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C. — Céphalées infantiles

Les céphalées constituent l’une des affections les plus fréquentes de la pathologie infantile (J. Simon); elles éveillent chez les parents les préoccupations les plus vives, surtout dans les familles qui ont perdu un ou plusieurs enfants de méningite.

Les céphalées de croissance sont loin d’être rares chez les enfants qui ont grandi beaucoup en un temps relativement court: elles s’accompagnent de douleurs dans les articulations, notamment au niveau des genoux; on constate parfois du gonflement épiphysaire, une légère hypertrophie du cœur. Le repos physique est le principal traitement à appliquer dans ce cas; G. Sée s’est bien trouvé de l’administration de Yantipyrine. 11 est à remarquer que l’existence de la céphalée de croissance est sujette à caution et que beaucoup de médecins, parmi lesquels nous nous rangeons, font dépendre cette céphalée de troubles digestifs.

La céphalée due au surmenage intellectuel s'observe chez les enfants à l’intelligence vive, éveillée, dont on a le tort de trop encourager le penchant à l’étude.

Le repos intellectuel est évidemment la première mesure à recommander; il faut en outre imposer à ces enfants des exercices physiques réguliers, sans toutefois forcer la note; Y hydrothérapie et le séjour à la campagne compléteront le traitement.

La céphalée par troubles digestifs est très fréquente chez les enfants, et particulièrement chez ceux qui avalent gloutonnement, sont gros mangeurs de viande. Elle est souvent entretenue inconsciemment par les parents, qui gorgent les jeunes malades de vin de quinquina, de préparations ferrugi-

CÉPHALÉES.

lieuses ou iodées. Il faut instituer dans ce cas un régime alimentaire approprié, diminuer la quantité des aliments azotés, réduire le repas du soir à une légère collation, défendre la reprise du travail immédiatement après le repas, surveiller la dentition, recommander une mastication lente et minutieuse, défendre les goûters avec les sucreries, les pâtisseries, donner de l'eau pure comme unique boisson, combattre la constipation; ici encore Y hydrothérapie rend de grands services.

Les céphalées d’origine nerveuse constituent, avec les précédentes, les plus fréquentes que l’on ait à combattre; celle de l’hystérie naissante doit être dépistée de bonne heure; Y électricité statique, Y hydrothérapie tiède, Y antipyrine, seront employées contre elle. Celle de l’épilepsie, qui se trahit •souvent par les troubles ordinaires concomitants (polyurie, incontinence nocturne des urines), doit être traitée par le bromure de potassium ; celle de la chorée par Y antipyrine. Les céphalées du début de la méningite et celles de la sclérose cérébrale sont rebelles à tout traitement. Ce qu’il faut surtout avoir toujours présent à l’esprit, c’est l’hypothèse de la syphilis héréditaire, rechercher scrupuleusement l’existence de la syphilis chez les ascendants, et ne pas hésiter en cas de doute à instituer le traitement mixte d’épreuve.

La céphalée des chlorotiques est justiciable du traitement par le fer ; celle que l’on observe parfois chez des enfants arthritiques, gros mangeurs, issus de parents goutteux, est importante à connaître; elle se distingue, en ce qu’en même temps que la céphalée, qui est très intense, existent des névralgies, des arthralgies, des douleurs musculaires, en ce (pie les urines renferment souvent une proportion considérable d’urée, de phosphates, d’oxalates et surtout d urâtes; en ce que les enfants présentent des troubles digestifs consistant en vomissements, en diarrhées colliquatives, etc. Les crises de céphalée reviennent périodiquement tous les mois ou tous les deux mois, et, dans I intervalle des accès, la santé est en général excellente.

Ici l’alimentation (régime «à prédominance végétale, usage exclusif de l’eau), l’exercice, la vie au grand air, les laxatifs légers, l’usage des alcalins, du salicylate de soude à faibles doses (25 à 50 centigrammes par jour), du benzoate de lithine (0 gr. 02 par année d’âge), du colchique (X à XV gouttes de teinture, J. Simon) sont particulièrement indiqués.

La céphalée brightique doit être soupçonnée lorsqu’elle survient peu de temps après une maladie aiguë, notamment la scarlatine; qu’elle s'accompagne d’insomnie, de dyspnée, de bouffissure des paupières, etc.; le régime lacté en vient à bout, alors que toute médication empirique échoue contre elle.

Rappelons que la céphalée peut être due à l'intoxication lente par l’oxyde de carbone, dans les chambres d’étude où la chaleur est entretenue par des poêles mobiles.

Il est une dernière classe de céphalées que l'on observe plus particulièrement dans l’enfance : ce sont celles qui sont liées à des lésions des organes des sens; les conjonctivites, mais surtout les iritis et les kératites sont des causes de céphalées qu’il est facile de dépister, mais il est d’autres céphalées

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

d’origine oculaire auxquelles on songe moins souvent, ce sont celles qui sont dues à de simples troubles de la réfraction, notamment à l'hypermétropie et à l’astigmatisme.

L’emploi de verres appropriés supprime du même coup et le vice de réfraction et la céphalée. Du côté du nez ce sont les coryzas chroniques, l’ozène, la rhinite hypertrophique, les affections des sinus, les végétations adénoïdes qui déterminent le mal de tête; la céphalée des otites, surtout de l'otite aiguë, se reconnaît aisément à son caractère d’acuité extrême; celle qui accompagne l’otite supputée chronique est moins vive, mais fort tenace. 11 ne faut pas oublier que la céphalée d’origine auriculaire peut être due à la présence d’un corps étranger dont l’introduction remonte parfois à plusieurs mois et dont I enfant ne se souvient plus ; aussi l’examen de l’oreille doit-il être pratiqué dès qu’un enfant accuse, en même temps que le mal de tête, une sensation douloureuse ou simplement gênante qu’il rapporte à l’oreille.

