‹ Traité élémentaire de chimie organiqueChapitre 373 sur 402 · LIVRE \V. - CHAPITRE - ALCALIS NATURELS · texte numérisé non relu

LIVRE \V. - CHAPITRE - ALCALIS NATURELS

Ce qui est coni'orme aux prévisions précédentes.

Reste à éclaircir la constitution de la cotarnine. Cet alcali, d'autre part, se dédouble sous l'influence de Tacide nitrique en inétluilammine et acide €Otarni(jue, bibasique :

I/acide cof arnique, étant bibasique, doit jouer encore le rôle d'alcool monoatomique d'après sa composition. 11 dérive sans doute d'un carbure benzénique, tel qucC^-H"'; sa fonction d'alcool explique son association avec la méthylammine pour former la cotarnine; celle-ci à son tour, unie avec la méconine, de la même manière que l'éther glycolique avec l'ammoniaque, engendre la narcotine.

On peut donc regarder comme prochaine la synthèse de cet alcali. Mais on voit combien sont compliquées les recherches analytiques qui tendent à en établir la constitution. Ces détails mettent dans tout leur jour la nature complexe des alcalis naturels et leur formation méthodique, à partir de l'ammoniaque et des corps oxygénés.

§ 3. — Alcalis de»» qulnquinnin : Quinine.

1. La quinine, G*"H-'*Az^O\ est contenue dans les écorccs des quinquinas gris, rouge, jaune. Les quinquinas jaunes renferment surtout de la quinine; les quinquinas rouges, de la quinine et de la cinchonine; les quinquinas gris, surtout de la cinchonine; et enfin les quinquinas blancs, de l'aricine et presque pas de quinine et de cinchonine.

Les écorces les plus riches (ca/t^>aî/a, pitayo] contiennent 3 et 4 pour 100 de quinine; on exploite des écorces qui en renferment seulement 1 pour iOO.

2. Préparation. — Pour préparer la quinine on prend du quinquina jaune et on le réduit en poudre grossière. On tr«ite ensuite la masse par 8 à 10 parties d'eau acidulée, renfermant 12 pour 100 d'acide sulfurique. Dans le quinquina, la quinine se trouve sous forme insoluble, unie à des acides analogues au tannin : ceux-ci cèdent facilement la base à un acide minéral, à l'acide sulfurique étendu par exemple, et il se forme du sulfate de quinine solublc, mélangé avec un grand nombre de matières étrangères.

On filtre la liqueur acide sur une toile , et on ajoute peu à peu un lait de chaux, jusqu'à ce que la liqueur soit devenue franchement alcaline. On filtre et on recueille le précipité, qui est un mélange de quinine et de cinchonine devenues libres, de sulfate de chaux, de matière colorante, etc.

i5 o. — ALCALIS DES Ql INQUINAS. 'Ml\

Pour isoler bi quiuine, on dessèche le précipité et ou le traite à cluuul pur les huiles lixes de schiste ou de pétrole, qui lui enlèvent la quinine.

On fait ensuite bouillir ces huiles avec l acide sulfuriquo étendu, qui redissout la quinine. On évapore et on obtient un résidu cristiUlin de sulfate de quinine. Ce sehrest pas pur ; il est coloré et il est mêlé de sulfate de cinchonine et de quelques autres corps.

Afin de l'avoir parfaitement blanc, il faut le dissoudre dans l'eau ou dans l'alcool en présence du noir animal, employé avec ménagement. Le sulfate do tjuinine, moins solublc à froid qu'à chaud, se précipite sous forme d'aiguilles brillantes. Le sulfate de cinchonine reste dans les eaux mères, dont on peut l'extraire par la concentration.

Pour isoler la quinine, il suffit d'ajouter de l'ammoniaque ù. une solution aqueuse de sulfate de quinine : la (piinine se précipite sous forme caséeuse.

3. Analyse. — Voyons maintenant comment, étant donné un (piinquina, on peut essayer la quantité de quinine qu'il contient.

