LIVRE II'. CHAPITRE VI*. — SÉRIE BENZENIQUE
Le toluène mononitré est cristallisé, lorsqu'il est absolument pur. En général, il se présente sous la forme liquide, parce qu'il est mélangé avec un corps liquide, isomère. Il bout à 230° et possède une odeur marquée d'amandes amères. L'hydrogène naissant le change en un alcali, la toluidine, C**H^\z, dans les mêmes conditions où la nitrobenzine se transforme en aniline.
3. La toluidine est un alcali volatil et cristallisable. Elle fond à 45° et bout à 206°. Elle ne fournit pas de coloration bleue par le chlorure de chaux.
Le toluène nitré liquide fournit un alcali isomère, la pseudotoluidine, également liquide.
§ il. — Matières colorantes artiaciclles.
1. Les mélanges d'aniline et de toluidine jouent un rôle capital dans la fabrication des matières colorantes artificielles. En effet, la rosaniline, la plus importante de ces matières, résulte de l'union de deux molécules de toluidine et d'une molécule d'aniline, avec perte d'hydrogène :
C'^H^Az + 2G'4H9Az + 30* = C*<>H«iAz«p2 + 2E^0^.
Cette réunion s'o{)ère lorsqu'on soumet le mélange des deux alcalis à la plupart des actions oxydantes.
2. Dans l'industrie, on exécute l'oxydation au moyen de l'acide arsénique, lequel se change en acide arsénieux. On opère avec 10 parties des alcalis mélangés, et 17 parties d'une solution renfermant 72 p. 100 d'acide arsénique anhydre. Le tout est chaulfé vers 190 à 200°, pendant 8 à JO heures. On chasse alors l'excès d'aniline non combinée, au moyen d'un courant de vapeur d'eau; on délaye dans l'eau la masse restée dans la cornue, et on la fait bouillir avec de l'eau acidulée par l'acide chlorhydrique; ce qui change la rosaniline en chlorhydrate de cette base. On ajoute au liquide du sel marin, afin de former une solution concentrée de ce sel, solution dans laquelle le chlorhydrate de rosaniline est insoluble. Il se sépare et on l'isole; on le lave avec de petites quantités d'eau, puis on le fait cristalliser dans une quantité suffisante d'eau bouillante. Il se dépose enfin sous la forme de beaux cristaux brillants, doués des reflets des ailes des cantharides.
3. La rosaniline elle-même s'obtient en traitant la solution bouillante de son chlorhydrate par une solution alcaline bouillante : par
§ 12. — AUTRES CARBURES BENZÉiNlQUES. 109
refroidissement, la rosaniline se sépare en cristaux. La rosaniline pure est incolore, mais ses sels sont verts et doués de reflets métalliques; leur poudre est rouge; ils se dissolvent aisément dans l'alcool, avec production d'une magnifique liqueur d'un rouge rosé. Cette liqueur peut être étendue d'eau sans ôtre précipitée. Si l'on y introduit de la soie ou de la laine en fils ou en tissus, ceux-ci se teignent d'une belle nuance rouge.
La rosaniline, traitée par 1 hydrogène naissant, se change en une autre base dont- les sels sont incolores, \à leucaniline.
4. La rosaniline est le type d'un grand nombre de matières colorantes de diverses nuances, formées par oxydation aux dépens de l'aniline et des bases congénères : nous citerons seulement :
Le violet de Paris, obtenu en oxydant la méthylaniline ou l'ôthylaniline;
Le vert d'aniline, obtenu par la réaction de, l'aldéhyde sur la rosaniline ;
Le noir d'aniline, substance presque indélébile produite avec le concours d'un acide, du chlorate de potasse et d'un sel de cuivre, etc.
5. Le bleu d'aniline, ou rosaniline tripliémjlique , mérite quelques lignes, à cause de la théorie de sa formation. En eftet, la rosaniline, traitée' par l'aniline à 190% est attaquée, avec dégagement d'ammoniaque et substitution d'aniline à l'ammoniaque :
C*oHi-'(AzHî)302 + oOm-i^L = C40H»2(Ci2ffAz)302 + SAzH^.
Suivant que la substitution a lieu entre 1,2 ou 3 molécules d'aniline et d'ammoniaque, on obtient des matières colorantes violet rouge, violet bleu ou bleu pur. — Ce sont encore là les types de tout un groupe de matières colorantes, secondaires en quelque sorte, car elles dérivent de la rosaniline (et des composée analogues) par la substitution de diverses bases hydrogénées à l'ammoniaque.
§ 12. — Autres carbures bcaKcni«iues.
4 . Au moyen de la benzine, on obtient la série des carbures homologues, par l'union successive de 1, 2, 3, 4 molécules de formène. C'est ainsi que nous avons formé d'abord le toluène ou méthylbenzine :
C12I16 ^ — IP = Ci^H^C^H*).
