‹ Traité élémentaire de chimie, etcChapitre 145 sur 162 · MATIÈRES GRASSES ANIMALES · texte numérisé non relu

MATIÈRES GRASSES ANIMALES

Ces deux principes par eux-mêmes n ont rien de très important, mais leur décou vertequi est due à M.Chevreul a permis d’expliquer, comme nous 1 avons vu , la formation des savons. Ces deux principes par la saponification, donnent naissance aux acides mqrganque et olcique . Ces acides susceptibles de former des sels n’offrent rien qui nécessite un examen particulier.

Usages. Les matières grasses servent particulièrement à la fabrication des chandelles destinées à notre éclairage ; on emploie alors particulièrement les suifs de mouton et de bœuf. La théorie de l’éclairage par une chandelle n’offre aucune difficulté1.

Toute flamme qui se dégage d’un corps soumis à l’action du feu est due à la combustion de l’hydrogène plus ou moins pur suivant les matières employées et les circonstances où la flamme se développe. Si la combustion est complète la flamme est brillante; dans le cas contraire une partie de la matière susceptible de produire de la chaleur et de la lumière n’est qu’imparfailcment brûlée , les parties bitumineuses se volatilisent ; le charbon divisé en particules très ténues s’échappe et constitue la fumée. Il résulte de là qu’un dépôt de noir de fumée indique une combustion incomplète.

La lumière artificielle est toujours produite par la flamme , et cette dernière est due à l’hydrogène carboné, il n’existe donc qu’une très légère différence entre l’éclairage moderne par le gaz de l’huile et l’ancien mode au moyen des chandelles : dans le premier cas, le gaz produit par la décomposition de la substance huileuse se rend dans le gazomètre , puis est conduit dans les becs qu’il doit alimenter, et son ignition constitue la flamme ou la lumière. Dans le deuxième cas la matière grasse est liquéfiée par la chaleur ; elle acquiert un mouvement d’ascension dans le colon , résultat de l’attraction capillaire ; arrivée au point d’ignition elle est décomposée , donne de l’hydrogène carboné dont l’inflammation constitue la lumière. Telle est la théorie claire et précise de l’éclairage par les chandelles : leur fabrication n’est

39 a TENDONS], e(c. — CHEVEUX , etc.

ensuite qu’une opération accessoire. On fait deux espèces de chandelles : i° moulées ; 2° à la baguette. Dans les deux cas le suif est londu , et on y ajoute un peu de cire pour lui donner de la consistance, de l’alun pour le blanchir : il es^ ensuite coulé dans des moules qui reçoivent à leur centre une mèche de cotou , ou bien la mèche est trempée à plusieurs reprises dans le suif en fusion qui y adhère en formant plusieurs couches : ce sont les chandelles les plus communes.

Des Tendons, des Ligamens, des Membranes, des Cartilages, etc.

Toutes ces substances se transforment en gélatine par une longue ébullition : les os d’un animal très jeune ne sont formés que de cartilages; ils se durcissent ensuite par l’intussusception des sels calcaires. Dans les enfans rachitiques les sels calcaires sont absorbés et les os deviennent cartilagineux. t

Des Cheveux, des Poils, des Plantes, de la Soie, etc.

Les poils et les cheveux sont composés de gélatine et d’albumine coagulée , de phosphate et de carbonate de chaux , d’oxides de fer et de manganèse. La matière colorante des cheveux paraît être , suivant les expériences de Vauqueliu , une huile d’un vert noirâtre dans le cheveu noir , rouge dans le cheveu rouge, et blanche dans les cheveux blancs : ces derniers contiendraient en outre du phosphate de magnésie. "N auquelin suppose que le 1er sulfuré contribue à la couleur du cheveu foncé : enfin il attribue à la présence d’un excès de soufre la propriété qu’ont les cheveux d’une teinte peu foncée de devenir noirs avec les dissolutions d’oxides métalliques. Soumis à la distillation , les cheveux donnent de l’huile, du carbonate d’ammoniaque, du charbon; ils sont peu susceptibles de putréfaction , ils se dissolvent dans l’eau pure au-dessus de ioo , ou dans l’eau chargée d’une petite quantité de potasse caustique; l’acide nitrique les décompose.

