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SCLÉROSE EN PLAQUES

La thérapeutique est tout aussi impuissante contre la sclérose en plaques que contre le tabes : aucun moyen ne peut enrayer l’évolution de la maladie qui est d’ailleurs très variable, sujette, comme celle du tabes, à des rémissions de plus ou moins longue durée, de sorte qu’il faudrait se garder d’attribuer à l’influence médicamenteuse les améliorations constatées dans quelques cas. Ne guérissent que les fausses scléroses en plaques, c’est-à-dire les manifestations hystériques qui simulent assez fréquemment la sclérose véritable et dont le diagnostic ne laisse pas que d’être malaisé.

La notion de l’origine infectieuse de cette maladie n’a pas permis de réaliser sa prophylaxie, car il est impossible de prévenir la localisation des infections sur Taxe cérébro-spinal, bien que l’emploi de la balnéation, des moyens propres à combattre les infections secondaires, ait peut-être une certaine influence préventive.

Quant à Yhygiène des malades atteints de sclérose en plaques, elle ne diffère pas de celle des tabétiques. 11 faut mettre à l’abri les malades de toutes les influences nuisibles pour le système nerveux; c’est-à-dire que l’on doit leur recommander une vie calme et régulière, exempte d’émotions, l’abstention des veilles, de l'abus du coït, du tabac, de l’alcool, des fatigues de tout genre, une alimentation rationnelle.

De tous les médicaments que l’on a proposés, un seul peut-être exerce une action générale sur le processus de sclérose, c’est Yiodure de potassium qui active la circulation et modifie sans doute dans un sens favorable la nutrition du système nerveux.

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Quant au nitrate d’argent, au seigle ergoté, aux bromures, etc., si l’on connaît les inconvénients qui résultent de leur emploi, on est encore à chercher leurs avantages.

Les moyens externes sont également inefficaces : les pointes de feu, V électrothérapie, L hydrothérapie , la suspension, ont été employées sans résultats appréciables.

Peut-on au moins atténuer les symptômes les plus pénibles, notamment le tremblement, les troubles de la marche?

Contre le tremblement on a utilisé les préparations de noix vomique, la solanine (à la dose de 10 centigrammes par jour). La solanine atténue un peu le tremblement et la trépidation épileptoïde, mais son action est passagère. D’ailleurs, c’est un toxique dont l’emploi ne saurait être prolongé.

Il est un moyen qui agit à la fois sur le tremblement et sur les troubles moteurs, c’est, la rééducation des mouvements, dont il sera question plus loin (voy. Tabes).

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Aucune maladie nerveuse n’a été l’objet de travaux plus nombreux et plus importants que le tabes; l’anatomie pathologique de cette maladie a donné lieu aux recherches les plus approfondies, ses symptômes si variables ont été décrits avec une extrême minutie; enfin son étiologie, sinon sa pathogénie, a été définitivement établie dans ces dernières années; en un mot, d'immenses progrès ont été réalisés dans l'étude de cette affection, mais la thérapeutique n’a bénéficié en aucune façon de ces progrès.

Si l’adage naturam morborum curationes ostendunt se trouve vérifié dans un grand nombre de cas, il faut renoncer à l’appliquer au tabes. On eut cependant un moment l’espoir de pouvoir combattre efficacement cette maladie, lorque le professeur Fournier eut appelé l’atlention sur son origine syphilitique ; mais bientôt un revirement se produisit, en présence de la désespérante constance des résultats négatifs donnés par le traitement spécifique.

Les adversaires de la doctrine professée par Erb et Fournier se sont même servis de cet argument pour contester l'influence de la syphilis sur le développement du tabes.

Comment expliquer, disent-ils, l'inefficacité absolue du traitement spécifique, même administré dans les conditions les plus favorables, c’est-à-dire dans les cas de tabes incipiens, alors que les autres manifestations médullaires de la syphilis guérissent dans les mêmes conditions, ou tout au moins s’améliorent sensiblement? Cet argument a sa valeur, mais n’a qu’une valeur relative, car on pourra citer d’autres lésions dont l’origine syphilitique est admise par tous les médecins et qui cependant sont rebelles au traitement. En tout cas, rien ne peut prévaloir contre les enseignements de la statistique; celle-ci, empruntée aux sources les plus diverses, nous apprend que les neuf dixièmes des tabétiques au moins sont d’anciens syphilitiques.

Erb, sur 5500 malades non tabétiques, a recherché combien étaient syphilitiques, et il a trouvé la proportion de 22,5 pour 100; les tabétiques, au contraire, sont

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syphilitiques dans l’énorme proportion de 89 pour 100 des cas. Une statistique récente de Fournier est encore plus significative : sur 1000 tabétiques vus par lui, 925 avaient des antécédents syphilitiques certains; 75 ne présentaient aucun antécédent syphilitique; c’est-à-dire, en d’autres termes, que 92 ou 95 cas de tabes sur 100 succèdent à la syphilis; quant aux 7 à 8 cas, sans antécédents syphilitiques, il est probable qu’ils ne constituent qu’une exception apparente. L’influence de la syphilis sur l'éclosion du tabes est donc évidente et prépondérante, sinon exclusive; on peut incriminer non seulement la syphilis acquise, mais la syphilis héréditaire. Si le tabes peut succéder à des syphilis originairement graves, bien plus souvent il succède à des syphilis originairement bénignes, particularité d’une explication difficile. D’autre part, le tabes a ses « victimes de choix », c’est-à-dire qu’il survient de préférence chez les sujets dont l’hérédité nerveuse est chargée et qui surmènent leur système nerveux; aussi, une vie régulière, exempte de tout surmenage, est-elle, avec un traitement suffisamment énergique et prolongé, la meilleure sauvegarde des syphilitiques à l’égard du tabes.

L’insuffisance du traitement opposé à la syphilis dans ses premières années, favorise singulièrement l’atteinte des centres nerveux; ainsi 95 malades de Fournier sur 100 avaient subi un traitement écourté, parfois insignifiant, voire nul, et 7 subirent un traitement moyen ou prolongé.

Il est probable que les lésions du tabes sont dues aux toxines du microbe encore inconnu de la syphilis; c’est le propre des poisons de s’attaquer à des systèmes nettement définis (la toxine syphilitique s’attaque aux racines et aux cordons postérieurs, comme la toxine tétanique aux grandes cellules des cornes antérieures de la moelle).

A. — Traitement général.

L’expérience a démontré l'inefficacité du traitement spécifique chez les tabétiques syphilitiques ; « Dans l'ataxie, a dit Charcot, le mercure ne donne rien, si ce n'est des illusions quand la marche de l'affection est irrégulière. » Aussi la plupart des médecins, de ceux même qui sont le plus convaincus de l’origine syphilitique de la maladie, ont-ils renoncé à l’employer; c’est qu’en effet si le traitement n’amène pas d’amélioration appréciable, il peut, en revanche, faire du mal, surtout chez les individus cachectiques. Quelques-uns cependant prescrivent ce traitement : « Je le prescris uniquement, dit M . Marie dans ses excellentes leçons sur les maladies de la moelle, dans 1 espoir de mettre mon malade à Cabri des autres lésions de nature syphilitique qui sont parfois des complications si graves du tabes, telles que, par exemple, 1 artérite chronique, mère de l’hémorragie cérébrale, ou la paralysie générale, tille de la syphilis encéphalo-méningée.

