ALCALIS DE L'OPIUM - MORJ'IILNE. il
§ 3. — Alcali* de l'oplnm. — IHorpliIftO.
1. Préparation. — L'opium représente le siu* épaissi des c<apsulcs du pavot. C'est, en quelque sorte, le minerai dont nous allons extraire la morphine. Pour y parvenir, on délaye l'opium dans l'eau tiède; une partie (la moitié environ) se dissout; une autre partie reste à l'état insoluble. Après une macération de plusieurs heures, on liltre la liqueur, qui passe transpai'ente, mais colorée. La morphine, à l'état de sel, demeure dissoute dans la liqueur. On évapore à consistance de sirop, on reprend par l'eau, on tiltre de nouveau, on précipite enfin la morphine par le carbonate de soude. La potasse précipiterait également la morphine; mais un exeès de potasse redissout la morphine, ce (jui n'arrive pas avec le carbonate de soude ou l'ammoniaque, pourvu que l'ou n'emploie pas un très-grand excès de ces substances.
L'alcaloïde de l'opium se présente alors sous une forme pulvérulente et colorée. Il est mêlé avec une matière résineuse et de la narcotine. Le précipité est recueilli et on le lait bouillir dans l'alcool. La morphine est peu soluble à froid dans ce liquide; mais elle se dissout bien à l'ébuUition. Par le refroidissement elle se précipite à l'état cristallin, et on la purifie pardes cristallisations succèssives. On peut la décolorer plus rapidement, en mettant sa solution alcoolique en contact avec un peu de noir animal; mais il faut faire cette opération avec ménagement de façon à perdre le moins de morphine possible, le noir retenant cet alcali. Quand on veut puriiier parfaitement la morphine, on l'engage dans un sel; par exemple on prépare du chlorhydrate de morphine que l'on fait cristalliser et que l'on décompose ensuite.
"i. Analyse. — Un procédé rapide de dosage de l'opium consiste à traiter 10 grammes d'opium par 100 grammes d'alcool marquant 75° et employé en plusieurs fois ; on passe à mesure sur un linge fin, on lave le linge avec les dernières parties de l'alcool et l'on ajoute à la liqueur alcoolique 3 centimètres cubes d'ammoniaque. La morphine se précipite peu à peu à l'état cristallin. Au bout de deux jours, on recueille les cristaux sur un liltre tiiré; on les lave avec de l'eau, puis avec de l'éthcr, qui dissout la résine et la narcotine, etc. La morphine reste presque pure. On la sèche, on la pèse. .
3. Propriétés. — La morphine est blanche; elle cristallise en prismes rhomboïdaux droits; sa saveur est amère. Elle dévie à gauche le plan de polarisation. Elle peut être fondue sans décomposition. Une
oI2 LIVRE \l^ — CHAPITRE — ALCALIS NATURELS.
partie de morphine se dissout dans 500 parties d'eau bouillante et 1,000 parties d'eau froide ; dans 24 parties d'alcool absolu bouillant. Une fois cristallisée, elle est presque insoluble dans l'éther et les huiles essentielles.
Elle se dissout dans les solutions alcalines. Aussi a-t-on propose, pour purifier la morphine, de la dissoudre dans une solution de potasse, puis de la précipiter en saturant la potasse; mais cette méthode n'est pas très-bonne et altère la morphine.
A. Réactions. — La morphine est très-oxydable; de là diverses réactions caractéristiques. Par exemple, elle réduit l'acide iodique, et l'iode est précipité. Cet iode ne bleuit pas toujours l'amidon, quand le corps oxydant est en excès; cependant on peut isoler l'iode qui a été précipité par la morphine au moyen du sulfure de carbone. Le chlorure d'or est réduit par la morphine : l'or se précipite à l'état métallique.
La même réaction a lieu avec le nitrate d'argent ammoniacal. L'acide nitrique concentré colore la morphine en rouge.