PE A. U. 3g3

Lf.s plumes paraissent avoir les propriétés que l’on remarque clans les cheveux; cependant on n’a pu , par une ébullition prolongée, observer aucunes traces de gélatine.

JLa soie est une production due à plusieurs espèces de chenilles, particulièrement 1 e phalena atlas et le phalena bombyx : elle est en fils déliés blancs, jaunes ou rougeâtres : ces fils sont recouverts d’un vernis auquel la soie doit son élasticité ; outi'e le vernis , la soie contient une substance résineuse, de la cire , etc. , etc. On n’a que très imparfaitement examiné les propriétés de la soie elle-même.

De la Peau.

Le système organique des animaux est recouvert d’une enveloppe plus ou moins épaisse , qui a pour objet principal cte le garantir de l’action des agens extérieurs. Cette enveloppe constitue la peau : revêtue de poils chez les quadrupèdes, de plumes chez les oiseaux , elle est en général nue , douce et flexible chez l’homme. La prévoyance de la nature se remarque dans les moindres détails : la longueur et la finesse des poils se proportionne pour ainsi dire à l’âpreté des climats et à la destination de l’animal; les bêtes incapables de se garantir des rigueurs du froid sont revêtues d’une fourrure épaisse ; chez l’homme, au contraire, la peau des organes essentiels seulement se recouvre d’un poil léger. La tète de l’enfant se garnit de cheveux ; peu après sa naissance , et si l’enfant parvient à l’âge viril , les parties génitales , la poitrine présentent le même phénomène.

La peau se compose en général de trois parties : i° U épiderme, ou couche extérieure, esL mince, blanche, elastque, et paraît être une modification particulière d’albumine coagulée ; il est insoluble dans l’eau bouillant e et dans l’alcool : les acides les plus forts l’attaquent à peine, la potasse et la soude le dissolvent :

V COLLES- FORT'iS.

2° le tissil réticulaire , situé immédiatement au-dessous : la nature de ce tissu est peu connue; on sait seulement que la couleur noire des nègres est due à une substance colorante particulière qui existe dans le tissu réticulaire : cette substance jaunit par l’action du chlore. Le docteur Beddoës fit plonger les doigts d’un nègre dans une eau imprégnée de chlore : la couleur noire disparut , et se rétablit ensuite dans l’espace de quelques jours ; 3°*lc derme , ou vraie peau, est une membrane sous-jacente, dense, épaisse et composée de fibres entrelacées, ayant la texture d’un feutre. Le derme soumis quelque temps à l’action de l’eau en pleine ébullition se transforme en gélatine , se dissout complètement, et forme une liqueur visqueuse, qui par évaporation cpnstilue la colle-forte : la vraie peau serait donc de la^gélatine dans un état particulier.

La peau sert à faire les diverses collcs-foites ; combinée avec un principe astringent par l’opération appélée tannage , elle constitue le cuir : de là résultent deux fabrications importantes que uous examinerons avec quelques détails.

Des Colles-fortes.

La colle-forte est une substance cornée , demi-transparente , plus ou moins colorée, que l’on obtient en traitant les rognures de peau , les vieux parchemins , les sabots et autres débris animaux. On procède de la manière suivante : les matières sont d’abord lavées avec une eau de chaux destinée à les débarrasser des graisses et autres impuretés qu’elles peuvent contenir ; elles sont ensuite lovées à grande eau, autant que possible dans l’eau courante , puis on les met dans une chaudière où on les soumet aune ébullition prolongée; quelques personnes prétendent que 1 on ne doit pas faire bouillir. On écume avec soin ; lorsque la dissolution est opérée, on fait passer le liquide à travers des mannes d’osier ou de la paille, la colle filtre et arrive

TANNAGE. 3g$

dans une cuve placée au-dessous ; on remet sur le feu et on concentre au degré convenable. La colle est alors versée dans des moules de bois découverts où elle refroidit en prenant la forme d’une plaque , on la coupe ensuite en morceaux ou tablettes , on achève de la faire sécher puis on l’enfile avec des ficelles et on la livre au commerce.