INSOMNIE ; NARCOLEPSIE

L’insomnie est un état pathologique, déterminé par une altération définie ou par un trouble fonctionnel de la cellule nerveuse, inaccessible à nos moyens d’investigation: au point de vue pratique, on peut distinguer l’insomnie nerveuse proprement dite des insomnies d’origine dyscrasique où la privation de sommeil est provoquée par des substances transportées au cerveau avec le sang (Hayem), substances toxiques ou poisons microbiens.

A la première classe se rattachent les insomnies qui ont leur source à l’extrémité périphérique du système nerveux ou dans les centres eux-mêmes; l’insomnie due à la douleur, à des excitations exagérées des sens, est d’origine périphérique; dans d’autres cas, l’encéphale est directement en cause : insomnie duc aux émotions, aux chagrins, insomnie de la neurasthénie, de l’hystérie, de la folie, ou bien des maladies organiques de l’encéphale (paralysie générale, ramollissement, tumeur, etc.).

La seconde classe comprend les insomnies déterminées par l’abus du thé, du café, de l’alcool; celle des maladies infectieuses se rattache «à cette classe, car il est permis de supposer que les produits solubles sécrétés par les agents microbiens sont capables d'influencer l'encéphale de manière à empêcher le sommeil; peut-être également l’insomnie liée à certains troubles digestifs, lorsqu’elle n’est pas la conséquence de la douleur, est-elle d'origine toxique; c'est là une hypothèse qui n’a rien d’invraisemblable, si l’on songe que la tétanie, expression la plus haute de 1 h y perexci t ah ili té de la cellule nerveuse, est parfois liée à la dilatation de l'estomac et a pu disparaître sous l’influence du lavage de cet organe.

Ces quelques considérations nous conduisent à constater que le traitement de 1 insomnie est éminement variable, et qu’il est étroitement subordonné, comme celui de tout symptôme, au traitement de sa cause.

A. — Traitement de l'insomnie chez les adultes.

Dans le traitement de toute insomnie il faut, avant toute intervention médicamenteuse, employer les moyens qui sont du ressort exclusil de 1 hygiène.

INSOMNIE; NARCOLEPSIE.

car ces moyens suffisent le plus souvent à ramener le sommeil. L’insomnie dite nerveuse est surtout justiciable des moyens empruntés à l'hygiène, à l'exclusion des drogues, et cela pour plusieurs raisons :

a) Parce qu elle est le plus souvent provoquée par le surmenage, par des écarts de régime, par une intoxication chronique (tabac, alcool, thé et café) et que la suppression de la cause peut suffire à faire disparaître I insomnie;

b) Parce que les médicaments somnifères n'ont qu’une action de courte durée et que l’accoutumance atténue rapidement leur efficacité; il en résulte 1 obligation d'augmenter les doses, ce qui expose le malade soit à des accidents d’intoxication, soit à des troubles digestifs, cause puissante d’insomnie, à leur tour;

c) Parce que les nerveux ont une tendance instinctive à ne pouvoir se passer de certains médicaments, tels que le chloral, dès qu'ils en ont pris quelques doses, de telle sorte que nombre d’entre eux déjà alcooliques ou tabagiques, deviennent chloralomanes ou morphinomanes; c’est là le résultat le plus clair de l’intervention médicamenteuse chez les névropathes.

Quels sont donc les moyens hygiéniques dont l’application est utile dans tous les cas d insomnie?

Il est évident que la suppression des émotions, que le repos du corps et de l'esprit en cas de surmenage physique et intellectuel, que la suppression de l’alcool, du thé, du café, du tabac, parfois celle de certains médicaments comme l’arsenic, la strychnine, la belladone, la digitale et surtout la caféine, la réglementation du régime, que, dans d’autres circonstances, la distraction, les voyages, seront les moyens de choix à employer contre l’insomnie. Il faut encore veiller à ce que les malades ne se couchent pas trop tôt après le repas, alors qu'ils sont en pleine période de digestion.

Très fréquemment l’insomnie ne reconnaît d’autre cause que l’insuffisance et la viciation de l’air rcspirable; la chaleur excessive entretenue dans la chambre à coucher provoque également l’insomnie en raréfiant l’air. Il convient donc de supprimer les rideaux de lit. les oreillers trop moelleux où la tête s’enfonce, d’éteindre le feu à l’heure du coucher. Le moyen le plus radical et aussi le meilleur consiste à dormir, les fenêtres entr 'ouvertes, en prenant des précautions contre le refroidissement dans la mauvaise saison.

L 'hydrothérapie dans l’insomnie nerveuse est l’un des moyens les plus propres à ramener le sommeil; on conseillera les douches froides ou plutôt fraîches, à 50 degrés, en jet ou en pluie, le maillot humide appliqué le soir. Le bain tiède pris à la fin de la journée ou tard dans la soirée remplit souvent le même office.

L’indication qui se pose le plus fréquemment est. de combattre la douleur, cause première de l’insomnie; la plupart des agents hypnotiques sont d’ailleurs en même temps des analgésiques. Parmi ces agents, le premier rang appartient à 1 opium et à ses principes constituants.

La morphine est l’hypnotique de choix dans les insomnies douloureuses, notamment dans celles qui sont occasionnées par les névralgies, les coliques hépatiques et néphrétiques, les cystites, les cancers, etc.

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

Si l'insomnie due à la douleur est passagère et si la douleur est modérée, on peut se borner à prescrire l’opium sous forme de sirop thébaïque (1 cuillerée à bouche), ou d’extrait thébaïque (2 à 5 centigrammes), de pilules de eynoglosse (20 centigrammes), deux ou trois heures avant le moment où l’on désire obtenir le sommeil; mais, si l’indication est urgente, c’est à la morphine injectée sous la peau qu’il faut s’adresser ; il faut, lors des premières injections, tâter la susceptibilité des malades à l’égard de cet agent et rechercher la dose minima susceptible de produire l’effet voulu; bientôt d’ailleurs, en raison de l’accoutumance rapide, cette dose devra être dépassée; en général, il est nécessaire d’injecter à la fois 1 centigramme de chlorhydrate de morphine; parfois la moitié de cette dose est suffisante; l’existence d’altérations rénales commandera l’usage de très petites doses de morphine.