Le xyVene ou diméthylbenzine peut être obtenu de la même manière au moyen du toluène :
CUH» -1- C»H* - H* = C»*H«(C.«H*).
no LIVRE IP. - CHAPITRE VP. - SÉRIE BENZÉNIQUE.
Il suffît de faire réagir les deux carbures naissants; par exemple on traite par le sodium un mélange de formcne iodé et de toluène bromé :
Ci'Mr + C^H^I +Na2= C«*H«(C»HV) + Nal + NaBr.
Le xylène bout à 139". Sa densité à io» est 0,831. Ses réactions sont semblables à celles du toluène. Mais par l'oxydation il fournit successivement deux acides, l'un monobasique et analogue à l'acide benzoïque; c'eslVacide toluique, mVO'' :
Ci6Hto + = C^mw + IPO^ ;
l'autre bibasique; c'est l'acide téréphtalique, C^H^O", remarquable par sa grande insolubilité dans les divers liquides :
2. Le xylène et le formène naissants engendrent le cumolène, ou triméthylbenzine :
C16HI0 | C2H'' — H2 = Ci6HS(C2H*).
On procède, comme plus haut, avec les dérivés bromés et iodés des deux carbures. Le cumolène bout vers 166° ; sa densité à 15» est 0,875. — Ses propriétés et ses dérivés sont semblables à ceux des autres carbures benzéniques.
3. En s'unissant avec le formène naissant, le cumolène engendre la tétraméthi/lbenzine ou cymène, qui bout vers 180°.
Tels sont les carbures homologues de la benzine, c'est-à-dire les carbures méthylbenzéniques .
4. Ce n'est pas tout, on peut obtenir plusieurs séries parallèles de corps isomères. Tels sont les carbures élhylbenzéniques, formés par l'union de la benzine et de l'hydrure d'éthylène naissant, soit par exemple l'èlkylbeuzine
C12H6 + C*H6— H2= C»2HHC4H«j.
On obtient l'éthylbenzine en faisant agir le sodium sur un mélange d'éther bromhydrique, C/H^Br, et de benzine bromée. L'éthylbenzine bout vers 130"; ses propriétés sont pareilles, mais non identiques, avec celle du xylène ou diméthylbenzine. Elle peut former une diétkylbenzinc, etc. — En lui enlevant de l'hydrogène par la chaleur rouge, ou autrement, on obtient le styrolène, G^«H\
§ 12. AUTRES CARBURES BENZKNfQUES.
On forme aussi par des procédés semblables la méthijléthylbenzine , C*'H*(C*ll*[GHï*]), la propylbenzine, G''^H*(G«H«), carbures isomères avec la triméthylbenzine, elc.
3. Ce n'est pas tout encore : on obtient de nouvelles classes de dérivés isomériques de la benzine, et spécialement de carbures d'hydrogène, toutes les fois qu'on opère sur la benzine deux ou trois réactions successives. Ces isomérics sont une conséquence de la constitution complexe de la benzine. La benzine en effet dérive de trois molécules d'un carbure plus simple, l'acétylène, assemblées en une seule : C*H-.C*H^C*H^Une réaction unique, appliquée à la benzine, ne donnera lieu qu'à un seul dérivé (si l'on admet que les trois molécules du carbure générateur, l'acétylène, sont absolument symétriques).
Mais deux réactions successives peuvent attaquer : soit la même molécule d'acétylène dans la benzine, soit deux molécules différentes; et ces dernières peuvent être juxtaposées, ou séparées l'une de l'autre par la troisième molécule : de là trois corps isomères, qui ont été observés en effet dans un grand nombre de réactions. Le nombre en serait plus grand, si les trois molécules d'acétylène n'étaient pas regardées comme symétriques^ mais ne nous arrêtons pas à cette supposition.
Trois réactions successives donneront lieu à une multitude de métamères, selon qu'elles porteront toutes trois sur le même carbure, ou deux sur un carbure et une sur un carbure voisin ou séparé du premier, ou chacune sur un carbure distinct. Comme exemple de ce dernier cas, je citerai le méthylacétylène triplé ou triallylène, autrement dit mes%/ène, [G*H^(G*H')]*, isomère avec la triméthylbenzine. On le forme en deshydratant l'acétone par l'acide sulfurique :
Ce carbure fait partie du goudron de houille.
Si nous avons insisté sur ces théories subtiles, c'est à cause du rôle important qu'elles jouent dans la fabrication des matières colorantes artificielles, dans les réactions pyrogénées et dans la synthèse des principes immédiats naturels.
6. En général, tous les carbures C^"!!*"-'*, |et môme tous les carbures d'hydrogène, quelle que soit la série à laquelle ils appartiennent, G*"!!*"', peuvent être substitués à l'hydrogène de la benzine, suivant des lois analogues à celles qui viennent d'être exposées; et ils donnent naissance à de nouveaux carbures complexes :
C12HV(C2»H2"').