LIVRE IIP. — CHAPITRE I". - DES ALCOOLS EN GÉNÉRAL
Chacune des molécules d'eau, ainsi introduites dans le principe hydrocarboné, peut être à son tour remplacée par un volune égal de vapeur d'un acide quelconque, ou d'ammoniaque, ou d'oxygène, etc.
2. De là le parLigc des alcools proprement dits en divers ordres, savoir :
1" ORDRE. — Les alcools monoatomiques:
C^-IPpOs ou CS"H5r-s(H202).
Ils sont engendrés par la substitution d'une molécule d'eau à un volume égal d'hydrogène; nous avons retracé plus haut le tableau de leurs dérivés : l'alcool ordinaire est le type de ces alcools.
2' ORDRE. — Les alcools diatomiques :
C2nH2p04 OU C2"H2>'-*(H502)(H?05).
Ils sont engendrés par la substitution de deux molécules d'eau à un volume égal d'hydrogène : le glycol, G*H«0'' ou G*H*(H^0^)(H20»), est le type de ces alcools.
Ils sont susceptibles de reproduire deux fois chacune des réactions d'un alcool monoatomique , ou bien encore d'éprouver successivement deux de ces mêmes réactions.
3' ORDRE. — Les alcools triatomiques :
C'"H2i"0« ou Cî"H2p-«(H20«)(H20^)(H202).
Ils sont engendrés par la substitution de trois molécules d'eau à un volume égal d'hydrogène; la glycérine,
C6H*'0« ou C6H2(H202)(H»0S)(H202)
est le type de ces alcools.
Ils sont susceptibles, soit d'éprouver trois fois chacune des réac tions d'im alcool monoatomique, soit d'éprouver successivement trois de ces mêmes réactions. De là une multitude de dérivés distincts et très-importants, lesquels comprennent les corps gras naturels.
4* ORDRE. — Les alcools tétratomiques ^ C^''H*''0*.
5" ORDRE. — Les alcools pentaiomiques , G^"H^''0^''.
6* ORDRE. — Les alcools hexatomiques , G^-'H*''0*^ La mannite, Qi2jj,4Qi2^ est le type de ces alcools : les sucres appartiennent aussi au même groupe.
famili.es des alcools monoatomioues.
Nous reviendrons dans une suite de chapitres distincts sur les alcools polyatomiques, nous bornant à parler ici des alcools monoatomiques.
Si»- — Familles des alcools luonoatonilqucs.
i. L'ordre formé par ces alcools se subdivise à son tour en familles, suivant le rapport entre le carbone et l'hydrogène.
(dm'ûle. Alcools éfhxjliques C-"H2"(IF0-) ou C-"I12"+20?.
Elle comprend les espèces suivantes :
Alcool niétliylique C2H2(H20«; ou CnV<ty-,
Alcool unlinaire ou élliylique. (V*H*(HH)^) ou (/'►H*'0-,
Alcool propylique CsHMPO-) ou C^H^O^,
Alcool bulylique (:8118(H202) ou C^POO-,
Alcool amylique (:'0II"'(H'0*) ou C'^H'^Q^
Alcool caprylique ou hexylique CMW^{1]^0-) ou C'^H'^O'.
Alcool (rnanlliylique ou heplylique. . . (:»^H'*(IFO-j ou C^Hico*,
Alcool caprylique ou oclylique (;'6Ifi6(H-0^) ou C'^Hi^Oî
Alcool nonylique (:"^H'8(H202) ou C'^H-'oo»^
Alcool cai)rique ou décylique (^-"H^o^'H^O-) ou C^'^H^^qs
Alcool élhalique ou éthal (:^2H32(H202) ou CMP'>0^,
Alcool cérolique C^m»^{W^O^-) ou C^W*0-,
Alcool mélissique ('/0H60(H2O2) ou C'"^H''»0-.
La progression régulière qui existe entre les formules de ces alcools se retrouve jusqu'à un certain point dans leurs propriétés.
En effet, les alcools méthylique, ordinaire et propylique sont liquides et mobiles; ils se mêlent avec l'eau en toutes proportions;
L'alcool butylique, déjà moins mobile, est fort soluble dans l'eau, mais il ne se mêle plus avec elle en toutes proportions;
L'alcool amylique est oléagineux et peu soluble dans Veau; mais il se mêle avec l'alcool ;
L'alcool caprylique est insoluble dans l'eau, tandis qu'il se môle avec l'alcool;
Nous arrivons ainsi, par une variation graduelle, jusqu'à l'alcool éthalique, solide, cristallisé, insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool; et enfin jusqu'à l'alcool mélissique, corps cireux, insoluble dans l'eau et peu soluble dans l'alcool.