On reproche à l’opium de déterminer la constipation, d’échouer souvent chez les névropathes, en tout cas de donner un sommeil lourd, agité de rêves pénibles. Ce dernier reproche peut être adressé d’ailleurs à la plupart des hypnotiques. II importe de savoir que l’échec de l’opium est souvent dû à l’emploi d’une dose insuffisante; il faut employer d’emblée une dose de 5 centigrammes, et donner de nouveau, en cas de besoin, une nouvelle dose. L’association du camphre (10 centigrammes) à l’opium aurait pour effet de procurer un sommeil plus calme qu’avec l’emploi de l’opium sans correctif.

Après l’opium, vient le chloral, que les nombreux hypnotiques préconisés récemment n’ont pu encore détrôner; c’est qu’en effet le chloral, en dépit des nombreux inconvénients qu’il présente, action irritante sur le tube digestif, action dépressive sur le cœur, etc., est un somnifère très sûr. Les doses de chloral que l’on peut employer varient de 1 à 4 grammes. On le donne sous forme de sirop à la dose de 1 à 4 cuillerées à bouche, dilué dans du lait, ou mieux encore en lavement mucilagineux ou composé de lait et d’un jaune d’œuf; on évite ainsi l’irritation que détermine son passage à travers le tube digestif; c’est principalement l’état du cœur qui en détermine la contre-indication. On peut encore prescrire le chloral associé au bromure, au chanvre indien, à la jusquiaine, de la façon suivante :

Bromure de potassium 10 grammes.

Hydrate de chloral 10 —

Extrait de chanvre indien 10 centigrammes.

— de jusquiame 10

Sirop d’écorces d’oranges amères 100 grammes.

Donner une cuillerée à café le soir.

Tels sont les deux médicaments de l’insomnie due à la douleur : parfois I antipyrine, en vertu de son action analgésiante, favorisera le tour du sommeil, en calmant ou modérant la douleur, mais elle n’est somnifère à aucun degré.

Il n’en est pas de même de Yhxjpnal (monochloral-antipyrine) qui possède

INSOMNIE ; NARCOLEPSIE.

à la lois des propriétés hypnotiques et analgésiques, ainsi que sa composition permet de le prévoir. L’hypnal est un assez bon médicament, bien toléré par la plupart des malades, et ne s’accompagnant au réveil ni de nausées, ni de céphalalgie; l’action irritante sur le tube digestif est à peu près nulle.

L’hypnal se prend en cachets ou bien en potion, car sa saveur permet de l’administrer sous cette dernière forme. En raison de sa faible solubilité, il est nécessaire d’incorporer de l’alcool à la potion. On pourra formuler ainsi :

Hjpnal 5 grammes.

Eau distillée 50 —

Sirop d'écorces d’oranges 15

Sirop simple 40

(Une cuillerée à soupe contient un gramme d’bypnal.)

ou :

Chartreuse 4 grammes.

Eau 15 —

Hypnal 1 gramme.

(0 gr. 25 par cuillerée à café ; formule à prescrire chez les enfants.)

Les doses habituelles d’bypnal sont de 1 à 2 grammes.

L’insomnie fébrile, dont nous ne pouvons ici envisager la pathogénie certainement complexe, est souvent rebelle à la médication symptomatique; c’est en général aux bromures, et notamment au plus inoffensif d’entre eux, le bromure de sodium, que l’on a recours; la quinine est également utile en pareil cas; mais le plus souvent l'insomnie fébrile est rebelle aux médicaments, tandis qu’elle cède sous l’influence de la balnéation. L’un des plus heureux effets du bain froid est de procurer aux typhiques un sommeil paisible et réparateur.

L’insomnie, accompagnée d’agitation, est souvent, chez les fébricitants, l’indice de l’alcoolisme. On y remédie en restituant au malade une partie de la ration d 'alcool à laquelle il est accoutumé et en lui administrant de Y opium (5 à 10 centigrammes d’extrait thébaïque).

L insomnie de la convalescence disparait en général rapidement sous l'influence d’une alimentation réparatrice. On a prétendu que la codéine, qui habituellement n’est pas somnifère, pouvait, chez les convalescents, assurer le sommeil (à la dose de 5 à 5 centigrammes); on a préconisé également Y hydrate damylcnc (2 à 5 grammes dans 40 grammes d’eau et 50 grammes de sirop de menthe), Yuréthane (5 à 4 grammes, pris, le soir, en une seule fois, dans un demi-verre d’eau ou d’infusion).

Les médicaments (pii conviennent le mieux dans l’insomnie nerveuse sont le sulfonal, le trional et le chloralose.

Le sulfonal se donne à la dose de 1 gramme à 1 gr. 50 chez l’adulte. Les doses élevées (2 à 5 grammes) ne sont nécessaires qu’au début, pendant un

MALADIES DE L'ENCÉPHALE

jour ou deux (Mairet); il faut ensuite prescrire des doses décroissantes. L’accoutumance est lente et l’effet se poursuit pendant toute la nuit; le réveil est parfois accompagné d’une sorte d’anxiété; il est indiqué d’en suspendre l’emploi au bout de trois ou quatre jours, et de le reprendre, s’il y a lieu, après une interruption d’égale durée. Le sulfonal, étant très peu soluble dans l’eau à la température ordinaire, se donne en poudre fine, dans du pain azyme, en même temps qu’une boisson chaude qui favorise sa solubilité. On a prétendu que le sulfonal n’exerce pas d’influence fâcheuse sur les différents appareils, mais il a fallu rabattre de cet optimisme, en présence des accidents digestifs, cardiaques, rénaux et nerveux, qui ont été signalés dans nombre de cas et qui parfois ont déterminé la mort; ce médicament a d’autre part une action destructive sur le sang, qui se traduit par l’hématoporphyrinurie. Enfin son usage prolongé entraîne une série de troubles qui constituent le sulfonalisme chronique et consistent en bourdonnements d’oreilles, céphalalgie, vertiges, faiblesse et obnubilation intellectuelle, etc. D’après Muller (de Gratz), on peut combattre l’hématoporphyrinurie en administrant le bicarbonate de soude à hautes doses.

