TANNAGE
rées que L’on appelle fosses, et dont le bord est au niveau du sol , une couche de tannée de 16 centimètres Sur laquelle on établit une autre couche de tau neuf de 27 millimètres ; on étend une peau sur la première couche , puis sur la peau on remet une couche de tan neuf de la même épaisseur, et ainsi successivement une peau et une couche de tan neuf que l’on foule bien sous les pieds jusqu’à ce que la fosse soit presque pleine ; on recouvre le tout d’une couche épaisse de tannée, et l’on fait couler de l’eau lentement par un conduit qui se rend jusque dans la partie inférieure. L’eau dissout le tannin et les principes solubles que contient l’écorce, pénètre les peaux, y dépose les substances qui se combinent avec la gélatine. Lorsque l’on juge que le tan est épuisé . ce qui a lieu au bout de deux ou trois mois, on retire les peaux, on ôte le tan de la fosse , et on y replace les mêmes peaux avec du tan neuf de la même manière que précédemment : on laisse les peaux dans ce second bain un mois de plus , puis on forme un troisième bain qui dure cinq mois, ce qui fait un an entier pour tout le tannage: quelques tanneurs même le font durer dix-huit mois.
Le second procédé inventé par M. Séguin est basé sur le principe que le tannin est le seul agent dans cette opération. Le tanneur remplit des tonneaux de tan neuf et les fait traverser tous successivement par de l’eau qui , filtrant à travers le tan , se charge du principe le plus soluble, c’est-à-dire du tannin. Il obtient ainsi plusieurs solutions de force et de densité différente ; les peaux à tanner sont mises d’abord dans la solution moins chargée, puis dans une autre , et arrivent enfin dans la plus forte d’où elles sortent parfaitement tannées. Toute l’opération nedure qu’un mois; ce procédé qui date des temps de la révolution abrège infiniment la fabrication ; mais l’expérience prouve <{uc les cuirs préparés ainsi sont moins flexibles, plus susceptibles de se gercer, de se rompre que le cuir tanné à la manière ordinaire; c’est ainsi que
TANNAGE. 3yg
les souliers fournis à nos soldats à une époque célèbre se coupaient en peu de temps et que l’on vit les guerriers cito) ens , luttant contre l’Europe , marcher pour ainsi dire pieds nus à la victoire : cette circonstance donna lieu, contre le fournisseur, aune accusation de friponnerie qui n’était pas sans doute méritée, mais qui fit presque entièrement abandonner son procédé.
Il paraît que les deux principes, l’extractif et le tannin , sont nécessaires pour opérer un bon tannage; le tannin en donnant de la force , de la solidité , l'extractif en donnant de la souplesse au cuir. Dans le procédé de M. Séguin, ses dissolutions très saturées de tannin contiennent peu d’extractif , substance beaucoup moins soluble; elles tannent très rapidement, mais donnent un cuir de qualité inférieure par le manque de quelques matières végétales contenues dans l’écorce qui se dissolvent par i’ancien procédé. Il paraît d’ailleurs nécessaire que la peau soit long-temps exposée au contact du tan, pour que les substances solubles pénètrent dans l’intérieur.
Lorsque le tannage est complet , on retire les peaux des fosses, on les laisse égoutter, et on les passe entre deux cylindres de fer pour les rendre flexibles ; on les suspend ensuite dans un endroit aéré jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement sèches. Les plus petites passent alors entre les mains du corroyeur qui les rend flexibles et les égalise : cette opération consiste à les tremper, les couper, les rogner, les nettoyer, les étendre et les graisser avec de l’huile. On noircit le cuir avec une composition de noir de fumée, d’huile et de suif, que l’on étend avec force sur le coté charnu ; à cette époque le cuir e§t propre à la vente.
Des peaux de mouton. On prépare de la manière suivante les peaux de mouton que l’on emploie dans la ganterie , la reliure des livres, etc., etc. Après les avoir tondues , on les trempe d’abord dans l’eau pour les dépouiller de toute impureté ; on les place
/4oo TANNAGE,
sur le chevalet le poil en dessous, et on racle le côte de la chair avec le couteau rond ; on les pend dans des chambres fermées, dont la température est élevée à 3o degrés environ ; là , elles éprouvent une légère putréfaction qui détache la laine , et fuit sortir une matière huileuse que l’on emporte avec le couteau rond sur le chevalet. On trempe alors les peaux dans des fosses remplies d’un lait de chaux pour les rendre fermes et leur donner de la consistance : on les laisse en cet état un mois du six semaines selon les circonstances. Lorsqu’elles sont retirées , on les égalise sur le côté charnu avec un couteau : on les trempe ensuite dans un bain de son et d’eau où elles subissent une légère fermentation , se dégorgent et deviennent plus légères. Pour donner du lustre à la surface extérieure des peaux , on les forde dans une cuve de bois qui contient une dissolution de jaunes d’œuf que l’on a préalablement bien battus ; lorsque cette dissolution de vient limpide, c’est une preuve que les peaux ont absorbé la matière colorante. Elles sont alors converties en cuir que l’on suspend à des crochets dans des pièces chaudes : quand les peaux sont sèches, ou les polit avec des mains de fer chauffées.