« Je le prescris aussi, ce traitement antisyphilitique, parce que j’espère m’opposer de la sorte à ce que le tabes continue sa marche progressive. — Est-ce une illusion? — Je n'oserais prétendre le contraire, mais il me semble (pie, depuis quelques années, les malades présentant une intensité et un développement considérables des symptômes, les « grands tabétiques », comme on les appelle, sont devenus plus rares; si le fait est vrai, ne doit-on pas le rapporter à ce (pie, dans bien des cas. 1 administration de la médication spéci-

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lique a pu arrêter la marche de la maladie? Celle-ci est, dans ces cas, restée stationnaire, au lieu de se montrer implacablement progressive. »

D’après M. Raymond, il est facile d’expliquer les résultats favorables déterminés par le traitement spécifique sur quelques-uns des symptômes observés chez les tabétiques. M. Raymond rappelle que, chez les sujets syphilitiques, certaines lésions de la syphilis banale (lésions gommeuses, vasculaires, méningées) peuvent exister à côté des lésions propres au tabes, et il est d’avis • pie ce sont les manifestations communes à la syphilis cérébro-spinale et au tabes qu’on voit disparaître ou s’améliorer chez les tabétiques syphilitiques soumis au traitement spécifique. Parmi ces manifestations, il signale les paralysies dissociées des muscles de l’œil, les troubles de la vue en rapport avec une atrophie du nerf optique, le vertige, les attaques épileptiformes, l’hémiparésie, l’hémiplégie, la paraplégie, la sensation de constriction en ceinture, les troubles de la miction, etc., etc.

Dans un très remarquable travail sur les affections syphilitiques des centres nerveux (Berlin, 1890), Oppenheim a insisté sur la signification pratique des faits (pii démontrent l’association possible des lésions gommeuses des centres nerveux et des lésions propres du tabes dorsalis.

Après avoir reconnu la nécessité d’instituer le traitement spécifique dans les cas de cette nature, il a démontré que l’influence de ce traitement s’exerce difficilement sur les deux processus morbides juxtaposés : « Les symptômes en rapport avec les lésions banales de la syphilis des centres nerveux se dissipent ordinairement; les manifestations propres du tabes persistent et souvent s’aggravent. »

oo

Comment expliquer, d’autre part, les cas, très rares, mais incontestables, de guérison chez des malades qui avaient présenté l’ensemble des signes du tabes? Très simplement, répondent les anatomo-pathologistes; il s’agit, dans ces cas, de lésions franchement syphilitiques localisées aux cordons postérieurs et différant totalement des lésions du tabes vrai. Ainsi Adamkicwicz admet l'existence d’un tabes syphilitique curable dont il attribue le développement à une artérite spécifique. On devraitdonc admettre l’existence d'un pseudo-tabes svphilitique chez les malades qui présenteront une amélioration nette et rapide sous l’influence du traitement?

Fournier admet que dans quelques cas le tabes est influencé par le Iraitement, soit dans quelques-uns de ses symptômes, soit dans sa marche; (pie parfois même il est immobilisé de par lui dans son évolution ascendante et progressive; toutefois, c’est là une éventualité rare; en tout cas, Fournier n’admet pas la guérison du tabes vrai, confirmé; l’accord, d’après lui, est unanime sur la « faillite » du traitement spécifique vis-à-vis du tabes, et, si certains cas paraissent guéris, il ne faut pas oublier que nombre de tabes s’arrêtent spontanément dans leur évolution, surtout chez la femme.

La question de la curabilité du tabes par le traitement spécifique qui semblait donc être définitivement résolue dans le sens de la négative vient d’être à nouveau posée par M. Leredde. Ce dernier conteste les opinions de M. Fournier au sujet désaffections parasyphilitiques; on sait que pour M. Fournier

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un certain nombre d’affections observées chez les syphilitiques, notamment des affections nerveuses comme la neurasthénie, l’hystérie, le tabes, la paralysie générale, sonltV origine et non de nature syphilitique ; que ces affections diffèrent des affections syphilitiques vraies par la nature de leurs lésions, parce qu elles ne sont pas exclusives aux syphilitiques et enfin, point capital, parce qu elles sont rebelles au traitement spécifique. Contrairement à M. F ôurnier, Leredde estime que le tabes et la paralysie générale sont d 'origine et de nature syphilitique et sont susceptibles de guérir par le traitement spécifique, à la condition que le traitement soit bien fait et institué de bonne heure. De même que certains accidents cutanés ne guérissent qu’avec des doses de mercure supérieures aux doses moyennes employées, de même le tabes ne peut guérir que sous l’influence d’un traitement particulièrement intensif, avec des doses de mercure (en injection) bien supérieures à celles employées jusqu’ici. M. Leredde, à l'appui de son assertion, invoque quelques

(observations assez significatives : celle entre autres d’un malade chez qui en quelques mois s’était développé un tabes à marche rapide avec troubles viscéraux, atrophie musculaire, tachycardie, etc Le traitement (injections de

calomel à la dose de 10 centigrammes) amena la disparition de ces symptômes, la guérison complète qui se maintient depuis près de deux ans. 11 cite encore le cas d'un malade, tabétique depuis deux ans, présentant au grand complet les symptômes cardinaux de l'affection et notamment des douleurs fulgurantes continuelles. Le mercure injecté pendant deux mois quotidiennement, sous forme de benzoate de mercure à la dose de 5 centigrammes (soit 2 centigrammes et demi de mercure), n’amena aucune modification de l’ataxie, mais par contre une disparition complète des douleurs fulgurantes. Sans parler des observations anciennes, rappelons que des observations analogues ont été rapportées récemment, notamment par M. Lemoine, qui chez un tabétique a vu injecter 5 centigrammes de benzoate de mercure sans accidents, pendant vingt-cinq jours, et a constaté la disparition des douleurs fulgurantes après vingt-cinq jours de traitement.

Ces résultats sont des plus encourageants. Il ne faut pas compter d’ailleurs, même avec le traitement le plus intensif, amener une régression des lésions constituées, des dégénérescences incurables; la moelle ne recouvre pas son intégrité anatomique, pas plus que les poumons chez les tuberculeux qui guérissent.

Les mots guérison du tabes et de la paralysie générale ne peuvent dire pour le médecin autre chose que : arrêt de la maladie (Leredde), rétrocession de nombreux symptômes. Encore faut-il que le tabes ne soit pas trop ancien; c’est dans le tabes récent que, avec un traitement intensif, on peut espérer la disparition de certains symptômes : toutes les douleurs, les paralysies oculaires, les troubles urinaires, génitaux. « Enfin dans le tabes naissant, Faction du traitement peut être telle que le médecin ne sait pas plus tard s’il a eu réellement affaire à un cas de la maladie. C’est ainsi que chez des malades atteints de paralysies oculaires et régulièrement traités, on ne voit pas le tabes se développer dans la suite. » (Leredde.)

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Conclusions : dans le tabes naissant et dans le tabes récent, traitement mercuriel poursuivi avec persévérance; dans le tabes ancien, essayer le traitement, sans se faire d'illusions et l’interrompre si l’on n’observe l’atténuation ou la disparition d’aucun symptôme, si les malades déjà cachectiques supportent mal le traitement mercuriel.

Quel doit être le traitement? Il est évident que traitement intensif est synonyme d’injections, car l’injection seule assure le maximum d’effets. Quant au sel employé, d’après Leredde, sa nature importe peu; ce qui est important, c’est la quantité de mercure solubilisé qu’on injecte. Nous reviendrons sur cette question du traitement mercuriel intensif et sur l’indication des doses au chapitre consacré de la syphilis. Indiquons seulement que les doses de benzoate injectées quotidiennement, si l’on s’en tient à ce sel, ne doivent pas être inférieures à 4 ou 5 centigrammes, celles de biiodure à 2 ou 5 centigrammes.

L 'iodure de potassium a été employé à petites doses, non comme antisyphilitique, mais contre la sclérose; son action est douteuse, comme celle d’ailleurs des fortes doses administrées à titre de médication spécifique.