En somme, pour le sulfonal comme pour la plupart des autres médicaments, on rencontre des idiosyncrasies individuelles qui ne peuvent être prévues, mais qui doivent inspirer une certaine prudence dans son administration, d’autant plus que, étant très peu soluble, il peut s’accumuler dans l’organisme et déterminer brusquement des accidents graves.

Très vanté également au début, le ehloralose n’a pas tardé à affirmer son pouvoir toxique par de nombreux accidents; c’est un médicament d’un maniement délicat, car il est difficile d’indiquer une dose moyenne, la dose suffisante variant d’un sujet à l’autre ; on peut prescrire sans inconvénients, a-t-on dit, 40 et même 60 centigrammes de ehloralose; cependant Rendu (8oc. méd. des hôpitaux, 8 mars 1895) a signalé, à la suite de l'administration d’une dose unique et minime de 25 centigrammes chez une malade atteinte de tuberculose, un état comateux très grave avec pouls filiforme et incomptable, sueurs froides, secousses épileptoïdes. La caractéristique du pouvoir toxique du ehloralose est l’exagération de l’excitabilité réflexe de la moelle pouvant aller jusqu’aux convulsions. Pour éviter autant que possible les accidents, il sera bon de s’en tenir à la dose de 20 centigrammes.

On paraît préférer aujourd’hui un nouveau venu, le trional, disulfone voisin du sulfonal, aux deux hypnotiques précédents, 11 est plus soluble que le sulfonal et sur tous les deux a Davantage d’être à peu près complètement inoffensif; cependant Gierlich aurait observé des accidents de polynévrite à la suite de son emploi prolongé. Le trional est bien toléré à la dose de 2 grammes, mais avec un gramme on obtient en général l’effet désiré (Galliartl). Dans le cas d’insomnie douloureuse, l’association de 5 milligrammes de morphine à 1 gramme de trional donne les meilleurs résultats (Krafft-Ebing). Le trional se prescrit en cachets et l’on recommande aux malades d’absorber en même temps un verre d’une tisane chaude ou de lait chaud pour hâter la dissolution et l’absorption du médicament.

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On peut encore utiliser la solubilité du trional dans les huiles ou dans la paraldéhyde (Ropitau) :

Solution huileuse de trional à 5 0/0 00 grammes.

Mucilage de Carragaheen à 5 0/0 70 —

Glycérine 15

Eau de laurier-cerise 10 —

Chaque cuillerée à soupe contient 0 gr. 50 de trional.

Solution huileuse normale de trional et de paraldéhyde. 45 grammes.

Mucilage de Carragaheen 50

Kirsch 15 —

Chaque cuillerée à soupe contient 0 gr. 50 de trional et 0 gr. 00 de paraldéhyde.

La solution normale de trional et de paraldéhyde est la suivante :

Trional 1 gramme.

Paraldéhyde 2 grammes.

Huile d’amandes douces 15

(mélanger trional et paraldéhyde dans un llacon fermé, agiter, puis ajouter l'huile et achever la dissolution au bain-marie à 60 degrés).

On peut encore administrer le trional en lavement :

Trional Q. variable.

Huile 10 à 20 grammes.

Jaune d’œuf n° 1.

Eau 150 grammes.

(Pouchet.)

en suppositoire :

Trional 20 centigrammes.

Paraldéhyde 40

Beurre de cacao 4 grammes.

Le trional procure toujours un sommeil paisible et ne donne pas lieu à un réveil pénible, comme le cas est si fréquent à la suite de l’usage des autres hypnotiques, mais son action s’épuise plus vite que celle du sulfonal ; il n'existe pas d’accoutumance pour le trional. Il est bien toléré par l'intestin, ne provoque ni désordre cardiaque, ni trouble circulatoire; mais, comme le sulfonal, peut produire l'hématoporphyrinurie (Schultze, Goldman). Le trional est particulièrement efficace dans l’insomnie simple et celle des neurasthéniques; on peut aussi l'utiliser dans l'insomnie des aliénés agités; il serait contreindiqué par contre dans les cas de mélancolie et d hypocondrie. Dans le délire alcoolique, il a des effets inconstants.

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

Le tétronal s’emploie aux mêmes doses et dans les memes conditions que le trional.

L hédonal (méthylpropylcarbinoluréthane) a été proposé par Dreser comme succédané des médicaments précédents, à la dose de 1 à 2 grammes en cachets.

Chez les hystériques, le bromure de camphre par pilules de 10 centigrammes (5 à 4 dans la nuit) réussit assez bien.

Le traitement de l’insomnie chez les aliénés diffère suivant que l’aliéné est un déprimé ou un excité. Dans le premier cas, on peut faire usage de la morphine; dans le second cas, du sulfonal ou Lien encore de Yhyoscine, très employée en Amérique dans l’insomnie qui accompagne le délire maniaque aigu, la démence chronique, la mélancolie anxieuse, la paralysie générale avec excitation maniaque, etc.; les états cachectiques et l’existence d’une affection cardiaque constituent une contre-indication à son emploi; on ne doit pas dépasser un demi-milligramme à un milligramme, que l’on donnera en injection sous-cutanée; l’action de l’hyoscine est intermittente : une, deux, trois nuits d’agitation ou d’insomnie, s’intercalent entre deux séries de nuits bonnes.

