II. — Traitement local
Tanin
Teinture de cachou . .
Laudanum de Svdenham
‘2 grammes.
MALADIES INFECTIEUSES
Depuis la découverte du gonocoque, on a utilisé une foule de substances antiseptiques, parmi lesquelles le permanganate de potasse (en solution à 1 pour 2000) a conquis la préférence des praticiens. Cependant bon nombre d’autres agents antiseptiques peuvent être employés avec succès : citons la résorcine (2 à 4 pour 100), le sulfate de quinine (50 centigrammes à 1 gramme pour 100), Xichtgol (10 pour 100), X acide picrique (0 gr. 50 pour 100, De Brun), les différentes préparations organiques d’argent, notamment l’ argentamine (étbylène-diamine-phosphate d’argent, en solution au 5000e), Xitrol (citrate d’argent), le protargol (25 à 50 centigrammes pour 100), etc. Ce dernier paraît réellement eflicace et son emploi s’est vulgarisé rapidement sous le patronage de Neisser.
Le permanganate de potasse parait avoir une action élective sur les gonocoques ; aussi n’a-t-il pu être détrôné jusqu’ici. En solution suffisamment étendue, il n’est pas irritant. Son seul inconvénient est de tacher en jaune brun les mains et le linge; mais, pour faire disparaître les taches, il suffit de se laver avec une solution concentrée de bisulfite de soude.
Pour prendre une injection, le malade, après avoir uriné, remplit de la solution une seringue en verre, munie d’une canule conique, capable de pénétrer facilement dans le méat et d’en produire l’occlusion parfaite, quand on le comprime modérément ; les seringues dont on se sert habituellement ont une capacité de 5 à 6 centimètres cubes. Le piston doit avoir un jeu facile et ne permettre aucune fuite de liquide.
Le malade fait d’abord une ou plusieurs injections à canal ouvert pour balayer les sécrétions du méat, puis d remplit de nouveau la seringue et la vide dans l’urètre, en ayant soin cette fois de comprimer le méat pour maintenir le liquide au contact de l’urètre pendant deux ou trois minutes. On tend aujourd’hui à abandonner les injections faites à canal fermé pour s’en tenir aux injections faites à canal ouvert; quand on veut pénétrer dans l’urètre postérieur, mieux vaut en effet le procédé des lavages.
La grande infériorité des injections, quel que soit l’agent antiseptique employé, tient à ce que par ce moyen l’urètre antérieur seul peut être atteint, alors (pie la propagation de l’urétrite à toute l’étendue du canal est la règle; il en résulte qu’eu dépit d’un très grand nombre d’injections, le malade continue à garder son écoulement. D’ailleurs souvent l’injection devient dangereuse entre les mains des malades qui négligent les précautions élémentaires d’asepsie.
Les lavages permettant d’atteindre l’urètre dans toute son étendue sont aujourd’hui préférés aux injections. Supposons, ce qui est le cas habituel, que le malade se présente au médecin quelques jours seulement après le début de sa blennorragie.
S’il s’agit d’une blennorragie suraiguë avec gonflement du gland, inflammation des corps caverneux, il faut s’abstenir de toute intervention locale, jusqu’à ce que les phénomènes inflammatoires se soient dissipés; on se borne à prescrire les grands bains, les boissons rafraîchissantes, etc. Mais, dans tous les autres cas, il faut commencer immédiatement les lavages au permanganate de potasse.