Plus douteuses encore, et parfois dangereuses, sont les médications par le phosphore, le nitrate d’argent, le seigle ergoté, qui ont été employées au commencement et qui sont à peu près complètement abandonnées aujourd’hui.

L e phosphore a été proposé en 1868 par Dujardin-Beaumetz, qui reconnaît d’ailleurs n’avoir jamais obtenu de guérison, mais seulement des améliorations caractérisées par une sensation de force plus grande et une diminution de l’incoordination ; encore fait-il des réserves sur le fait de ces améliorations qui pourraient être le résultat d’une rémission spontanée; on voit que l’on ne saurait accorder une grande confiance à ce médicament.

On use, soit de l’huile phosphorée en capsules, renfermant 1 milligramme de phosphore, soit des granules de phosphore de zinc de 4 milligrammes (ces 4 milligrammes correspondent à 1 milligramme de phosphore). On doit observer les règles suivantes dans l’administration du médicament :

« On commence d’abord par une pilule ou capsule et on augmente progressivement les doses, jusqu’à faire prendre dix granules ou dix capsules en vingt-quatre heures. Vous restez à cette dose pendant trois ou quatre jours, puis vous cessez le médicament pendant cinq jours pour reprendre à nouveau le traitement en commençant par une capsule. Ces interruptions dans la médication phosphorée sont nécessaires pour éviter l’accumulation d’action et permettre au médicament de s’éliminer; c’est en suivant ces règles thérapeutiques que l’on peut prolonger pendant des mois et des années, et cela sans danger, la médication phosphorée. J’ajoute que, pour rendre encore le médicament plus tolérable, vous ferez bien d’administrer le phosphore aux repas; on fait ainsi disparaître en grande partie les renvois d’odeur phosphorée ou alliacée qui accompagnent l’administration de ce médicament. » (Dujardin- Beaumetz.)

Le phosphore ne doit pas être donné lorsqu’il existe des signes de congestion ou d’irritation médullaire, ni chez les malades qui présentent des troubles gastro-intestinaux.

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Le nitrate d'argent a été recommandé dans le tabes par Wunderlich, puis par M. le professeur Charcot; il se donne en pilules de 1 centigramme, aux doses quotidiennes de 1 à 5 centigrammes ou à doses moindres. Erb l’associe à la noix vomique. Certains malades en prennent pendant des mois et des années, aussi présentent-ils la coloration bistrée argyrique. D’après Tcissier (de Lyon), le nitrate d’argent pourrait tantôt déterminer une amélioration dans les mouvements d'incoordination, tantôt un amendement des phénomènes douloureux.

Le seigle ergoté aurait une action manifeste sur les troubles urinaires, et c’est surtout contre eux qu’il faudrait en faire usage.

Il convient d’apporter de grandes précautions dans le maniement de ce médicament, qui pourrait produire une sclérose des cordons postérieurs comparable à celle du tabes (Tuczek) et en raison de la gangrène «à laquelle sont exposés les malades; on a vu, dans quelques cas, survenir la gangrène d un membre à la suite de l’administration prolongée de l’ergot; aussi faut-il avoir soin de le donner pendant un temps très court. Le professeur Charcot prescrivait deux ou trois prises de 50 centigrammes de poudre d’ergot pour chacun des trois premiers jours de chaque semaine, pendant un mois ou six semaines. Le professeur Grasset prescrit l’ergot seulement pendant dix jours par mois, à la dose de 5 centigrammes matin et soir pendant cinq jours et de 10 centigrammes les cinq autres jours.

Voici quelques indications relatives à l’administration des divers médicaments qui viennent d’ètre énumérés; nous les empruntons à une ordonnance du professeur Charcot :

I. — Toutes les semaines, pendant les quatre premiers jours, prendre après les repas un paquet de poudre de seigle ergoté, fraîchement pulvérisé, de 20 centigrammes.

II. — T ous les mois, pendant les quinze premiers jours, prendre avant les deux principaux repas deux granules de phosphure de zinc (quatre par jour).

III. — Les quinze autres jours, prendre avant les deux principaux repas une des pilules suivantes :

Nitrate d’argent Mie de pain .

Pour 50 pilules.

ou bien prendre le matin, au réveil, dans une tasse à thé de macération de quassia amara, une cuillerée à soupe de la solution suivante :

Iodure de sodium 6 grammes.

Eau distillée 200 —

G.-li. LYON. — 5e ÉDITION. 67

50 centigrammes, q. s.

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La médication externe est d’une importance au moins égale à la médication interne.

Citons d’abord la révulsion, qui était autrefois pour les malades un véritable supplice, alors qu’on la pratiquait à l'aide des cautères, et qui les exposait à l’érysipèle en entretenant le long de la colonne vertébrale des plaies suppurantes; actuellement, l'emploi du thermo-cautère a supprimé les inconvénients inhérents anx anciennes méthodes de révulsion ; on applique habituellement, tous les huit jours, des séries parallèles de pointes de feu, à droite et à gauche de la colonne vertébrale. On espère, à l'aide de la cautérisation ignée, modifier la circulation intra-médullaire et parer aux phénomènes congestifs.

La révulsion à l’aide des applications réfrigérantes (pulvérisations d'éther ou de chlorure de méthyle) est employée contre les douleurs fulgurantes, mais elle ne peut être souvent répétée.

L’ hydrothérapie est souvent prescrite aux malades, mais ses avantages sont très discutés, car, maniée sans précautions, elle peut déterminer des effets opposés à ceux que l’on attend d’elle, notamment produire la congestion médullaire et provoquer l’apparition de crises douloureuses. On doit, d'ailleurs, établir une distinction entre l’hydrothérapie froide et l’hydrothérapie tiède. Les douches froides sont contre-indiquées d’une façon générale, car c’est surtout à elles que s’adresse le reproche que nous venons de formuler; on a cependant préconisé les enveloppements froids pour combattre les douleurs. Les douches tièdes peuvent, au contraire, rendre de grands services, notamment contre les névrites périphériques; combinées au massage, elles permettent de combattre les atrophies musculaires, qui déterminent fréquemment une impotence précoce.

Le massage est utile de plus à titre de stimulant de la sensibilité cutanée (Constensoux), en frictions, effleurages, percussion légère. 11 faut se garder d’employer le pétrissage, le tapotement vigoureux, de faire de trop longues séances qui augmenteraient la fatigue habituelle du malade.

Le traitement thermal a été très vanté; il ne faut pas plus en attendre une guérison radicale que des autres moyens de traitement, mais on observe souvent, à la suite de ce traitement, une sédation de douleurs, une amélioration dans la locomotion. En Allemagne, les eaux de Wildbad, de Tœplitz, de Gastein, d'Aix-la Chapelle, sont prescrites aux tabétiques; en France, plusieurs stations se disputent ces malades; en tète, il convient de citer Lamalou, dont les eaux ont une température qui varie entre 24 et 54 degrés, puis Balaruc (47°), Néris, etc. Chez les malades traités à Lamalou, on constate fréquemment la diminution, parfois la disparition des douleurs fulgurantes, la suppression des crises gastriques et des troubles sphinctériens. Il est difficile d’expliquer l’action de ces eaux qui sont à la fois alcalines, ferrugineuses, arsenicales, chargées d’acide carbonique et que l'on emploie exclusivement en bains et en douches. Ajoutons qu’il existe depuis peu à Lamalou un établissement où l’on procède à la rééducation des mouvements.

La balnéation est contre-indiquée chez les tabétiques ayant de vives dou-

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i leurs ou présentant de l’hyperesthésie; d'autre part, dans les cas de tabes à marche rapide.