Les peaux ainsi préparées et que l’on destine à faire du maroquin peuvent se teindre par l’immersion dans un bain où l’on a fait dissoudrede la iiente de chien ou de pigeon , puis dans le bain colorant: i° en rouge : on les plonge dans un bain d’alun et de cochenille à la température de 76 à 82° c. , et on les agite jusqu’à ce qu'elles soient suffisamment teintes; on les passe ensuite successivement dans un bain de sumac et de safran ;
2" en noir: on les plonge aussitôt après les avoir lavées dans un bain de sumac, et on*les frotte ensuite sur le côté du grain avec une brosse roidc que l’on trempe dans de l’acétate ou pyrolignite de 1er.
Pour donner à ces peaux le grain ou le poli du maroquin, on les graisse avec de l’huile; on les étend sur un établi, on les frotte avec une forte pièce de verre J
TANNAGE. /,oi
convexe : le cuir étant devenu par ce moyen plus compacte , on le presse en le faisant passer sous un cylindre de.buis dont la surface est rayée ou semée de grains. Les peaux de chèvre |e tannent,- s’apprêtent et se teignent de la même manière que les peaux d’agneau ; seulement on les travaille avec le poil qui n’est pas estimé comme la laine.
Du vrai maroquin. On n’emploie que les peaux de chèvre. Lorsqu’elles sont nettoyées et débourrées , on leur faitsubir une fermentation partielle dans un bain de son , et on les tient ensuite plongées , pendantxinq à six jours, dans un bain de figues blanches bien délayées. Il est alors nécessaire de les tremper dans une dissolution de sel et d’eau pour les disposer à recevoir la teinture : le rouge s’applique avec l’alun et la cochenille , le noir avec le sumac et une dissolution de fer , le jaune avec l’alun et l’écorce du grenadier ; on les tanne et on les graisse comme les peaux de mouton.
Du cuir de Russie. On débourre les peaux de veau en les raclant après leur macération dans une liqueur alcaline ; on les lave à grande eau, et on les plonge dans un mélange de ce liquide et de gruau d’avoine , où on les tient jusqu’à ce qu’une légère fermentation se soit établie. Le tannage se fait ensuite avec l’écorce de bouleau, et les peaux tannées sont rendues flexibles au moyen de l’huile ; elles sont ensuite frottées plusieurs fois avec le produit de la distillation de la première écorce de bouleau ; c’est à cette substance qu’elles doivent l’odeur agréable qui leur est particulière et qui les préserve des vers ; le cuir de Russie i conserve celte odeur plusieurs années , aussi le recherche-t-on dans les belles reliures : les lignes transversales que l’on y remarque sont tracées en roulant sur la face grenue un cylindre de fer d’un poids considéi rable.
On prépare à Astrakan un très beau cuir avec la peau de daim ou de chèvre; l’opération est analogue
402 cochenilline.
n celle que l’on pratique sur les peaux de mouton : ce cuir est teint en rouge par son immersion dans un bain de cochenille contenant une plante alcaline commune dans les steppes ; on le passe ensuite dans une solution d’alun et on le tanne. Le granulé du cuir se fait par un instrument en fer , d’un poids considérable et garni de dents émoussées.
De quelques Produits particuliers.
Ces produits sont : i° la cochenilline ; 2° la canlharidine ; 3° quelques résines animales.
De la Cochenilline.
La cochenille est un insecte qui vit au Mexique, et se nourrit des feuilles de diverses espèces de cactus. Le docteur John en a fait l’analyse ; elle contient :
Cochenilline 5o,oo
Gelée io,5
Cire particulière. . . . io,o Matière gélatineuse. . 14.0 — brillante. ... I 4.0 Sels 1,5
joo
La cochenilline est la matière colorante de la cochenille, elle est d’un beau rouge carmin ; soluble dans l’alcool et dans l’éther.
De la Cantharidiçe.
La canlharidinc est le principe vcsicaut de la cantharide ; il est en petites lames , ayant une apparence micacée éclatante; est insoluble dans l’eau, l’alcool froid , soluble dans l’alcool bouillant dont il est précipite
CANTHARIDINE. — RÉSINES ANIMALES. 4°5 par le refroidissement ; il se dissout dans les huiles , l’éther, et leur communique ses propriétés vésicantes.
De3 Résines animales.
Un distingue parmi ces produits : i° l’ambre gris ; 2° le Ciis to réuni ; 3° la civette ; 4° Ie muse.