BLENNORRAGIE
Si l’urètre antérieur seul est infecté, on fait d’abord deux lavages par jour avec une solution de 1 pour 4000. Si l’urètre postérieur est infecté, on doit faire le lavage de la totalité de l’urètre. Nous ne reviendrons pas sur le manuel opératoire qui a été indiqué plus haut. Constatons seulement que le lavage de la totalité de l’urètre est parfois mal supporté dans la blennorragie aiguë et que l’on est alors obligé de se contenter pendant quelque temps de laver l’urètre antérieur. En tout cas, il importe de n’employer qu’une solution faible si l’on ne veut pas être arrêté presque immédiatement par des phénomènes d’intolérance; en 1890, au Congrès d’urologie, M. Guiard a insisté avec raison sur la nécessité de n’employer que de faibles doses; les lavages faits avec des solutions à 1 pour 2000 ou des solutions encore plus concentrées peuvent présenter des hématuries, la cystite, la prostatite. On emploie volontiers aujourd’hui le prolargol en lavages (à la dose de 1 pour 1000), si le permanganate a échoué. M. Balzer, au déclin de la blennorragie, emploie le citrate de bismuth en solution, à 1 pour 2000, puis à l pour 1000 et tina- Jernent à 1 pour 500, pour les lavages. Ceux-ci ne donnent pas de résultats supérieurs aux lavages par le permanganate de potasse, mais ils ont l’avantage de n’être pas irritants.
Le traitement par les lavages, quand on le commence en pleine période d’état, n’est pas un moyen de guérison rapide, comme quelques médecins le supposent qui, après avoir fait quelques lavages, y renoncent bientôt en ne voyant aucune amélioration. C’est un traitement de longue haleine, dont la durée est parfois de quelques semaines. Sans doute on arrive rapidement à supprimer presque tout écoulement; il ne persiste plus qu’une goutte le matin au réveil, mais, si on laisse les lavages, l’écoulement ne tarde pas à se reproduire. Il faut donc continuer patiemment les lavages jusqu’à disparition complète de tout écoulement. Si ce traitement n’agit pas plus rapidement, en général, que l’ancien traitement par les balsamiques et les injections, il a du moins des avantages que nous avons déjà indiqués, c’est de laisser l’urètre en bon état, après guérison de l’écoulement, sans lésions profondes pouvant aboutir ultérieurement à un rétrécissement.
Une autre éventualité peut se présenter : le malade n'est vu qu’à la période de déclin de son écoulement; il n'est plus atteint que d’une blennorragie subaiguë, avec un écoulement peut abondant, absence totale de phénomènes inflammatoires.
C’est dans ces cas que le traitement immédiat par les lavages donne incontestablement les résultats les plus sûrs et les plus rapides; ce qui confirme les résultats de la vieille observation, à savoir (pie le moment le plus opportun pour l’emploi des microbicides est celui où la sécrétion de purulente devient muco-purulente, puis muqueuse. II suffit habituellement d’une dizaine de lavages pour amener la guérison radicale, si toutefois l’urètre n’était pas infecté chroniquement. En pareille occurrence, les lavages ne peuvent faire disparaître que les gonocoques; ultérieurement, on aura à combattre un écoulement chronique sans gonocoques qui, lui, sera très rebelle et parfois même incurable.
MALADIES INFECTIEUSES
Les lavages doivent porter sur tout l’urètre; on commence par les pratiquer avec des solutions à 25 centigrammes pour 1000, puis rapidement on porte la dose de permanganate à 50, puis 75 centigrammes et finalement à 1 gramme pour 1000.
Nous avons indiqué le nombre de 10 lavages comme une moyenne, mais il faut bien savoir que l’on peut être obligé d’en faire un bien plus grand nombre. Ce serait donc commettre une faute grave que de s’arrêter à un nombre de lavages fixé d’avance, dix ou douze par exemple, et de cesser tout traitement ensuite.
On ne doit cesser les lavages que quand les gonocoques ont disparu de l’écoulement, que la goutte matinale a cessé d’être purulente et d’avoir un aspect jaunâtre, qu enfin les démangeaisons urétrales ont pris fin. La persistance des filaments urétraux et d’une goutte muqueuse ou muco-purulente blanche ne doit pas empêcher de cesser les lavages.
C’est à ce moment que les injections astringentes (au sulfate de zinc ou au tanin) peuvent devenir utiles, ou bien encore l’injection isolante au sousnitrate de bismuth (4 grammes pour 100) qui laisse déposer un enduit adhérent sur la muqueuse et protège ainsi la régénération épithéliale.
Si, après l’épreuve de la bière, une pollution ou le premier coït, une récidive ne se produit pas, on peut affirmer la guérison.