V électrisation, dans ses divers modes, est appliquée depuis fort longtemps au traitement du tabes; quelques médecins ont cru pouvoir attribuer i à l’électricité un rôle curatif; d’autres, moins ambitieux, ont simplement | cherché à modérer l’intensité de quelques symptômes à l’aide de l’application des courants électriques.

Remak fut le premier qui appliqua l’électricité au traitement du tabes | (1856); il utilisa le courant galvanique, avant même que la maladie n’eût été décrite par Duchenne. Plus tard, il continua à l’employer, pensant que le tabes est dû à une inflammation exsudative chronique de la moelle, et que les ! courants constants ont une action particulière sur cette inflammation. Grâce à ce traitement, il déclarait pouvoir calmer les douleurs et faire cesser la paralysie vésicale, voire meme l’incoordination motrice.

Duchenne fit usage des courants induits, sans se faire illusion sur la valeur curative de ce traitement; il déclara seulement que « la faradisation est un des meilleurs agents qui, à un certain moment de l’ataxie, peuvent améliorer l'état des malades ». Parmi les symptômes justiciables de ce traitement, il , signalait la diplopie, l’anesthésie musculaire, etc.

Onirnus préconisa, comme Remak, les courants continus et, particulièrement, les courants ascendants (pôle positif à la partie inférieure et négatif à la partie supérieure de la moelle) ; il condamnait les courants induits qui I « constituent une pratique imprudente, car ils peuvent produire les excitations les plus violentes et amener les plus funestes conséquences ».

Charcot était également partisan des courants continus; il en est de même de Julius Allhaus, de Byron-Bramwel, d’Erb, de Grasset.

Ce sont, en somme, les courants continus qui obtiennent la préférence de la plupart des neuropathologistes ; on n’attache pas d'importance à la direction du courant et les données sur l’efficacité thérapeutique « des différentes directions du courant ne sont que des présomptions purement théoriques »

: (Teissier).

Voici quel est le manuel opératoire préconisé par M. Simon Laborde i ( Archives d' Électricité médicale, 1895, p. 522) :

On applique à la région cervicale et à la région lombaire chacune des deux | électrodes, qui mesurent 15 centimètres carrés, préalablement trempées dans l'eau ordinaire (l’eau salée est inutile); on fait passer pendant dix minutes ou un quart d’heure un courant constant de 12 à 20 milliampères d’intensité. Il est important de régler cette intensité suivant la sensation éprouvée, qui doit l être intermédiaire entre le picotement et la brûlure légère, mais qui ne doit jamais atteindre celle-ci. La direction du courant galvanique importe peu.

Une méthode de traitement préconisée dans ces dernières années a fait concevoir de grandes espérances, c’est la suspension.

En 1885, un médecin russe, Motsclmtkowski, eut l’idée de soumettre la colonne vertébrale et par suite la moelle à l’élongation, au moyen d’un appareil permettant de suspendre les malades pendant quelques instants. Cette

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méthode de traitement, introduite en France par le professeur Raymond et vulgarisée par Charcot, fut adoptée avec empressement, car elle donne des résultats immédiats réellement surprenants dans un grand nombre de cas. Aujourd’hui, on est plus sceptique sur les avantages de la suspension; on sait que les améliorations qu’elle détermine sont toujours passagères, qu’enfin elle présente des dangers et des contre-indications multiples, mais on reconnaît l’heureuse influence qu’elle exerce sur les troubles de la marche, des fonctions urinaires, enfin sur les crises viscérales.

Voici, d’ailleurs, une statistique donnée par M. Gilles de la Tourettc, qui permet d’apprécier exactement les effets de la suspension :

« 100 ataxiques à la période moyenne de leur aflection, soumis à la suspension, peuvent, après trente ou quarante séances, être divisés ainsi qu'il suit :

« ‘20 à 25 sont améliorés suivant la totalité des symptômes de leur maladie, particulièrement les douleurs fulgurantes, l’incoordination motrice, les troubles génito-urinaires, sans qu’il y ait de changement dans les troubles oculaires et le signe de Westphall.

« 50 à 55 ressentent, à des degrés divers, une amélioration d’un ou plusieurs, mais non de la totalité des symptômes.

« Les autres, 55 à 40 pour 100 environ, ne retirent aucun bénéfice, ou du moins ne retirent que des bénéfices trop passagers pour entrer en ligne de compte dans les résultats favorables à mettre à l’actif du traitement par la suspension. »

En résumé, amélioration très marquée dans ‘25 pour 100 des cas; amélioration complète, ({liant à la totalité des symptômes, dans 50 à 55 pour 100 des cas; résultat négatif pour le reste des malades.

Norotynski, sur ‘289 cas, compte 216 améliorations et 75 résultats négatifs.

M. Gilles de la Tourettc n’a jamais vu survenir d’accidents sérieux sur un total de plus de 10000 suspensions pratiquées à la Salpêtrière; il a seulement constaté quelques cas de syncope passagère, deux cas de paralysie radiale par compression. Cependant, on a constaté des cas de mort par syncope ou par hémorragie cérébrale, des paraplégies, des rétentions d’urine, etc. : aussi ne devra-t-on pas suspendre les personnes atteintes d’artério-sclérose, d obésité ou d’affection cardiaque, d’emphysème, d’anémie prononcée avec tendances aux lipothymies, de tuberculose pulmonaire (la suspension pouvant provoquer l’hémoptysie), les tabétiques ayant eu des attaques apoplectiques ou épileptiformes ou simplement ceux qui présentent des dents en mauvais état, car la rupture d’une dent peut déterminer la syncope.

Nous ne pouvons décrire ici le manuel opératoire de la suspension ; bornons-nous à rappeler que l’on doit s’assurer du parfait fonctionnement de l'appareil, qu’il faut avoir soin de capitonner les aisselles du sujet pour éviter des accidents comme la rupture d’une artériole de la région axilliaire et les paralysies par compression d’un membre supérieur.

La plus grande prudence doit être apportée lors des premières séances; on doit procéder graduellement et n’augmenter le temps de suspension que très

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lentement. La première séance ne doit pas dépasser une demi-minute, et trois minutes constituent le terme moyen de la suspension. Pendant la durée de la séance, on doit tenir l’esprit du malade constamment en éveil; lorsque la suspension est terminée, il faut le descendre lentement, éviter les brusques secousses. En observant ces précautions, on préviendra la syncope. Habituellement les séances de suspension ne sont répétées que tous les deux jours. Quant à la durée du traitement, il est impossible de la préciser à l’avance.

L’ élongation de la moelle a été proposée par MM. Gilles de la Tourette et Chipault (Acad, de médecine, 1897); ces auteurs ont constaté que, tandis que la suspension du rachis ne produit qu’une élongation insignifiante de la moelle, sa flexion sur un sujet assis les jambes étendues produit une élongation de cet organe de près de 1 centimètre, portant presque toute son action sur ses parties postérieures, au niveau des premières paires lombaires L’appareil de Gilles de la Tourette et Chipault a pour effet de forcer le sujet à se courber et à fléchir le rachis ; la force à déployer varie entre 60 et 80 kilos et la durée d'une séance oscille entre 8 et 12 minutes. Ces séances d’élongation ont lieu tous les deux jours, et le traitement peut être poursuivi pendant deux ou trois mois.

