire par expression des fruits du laurus nobilis. Huile de lin: cette huile traitée par la litharge forme ordinairement l’huile siccative des peintres ; on l’obtient des graines du linuin usitatissimum et du linum perenne. Huile ou beurre de muscades : ce composé est solide, jaune, d’une odeur de muscade, et se relire par expression de la muscade ordinaire qui est le fruit du myristica moschala. Huiles de noix et de noisettes : employées quelquefois comme aliment, et extraites du juglans regia et du coryllus avcllana. Huile d’œillette ou de pavots : employée comme aliment et extraite des graines du pavot, papaver sonuiifcrum ; elle est siccative , se traite aussi par la litharge et sert alors en peinture. Huile d'olive : d’une saveur très douce ; ou la falsifie quelquefois avec la précédente ; suivant M. Pontet, on reconnaît la fraude en mettant dans un tube un gros de nitratede mercure, douze gros de l’huile suspecte et agitant fortement ; le mélange doit être solidifié le lendemain , dans le cas contraire, la partie restée liquide indique la proportion d huile d’œillette qui a été mêlée à l’huile d’olive : on extrait l’huile d’olive des fruits de Yolea europca ; cet arbre est une source de richesses pour la Provence où il est cultivé en grand. Huile de ricin , ou de palma-christi , appelée aussi par les Anglais huile île castor , s extrait
îles graines du ricinus commuais ; cette huile dont l’usage sc répand tous les jours dans la medecine est un purgatif très doux ; sa préparation exige quelques précautions. Les graines (lu ricin sont petites, oblongues et marquées de petites taches noires ; si on enlève la pellicule , on obtient une petite amande blanche qui renferme un principe âcre que la chaleur volatilise ; on peut extraire l’huile en torréfiant légèrement ces graines pour volatiliser ce principe âcre, et en soumettant à la presse : l’huile ainsi obtenue est moins douce que celle préparée par le procédé suivant : on concasse la graine , et on la soumet à l’ébullition après l’avoir mêlée h une certaine quantité d’eau ; l’huile parfaitement débarrassée de toute âcreté , surnage et peut être enlevée par les moyens connus.
Les huiles fixes sont des substances très nutritives : elles ont une foule d’applications dans les arts mécaniques , on les emploie dans la préparation des vernis, dans l’éclairage ; mais la consommation la plus considérable a lieu pour la fabrication des savons de soude ou de potasse.
Des savons. Le chimiste appelle savons le résultat de la réaction d’une matière grosse sur un oxide métallique. On peut les diviser en deux sections : i° savons solubles ; 2° savons insolubles. Les premiers ont pour oxides la potasse, la soude, et composent ce que le public appelle particulièrement savon. Les secondes ont pour base un oxide quelconque autre que la potasse, la soude ; et si l’oxide employé est celui de plomb, le résultat constitue ce que les pharmaciens connaissent sous le nom d 'emplâtre ordinaire.
La fabrication des savons et des emplâtres est très ancienne ; mais jusqu’ici tout , dans cette opération , paraissait inexplicable , puisqu’on ignorait la cause même de la saponification. Les belles expériences de M. Chevreul ont jeté une telle clarté sur ce genre de phénomènes que l’explication est maintenant aussi facile que satisfaisante. Rappelons d’abord en peu de
mots les résultats imporlans qui découlent de ces travaux.
M. Chevreul a démontré pleinement la certitude dt principe suivant : toute matière grasse renferme deux* principes particuliers , Yclaïne et la stéarine ; lorsque la substance grasse est mise en présence d’un oxide métallique la réaction qui a lieu transforme l’élaïne et la stéarine en deux acides oléique et margarique ; ces deux acides se combinant à l’oxide forment un oléate et un margarate dont la réunion constitue : i° un savon lorsque ces sels sont solubles , et un emplâtre dans le cas contraire. Ainsi les savons durs ordinaires sont desmélanges d’oléate et de margarate de soude ; les savons mous des mélanges d’oléate et de margarate de potasse; les emplâtres pharmaceutiques des mélanges d’oléate et de margarate d’oxide de plomb et quelquefoisd’oxide de cuivre. Le même chimiste a isolé l’élaïtie , la stéarine , l’acide margarique et l’acide oléique : j’ai déjà donné un moyen pour obtenir les deux premiers: on peut encore les préparer en traitant la graisse par l’alcool bouillant, ce dernier liquide dissout la stéarine et l’élaïne ; le simple refroidissement précipite la stéarine en petites aiguilles fusibles à 38“ ; la liqueur surnageante évaporée donne l’élaine ; ce principe est un liquide visqueux jaune , qui se solidifie à ~ ou 8°.