Les malades doivent être prévenus (pie pendant longtemps ils resteront particulièrement aptes à contracter la blennorragie ; ils devront user de condom; en tout cas, ne pas négliger de pratiquer immédiatement après le coït un lavage de la verge et de l’orifice urétral avec une solution de sublimé à 1 pour 2000 (il est nécessaire pour cela qu’ils aient sur eux des paquets de sublimé ou de petites ampoules scellées contenant chacun une dose de 50 centigrammes de sublimé dissous dans une petite quantité d’alcool).
Ces mêmes malades peuvent également contracter avec une femme non blennorragique une urétrite vulgaire qui se traduit par des démangeaisons, une petite goutte purulente. Lorsque l’examen microscopique aura établi le diagnostic, on fera un lavage de l’urètre antérieur avec une solution de sublimé à 1 pour 10000 qui suffira pour obtenir la guérison. Pour faire les lavages au sublimé, on peut employer une solution mère de sublimé de I gramme dans 200 grammes (l’eau, additionnée de 1 gramme de chlorure de sodium; chaque centimètre cube de cette solution contient 5 milligrammes de sublimé.
Indépendamment de toute réinfection blennorragique, de toute infection secondaire, le malade peut conserver un écoulement chronique.
Jusqu’ici il a été question du traitement par les lavages des blennorragies non compliquées. Il importe de savoir que certaines complications contreindiquent d’une façon absolue l’emploi des lavages. Ce sont :
1° L’orchite et la prostatite; 2° les foyers d’infdtration ou de suppuration le long de l’urètre.
Si le malade est porteur d’un rétrécissement de l’urètre résultant de blennorragies antérieures et si le rétrécissement est suffisamment large (admet-
BLENNORRAGIE
tant le n° 15 de la filière Charrière), on peu! pratiquer les lavages. Si le rétrécissement est très étroit, on pratique d’abord la dilatation.
La complication de foyers intra-urétraux est habituellement la cause de l’impuissance du traitement par les lavages.
Si au cours d’un traitement déjà long on constate sous le microscope des groupes gonococciques, se colorant bien, conservant leurs formes régulières, on doit soupçonner l’existence d'un foyer extra-urétral.
On reconnaît les foyers gonococciques prostatiques en massant la prostate après avoir fait uriner le malade et exprimé l’urètre antérieur; on voit alors apparaître au méat une ou plusieurs gouttes d’un liquide aqueux, non filant, blanchâtre, où l’on trouve au microscope de nombreux leucocytes et des gonocoques.
La recherche des foyers glandulaires de l’urètre antérieur se fait en massant l’urètre antérieur. Si par ce massage, après la miction, on obtient une goutte purulente à gonocoques, on peut être assuré que les glandes urétrales sont infectées. La palpation permet d’ailleurs souvent de constater de petits nodules enflammés le long du trajet urétral. Il y a parfois des abcès para-urétraux qui s’ouvrent par un trajet plus ou moins long, à l’angle inférieur ou sur les lèvres du méat ou à la face inférieure de la verge. Ces abcès peuvent être enkystés et ne pas communiquer avec l'urètre.
Un troisième ordre de foyers extra-urétraux est représenté par les cryptes et trajets para-urétraux congénitaux de la fosse naviculaire et du. méat. Comment traiter ces divers foyers?
Le traitement des foyers prostatiques consiste simplement à faire un ma. ssaje de la prostate avant chaque lavage.
Le traitement des foyers glandulaires urétraux consiste dans le massage de l'urètre antérieur avant chaque lavage, pour le vider. Si l’abcès est enkysté, il faut Couvrir largement.
Les cryptes et trajets para-urétraux seront incisés.
D. — Traitement de la blennorragie chronique.
11 n’existe pas un traitement uniforme de la blennorragie chronique; en réalité, le traitement doit varier suivant les cas, s’adapter aux lésions que des mojens perfectionnés d’exploration permettent aisément de constater.