La paraldéhyde a également été vantée comme hypnotique dans les névroses et chez les aliénés (Kéraval et JN’erkam); on l’administre à la dose de 2 à (i grammes; pour masquer sa saveur désagréable, on l’incorpore dans une potion aromatisée :

Paraldéhyde 2 grammes.

Teinture de vanille XX gouttes.

Sirop de laurier-cerise 50 grammes.

Eau de tilleul 70 —

ou dans un élixir :

10 grammes.

(Yvon.)

1 à 2 cuillerées à café; chacune renferme 1 gramme de paraldéhyde. L’accoutumance est plus rapide que pour le chloral et le sulfonal.

Chez les aliénés et chez les épileptiques, on a encore employé Y hydrate d'amylène (Von Mering) à la dose de 5 grammes dans de l’eau et Yurélliane (Mairet, Combemalc, etc.) à la dose de 1 à 4 grammes :

Uréthane 20 grammes.

Eau distillée 100 —

Paraldéhyde. . .

Alcool à 90". . .

Teinture de vanille

Eau

Sirop simple. . .

3 à 4 cuillerées à café le soir dans une tasse d’infusion de feuilles d’oranger; chez les épileptiques, le bromure de potassium reste l’hypnotique de choix;

INSOMNIE ; NARCOLEPSIE.

le somnal a été vanté par Marantlon de Montyel chez les malades atteints de mélancolie aiguë :

Somnal

Eau

Sirop île groseilles.

2 grammes.

Le (lormiol (amylène chloral) qui s’administre en solution huileuse ou eu capsules, à la dose de 1 à 4 grammes, n’a pas encore fait suffisamment scs

preuves.

Chez les syphilitiques, l’insomnie de la période secondaire cède aisément au traitement mercuriel, tandis que les agents hypnotiques restent l sans action. Ultérieurement, elle peut être due à la neurasthénie parasyphilitique et devient dès lors justiciable de la médication indiquée plus

haut.

Chez les paludiques, il faut également employer la médication spécifique, c’est-à-dire, en l’espèce, le sulfate de quinine.

L insomnie des cardiaques nécessite un traitement différent suivant la nature de l’affection, l’àge du malade, etc.; chez les malades atteints d’affection mitrale à la période troublée, alors qu’il existe de la congestion passive dans le cerveau comme dans les autres viscères, les bromures rendent des services, mais la digitale est l’hypnotique des cardiaques, comme le lait est celui des hrightiques.

Lorsque les malades sont saturés des bromures, la paraldéhyde, l'uréthane, qui n’exercent aucune influence nuisible sur la circulation, peuvent leur être substitués; chez les aortiques, la morphine à très petites doses est plus utile ij ne le bromure.

Chez les artério-scléreux, le régime lacté produit parfois un ellet hypnotique immédiat, de même que chez les hrightiques.

L’insomnie des tousseurs, atteints de bronchite chronique ou de tuberculose pulmonaire, exige l’emploi de médicaments qui calment la toux : la morphine, la codéine, trouvent ici leurs indications, mais leurs effets sont inconstants, et trop souvent les efforts de la thérapeutique échouent contre les quintes de toux persistantes des phtisiques.

L’insomnie des dyspeptiques est l’une des causes les plus fréquentes d’insomnie; il faut toujours y songer quand un malade accuse une insomnie, dont la cause n’est pas immédiatement évidente.

Dans les cas les plus simples, l’insomnie est due uniquement à la surcharge alimentaire, elle survient chez des gros mangeurs qui font des repas trop copieux, notamment le soir. L indication est des plus simples; il suffit de prescrire un dîner frugal, de diminuer notablement la ration de viande ou des autres aliments azotés pour ramener le sommeil.

Le plus souvent 1 insomnie vient compliquer une gastropathie chronique, accompagnée de douleurs ou non, et qui est doublée d’un état neurasthénique.

Lorsque l’insomnie du dyspeptique est provoquée par la douleur, c’est le plus souvent l hyperchlorhydrie qui est en cause. Les malades sont réveillés à

MALADIES DE L’ENCEPHALE.

heure fixe, le plus souvent entre une et deux heures du matin, par une crise douloureuse intense. Le repos an lit, le régime lacté, les applications de compresses froides sur la région épigastrique font rapidement disparaître l’insomnie dans la majorité des cas de ce genre en attendant que ces moyens combinés produisent leur effet. On peut calmer les douleurs de la crise nocturne et par suite provoquer indirectement le retour du sommeil au moyen Je bicarbonate de soude à hautes doses.

Chez les dyspeptiques qui ne souffrent pas, l’insomnie est liée directement à l’état neurasthénique qui procède de la gastropathie. Dans ces cas, on ne peut espérer obtenir une disparition rapide de l’insomnie. 11 ne suffit pas de mettre les malades au régime; il faut encore utiliser les moyens physiques propres à modifier l’ébranlement du système nerveux et surtout les pratiques hydrothérapiques : douches tièdes à 58 degrés, enveloppements prolongés dans le drap mouillé.

C’est surtout dans ces cas qu’il faut se garder d’employer les médicaments somnifères. Tous ont une action irritante sur l'estomac ; leur emploi prolongé entretient ou aggrave la gastropathie préexistante et par suite favorise indirectement l’insomnie qu’ils sont destinés à combattre.

L’insomnie de cause génitale est en général calmée par l’emploi du lupulin (un cachet de 1 à 2 grammes le soir), ou du bromure de camphre (50 centigrammes à 1 gr. 50 en pilules).

Enfin aux vieillards tourmentés par une insomnie habituelle on peut donner le sulfonal ou le trional.