148 LlVRi: ni'. — CHAPITRE I". — DES ALCOOLS EN GÉNÉRAL.
2. La volalililé décroit aussi d'une manière progressive ; en effet :
En général, pour chaque G^H* ajouté à la formule d'un alcool, le point d"ébullilion ipontc en moyenne de 19"; c'est à peu près le môme chiffre que dans la série des carbures homologues (p. 27).
Ajoutons enfin que la formule de chacun des alcools éthyliques peut représenter autant de corps isomères qu'il existe de carbures isomères, représentés par la même formule que le générateur dudit alcool : cette remarque s'applique aussi aux familles suivantes.
2* kxmiWe.— Alcools acétyliques, C'"H'"-^(H^O').
Ils diffèrent des précédents par 2 équivalents d'hydrogène en moins :
Alcool acélylique C''W{W~0'-) ou C''H''02,
Alcool allylique C'HHH^O^) ou C'^U^O^
Alcool menlholique (essence de menlhcj. . Cm^»{WO^-) ou C^OH-'OO^'.
3* famille. — Alcools camphéniques , C'-II-"-''(H'0^). Tous les alcools connus de cette famille répondent à une môme formule, mais avec de nombreux cas d'isoméi'ie :
Alcools campboliques C2<'H'«(H20^') ou C^OH'SO^
/i' famille. — ^/coo/s C'"H-"-'=(lPO').
5" famille. — Alcools benzéniques, G^°H-'-»(H'0''). Ces alcools se forment au moyen du toluène, C'^i", et des carbures homologues (p. lOG) :
Alcool benzylique Cm^{WO^) ou C'-HW,
Alcool loluylique C'WlH^O-') ou C"5H>002,
Alcool cumolique C'8Hio(H20-') ou C'^H'^O^
Alcool cyinénique ÇMV^-iWQ'-) ou {:mH)\
Alcool sycocéryliquc C^6H2S(H202j ou C^'eipoo^.
()* famille. — Alcools cinnaméniques, C^"H^"~''*(H^O^) :
Alcool cinnamique C'sHs (H-'O^) ou CiSH'OQ^
Alcool choleslérique ou choleslérine. . . ^^^(H^O^) ou CS-'H^O^.
L'alcool mélbylique l'oul
à 6G% à 78, vers 9G, à 108.
L'alcool ordinaire.
L'alcool propylique, L'alcool bulylique.
L'alcool aniylique L'alcool caprylique
L'alcool étbaliquc
vers 500.
Tels sont les alcools monoatomiques proprement dits.
§ 6. — ALCOOLS D'HYDRATATION.
§ 6. 2* Classe. — Alcools d^hydrutation.
1. Ces alcools sont isomériqiies avec ceux de la première classe; mais leur mode de formation et leur préparation sont ditterents. En etlet, on les obtient par voie d'addition : on ajoute à un carbure incomplet les éléments de l'eau, sans qu'il y ait élimination d'hydrogène; telle est la formation de l'hydrate de propylène ou alcool isopropylique :
C«H« + H^02 = (:eH«(H202).
Cette fixation des éléments de l'eau ne s'eflectue pas en général directement, si ce n'est peut-être sur le térébenthcne et ses isomères; mais elle a lieu par une suite de réactions intermédiaires. Par exemple, le carbure est uni directement avec un hydracide, l'acide iodhydrique spécialement:
C«HM-HI = C"H«(HIj;
puis on remplace l'hydracide par un oxacide, à l'aide d'une double décomposition :
C«H«(H1) + C*H3AgO'' = C«H« (C'H^O'O + Agi;
on remplace enfin l'oxacide par les éléments de l'eau, au moyen d'un alcali :
C6U« (G'H'OO + Kim = C«H« (H-'02) + C^H^KO*. On peut encore unir le carbure directement avec l'acide sulfurique :
C«H6 +S2H208 = CfiHe(S2H20^) ;
puis décomposer par l'eau l'acide conjugué :
CTI6(S-'H20«) + WO^ = C«Hfi(H?0') + S^H'O^.
Nous avons décrit ces réactions (p. 60 et p. 81).
2. Les alcools d'hydratation retiennent certains caractères de leur origine. Ainsi on peut dire que les éléments de l'eau y sont contenus dans un état de combinaison moins intime que dans les alcools obtenus par substitution. En effet cette eau abandonne très-aisément le carbure auquel elle est unie. En d'autres termes ces alcools se scindent aisément en leurs générateurs. Cette scission a lieu sous l'in-
m LIVRE IIP. - CHAPITRE I". — DES ALCOOLS EN GÉNÉRAL.
Iluencc d'une température de 200 à 300", sous l'influence de l'acide sulfurique, dans le cours des doubles dccoiîipositions, etc.