C’est pour avoir méconnu cette notion que trop souvent l'on a considéré comme incurable la blennorragie chronique. On ne se préoccupait nullement de rechercher si le gonocoque existait ou non dans la sécrétion, si des infections secondaires avaient ou non succédé à la phase gonococcique; enfin on négligeait de déterminer les lésions en surface et en profondeur que présentait l’urètre.
Ces différentes constatations sont aujourd’hui le prélude obligatoire du traitement.
On doit rechercher le gonocoque dans la goutte matinale, — s’il s’agit d’une blennorragie à goutte, c’est-à-dire relativement récente, — ou bien dans les filaments (blennorragie localisée à la région du bulbe).
Dans la goutte recueillie le matin au réveil, le gonocoque peut ne pas exister; il peut alors être cantonné dans des foyers para-urétraux où il se dissimule.
G. -R. LYON. — 5e ÉDITION.
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11 est donc nécessaire, après le premier jet d’urine qui a balaye le canal, d'exprimer l’urètre et la prostate. On recherchera le gonocoque dans les nouvelles sécrétions obtenues par ce moyen.
Même après résultats négatifs de ces recherches, on n’est pas en droit de nier la persistance des gonocoques dans les sécrétions. On ne sera définitivement fixé que si l’on n’a pas réussi à provoquer leur réapparition par la réaction de la bière, ou bien par un lavage au sublimé à 1 pour 10 000 de l’urètre antérieur, ou bien encore par une injection de nitrate d’argent à 1 pour 2000, également dans l’urètre antérieur.
Les infections secondaires doivent ensuite être recherchées. Si on les rencontre uniquement dans la goutte du méat, les filaments des deux verres en étant dépourvus, c’est qu’elles sont limitées à la fosse naviculaire. Existent-elles en outre dans les filaments du premier verre, c’est que l'infection s’étend dans l’urètre antérieur : existent-elles enfin dans les filaments du second verre, on est en droit de conclure que l’infection est étendue à la totalité de l’urètre. D'ailleurs cette extension est la règle dans la blennorragie chronique. On doit rechercher également si les filaments sont constitués uniquement par des leucocytes et des cellules épithéliales du canal, ou s’ils contiennent des cellules cylindriques indiquant qu’ils se sont formés dans les conduits prostatiques.
Ce n'est pas tout : la vessie elle-même peut être infectée secondairement. On doit soupçonner l’infection vésicale si l’urine présente un léger trouble qui ne disparaît [tas sous l’influence de l’acide acétique et de la chaleur. Laisse-t-on déposer cette urine? on trouve dans le dépôt une quantité considérable de microbes libres ou inclus dans les leucocytes.
L’examen macroscopique de l’urine donne des indications assez précises sur l’ancienneté des lésions; l’urine est-elle trouble? on peut en induire que l’affection est récente et qu’une grande partie de la muqueuse urétrale est encore hyperémiée et sécrète. Si l’urine du matin est claire, c’est que l’affection est déjà ancienne et que les lésions sont plus limitées, consistent probablement en infiltrats intra-muqueux circonscrits, en voie de transformation fibreuse; ces constatations sont fort importantes au point de vue pratique, car dans le premier cas les lavages sont indiqués; ils sont au contraire impuissants dans le cas de lésions limitées et profondes qui nécessitent l'emploi de la dilatation et des topiques.
L’examen de l’urine ne suffit pas pour renseigner sur l'étendue en profondeur des lésions; les renseignements qu’il donne doivent être complétés par l’exploration de l’urètre au moyen de la bougie à boule (nos 15 à 20), de l’urétromèlre d’Otis et au besoin par l’endoscopie. Les premiers moyens permettent d’obtenir des indications précises sur le siège des infiltrats, sur le degré de sténose de l’urètre en certains points, c’est-à-dire sur leur degré de transformation fibreuse. Quant à l’endoscope, il permet de constater diverses lésions, telles que les granulations, les polypes, les fissures, les abcès glandulaires, etc.