Les persels de fer sont réduits à l'état de protoxyde par la morphine, et la liqueur prend une belle coloration bleue caractéristique.
Le chlore donne une coloration orangée.
La morphine, chauffée avec la potasse à 200°, dégage de la méthylammine.
La morphine est un poison violent', qui agit comme stupéfiant sur le système nerveux.
o. Sels. — La morphine se dissout dans les acides, en formant des sels solubles^de même ordre que les sels ammoniacaux, c'est-à-dire sans séparation des éléments de l'ean.
Les sels de morphine sontsolubles dans l'eau et l'alcool, mais non dans l'éther. L'ammoniaque, le tannin et le bichlorure de mercure les précipitent de leurs dissolutions.
Le chlorhydrate de morphine: G=^*H^'AzO^HCl -j- 3H'0^ cristallise en aiguilles soyeuses, solubles dans 20 parties d'eau froide, 1 partie d'eau bouillante, 6 parties d'alcool ordinaire froid et 10 parties d'alcool bouillant.
Uacétate de morphine: G='*H''AzO«,C*IPO* + 2H^0% est soluble dans 17 parties d'eau froide et 1 partie d'eau bouillante.
Le sulfate se dissout dans 2 parties d'eau froide.
6. hSL. codéine, C^'H-'AzO'^ + H^O', se présente en gros cristaux rhombiques, solubles dans 80 parties d'eau à 15°, fort solubles dans l'alcool et l'éther. Elle bleuit le tournesol.
L'acide nitrique concentré la change en nitrocodéine; le brome
§ 4. — NARCOTINE. -il 3
l'orme la codéine monobromée ; les solutions alcooliques d'iode et de codéine étant mélangées, déposent un iodiire en magnifiques cristaux :
§ i. — IKarcotine.
I. Pre/)ara/ion. — La narcotine, C**H**AzO**, s'obtient en traitant par l'acide chlorhydrique le marc d'opium épuise par l'eau; on précipite par le carbonate de soude et l'on fait recristalliser dans l'alcool, en présence d'un peu de noir animal.
-1. Propriétés. — La narcoline se présente en belles aiguilles cristallines, insolubles dans l'eau, peu solubles dans l'alcool, très-solubles ilans l'éther. Elle est lévogyre.
3. Réactions. — Traitée par l'acide nitrique étendu, ou par un mélange d'acide sulfurique et de bioxyde de marfganôse, elle donne naissance à la cotamine, C'^H'^VzOS et à la méconine, C-''H*''0', sorte d'alcool ;\ fonction mixte, qui semble l'anhydride d'un alcool complexe, C-ni'-tV :
C^ni-'SAzO'- = C2''Hi3Az08 + C^OHioQS ;
Une oxydation plus avancée engendre l'acide opianique C-^H^T)" (aldéhyde de l'alcool G-°H"'()'«),
C«H23AzO»* + ()2 = C2VH««AzO« + C^OHioO'» ; *
puis enfin l'acide hémipimqiœ, G"^"H'°0" (acide dérivé du même alcool).
4. D aprcs ces faits, la narcotine peut être regardée comme un alcali dérivé de l'alcool, C"H*'0'% et de la cotarnine.
On peut même pénétrer plus avant dans sa constitution. En eftet, la méconine, traitée par l'acide iodhydrique, fournit 2C*II'T; c'est donc un éther diméthylique, dérivé sans doute d'un anhydride, (:;'ni«0% qui répondrait à un alcool acide G'«ll'0^^ L'oxydation de cet alcool devrait fournir un acide, C^Tl^O'*, apte à son tour à se décomposer en acides carbonique et dioxybenzoïque (ou isomères), C'^îr'O'.
Or l'oxydation directe de la méconine fournil l'acide hémipinique, signalé plus haut et que l'acide iodhydrique dédouble à son tour en éther méthyliodhydrique, acide carbonique, et en acide dioxi/^ benzoique :