3. Les alcools d hydratation forment régulièrement les dérivés suivants :
1» Des éthers C«H6(HCI) — C«H«(C4H*0*),
2" Des alcalis C«H«(AzH»)
3° Des carbures C^H6(— )
4» Des aldéhydes (comparables à l'acélone). . . C«H*0-(— ).
Mais ils ne forment ni acides monobasiques, comparables à l'acide acétique; ni dérives chlorés ounitrés, par substitution pure et simple.
4. La classe des alcools d'hydratation se partage en plusieurs ordres, selon le nombre de molécules d'eau ajoutées aux carbures générateurs :
Alcools monoatoniiquc? C^nH'»» + H^O',
Alcools dialoinique? Canj^sm | ^WO^,
Alcools triatomiques C2"H2°> + ÔH^O^, etc.
5. L'ordre des alcools monoatomiques d'hydratation se subdivise à son tour en familles, suivant le rapport qui existe entre le carbone et l'hydrogène. Les termes de ces familles sont isomériques avec les alcools d'oxydation. Nous avons signalé différents de ces termes eu parlant du propylène (p. 81), de l'amylcne (p. 8o), du tércbenthène (p. 138). Nous ne reviendrons pas sur ces alcools d'hydratation, dont l'importance est bien moindre que celle des alcools proprement dits.
1. Étant donné un aldéhyde, on peut fixer sur ce corps de l'hydrogène, de façon à reproduire l'alcool correspondant. Mais on peut aussi fixer sur ces mêmes aldéhydes un carbure d'hydrogène quelconque, occupant le môme volume gazeux que l'hydrogène. On engendre ainsi un alcool secondaire.
5* cla$ise. — Alcools secondaires et tertiaires.
Aldéhyde
Alcool primaire. .
Alcool secondaire
2. Un alcool secondaire peut engendrer des éthers^ des alcalis, des carbures, et même des aldhéhydes (secondaires) ; parcequ'il peut
§ 8. — PHÉNOLS. 151
éprouver sous ce rapport les mêmes réactions qu'an alcool primaire ; mais il ne saurait engendrer un acide monobasique correspondant à l'acide acétique, parce que l'oxygène qui se fixe sur un seul et même carbure d'hydrogène dans la formation de l'acide acétique : G*li*(0*), au moyen d'un alcool primaire, se trouve réparti entre deux carbures diflérents, dans le cas d'un alcool secondaire; chacun de ces carbures s'oxyde pour son propre compte, d'oii résultent deux acides correspondants :
c^H^os^c^H*) + 08 = c*H*o* + cmw + }V-0\
Les alcools secondaires sont identiques en général avec les alcools d'hydratation. Tel est l'alcool isopropylique, dont l'acétone est l'aldéhyde.
3. Cependant les aldéhydes secondaires, l'acétone par exemple, sont encore des composés incomplets. A ce titre ils peuvent fixer, soit de l'hydrogène, ce qui reproduit un alcool secondaire; soit un carbure d'hydrogène, ce qui engendre un alcool tertiaire.
Aldéhyde secondaire C4r*02(G2H [— ]),
Alcool secondaire Cm'*0\C'^W\lV-']] ,
Alcool tertiaire C^t^O^C^H^CG^H*]).
Nous ne parlerons pas davantage de cette classe d'alcools; mais il était nécessaire d'en signaler l'existence.
§ 8. — i« classe. — Phénols.
1. La classe des phénols est d'une grande importance, soit dans l'industrie, soit dans la physiologie végétale. On les obtient au moyen des carbures analogues à la benzine, en substituant l'hydrogène, 11% par un volume égal de vapeur d'eau, 11*0* :
Benzioe. . . . Phénol. . . . C'^H^CtPO^).
2. Formation. — Cette substitution s'opère par l'intermédiaire d'un composé sulfurique ou carbonique du carbure. 1° Par exemple, la benzine peut être combinée d'abord avec l'acide sulfurique iumant :
Ci«ii6 ^ s^O «= C'2H<5S20«;
puis, le sel de potasse de l'acide benzinosulfurique sera chauffé avec l'hydrate de potasse, ce qui fournit du phénol potassique, du sulfate et du sulfite. Nous avons signalé cette réaction (p. 100).
1o2 l.iYRE m*. - CHAPITRE I". - DES ALCOOLS EN GÉNÉRAL.
r On peut aussi former l'acide benzinocarbonique, C'*H«+G'0\ en faisant agir le sodium sur l'acide carbonique et la benzine bromée simultanément; puis on y substitue les éléments de l'eau, H'O*, ;\ rbydrogène, II'; ce qui fournit un acide oxybenzoïque, C'*H^O^ ; enfin on décompose ce dernier par un alcali, en carbonate et phénol :
CURfiO» = Ci2H«02 + c^O*.
C'est encore là une méthode générale.