Cet examen est de la plus haute importance; si la blennorragie chronique se montre si souvent encore rebelle aux divers traitements, c’est qu’en réalité ces traitements sont faits à l’aveuglette, sans que l’on ait cherché à se rendre compte des divers foyers de localisation de l’infection blennorragique. Lorsqu’après avoir essayé successivement les grands lavages, les instillations, les dilatations avec les béniqués, le praticien constate que le résultat est nul, il accuse l’impuissance du traitement, alors qu’il devrait incriminer l’imperfection du diagnostic! L’urétroscopie renseigne sur les lésions loca-
BLENNORRAGIE
Usées, sur leur situation exacte, leur forme. L’instrument le plus pratique est celui de Valentine (de New-York); l’éclairage de l'urètre y est réalisé par une petite ampoule électrique montée sur une longue tige.
L’examen avec cet instrument permet aisément de voir la région prostatique avec de petites granulations saignantes, le verumontanum sur les parois latérales duquel les canaux éjaculateurs peuvent apparaître remplis de pus; les parties infiltrées de la région périnéale; les kystes de la région pénienne, les glandes de Littré remplies de pus, etc. Il est aisé de comprendre que les lavages et les instillations ne peuvent rien contre ces diverses lésions localisées.
Ces considérations préliminaires étaient nécessaires pour montrer que le traitement de la blennorragie chronique n’a pas une formule unique, qu’il est complexe et doit répondre à des indications multiples. Le choix des moyens thérapeutiques est subordonné à un diagnostic précis.
Il importe de ne pas perdre de vue, lorsque l’on est appelé pour la première fois à traiter un malade atteint d'urétrite chronique, que l’on ne doit pas s’acharner à tarir un écoulement qui n’est nullement en rapport avec l’intensité et la gravité des lésions de l’urètre qui le déterminent.
Il existe des urétrites chroniques profondes très graves, conduisant inévitablement au rétrécissement, qui ne déterminent aucun écoulement; inversement on constate journellement des suintements urétraux rebelles, provenant de canaux ne présentant aucune tendance à se rétrécir. Il faut donc se garder des traitements pouvant déterminer, par action caustique ou traumatisante, des lésions urétrales suivies de cicatrices, alors qu’il n'existait aucune lésion profonde antérieurement au traitement. Souvent d’ailleurs un écoulement ne se tarit ou diminue que longtemps après la lin du traitement le mieux conduit. En procédant avec prudence et méthode, on peul modifier un urètre qui peut-être restera suintant, mais n’en sera pas moins cependant en bon état.
A. — Urétrite relativement récente; superficielle, c’est-à-dire n intéressant que l’épithélium, la surface interne des lacunes et les orifices glandulaires. Localisée à l’urètre antérieur ou à la totalité de l’urètre. Il existe une goutte le matin, contenant des gonocoques, et l’urine est trouble.
Les lavages constituent dans ce cas le moyen à employer en premier lieu; ils doivent porter sur la totalité de l'urètre, même dans le cas où l’infection semble limitée à l’urètre antérieur.
Les lavages se font habituellement avec des solutions de permanganate de potasse à 1 pour 4000 d’abord, puis à 1 pour 2000 ou même à 1 pour 1000, au bout de quelques jours, tant que les gonocoques existent dans la goutte et les filaments. On utilise aussi les solutions de protargol à 1 pour 1000.
Quand les gonocoques ont disparu, mais que les microbes d’infection secondaire persistent, on remplace le permanganate de potasse par le protargol (si celui-ci n’a pas été employé dès le début) ou par le sublimé (à 1 pour 20 000 ou 10 000), par le chlorure de zinc (à 1 pour 1000), etc. Ces infections secondaires sont plus tenaces, d’abord en raison de la vitalité plus grande des germes qui les déterminent, ensuite parce qu’elles sont indéfiniment renouvelables, les germes de l’extérieur pouvant sans cesse envahir un urètre qui a perdu toute résistance en raison des modifications anatomiques qu’il a subies. Les
MALADIES INFECTIEUSES
malades qui ont infecté leurs femmes reprennent facilement chez elles les infections qu'ils leur ont communiquées. Après l’échec des lavages avec les solutions antiseptiques précédemment indiquées, les malades continueront les lavages purement et simplement avec l’eau boriquée.