La méthode ne peut être employée chez tous les tabétiques indistinctement; elle est contre-indiquée dans les cas où le tabes est réduit depuis quelques années à un petit nombre de symptômes : douleurs fulgurantes, abolition des réflexes, signe d’Argyll Robertson, signe de Romberg, etc.; dans les cas où l’incoordination est très accentuée et où les malades sont dans ce que Ton a appelé, avec juste raison, la cachexie tabétique, enfin dans les tabes à marche aiguë. Restent les ataxiques parvenus à la deuxième période de leur mal, en voie d’incoordination, chez lesquels l’affection se révèle par son luxe habituel de symptômes : crises de douleurs fulgurantes et crises viscérales, anesthésies variées, troubles génitaux et vésicaux; chez ces ataxiques, de tous les plus nombreux, la flexion du rachis constituerait, d’après Gilles de la Tourette, une méthode thérapeutique excellente et dépourvue des dangers de la suspension. Sur 47 malades traités, 22 cas ont été améliorés suivant la presque totalité des symptômes; l’amélioration a porté surtout sur l’ensemble des phénomènes douloureux, ensuite sur les troubles urinaires, la rétention en particulier et sur l'impuissance. L’incoordination est également modifiée favorablement. 15 autres cas ont retiré des bénéfices analogues, mais plus restreints et limités à quelques-uns seulement de ces symptômes; enfin 10 malades n’ont retiré de la flexion rachidienne aucune amélioration.

L’observation d’une hygiène rigoureuse est, pour les tabétiques, une impérieuse nécessité. L’influence de l'hygiène est certes plus appréciable que celle des médications !

Les malades qui mènent une existence paisible ont de grandes chances de pouvoir vivre pendant de longues années sans aggravation notable de leur mal; tous ceux, au contraire, qui se surmènent, brûlent rapidement les étapes pour arriver à la période ultime.

On doit donc défendre aux malades les rapports sexuels, les fatigues mus-

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culaires très prolongées, les veillées, les émotions du jeu, l'alimentation trop azotée, l’abus de l'alcool et du tabac, etc. La vie au grand air, à la campagne, en assurant un repos complet, est recommandable à tous égards, lorsque les exigences sociales le permettent. « Vivez donc comme un vieillard ! dit Erb aux tabétiques jeunes. Le mieux pour vous, c’est de vivre paisiblement, loin de tout surmenage et de tout excès. »

B. — Traitement symptomatique.

En l’absence d’un traitement du tabes capable de convenir à tous les cas et d’améliorer tous les symptômes, le médecin a pour devoir, chez chaque malade, de combattre les symptômes prédominants par les moyens qui vont être exposés.

A la période pré-ataxique, ce sont les douleurs fulgurantes, le crises viscérales, les troubles génito-urinaires qui réclament particulièrement l’intervention du médecin.

Contre les douleurs fulgurantes, tous les antialgiques ont été mis à contribution; on a eu recours successivement à la morphine, à l’antipyrine, à l’exalgine, l’acétanilide, la pbénacétine, le salol, le salicylate de soude, l’hyoscyamine, le chloral, le sulfonal. Les injections de morphine constituent encore à l'heure actuelle le meilleur moyen, sinon de supprimer radicalement, du moins d’atténuer les tortures endurées par les malheureux tabétiques. Elles ont un inconvénient presque inévitable, c’est de conduire rapidement les malades à la morphinomanie; le médecin devra faire tous ses efforts pour éviter la juxtaposition de cette seconde maladie à la première, et n’user de la morphine que dans les cas où les souffrances seront réellement intolérables.

En dehors de ces cas, il pi •escrira Y extrait thébaique en pilules, Y antipyrine, Y acétanilide qui exerce une action incontestable sur les douleurs fulgurantes (Lépine) et que l’on peut donner par prises de 25 à 50 centigrammes sans redouter les accidents de la cyanose, à la condition de ne pas dépasser la dose moyenne de 1 gramme à 1 gr. 50 en vingt-quatre heures et de ne pas en prolonger l'emploi.

On peut encore faire usage contre les douleurs fulgurantes, outre la suspension déjà mentionnée, de toute une série de moyens externes ; bains chauds prolongés et douches, pulvérisations d'éther, de chlorure de méthyle, applications de baumes calmants, enfin électrisation .

Parmi les crises viscérales, les plus fréquentes et les plus douloureuses sont les crises gastriques.

Nous avons indiqué au chapitre des affections de l’estomac le traitement, d’ailleurs très précaire, qu’il convient de leur opposer : la diète lactée, les injections de morphine, résument le traitement.

Le protoxalate de cérium, à la dose de 0 gr. 05 à 0 gr. 15, répétée trois ou quatre fois par jour, parait diminuer la fréquence des vomissements (Cache, Thèse de Paris, 1898).

TABES DORSAL

On peut encore taire des pulvérisai ions d'éther ou de chlorure de méthyle au creux épigastrique ou appliquer, loco dolent i, soit des pointes de l'eu, soit un vésicatoire (Charcot). On a signalé également, dans quelques cas, l’heureuse influence de la suspension et même celle de la ponction lombaire (Debove).

Dans ces dernières années, on a fait quelques recherches sur le chimisme stomacal des tabétiques atteints de crises gastriques. S’appuyant, sur la constatation faite à plusieurs reprises (Sahli, Soupault, Lyon, etc.) de lbyperchlorhvdrie chez ces malades, on a employé la médication alcaline intensive, c’est-à-dire le bicarbonate de soude à hautes doses (plusieurs cuillerées à café par jour). En ce qui concerne l’état gastrique habituel des tabétiques, des recherches de contrôle ont montré que l’hyperchlorhydrie était l’exception et que l’état gastrique habituel est l’hypopepsie (Babon, Thèse de Paris, 1896). 11 n’en est pas moins vrai, ainsi que nous avons pu le constater, que l’administration du bicarbonate de soude à hautes doses calme les douleurs et paraît abréger la crise dans un certain nombre de cas. Le bicarbonate de soude, par son acide carbonique, peut d’ailleurs agir en tant qu’analgésique, sans qu’il soit besoin d’invoquer son action neutralisante sur l’acide chlorhydrique.

Dans la variété flatulente, observée par Fournier et d’ailleurs très rare, si l’on craint que l’emploi du bicarbonate de soude à hautes doses exagère la distension gazeuse de l’estomac et, par suite, la douleur, on peut diminuer la dose de bicarbonate de soude et lui substituer en partie d’autres alcalins :

5 ou 6 cuillerées à café par jour.

M. Linossier (Soc. de thérapeutique, 24 janvier 1900), s’appuyant sur quelques observations personnelles, a émis l’opinion que les troubles gastriques antérieurs ne sont pas sans influence sur le développement des troubles gastriques chez les tabétiques. En d’autres termes, la crise gastrique serait réalisée par l’association à la lésion médullaire d’une gastropathie antérieure. Nous ne savons si cette opinion peut trouver sa confirmation dans tous les cas, mais nous la croyons fondée pour quelques-uns, car de notre côté nous avons surtout constaté les crises gastriques, chez les tabétiques qui avaient abusé de l’alcool, de la bonne chère ou subi des médications prolongées.

Contre les autres crises viscérales (intestinales, néphrétiques, etc.), la morphine est le plus souvent la seule ressource. Dans le cas d’ictus laryngé, il faut se tenir prêt à faire la trachéotomie, si l’asphyxie est menaçante; les inhalations de chloroforme suffisent habituellement à faire cesser l'accès. Tripier a conseillé les lavements d'eau très chaude à 45-50 degrés polir calmer le ténesme rectal et vésical.

Les troubles de la sensibilité : anesthésie, paresthésie, sont justiciables

Phosphate neutre de soude Bicarbonate de soude . . .

Craie préparée

(i0 grammes.

1064 MALADIES 1)E LA MOELLE

de la faradisation ; on promène le pinceau, relié an pôle négatif, sur les zones d’anesthésie, tandis (pie le pôle positif, représenté par une plaque, est appliqué sur le sternum.