On prend 10 grammes de ce quinquina, choisis de manière à faire un échantillon moyen; on les pile ; on les met dans un entonnoir fermé avec du coton, eton les traite en plusieurs fois par l'alcool étendu de 1/10 d'eau en volume; on lessive, jusqu'à ce que les liqueurs passent incolores, mais de façon à ne pas employer plus de 100 à 150 grammes de liquide.

On obtient ainsi les sels de quinine en solution ; on ajoute un peu de ch;iux, ce qui précipite diverses résines et matières colorantes; tandis (pie la quinine reste dissoute dans l'alcool. On sature la liqueur alcoolique par l'acide sulfuriquc dilué, en léger excès, et on la concentre à 1/5 au bain-marie. Il se forme un dépôt de matières résineuses, par suite du départ de l'alcool. On filire, on lave avec quelques gouttes d'eau; le tout est mis dans un petit flacon et traité par l'éther et un peu d'ammoniaque. La quinine mise en liberté se dissoul dans l'éther, à peu près à l'état de pureté.

On décante l'éther, on l'évaporé et on obtient ainsi une matière qui représente la quinine brute, contenue dans Técorce de (juinquina. On la sèche à la température ordinaire et on la pèse. Pour plus d'exactitude, on traite de nouveau la masse pesée parl'éther, qui dissout très-bien la quinine et la quinicine et très-peu la cinchonine.

Ou évapore l'éther, on sature exactement le résidu par l'acide sulfurique étendu (dont le poids doit être calculé d'après celui des alcalis bruts); on ajoute un peu d'alcool et on évapore avec ménagement; le sulfate de quinine cristallise, tandis que le sulfale de quinicine est incristallisable.

ol6 r.lVRE VI*. — CHAPITRE l\\ — ALCALIS NATURELS.

Celte mclhode est délicate et demande une main exercée; mais elle fournit des résultats assez exacts.

\. Propriétés.— La quinine est blanche, pulvérulente, généralement, amorphe; cependant si la précipitation se fait très-lentement, elle se présente sous forme de petits cristaux renfermant 3H^0^ de cristallisation. Elle est très-amère et lévogyre.

La quinine se dissout dans 480 parties d'eau à 19" et dans 200 parties d'eau bouillante; elle est très-soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, les huiles de schiste, les huiles essentielles, les huiles grasses.

5. Réactiom.—-\Q\c\ quelques-uns des phénomènes qu'elle éprouve sous l'influence des oxydants.

La quinine n'est pas sensiblement colorée par l'acide, nitrique. Elle n'est pas colorée par 1 "acide sulfurique concentré et froid.

Le chlore donne une coloration rosée, qui devient bientôt d'un rouge plus foncé. Si l'on prend du sulfate de quinine et qu'on y ajoute successivement de l'eau de chlore et de l'ammoniaque, on obtient une coloration verte très-caractéristique.

Le chlore et le prussialc jaune produisent une coloration rouge intense, peu durable.

Les selsile quinine sont remarquables par leur fluorescence : leur Édlution, vue sous une incidence rasante, présente une belle coloration bleuâtre et caractéristique.

(j^ Se/.s. — Avec les acides, la quinine donne deux sériés de sels, les uns neutres, les autres acides :

Chloibydiale^ C'01I-^\z-'OS 211C1,

C^^Hî^Az^OS IICI, Sulfate de quinine dit neutre. . . C'"H2''Az'0S SO», HO, Sulfate de quinine dit acide. . . C'^ll^Uz^OS S^O^, H^O^

Les sels de quinine sont précipités par les carbonates alcalins, les alcalis et le tannin.

7. Le sulfate de quinine ordinaire, G*"ir''Az'0\ S0*1I, se présente en aiguilles légères, minces et flexibles, dont la forme est celle du prisme rhomboïdal oblique. Il renferme 7110 de cristallisation. 11 se dissout dans 740 parties d'eau à 13° et dans 30 parties d'eau bouillante, dans GO parties d'alcool ordinaire froid ; il est insoluble dans l'éther ou le chloroforme. Le sulfate avec excès d'acide est plus soluble (11 parties d'eau ;i 13").