D’autre part, la persistance de l’écoulement avec gonocoques, malgré les lavages, doit conduire à rechercher et à traiter les foyers para-urétraux qui ont échappé à leur action. Il faut donc, suivant les cas, ouvrir les diverticules du méat, les abcès de la fosse naviculaire et surtout masser la prostate où se localise le plus souvent l’infection. Le massage doit être précédé d’un lavage. Lorsque les fdaments expulsés après le massage prostatique contiennent des gonocoques, il est indiqué d’employer la méthode des instillations permettant de porter les topiques au contact de l’urètre postérieur. On emploie le nitrate d’argent en solution à 1 pour 50 ou 1 pour 50, dont on instille de 15 à 20 gouttes ou le protargol en solution de 1 à 5 pour 50, dont on instille 40 à 60 gouttes. Le malade doit rester le plus longtemps possible sans uriner, après l’instillation. 11 est bon d’avertir le malade que l’écoulement, après l’instillation, deviendra plus abondant et plus purulent. Les instillations doivent être répétées tous les trois ou quatre jours. Souvent cinq à six sont nécessaires, parfois davantage. Pour faire les instillations on utilise la seringue du professeur Guyon et un explorateur de 12 millimètres à boule olivaire. La seringue étant remplie, on en introduit le bec dans l’explorateur et l’on amorce l’instrument en tournant le piston jusqu’à ce que les gouttes sortent par l’orifice de l’olive (chaque demi-tour de piston fait sortir une goutte de liquide).
Ceci fait et les mains ayant été préalablement nettoyées, on lave le pourtour du méat, le gland et le prépuce avec du coton hydrophile imprégné de liqueur de Van Swieten. Puis on irrigue l’urètre antérieur avec une solution boriquée chaude. On introduit alors l'explorateur armé de la seringue et amorcé. Une sensation d’obstacle facilement perçue annonce l’arrivée de l’olive dans le culde-sac bulbaire. On commande au malade de relâcher son canal, comme s’il voulait uriner, et l’on fait pénétrer l’explorateur de 5 centimètres plus avant, c’est-à-dire en pleine région prostatique. On fait alors tourner le piston, en ayant soin de retirer un peu l’explorateur d’arrière en avant, après avoir instillé 5 gouttes au même point. Si le suintement persiste après 10 à 12 instillations, il faut renoncer à ce procédé de traitement, au moins provisoirement.
On emploie depuis quelques années les pommades et les suppositoires urétraux. Les pommades peuvent être portées au niveau du point malade à l’aide de divers porte-topiques, notamment celui de Dittel ou la seringue de Tommasoli; ou bien elles sont appliquées à la surface de sondes, d’après les procédés préconisés par Unna et Casper. La lanoline est le corps gras que l’on prescrit de préférence et le nitrate d’argent, le topique habituellement incorporé à ce corps :
Nitrate J’argent 1 gramme.
Lanoline 95 grammes.
Huile d’olive 5 —
(Tommasoli.)
BLENNORRAGIE
Finger utilise une pommade iodurée :
j grammes.
1 gramme, '.là grammes, à —
Iodure de potassium Iode métalloïdique .
Lanoline
Huile d’olive . . .
Les suppositoires urétraux ou bougies sont formés de glycérine solidifiée ou d'un mélange de glycérine et de gélatine auquel on incorpore de l’ichtyol, du tanin, de l’alun, de Fiodoforme. Ces bougies ont une longueur de 10 centimètres environ, c’est-à-dire une longueur égale à celle de l’urètre. Elles soûl conservées dans des tubes préalablement stérilisés. On les applique pendant la nuit; les mains ayant été préalablement nettoyées, on introduit doucement la bougie dans le canal, jusqu’à ce qu’elle ait pénétré à peu près complètement. On garnit alors le gland d’un morceau de gaze aseptique que l’on maintient au moyen d’un condom en caoutchouc. Il est important de savoir que souvent ces bougies sont mal tolérées et provoquent une recrudescence inflammatoire.
On peut encore faire des pansements a demeure avec des solutions antiseptiques. Ainsi M. Motz conseille de remplir l’urètre avec 4 ou 5 centimètres cubes de la solution suivante que l’on fera garder 2 à 5 heures :
Eau oxygénée 5 c. c.