L’anesthésie, si fréquente dans la sphère du trijumeau, est fort désagréable pour les malades; on peut prescrire contre le masque facial des frictions excitantes avec :

Teinture de noix vomique 20 grammes.

Ammoniaque liquide )

Baume de Fioravanti i aa

Et contre l’anesthésie buccale les applications de la poudre suivante :

Poudre de quinquina \

— de cachou [ ;Iâ 10 grammes.

Tanin )

Essence de menthe V gouttes.

Les troubles trophiques exigent parfois l’application d 'appareils orthopédiques ou une intervention chirurgicale.

Contre l’amyosthénie on peut employer les injections de glycéro-phosphate ou plus simplement de phosphate de sonde, à l’exemple de Winslow, Crocq. M. Grasset (Congrès de Moscou, 1897) donne la formule du sérum injecté par M. Ballet :

Phosphate de soude 5 grammes.

Sulfate de soude ‘2 —

Chlorure de sodium 1 gramme.

Acide phénique neigeux 50 centigrammes.

Eau stérilisée 100 c. c.

Injecter 10 centimètres cubes par jour.

On peut prescrire en outre Y arsenic, les préparations de quinquina, etc., et l’on utilisera le massage, l’électrisation.

Les troubles de la vue sont incurables ; l’amblyopie due à l’atrophie papillaire aboutit presque fatalement à l’amaurose : cependant M. Galezowski croit avoir enrayé, dans certains cas, les progrès de l’atrophie, à l’aide des injections de cyanure d’or et de potassium.

La formule de ces injections est la suivante :

Cyanure d’or et. de potassium 25 centigrammes.

Eau distillée . 10 grammes.

Injecter d’abord 6 gouttes, puis augmenter la dose progressivement jusqu'à 10 et même 20 gouttes; redescendre graduellement.

Contre les troubles urinaires, le seigle ergoté, dont nous avons déjà mentionné l’efficacité relative, peut être utilisé; la strychnine, recommandée par

TABES DORSAL

1 OBâ

quel([ucs médecins, est non seulement inefficace, mais encore dangereuse. La faradisation de la vessie paraît avoir quelque action; en tout cas, elle est inofiénsivc; l'un des pôles sera placé dans le rectum, l’autre à la verge.

La suspension, ainsi qu’il a été dit précédemment, donne parfois des améliorations passagères.

Les bromures (bromure de potassium, bromure de camphre), les bains de I siège froids, doivent être prescrits dans les cas d’excitation génitale.

A la période d’ataxie confirmée, la suspension peut supprimer l’incoordination pendant un certain temps, et c’est un sujet d’étonnement pour ceux qui ont constaté, à un moment donné, un degré d’ataxie très avancé chez un malade, de voir ce même malade, au bout de quelques séances de suspension,

I arpenter le terrain rapidement et avec assurance ; ces améliorations surprenantes sont d’ailleurs, nous l’avons dit, de courte durée.

Frenkel (de ileiden) a fait connaître au Congrès des médecins de Brème, en 1890, la méthode de rééducation progressive des muscles qu’il a proposée pour combattre l’incoordination. La méthode a été exposée avec tous les détails désirables dans la thèse de 11. Riche (Paris, 1899) et par M. Maurice Laure (La Rééducation motrice, 1902).

Pour corriger l'ataxie des membres inférieurs, on fait exécuter une série de mouvements dans la position couchée d’abord, puis au malade assis, debout et immobile, enfin des exercices de marche.

Couché, le malade devra s’exercer à faire les mouvement suivants :

a) Plier le genou, le talon traînant sur le lit, puis, après quelques secondes, allonger la jambe; lever la jambe, puis l’abaisser.

b) Fléchir, puis étendre le pied ; le porter alternativement en dehors et en dedans.

Exécuter ensuite ces mêmes exercices avec les deux membres à la fois.

c) Mouvements plus complexes : toucher le genou, l’articulation du coude-pied, l’extrémité des orteils avec le talon d# l’autre jambe, plier le genou, reposer le talon sur le lit et allonger le membre.

d) Toucher des points différents du lit, soit dans un ordre régulier, soit dans un ordre variable, au commandement.

Ces exercices seront exécutés successivement, les yeux ouverts d abord, puis fermés.

Assis, le malade placera les jambes dans différentes positions; il les croisera, puis les décroisera. On l’exercera à se lever, un pied étant placé en avant, l’autre en arrière, de façon que sa pointe soit au niveau du talon de 1 autre. Il penchera la tête et le corps en avant vers les genoux.

Debout, il se tiendra les jambes écartées de 25 à 50 centimètres, puis rapprochées peu à peu. Il regardera d’abord ses pieds, puis devant lui, enfin il répétera les mêmes exercices en fermant les yeux. Comme exercices préliminaires de la marche, il s'appuiera sur le dossier d’un siège et s’efforcera d élever le pied lentement jusqu’aux différents barreaux. D’autre part il fera des flexions des jambes, des flexions du corps en avant, en arrière; il se lèvera sur la pointe du pied, se mettra à cloche-pied (après plusieurs séances). Il

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portera son pied en avant, en arrière, aux points qu’on lui indiquera.

En ce qui concerne les exercices de marche, il fera des marches latérales, des marches à reculons, s’exercera à s’arrêter brusquement, à faire volteface, enfin à monter et à descendre les escaliers. Les premiers exercices de marche consisteront à exécuter lentement et à décomposer les mouvements. Le malade sera d’abord soutenu, puis simplement maintenu par un coude ou une main placée sous l’aisselle.

La durée moyenne des séances, y compris les temps de repos, peut être estimée à une demi-heure.

Pour corriger l'ataxie aux membres supérieurs, on commence par procéder de la même façon; c’est-à-dire qu’on fait exécuter au malade des mouvements simples d abord, combinés ensuite avec les mains, les avant-bras, mouvements de flexion, d’extension, etc. Une fois que le malade est parvenu à maîtriser ses muscles pour l’exécution de ces mouvements élémentaires, on le soumet à des exercices qui équivalent à de véritables jeux de patience, M. Frenkel a imaginé dans ce but un certain nombre d’appareils

Il est plus simple, ainsi que le conseille André Riche, de faire exécuter les divers mouvements sans le secours d’appareils.

Ainsi, pour les mouvements de la main, on peut obliger les malades à compter et à ranger dans un ordre déterminé des jetons ou des pièces de monnaie, à manœuvrer les jetons d’un échiquier, à faire des constructions avec des tubes de bois, à tracer des lignes avec une règle, etc.

Il n’est pas inutile de faire suivre les séances prolongées de massage musculaire.

Cette méthode exige plusieurs mois d’application pour donner des résultats qui parfois sont remarquables; ainsi une malade de M. Raymond, qui ne pouvait se tenir d’aplomb ni marcher sans être soutenue par deux ailles, pouvait, au bout de six mois, faire de longues courses à pied, sans être le moins du monde soutenue. Le traitement de Frenkel paraît devoir être employé surtout dans les cas où la suspension est contre-indiquée, c’est-à-dire quand il existe' des lésions cardio-vasculaires, de la tuberculose pulmonaire, de l’emphysème, de 1 obésité, des attaques apoplectiformes ou épileptiformes; de son côté la méthode de Frenkel est contre-indiquée dans les cas de tabes aigu ou subaigu, quand les membres inférieurs sont le siège d’une arthropathic, quand il existe de l’amaurose, — car le tabétique qui ne voit point ne peut corriger son incoordination, — quand il existe des troubles étendus et profonds de la sensibilité, quand les facultés intellectuelles sont très affaiblies, enfin quand il existe une neurasthénie accentuée ou une paralysie véritable. On peut considérer comme favorables les cas où l’ataxie s’est constituée rapidement et où se produit ensuite une période stationnaire de longue durée, ceux où l’ataxie est très accentuée alors que les autres symptômes du tabes sont à peu près nuis.