L’insomnie des malades intoxiqués par le tabac ou l’alcool est également justiciable du sulfonal ou bien encore de la paraldéhyde; chez les malades privés de sommeil, par suite de la suppression d’une dose habituelle de morphine, on peut avoir recours soit à Y hydrate d'amylène (2 à 5 grammes en potion ou en lavement), soit au chanvre indien (1 pilule de 5 centigrammes d’extrait alcoolique, ou 50 centigrammes à 1 gramme de teinture); chez tous ces malades, il faut être très réservé sur l’usage du chloral, en raison des altérations que peut présenter le cœur.

B. — Traitement de l’insomnie chez les enfants.

L’insomnie chez les enfants peut être due à des causes analogues à celles «pii agissent chez l’adulte ; elle peut être secondaire à des influences s’exerçant plus particulièrement dans le jeune âge; c’est ainsi que les troubles digestifs contribuent pour une large part à priver l’enfant de sommeil ; chez l’enfant à la mamelle, les tétées trop abondantes et réparties irrégulièrement, la nourriture excitante de la nourrice et l’abus par celle-ci des boissons alcooliques peuvent déterminer une insomnie qui ne cède qu’à une hygiène alimentaire rigoureuse; l’influence de la dentition comme cause d’insomnie a été exagérée; en tout cas, celle-ci n’agit qu’en tant qu’affection douloureuse.

Chez l’enfant plus âgé (trois ou quatre ans et au delà), la constipation, 1 ali-

INSOMNIE; NARCOLEPSIE.

mentation trop abondante ou indigeste, peuvent troubler Irsommeil; il suffit souvent de rétablir les fonctions de l’intestin, de diminuer la quantité des aliments aux repas du soir, pour ramener le repos nocturne. Il faut encore éliminer tous les aliments excitants ou de digestion difficile (viandes marinées, charcuterie, fromages fermentés, moules et coquillages, les céleris, les i asperges, les gâteaux, les sucreries, les boissons caféiques et alcooliques, y , compris les vins toniques de quinquina, de kola, que tant de parents font prendre aux enfants, au grand détriment de leur estomac et de leur système nerveux).

Parmi les maladies du système nerveux qui sont susceptibles de produire l’insomnie chez l’enfant, il faut signaler plus particulièrement la congestion cérébrale aiguë déterminée par l’exposition de l’enfant à un froid vif ou au contraire à une chaleur exagérée, la sclérose cérébrale, la méningite (l’insomnie pouvant constituer un signe précurseur à longue échéance), l’épilepsie, la chorée (où l’insomnie constitue toujours un signe de gravité), les tumeurs cérébrales, l’hystérie, la neurasthénie, la céphalée dite de croissance, etc.

Contre la congestion cérébrale, l’épilepsie, contre l’irritabilité nerveuse qui s’observe au début de la sclérose et fréquemment aussi chez des enfants issus de parents arthritiques ou névropathes, le bromure de potassium est le remède de choix. Jules Simon indique les doses suivantes comme étant justement proportionnelles à l’âge :

Jusqu’à trois mois ....

De trois à six mois ....

De six mois à un an et demi A partir de deux ans . . .

Le bromure se donne en solution dans un mélange d’eau de tilleul et d’eau de fleurs d’oranger (60 grammes), additionné de 5 grammes d’eau de lauriercerise par exemple.

Le cldoral est un excellent hypnotique que l’on peut employer sans crainte chez l’enfant, aux doses suivantes :

Au-dessous d'un an. \ . . .

A un an

De un an et demi à deux ans A partir de deux ans ....

Le meilleur mode d’administration est le lavement; on donnera par exemple i à deux ans un lavement ainsi composé :

Eau d'amidon tiède

Chloral

Camphre

Teinture de musc .

Jaune d’œuf . .

Le cldoral est particulièrement utile dans la chorée, mais il faut avoir soin

2 cuillerées à bouche.

50 centigrammes.

VI gouttes, n» 1

50 centigrammes.

1 gramme.

5 à 10 centigrammes.

50 à 40 1 à 5 grammes.

1046 MALADIES DE L’ENCÉPHALE

d'y associer le traitement par l'antipyrine, qui exerce sur le retour du sommeil une influence indirecte.

Dans la céphalée de croissance et la céphalée de surmenage, dans l'hystérie et la neurasthénie, l’emploi d’une hygiène appropriée : repos intellectuel , distraction, hydrothérapie tiède, gymnastique méthodique, électrisation statique, aura plus d’influence que le traitement médicamenteux.

Contre l'insomnie nerveuse proprement dite des enfants issus d’épileptiques, d'alcooliques, d’hystériques, etc., on pourra employer le trional aux doses suivantes :

De un mois à un un 20 à 40 centigrammes.

De un an à deux ans 40 à 80 —

De deux ans à six ans 80 cent, à 1 gr. 20

De six ans à dix ans 1 gr. 20 à 1 gr. 50

(Claus.)

On pourra le prescrire en lavement ou en suppositoire :

Trional 5 centigrammes.

Paraldéhyde 15 —

Beurre de cacao 1 gramme.

- (Ropiteau.)

Nous ne faisons que signaler l’insomnie des maladies fébriles, qui disparaît rapidement avec sa cause : les bains tièdes, le bromure à petites doses pourront parfois abréger la durée de cette insomnie.

L 'uréthane pourra être employé également avec avantage :

Eau distillée de tilleul \

Eau de fleurs d’oranger ûâ

Sirop simple '

Uréthane

1 cuillerée à dessert toutes les deux heures.

L'insomnie est souvent l’un des symptômes du début de la syphilis infantile; elle ne cède qu’au traitement spécifique. Jules Simon insiste sur la fréquence de la fièvre intermittente comme cause d’insomnie chez l’enfant: celle-ci peut se traduire uniquement par le réveil périodique à heure fixe : l’enfant devient subitement pâle et refroidi, scs yeux s’excavent, les extrémités se refroidissent, puis la peau devient chaude et se couvre d’une transpiration légère et abondante; il va sans dire que le sulfate de quinine est rigoureusement indiqué dans ce cas. Un le donne aux doses de 10 centigrammes, à six mois; de 20 centigrammes, à six mois et au-dessus; de T>0 centigrammes, à un an. Jusqu’à deux ans il faut recourir aux lavements, que Jules Simon formule de façon suivante :

E;iu 100 grammes.