Eau distillée !)ô c. c.
Pour en assurer le séjour dans l'urètre, on comprime la fosse naviculaire avec deux doigts de la main gauche, on passe autour du gland une épaisse bande de coton hydrophile et on serre fortement avec un (il de coton.
B. — Blennorragie ancienne sans gonocoques; profonde, caractérisée par des infiltrations embryonnaires ou en voie de transformation scléreuse.
Lorsque la bougie exploratrice a révélé l’existence d’infiltrats, première ! étape des transformations (pii, de l’urétrite, conduisent au rétrécissement, les | instillations, utiles seulement contre les lésions superficielles, ne suffisent plus ;
| il faut leur associer la dilatation. Celle-ci supprime la stagnation de l’urine,
I exerce une action résolutive, parle massage, sur les foyers d’infiltration cellulaire de formation récente et distend les infiltrats durs, en voie de sclérose. Elle contribue ainsi indirectement à supprimer le foyer d’infection que les 1 lésions entretenaient. La dilatation peut se faire avec des bougies de gomme ■ coniques olivaires, des béniqués ou des instruments dilatateurs spéciaux (dilatateur d’Uberlander et Kolbnann) ; on ne peut guère introduire de plus gros béniqués (pie celui portant le numéro 55, par exemple, en raison de l’étroitesse du méat, ni de moins gros que le numéro 52 qui correspond au 16 des bougies en gomme (celle-ci étant graduées par 1/5 de millimètre et les béniqués par 1/6); au-dessous du 52 les béniqués sont trop malléables. Avec les dilata- | teurs on peut porter beaucoup plus loin les limites de la dilatation, l'instrument étant introduit fermé dans l’urètre et respectant par suite le méat. On a i pu ainsi obtenir des dilatations excessives, jusqu’à un niveau maximum qui correspondrait au 90 béniqué; mais Legueu, qui a obtenu de bons résultats
MALADIES INFECTIEUSES
de cette méthode, conseille de ne pas dépasser le numéro 75 comme dilatation inaxima.
Les séances doivent être espacées de 3 en 5 jours avec les béniqués ou de 10 en 10 jours quand on fait usage des dilatateurs spéciaux.
Avant d’introduire l'instrument, quel qu’il soit, il faut faire un lavage de l’urètre et introduire dans la vessie, de l’eau boriquée qui sera expulsée par miction après la séance de dilatation.
Les résultats sont d’autant plus appréciables que les lésions sont plus récentes et encore embryonnaires.
On peut combiner le traitement par la dilatation avec le traitement par les pommades en enduisant les sondes dilatatrices avec la pommade suivante
(Janet)
Lanoline
gr. 50
Glycérine
gr. 50
Nitrate d’argent
25 à 50 centigrammes.
ou :
Protargol
cent, à 2 gr. 50
ou :
Ai roi
gr. 50
Ou bien encore avec les lavaqes au moyen de solution de nitrite d’argent au 1000e.
Signalons en terminant le traitement des lésions localisées dont I importance apparaît comme de plus en plus grande. Grâce à l’endoscope on peut extirper les saillies polypeuses, cautériser les fissures, les granulations, le vérumontanum hypertrophié, toucher au galvanocautère les lacunes de Morgagni et les glandes de Littré enflammées.
Le traitement général ne doit pas être négligé. Il faut recommander aux malades Y hydrothérapie, le fer, Y arsenic, le séjour à la campagne ou au bord de la mer. On constate parfois, à la suite de ce traitement, la guérison définitive d'un écoulement qui jusque-là avait été rebelle.
Ainsi qu'il a été dit précédemment, le mariage ne peut être autorisé qu" après disparition plusieurs fois constatée des gonocoques dans les sécrétions urétrale et prostatique et si les fdaments sont purement muqueux ou épithéliaux.
La persistance d’une goutte aseptique n'est pas un obstacle au mariage.
E. — Traitement des principales complications de la blennorragie
chez l’homme.