On a peine à concevoir que le traitement de Frenkel puisse faire disparaître, dans certains cas, l’incoordination motrice; cependant si l’on réfléchit que la coordination est une fonction essentiellement encéphalique, qu’elle est le fruit.

ATROPHIES MUSCULAIRES; PARALYSIE INFANTILE

de l’éducation, on s’expliquera le mode d’action du traitement de Frenkel qui est un traitement psychique, basé sur la rééducation des centres corticaux qui président à l’exécution des mouvements intentionnels coordonnés (Raymond); on s’expliquera aussi que le rétablissement de la coordination troublée ne puisse se faire s’il existe des troubles intellectuels, ou bien de l’atrophie musculaire et de la parésie.

Entre autres exemples propres à mettre en relief la valeur de ce procédé de « gymnastique cérébrale », Frenkel cite l’exemple d’une tabétique qui depuis sept ans était confinée au lit, et qui, à la suite du traitement, est parvenue à marcher sans l’aide d’un bâton et sans qu’on puisse remarquer chez elle le moindre mouvement ataxique.

Les résultats du traitement sont rigoureusement proportionnels à la durée et à l’intensité de l’effort fourni par le patient. C est ce qui résulte nettement des statistiques publiées par le Dr Maurice Faure (Institut de rééducation de Lamalou). Indépendamment du résultat évident sur les fonctions motrices, la rééducation à une action sur l’état général, par l’exercice auquel elle astreint les malades.

On devra s’efforcer surtout, à la période d’incoordination motrice, de retarder autant que possible le confinement au lit, car, à partir de ce moment, les malades sont exposés aux complications qui résultent de la présence des escarres, et de plus perdent l’appétit, tombent plus ou moins rapidement dans le marasme. On a construit des chariots qui permettent la marche aux tabétique, même très avancés.

Lorsque les malades s’aliteront définitivement, on s’efforcera de prévenir l’apparition des escarres en munissant le lit d'un matelas d’eau, en déplaçant fréquemment le malade. Les escarres seront pansées antiseptiquement. II va sans dire que s’il existe de la rétention d’urine, le cathétérisme devra être pratiqué avec la plus rigoureuse asepsie.

ATROPHIES MUSCULAIRES; PARALYSIE INFANTILE

A. — Atrophies musculaires.

Il y a une vingtaine d’années la question des amyotrophies paraissait assez simple. A l’atrophie musculaire d’origine spinale, myélopathique, désignée sous le nom de type Aran-Duchenne, on opposait les atrophies musculaires d’origine mvopathique, myopathies progressives ou dystrophies familiales d’Erb, type Leyden-Mœbius, type Zimmerlin, etc. L'étude de nombreuses formes de transition a donné le coup de grâce à la théorie dualiste et 1 on revient aujourd'hui à une doctrine unique qui trouve une base solide dans la théorie des neurones. L’atrophie musculaire serait une affection dégénératrice des neurones spino-musculaires qui s’étendent des cellules tropho-motrices des

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cornes antérieures de la moelle aux différents muscles des membres. Tantôt — et c’est le cas chez les sujets jeunes — la dégénération débute par les muscles et peut s’y cantonner; tantôt elle débute par les cellules des cornes antérieures et entraine une dégénération secondaire des racines motrices, des nerfs moteurs et des muscles; cette seconde éventualité s’observe chez l’adulte.

a. En ce qui concerne les atrophies myopathiques, on pourrait être tenté d’espérer un résultat favorable de l’intervention thérapeutique, puisqu’il s’agit d’une maladie des muscles, à laquelle les centres nerveux et les nerfs périphériques ne participent pas (du moins en apparence). Cependant, après réflexion, on est amené à conclure logiquement à l’incurabilité de l’affection; en effet, « par cela même que les atrophies musculaires myopathiques qui se présentent le plus souvent à notre observation avec les caractères d’une atrophie familiale se développent sous l’influence de l’hérédité morbide, leur évolution obéit en quelque sorte à une loi fatale; elle se poursuit lentement, mais progressivement sans (pie rien puisse enrayer celte marche progressive. Il semble qu’en vertu d'un vice constitutionnel antérieur à la naissance, le système musculaire du malade soit dévié de son évolution normale et voué à une dystrophie à laquelle rien ne saurait l’arracher». (M. Raymond, Atrophies musculaires, 1889, p. 482.)

Les atrophies myopathiques se traitent par les courants faradiques : on applique les deux électrodes sur la région du tégument qui correspond à la masse musculaire que l’on veut électriser. Ces électrodes doivent êtrehumides, car les électrodes sèches n’excitent que la peau; chaque séance de faradisation doit durer en moyenne dix minutes. Si l’on veut faire contracter le muscle par l’intermédiaire des nerfs moteurs qui l’animent, il est nécessaire d’appliquer une électrode sur le point où le tronc nerveux devient superficiel, l’autre électrode étant placée sur une région indifférente.

Avant de procéder à l’électrisation, il est bon de masser la région par friction cutanée sèche et par friction musculaire profonde, puis on applique les électrodes qui doivent être très rapprochées l’une de l’autre. Les intermittences seront espacées, car les intermittences rapides agissent sur la sensibilité, alors que les intermittences lentes agissent sur la motilité : deux ou trois excitations par seconde sont suffisantes ; plus nombreuses dans le même laps de temps, elles peuvent déterminer des contractures.

h. Dans l’atrophie musculaire du type Aran-Duchenne et dans les autres atrophies myélopathiques, on procède comme précédemment à l’électrisation faradique des muscles; en outre, pour agir sur la lésion spinale, on s’adresse à la galvanisation. On a fait jouer un rôle très important au sens du courant, les courants ascendants étant excitants et les descendants calmants ; mais la majorité des médecins pense que le sens du courant est sans influence; aussi se bornera-t-on à appliquer un pôle sur la région du rachis correspondant à la localisation présumée de la lésion médullaire, et l’autre pôle sur le muscle à électriser. On peut d’ailleur intervertir l’ordre d’application des pôles. Les séances auront lieu deux ou trois fois par semaine et

ATROPHIES MUSCULAIRES; PARALYSIE INFANTILE

dureront un quart d’heure chaque fois; il est nécessaire de les prolonger pendant plusieurs mois, pour obtenir un résultat appréciable. On a préconisé récemment le bain électrique à courants sinusoïdaux.

c. La faradisation généralisée est indiquée dans les amyotrophies par névrite périphérique. « Le malade est assis sur une chaise, les pieds nus, appuyés sur un escabeau à plan incliné. Ce plan incliné est recouvert d'une plaque en fer ou en cuivre, séparée des pieds du malade par un morceau de flanelle mouillée; la plaque est reliée à l’un des pôles d’un appareil d’induction (pôle fixe). Le fil qui part de l’autre pôle se termine par un pinceau en métal ou éponge mouillée, où aboutit la main de l'opérateur; c’est le pôle mobile qu’on promènera sur différentes régions du corps. On commencera par appliquer le pôle mobile sur la nuque en insistant sur la faradisation des points douloureux et des régions correspondant aux première, deuxième et septième vertèbres cervicales. On promène ensuite le pinceau successivement sur chaque moitié du dos, sur la poitrine, sur le ventre, en particulier sur le creux épigastrique (plexus solaire), sur les membres supérieurs et sur les membres inférieurs; enfin on termine la séance par la faradisation de la tète et des sanglions cervicaux en se servant de la main comme électrode. La durée de chaque séance sera, en moyenne, de quinze minutes (tète, 1 minute; cou et région cervicale, 4; dos, 5; ventre, “>; membres 4). » (Raymond.)