Le sulfate de quinine est souvent sophistiqué; on le mélange à de la salicine, à de l'acide borique, à du sulfate de chaux, à du sucre, à

i< o. - ALCALIS DES QUINQIHNAS. 'o\l

de l'acide stéarique, à du sulfate de cinchonine, etc. Voici comment on reconnaît ces falsifications :

V La salicinc sera décélée par l'acide sulfurique concentrée : une goutte de cet acide donne une coloration rouge sang.

T Le sulfate de chaux sera mis en évidence par son insolubilité dans l'alcool bouillant, qui dissout la quinine. On peut encore le reconnaître, ainsi que toute matière minérale, par l'incinération.

3" Pour reconnaître la mannite et le sucre, on dissout le sulfate de quinine dans l'eau ; on ajoute de la baryte en excès, ce qui précipite l'acide sulfurique et la quinine. On filtre ; un courant d'acide carbonique précipite la baryte en excès. On évapore à sec, après filtralion. Le résidu doit être nul, s'il n'y a pas de mannite ou de sucre.

A" Les corps gras seront manifestés en dissolvant le sulfate de quinine dans l'eau acidulée par l'acide sulfurique. On fait bouillir : par refroidissement les corps gras surnagent à la surface du liquide.

50 Pour constater la présence de la cinchonine, on prend 1 gramme de sulfate de quinine, on le met dans un tube à essai, on verse dans ce tube il c. c. d'élher lavé à l'eau (on le lave pour qu'il soi: exempt d'alcool); on ajoute 2 c. c. d'ammoniaque, qui s'empare de l'acide et précipite la quinine. Cette quinine se diss®ut dans l'éther; la cinchonine qui y est insoluble apparaît entre la couche éihérée et la couche ammoniacale, sous forme floconneuse. Généralement le sulfate de quinine renferme un peu de cinchonine, en raison de son mode de préparation. On admet une tolérance de 1 à 2 centièmes, proportion qui donne lieu seulement à une légère couche floconneuse.

8. Cinchonine, C^^H^^Az^O*. La cinchonine, ou plutôt son sulfate, se rencontre comme produit accessoire dans les eaux mères du sulfate de quinine. Cette base et ses sels cristallisent mieux que la quinine et ses sels.

La cinchonine se présente en beaux prismes rectangulaires obliques. Elle se dissout dans 7,000 parties d'eau froide, dans 4,000 parties d'eau bouillante, dans 400 parties d'alcool ordinaire froid et 110 parties d'alcool bouillant, dans 600 parties d'éthcr froid, dans 40 parties de chloroforme.

. Elle est dextrogyre, amère, fébrifuge, quoiqu'à un moindre degré que la quinine Chauffée, elle fond à 165", et peut être sublimée en partie. Elle est biacide comme la quinine.

Elle en diffère par 2 équivalents d'oxygène. On a réussi en effet à obtenir une oxycinchonine ; mais ce corps est isomère, non identique avec la quinine.

518 LIVRE VI*. — CHAPITRE 11'. — ALCALIS N.\Tl]RELS.

§ 6. — .%lcallM de» «itrjclinéc». — ««ryclinlDC.

1. La préparation de la strychnine est comparable à celle de la «[uininc. On écrase la noi.\ vomique,ou la fève de Saint-Ignace„raôlée de chaux en poudre, et on la traite par les huiles lixes de schiste et de pétrole, ou mieux par les alcools amyliques bruts. On agite ces huiles avec l'acide sulturiquc étendu; on l'ait concentrer hi liqueur : le sulfate de strychnine cristallise. Les sels dcbrucinc et d'igasurine restent dans les eaux mères. Le premier sulfate, décomposé par l'ammoniaque, fournil la strychnine. C''^IP-A/.*0\

2. Elle cristallise en octaèdres jectangulaires droits. Elle est presque insoluble dans l'eau (7,000 parties à 19°) et peu soluble dans l'alcool froid (1,200 parties). Elle donne à l'eau une amertume extrême; il suffit d'une dose de 1 à 2 milligrammes dans 1 litre d'eau pour que cette amertume soit sensible. Elle dévie à gauche le plan de polarisation ; elle estsoluble dans les essences et dans les huiles essentielles, insoluble dans l'cthcr.