Pour se servir de cette colle il faut la briser et la mettre tremper dans de l’eau froide pendant vingtquatre heures; lorsqu’elle est suffisamment ramollie, on la fait fondre sur le feu et mieux au bain-marie, elle forme une solution visqueuse que l’on applique avec un pinceau sur les deux pièces que l’on veut attacher l’une à l’autre ; la colle en refroidissant sèche et fait adhérer les morceaux entre eux.

La colle à bouche dont on se sert dans la plupart des arts graphiques est un composé de parties égales de belle colle-forte et de sucre, aromatisé quelquefois avec une huile volatile agréable.

La colle de poisson s’extrait de certaines parties des entrailles de plusieurs poissons et surtout de l’esturgeon ; la plus estimée est celle que l’on tire de Russie; elle est sous plusieurs rapports préférable à la colleforte , aussi a-t-on cherché à la remplacer par la colle ou gélatine des os.

Du Tannage.

Cette opération est basée sur l’affinité qu’ont les parties gélatineuses de la peau pour le tannin , qui est un principe astringent de l’écorce de chêne et d’autres substances végétales. Le composé qui résulte de la combinaison de ces deux substances est le cuir.

Il est bien prouvé que si l’on ne fait pas sécher promptement les peaux, elles se putréfient et ne sont par conséquent propres à aucun usage ; mais alors même que la dessiccation a lieu, qu’elle est rapide et complète, les peaux ne peuvent servir à fabriquer des souliers et une foule d’autres objets : elles absorbent

SgG TANNAGE.

l’humidité et se détruisent très vite par le frottement. C’est pour remédier aces deuxinconvéniens qu’on leur fait subir des manipulations qui les rendent capables de résister à la putréfaction, moins perméables à l’eau, plus fermes à la fois et plus flexibles, de manière qu’elles peuvent être travaillées avec plus de .facilité et qu’elles s’usent moins promptement.

L’art du tanneur comprend plusieurs parties : les unes sont de simples opérations mécaniques, les autres de véritables combinaisons chimiques ; nous indiquerons les premières, nous insisterons davantage sur les secondes.

La première chose à faire sur les peaux fraîches est de les écorner , d’enlever les corps étrangers qui y adhèrent , et de les laver à la rivière.

La seconde opération a pour objet d’enlever le poil qui couvre la peau; ce poil est insoluble dans l’eau , et pour le séparer il faut d’abord diminuer son adhésion à la peau, soit par l’emploi des alcalis ouacides , soit par un commencement de putréfaction. Si l’on préfère les alcalis , c’est la chaux qu’on emploie ; à cet effet, on introduit les peaux dans une fosse où se trouve de la chaux vive , on verse de l’eau de manière à former un lait de chaux dans lequel trempent les peaux : les fosses sont de trois espèces , suivant la force du lait de chaux; on les plonge d’abord dans le mélange le moins fort , puis successivement dans les fosses suivantes ; le temps qu’elles y restent varie avec leur nature, la température ,1a force do la liqueur alcaline.

On peut aussi dépiter les peaux eu les plongeant dans une liqueur acide que l’on prépare en faisant aigrir par de la levure un mélange de farine d’orge et d’eau tiède. D’autres tanneurs emploient de l’eau aiguisée par de l’acide sulf urique : ce procédé se répand et paraît devoir être avant peu le plus généralement suivi.

Quelle que soit la manière d’exécuter cette opération , elle a pour but de gonfler les peaux , de

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