B. — Paralysie infantile.

Parmi les atrophies musculaires d’origine myélopathique, la paralysie infantile mérite une mention particulière; c’est une poliomyélite antérieure à marche aiguë qui laisse à sa suite des atrophies musculaires et des paralysies le plus souvent incurables.

La cause de la paralysie infantile est encore inconnue ; cependant en raison des symptômes généraux qui caractérisent son début, en raison de l’épidémicité signalée dans un certain nombre de cas, on tend volontiers à admettre aujourd’hui que cette maladie est d’origine infectieuse. Quoi qu’il en soit, la notion de cause n’est pas d’un utile appoint pour le traitement, car on ne possède aucun renseignement précis ni sur l’agent infectieux ni sur sa porte d’entrée.

D’ailleurs, au début, le diagnostic est bien rarement porté; les convulsions, la fièvre font songer à l’invasion d'une fièvre éruptive et l’on ne porte un diagnostic exact qu’à l’apparition des paralysies.

Pendant la période aiguë, on soumet l'enfant au repos absolu et l’on pratique de la révulsion sur la colonne vertébrale. Cette révulsion s’obtient soit à l’aide de ventouses sèches, soit au moyen de cataplasmes sinapisés. Les pointes de feu constituent également un bon moyen de révulsion.

On a recommandé d’autre part les bains d'air chaud donnés dans le lit même. On peut encore envelopper les membres inférieurs dans de 1 ouate saupoudrée de farine de moutarde et recouverte de taffetas gommé.

Comme médicaments, on peut utiliser le sulfate de quinine à titre d’anti-

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thermique et d’antiparasitaire (15 à 75 centigrammes pour un enfant de deux ans), Y antipyrine comme antialgique et le calomel (20 centigrammes) qui agit connue laxatif et antiseptique intestinal.

Si l’agitation est excessive, on prescrit le bromure de potassium (I gramme) ou le chloral en lavement (50 à 50 centigrammes).

Hammond attribue à Y ergot de seigle le pouvoir d’arrêter les progrès de la myélite et d'empêcher l’atrophie.

Lorsque les paralysies sont constituées, on fait des frictions excitantes au niveau des membres, paralysés, avec le Uniment de Rosen ou l’alcoolat de Fioravanti : on pratique un massage méthodique et l'on a recours enfin à Y électricité.

L’électrisation avant de servir au traitement vient en aide au diagnostic et permet de porter le pronostic. L’existence constante de la réaction de dégénérescence permet de faire le diagnostic avec la maladie de Little ou l’hémiplégie infantile; elle permet d’autre part de distinguer les muscles qui resteront paralysés d une façon durable de ceux qui reviendront à l’état normal. Duchenne, de Boulogne, le premier, a constaté que les muscles qui ne se contractent pas au moyen du courant faradique demeurent paralysés.

Les muscles atteints peuvent se diviser en quatre groupes (Larat) :

1° Ceux qui répondent encore à l’excitation galvanique et faradique, mais plus faiblement qu’a l’état normal; 2° ceux chez lesquels la réaction de dégénérescence existe, mais partielle; 5° ceux qui présentent la réaction de dégénérescence totale; 4° ceux, enfin, dans lesquels la contractilité électrique, totalement abolie pour la contraction directe, ne présentent plus (pie la réaction à distance de Ghilarducci.

Si l'on abandonne la maladie à elle-mcme, au bout de six à huit mois, les muscles du premier groupe retrouvent leurs fonctions, mais restent plus ou moins atrophiés. Ceux des trois autres groupes s’atrophient rapidement et sont perdus fonctionnellement à tout jamais. Si l’on intervient au contraire par l’électrisation, la rénovation des muscles du premier groupe sera rapide et leur atrophie disparaîtra. Parmi ceux du second groupe, le plus grand nombre recouvrera son fonctionnement tout en restant un peu plus faible, un peu moins volumineux que du côté sain. Quant à ceux du troisième et quatrième groupe, leur atrophie absolue sera enrayée et la déformation du membre sera moins apparente.

« Sans doute l’électricité ne peut refaire les cellules des cornes antérieures qui ont été détruites, mais il se passe ici un phonomène analogue au processus de l’hémorragie cérébrale. Tout autour de la zone détruite par le processus morbide se trouvent des cellules moins atteintes par l'infection, malades sans doute, mais non détruites et capables de revenir «à la santé si on les soigne. Or, le meilleur traitement des cellules nerveuses est de provoquer leur fonctionnement; ceci est surtout vrai pour les cellules trophiques des cornes antérieures (Larat). »

C’est au courant galvanique qu’il faut avoir recours : une grande plaque d’étain recouverte d’agaric et de peau de chamois bien imbibée d’ean tiède,

ATROPHIES MUSCULAIRES; PARALYSIE I .NEANT I LU

de la dimension de la main, sera appliquée sur la région cervico-dorsale de la colonne vertébrale, s’il s'agit du membre supérieur; sur la région lombaire, s’il s’agit du membre inférieur. Cette plaque correspond au pôle positif de la batterie. Le pôle négatif est relié à une petite plaque plongeant dans une cuvette d’eau tiède dans laquelle est immergée, d’autre part, l’extrémité ou le membre malade, main ou pied. 11 faut que la cheville ou le poignet soient recouverts par l’eau. L’intensité du courant sera de 8 à 10 milliampères et la durée de l’électrisation de dix minutes. On terminera la séance par une série d’interruptions de courant, faites au moyen du bouton interrupteur; on peut aussi faire quelques inversions polaires. Le traitement doit être fait journellement ou au moins trois fois par semaine pendant la première année. Erb conseille de l’instituer dès le début.

Il faut n’employer ce dernier moyen qu’avec ménagement et lorsque la fièvre a disparu depuis une huitaine de jours au moins (J. Simon).

Les courants galvaniques sont seuls utilisés au début; la plaque positive est appliquée sur la nuque; la plaque négative au niveau des membres paralysés. L intensité du courant doit d’abord être très faible (deux, puis trois, quatre, cinq milliampères); chaque séance ne durera pas plus de deux minutes; plus tard, la durée de chaque séance sera allongée graduellement et portée jusqu’à vingt minutes ou même une demi-heure. Les courants faradiques ne peuvent être employés qu’au bout de six semaines à deux mois; leur emploi n’est d’ailleurs légitime que s’ils déterminent des contractions musculaires; sinon, il est inutile d’en poursuivre l’application.

A l’usage de l’électricité on joint celui des bains sulfureux salés , du massage, des frictions excil antes. Les, médicaments excito-moteurs (noix vomique , strychnine) n’ont qu’une efficacité douteuse et peuvent être dangereux si l’on fait usage de doses trop fortes : J. Simon prescrit pendant une semaine V à X gouttes de la teinture suivante, à chaque repas :

Teinture de Colombo 10 grammes.

— de Raumé 1 gramme.

Si la strychnine ou la noix vomique déterminent de l’agitation, de l’insomnie, des secousses musculaires, on en cessera immédiatement l’emploi.

L iodure de potassium, que l’on prescrit un peu théoriquement, peut être donné à la dose de 25 à 50 centigrammes par jour.

Au bout de quelques mois on peut envoyer les enfants à Bouchonne ou à Salins. Lorsque les déformations se sont produites, on ne peut plus être utile au malade qu'en employant les appareils orthopédiques. Pour remédier à la laxité des articulations (jambe de Polichinelle) , on a pratiqué un certain nombre de fois, avec de bons résultats, L arthrodèse, qui a pour résultat l’ankylose de l’articulation.

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