Sulfate de (|uiniue 1 gramme.

Eau de Babel q. s.

Laudanum de Sydenham A goutlA.

20 grammes.

20 centigrammes.

INSOMNIE; NARCOLEPSIE.

Une cuillerée à dessert de cette solution renferme 10 centigrammes de sulfate de quinine.

On fait prendre «à l'enfant un lavement contenant deux cuillerées à soupe j d’eau d'amidon et autant de cuillerées à dessert de la solution de quinine que l’on veut donner de fois 10 centigrammes. A partir de deux ans, on porte la dose à 50 centigrammes que l’on administre par la bouche dans du café très sucré ou dans un mélange à parties égales de sirop tartrique on de sirop de groseilles.

On peut, plus simplement, donner le bichlorhydrate ou le chlorhydro-sulfate de quinine en solution dans l’eau pure.

Dans la diphtérie, l’insomnie est toujours le signe d’une intoxication profonde; il faut se garder d’administrer l’opium dans ce cas, de crainte de déterminer une prostration dangereuse pour le petit malade.

Les végétations adénoïdes, entre autres troubles morbides, déterminent fréquemment l'insomnie : leur ablation s’imposera dès que celle cause d’insomnie sera reconnue. Une cause à laquelle il convient également de songer et qui est parfois moins facile à dépister est l’helminthiasis.

Il existe encore bien d'autres causes d'insomnie qu'il serait superflu d’énumérer. car elles ne nécessitent pas de traitement spécial. Rappelons pour terminer que les affections de la peau, notamment les affections prurigineuses, déterminent fréquemment l’insomnie : le bromure, les bains tièdes, et surtout l’enveloppement dans le taffetas gommé (dans le cas de poussée aiguë eczémateuse notamment) viendront à bout de cette insomnie.

A côté de l'insomnie, il convient de citer la narcolepsie, c’est-à-dire la tendance anormale au sommeil. Lorsque le besoin réitéré du sommeil n’est pas produit par des travaux exagérés, par des veilles répétées, il est pathologique. Les attaques de sommeil ne sont pas d’observation courante dans la pratique, mais on est cependant consulté dans quelques cas pour elles, car elles constituent une infirmité des plus gênantes pour les malades qu'elles surprennent au milieu de leurs occupations, de réunions mondaines.

Gélineau avait voulu faire du sommeil pathologique une maladie particulière à laquelle il avait donné le nom de narcolepsie ou maladie du sommeil : c’est là une erreur, car les attaques de sommeil ne constituent pas une entité morbide distincte; elles sont toujours symptomatiques de l'une ou de l’autre des maladies suivantes : affections du cœur à une période avancée, maladies de l’appareil digestif, névroses (épilepsie, neurasthénie), maladies de la nutrition (diabète, polysarcie), paludisme, syphilis, alcoolisme, ou surviennent au cours de la grossesse. Dans tous les cas, la narcolepsie est un symptôme d’auto-intoxication.

Les purgatifs, les lavements, le régime lacté, c’est-à-dire les moyens de désintoxication, seront utilisés dans tous les cas.

M. Briquet a soulevé récemment la question des rapports entre la maladie du sommeil et b' myxœdèine; une observation de M. Mongour semble confirmative à cet égard; l’emploi du traitement thyroïdien sera donc légitime si 1 on reconnaît chez les malades les attributs du myxœdème.

MALADIES DE’ LA MOELLE

MÉNINGO MYÉLITES AIGUËS

Les méningo-myélites aiguës reconnaissent toujours une origine microbienne, qu’elles soient en apparence primitives (refroidissement, surmenage, etc.) ou manifestement secondaires à une infection aiguë ou chronique.

Il n'est pour ainsi dire pas de maladie infectieuse aiguë qui ne puisse se compliquer d'accidents médullaires, soit pendant son cours, soit pendant sa convalescence; quant aux infections chroniques, qu'il s’agisse de la syphilis ou de la tuberculose, leur rôle étiologique est connu depuis longtemps.

La notion de l'origine microbienne des méningo-myélites, aujourd'hui hors de toute contestation, démontrée par les examens bactériologiques et par l'expérimentation (Vincent, Bourges, Thoinot et Masselon, Ballet et Lebon, Schtscherbach, Enriquez et Hallion, Widal et Bezançon), n’a pas été le point de départ d’une rénovation dans le traitement si précaire de ces affections.

La thérapeutique reste uniquement symptomatique, et, dans les cas heureux, la guérison doit être bien plutôt attribuée à la nature elle-même qu’aux effets du traitement.

Lorsque la myélite reste circonscrite, elle peut guérir parfois complètement; d’autres fois elle passe à l'état chronique. Lorsqu’elle est diffuse d’emblée ou plutôt suit une marche envahissante (paralysie ascendante aiguë de Landry), la mort est la terminaison habituelle et survient du fait de l’envahissement du bulbe. On a cité des cas de guérison, mais comme on a englobé sous l’étiquette commune de maladie de Landry des cas de myélite proprement dite et, d’autre part, des cas de polynévrite, il est permis de se demander si dans les cas heureux il ne s’agissait pas plutôt de polynévrite, dont le pronostic est, on le sait, beaucoup moins sombre. Cependant MM. Landouzy et Dejerine, Grasset, d’autres encore, ont relaté des cas de myélopathie diffuse aiguë et curable.