De l’ambre gris. Substance résineuse , grise, plus légère que l’eau , d’une odeur douce extrêmement agréable , fusible à 5°, volatile à ioo° et donnant alors un très faible résidu charbonneux : l’ambre gris se trouve flottant à la surface des mers.
On n’est pas d’accord sur l’origine de 1 ambre gris ; cependant on croit généralement aujourd’hui que c’est une concrétion morbide qui se forme dans les intestins du cachalot ( physeter macrocephalus ). M. Bouillon- Lagrange qui en a fait l’analyse a trouvé que 3820 parties d’ambre gris renferment :
Adipocire 2016
Substance résineuse 1167 Acide benzoïque. . . 42a
Carbone 212
Du castoréum. Substance jaune et presque liquide dans le corps de l’animal, mais qui prend une consistance de résine épaisse et a une couleur rougeâtre à l’air libre, et surtout lorsqu’on la fait chauffer dans les cheminées comme c’est l’usage. Elle perd parla chaleursonodeur qui est très forte mais très volatile. Le castoréum se trouve dans les régions inguinales du castor fîbev. Cet animal porte quatre poches , deux grosses et deux petites ; les premières seules contiennent le vrai castoréum. Ondoit encore à M. Bouillon-Laurnn°e l’a-
.Oo
nalyse de cetle matière ; elle est composée de mucilage, d’un extrait amer, de résine, d’une huile essentielle qui paraît être le principe de l’odeur qui la caractérise et d’une matière cristalline analogue à l’adipocire des calculs biliaires.
/,o4 RÉSINES ANIMALES.
De la civette. Substance odorante qui se rassemble dans une bourse ou poche située entre l’anus et les parties de la génération d’un quadrupède carnivore sauvage qui se rencontre dans la Chine et autres parties de l’Asie : on l’appelle chat- civette , mais il ressemble plus au renard et à la martre qu’au chat.
Plusieurs de ces animaux furent transportés en Hollande , ou ils ont été l’objet d’un commerce considérable particulièrement à Amsterdam. On extrait la civette de la poche de l’animal, tous les jours en été et deux fois par semaine en hiver : la quantité extraite chaque fois varie de ? a 4 grains. La bonne civette est brn ne-rougeâtre , d’une consistance de miel; elle doit avoir une saveur âcre et répandre une odeur très forte; cette odeur tout-à-fait malfaisante lorsque le suc n’est pas mélangé, devient agréable lorsqu’il est mêlé avec une grande quantité d’autres substances.
La civette que j’ai classée dans les résines ne parait pas cependant de nature résineuse, car elle se dissout dans les huiles et est prcsqu’iusoluble dans l’alcool.
Du musc. Substance rouge-brunâtre , formée de petits grains onctueux au toucher, d’une odeur très lorte, d’une saveur amère, soluble dans l’eau et dans l’alcool. On la trouve dans une poche située à la région ombilicale du moschus moschi/crus. Le musc du commerce est quelquefois falsifié avec du sang desséché, du sable , etc. Dans le premier cas, il dégage une odeur ammoniacale lorsqu’on le projette sur une pelle rouge. Le toucher rude et grenu qu’il offre découvre facilement la fraude dans la seconde sophistication.
Des Matières fcc aies.
Les alimens introduits dans l’estomac éprouvent divers ccn res d’altérations. arrivent dans le duodénum et
MATIÈRES FÉCALES. 4o
se divisent en deux substances distinctes , 1 & chyle et la matière fccale : celle dernière parcourt les gros intestins et est rejetée au dehors par Y anus. Les excrémens doivent être nécessairement formés des parties qui n’ont pu servir à la nutrition , et ces«parties ont été plus ou moins altérées par l’action des agens qui ont concouru à la digestion et à leur séparation des substances nutritives.
Le désir de répandre quelque lumière sur les phénomènes qui ont lieu dans l’acte digestif a pu seul déterminer les chimistes à entreprendre des recherches sur la matière fécale et à surmonter le dégoût qu’ils devaient éprouver dans leurs expériences; mais ils n’ont été dédommagés par aucune découverte importante de ce que leur travail avait de rebutant. Les essais les plus remarquables sont dus à MM. Berzélius, Vauquelin , Thaër et Einhof; le premier analysa en 1806 les excrémens humains ; on doit au deuxième une analyse exacte des excrémens de poule ; MM. Thaër et Einhof examinèrent les principes constituans des excrémens de bestiaux nourris à l’étable. Je rapporterai seulement les résultats du premier et du dernier.
ANALYSE DES EXCREMENS HUMAINS, PAR M. EERZÉt.lUS •
Eau 73,3
Débris de végétaux et d’animaux 7,0
Bile o, g
Albumine 0,9
Matière extractive particulière 2,7 .
Sels 1,2
Matière visqueuse composée de picromel, de matière
animale particulière et de résidu insoluble 14,0
MM. Thaër et Einhof soumirent à l’analyse 286