L'amertume extraordinaire de la strychnine a été employée pour remplacer le houblon dans la fabrication de la bière; mais cette lalsification a été la cause d'accidents graves, car la strychnine est un des poisons les plus actifs que l'on connaisse.

:i. L'acide nitrique colore la strychnine en jaune; mais il est probable que cette faible coloration est duc à la présence de quantités pour ainsi dire impondérables de brucine. Celles-ci se colorent en rouge intense par le même réactif.

Le chlore donne avec une solution d'un sel de strychnine un précipité insoluble ; cette réaction permet de reconnaître des traces de strychnine. Sous l'influence des agents oxydants, la strychnine prend une couleur bleue violacée; l'expérience se fait avec le bioxyde de plomb ou de manganèse et l'acide sulfurique; ou bien avec ce dernier acide et le bichromate de potasse. Sous rinflnence d'un excès de réactif, la coloration passe au rouge.

Le tannin précipite les sels de strychnine. Traitée parl'iodela strychnine forme un iodure :

2C«IP2Az*0S 5I«

qui se présente en beaux cristaux.

.3. Les sels de strychnine cristallisent facilement. Le sulfate de strijchnine a pour formule :

s, 7. - AiXALlS DES SOLANKES. oi9 Il est assez solublc dans l'eau.

4. La brucine, G"H''^Az-0% cristallise en prismes obliques à base rhombe. Elle dévie h gauche le plan de polarisation. Elle est caractérisée par la belle coloration rouge qu'elle donne avec l'acide nitrique. L'addition du chlorure stanircux change cette couleur en ▼iolet.

La brucine est un dérivé mélhylique; car elle fournit de l'étht'r méthyluitreux sous l'influence de l'acide nitrique.

g 7. — Alcalis des solunée». — lilcotiae : C-^H'^Az-.

1. La nicotine existe dans le ^bac {nicoliana tabacim), qui lui doit ses propriétés. On l'extrait en mettant à digérer le tabac avec de l'eau; on évapore jusqu'à consistance d'extrait, et l'on reprend par l'alcool. On agite ensuite avec la potasse et l'éther : la nicotine reste dissoute dans l'éther, tandis que la potasse et divers corps étrangers dcnricurent dansi'cau. On décante l'éther et on l'agite avec de l'acide oxalique en poudre : on forme de l'oxalate de nicotine, insoluble dans l'éther, qui se sépare. On agite de nouveau le sel formé avec la potasse et réther, qui redissout la nicotine rendue libre. On distille alors la solution éthérée dans un courant d'hydrogène, et l'on main tient le résidu à l-iO" au bain d'huile, dans ce courant gazeux, évitant tout accès de l'air, qui altère la nicotine; on porte enfin la température jusqu'à 250" : la nicotine distille.

2. La nicotine se présente sous forme huileuse, incolore quand elle est récemment préparée, mais presque toujours colorée en brun, par suite d'une altération qu'elle subit à l'air et à la lumière.

Elle bout vers 2io°, et commence à se décomposer un peu audessus de cette température : c'est pourquoi il est nécessaire de la distiller sous faible pression et dans un courant d'hydrogène.

Elle est plus dense que l'eau : 1,027 à LT. Elle est très-soluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, etc.

Elle est fortement alcaline. Sa saveur et son odeur sont fortes et vireuses. La nicotine est un caustique très-puissant et un poison violent.

3. La nicotine est tout à fait comparable à l'ammoniaque pour ses propriétés chimiques, et elle donne des sels entièrement analogues aux sels ammoniacaux, si ce n'est qu'ils sont biacides :

C»H'*Az*,2HCI.

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