D’après ce qu’il vient d’être dit. la notion de la cause n’aurait pas d’importance pour le traitement, si l’on n’avait à tenir compte du rôle joué fréquemment par la syphilis dans l’étiologie de la myélite. Bien que dans les myélites aiguës le traitement spécifique reste malheureusement impuissant dans un grand nombre des cas, il n’en faut pas moins l’employer avec la plus grande énergie, puisque c’est le seul qui puisse assurer aux malades des chances de salut, même limitées. En l’absence même de toute preuve de syphilis, un assez grand nombre de neuro-pathologistes recommandent d instituer ce traitement . Lorsque le point de départ des accidents médullaires est un foyer infectieux sur lequel le médecin a des moyens d’action, comme une cystite, une urétrite

MÉNINGO-MYÉLITES AIGUËS.

blennorragique, une prostatite, une dysenterie, une métrite puerpérale, etc., il est indiqué de s’attaquer à ce foyer et de combattre l’infection à son origine par les moyens appropriés, ce qui évitera tout au moins l’apport de nouveaux j agents infectieux dans les territoires vasculaires de la moelle.

Le traitement de la congestion médullaire se réduit h la révulsion exercée le long de la colonne vertébrale à l’aide de ventouses scarifiées , à l’aide de la réfrigération par les applications permanentes de sacs remplis de glace concassée.

On a encore proposé de faire de la révulsion sur les membres inférieurs au moyen de cataplasmes sinapisés , composés de trois ou quatre parties de farine de lin pour une partie de farine de moutarde. On ne peut faire foi sur les médicaments proposés à titre de vaso-constricteurs, car les toxines microbiennes, causes de la congestion, de la vaso-dilatation médullaire, ne peuvent être neutralisées. Si l’on croit devoir prescrire 1 ergot de seigle, on aura soin de n’employer que de très faibles doses (0 gr. 50 à 1 gramme au plus par jour).

On pourra l’associer avantageusement à la quinine, employée comme antiseptique, à la belladone employée comme anti-algique.

On pourra prescrire par exemple cinq à six pilules par jour, ainsi formulées :

Ergotine

Sulfate de quinine .

Extrait de belladone Excipient

Pour 1 pilule.

Contre la douleur on sera le plus souvent obligé d’avoir recours à la morphine, aux bromures à hautes doses. Striimpell a préconisé les bains tièdes de très courte durée, mais l'impossibilité de remuer le malade ne les rend guère pratiques.

En raison des troubles des sphincters, il faut prendre les soins de propreté les plus minutieux de l’anus (lavages fréquents avec des solutions de sublimé au 4 ou 5000e, ou de phénosalyl au 100e). Le cathétérisme sera pratiqué aussi aseptiquement que possible, et, dès que la cystite apparaîtra, on fera des lavages vésicaux. Pour retarder la formation des escarres, il est nécessaire de faire reposer le malade sur un matelas d’eau ; lorsque celles-ci se seront produites, on fera des lavages antiseptiques suivis d’applications de compresses humides ou de poudres, comme l’iodoforme, le quinquina, etc. On pourra se servir avantageusement de sachets remplis de la poudre qu’emploie M. Lucas- Championnière :

| ââ 10 centigrammes.

1 centigramme, q. s.

Iodoforme

Poudre de quinquina

— de benjoin

Carbonate de magnésie saturé d’essence d’eucalyptus.

parties égales.

MALADIES DE LA MOELLE

Si la méningo-myélitc reste limitée et passe à l'état chronique, on continue la révulsion avec les pointes de feu , on prescrit l'usage prolongé de Yiodure de potassium, pour entraver le développement de la sclérose (?), on assure le fonctionnement de l’intestin au moyen des laxatifs doux et des lavements. Un traitement ultérieur à Lamalou pourra être indiqué.

L’électrisation ne donne que des résultats médiocres et doit être employée sous forme de courants continus faibles (5 il 6 milliampères). Le massage sera utile contre l’atrophie musculaire.

POLIOMYÉLITES

Les poliomyélites ou téphromyélites (Charcot) sont des myélites systématisées, dont les lésions, à l’origine tout au moins, restent cantonnées à l’axe gris de la moelle et frappent habituellement les grandes cellules des cornes antérieures. l)e même que les myélites diffuses aiguës peuvent gagner le bulbe dans leur envahissement progressif, de même les lésions de l’axe gris peuvent s’étendre de la moelle à la substance grise du bulbe et du cerveau, le tableau clinique devenant celui de la poli-encéphalomyélite.

Les poliomyélites sont aiguës ou chroniques. Les formes aiguës sont représentées par la paralysie atrophique spinale ou paralysie infantile et par la paralysie spinale aiguë qui est son équivalent chez l’adulte. La forme chronique n’est, autre que l’atrophie musculaire du type Aran-Duchenne.

Un chapitre spécial est consacré à la paralysie infantile; nous n’aurons donc à nous occuper que du traitement des deux autres formes et nous serons très bref, car la thérapeutique est impuissante contre l’atrophie musculaire du type Aran-Duchenne et la poliomyélite antérieure aiguë de l’adulte peut guérir spontanément.

A. — Poliomyélite antérieure aiguë de l'adulte.

Le traitement à la période d’état est le même que celui qui a été indiqué pour les myélites diffuses : émissions sanguines locales, ergotine , belladone, calomel ou purgatifs salins, drastiques.

A la période d’atrophie, on peut employer les courants continus; on applique une électrode sur la colonne vertébrale au niveau du siège présumé de la lésion et l’autre sur le sternum, l’épigastre ou l’abdomen. Un fait agir l’un après l’autre les deux pôles dans la même séance (5 à 10 milliampères). Les courants continus seront également employés sur les muscles (pôle positif sur la colonne, négatif sur les muscles). Les courants faradiques qui s’adressent à l’impotence musculaire ne peuvent être de quelque utilité qu’après une période plus ou moins prolongée d’électrisation galvanique.

Les frictions sèches et alcoolisées, le massage, les eaux chlorurées sodiques (Balaruc, Biarritz, etc.), compléteront le traitement à la phase chronique de la maladie.

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