IV. — Rhumatisme blennorragique
S’il était encore besoin de justifier la démarcation établie entre le rhumatisme blennorragique et le rhumatisme articulaire aigu, on trouverait les éléments de cette justification dans les résultats donnés par le traitement interne.
En effet, les médicaments que l’on administre avec succès dans le rhumatisme articulaire aigu n’ont aucune influence dans le rhumatisme blennorragique; ni le salicylate de soude, ni le salophène, ni l’antipyrine ne donnent de résultats ; Yiodure de potassium, que l’on a conseillé d’employer à la période de déclin, n'a quelque efficacité que dans les formes avec périostite et gonflement des os.
La blennorragie étant considérée autrefois comme de nature syphilitique, le traitement mercuriel lui était appliqué ; c’est ainsi que Rayer traitait ses malades avec des pilules de Sédillot. Il va sans dire que ce traitement ne saurait être conseillé, bien que Morel-Lavallée ait vu deux cas de rhumatisme blennorragique guérir sous l’influence du traitement hydrargyrique (0 gr. 10 de protoiodure par jour, pendant six semaines) ; l’un de ses malades présentait la forme de polyarthrite déformante progressive pseudo-noueuse, et, fait remarquable, l'atrophie musculaire concomitante disparut également. Ces deux observations ne peuvent être considérées comme très probantes, car les deux malades étaient syphilitiques.
Le traitement local est le traitement par excellence du rhumatisme blennorragique.
Tout d’abord il faut instituer le traitement de l’urétrite, pour tarir l'infection dans sa source.
Nous ne pouvons que renvoyer à ce qui a été dit plus haut relativement au traitement de cette urétrite.
Le traitement médical exclusif est applicable à la plupart des cas de rhumatisme blennorragique, l’intervention chirurgicale n’étant légitime que dans l’arthrite purulente, qui est rare, et dans l’arthrite aiguë séreuse qui est également rare.
La forme arthralgique est justiciable des applications locales de salicylate de méthyle dont on fait tomber 30 à 40 gouttes sur l’articulation douloureuse : on fait ensuite une application ouatée.
Le repos, la compression ouatée viennent à bout de l’hydarthrose.
Les bains lérébentliinés préconisés par M. Balzer sont applicables dans les formes arthralgiques et à la période de déclin des formes polyarticulaires, simulant le rhumatisme articulaire aigu. Les bains térébenthinés s’emploient soit en bains généraux, soit en bains locaux, chacune de ces formes ayant ses indications propres.
Les bains généraux sont indiqués dans certains cas de polyarthrite où les articulations sont très (listantes les unes des autres, et lorsque la position de
MALADIES INFECTIEUSES
la jointure malade est incompatible avec un bain local, comme par exemple I épaule, la hanche, l’articulation sterno-claviculaire.
Le mélange térébenthiné employé par M. Balzer est le suivant:
Émulsion aqueuse de savon noir 100 grammes.
Essence de térébenthine J 00 —
Agiter le mélange au moment de préparer le bain.
On emploie pour les bains généraux des doses variables du mélange térébenthiné, généralement de 150 à 500 et même 800 grammes, suivant la susceptibilité du malade, car ces bains produisent sur la peau une cuisson marquée. La dose moyenne est de 400 grammes. Le bain doit être prescrit aussi chaud que possible : on peut aller jusqu’à 40 et 42 degrés ; la durée habituelle du bain est de dix à vingt minutes. Pour éviter la cuisson qui est surtout marquée au niveau de certains points du corps comme le scrotum, on peut recommander au malade de faire des applications de vaseline sur les parties sensibles.
Les bains locaux s’emploient surtout dans les rhumatismes blennorragiques des membres, quand les parties malades sont rapprochées les unes des autres et quand la situation de l’articulation s’y prête, par exemple le genou, le coude.
Ils sont préférables aux bains généraux parce que leur température peut être plus élevée (jusqu’à 50°). On met habituellement 50 à 100 grammes du mélange térébenthiné dans un bain local.
Ces bains, nous l’avons dit, ne peuvent être commencés qu’après la disparition des phénomènes aigus et de la lièvre.
A la période aiguë, qu'une ou plusieurs articulations soient atteintes, il faut immobiliser le membre dans une bonne position ; on pratiquera des applications de pommades ou de liniments calmants et résolutifs, suivies d’un enveloppement dans un bandage ouaté ; après quoi on placera le membre dans une gouttière, ou bien l’on appliquera un appareil plâtré inamovible.
Lucas-Championnière fait recouvrir l’articulation d’une couche épaisse
d onguent napolitain ; d’autres appliquent des bandelettes d’emplàtre de Yigo imbriquées. Puel recommande les applications de compresses imbibées du mélange suivant :
Acide salicylique ‘20 grammes.
Alcool absolu 100
Huile de ricin 200 —
La pommade suivante, proposée par Bourget, a donné de bons résultats à M. Balzer :
Acide salicylique. . . .
Lanoline
Essence de térébenthine A songe
10 grammes.
BLENNORRAGIE
On peut encore employer les badigeonnages de pommade de gaïacol à 5 pour 50.
Une fois la période aiguë passée, on commence les bains térébenthines ; on fait des applications de pointes de feu sur l’article et surtout on masse les tissus périarticulaires et les muscles menacés d’atrophie; l’emploi de ['électricité (courants continus) est indiqué en cas d’atrophie.
Ce qu’on doit chercher avant tout à éviter, c’est l’ankylose; aussi, dès que les phénomènes inflammatoires se sont modérés, faut-il procéder à la mobilisation de l’article. Il est impossible de déterminer a priori le moment précis où l’on pourra imprimer des mouvements; c’est la disparition de la douleur qui sera le meilleur guide à cet égard; on interviendra « lorsque la mobilisation pourra s’effectuer sans autre douleur (pie celle qui est due à l’extension des parties rétractées » (Le Fort).
Les douches sulfureuses compléteront le traitement et le malade sera envoyé à l’une des stations suivantes : Aix-les-Bains, Ludion. Cauterets, Bnrèges, etc.
L'arthrite aiguë séreuse grave qui se traduit par des douleurs très intenses, spontanées et provoquées, par un gonflement parfois énorme, dû tantôt à l’épanchement, tantôt à l’œdème périarticulaire, par la rougeur de la peau, enfin par un mauvais état général, cette arthrite est justiciable de {'arthrotomie précoce (Parizeau, Thèse de Paris, 1890). Jalaguier, Thiéry, 'filiaux , Walther, Delbet, Tédenat et Lasalle, Hartmann ont pratiqué cetlc intervention. C’est surtout la forme à grand épanchement qui en est justiciable, car c’est dans cette forme surtout qu’on trouve la synoviale le plus profondément envahie.
Le lendemain, parfois le jour même de l’intervention, la température tombe, les douleurs diminuent et bientôt l’état général s’améliore. Vers le 15e ou 20e jour en moyenne, on peut commencer à mobiliser l’articulation. L’arthrotomie, dans ces formes graves, permet d’éviter l’ankylose, qui, dans les cas traités uniquement par l’immobilisation, est une conséquence inéluctable.
Dans les arthrites suppurées, la nécessité de l’intervention précoce s’impose; le pronostic est moins grave si l’arthrite est purement gonococcique.
Il est une variété de rhumatisme blennorragique qui se présente fréquemment à l’observation et qui fait le désespoir des malades par sa ténacité, par les souffrances qu’elle occasionne, par les entraves qu’elle apporte à l’exercice de beaucoup de professions : c’est la douleur du talon, attribuée communément à l'inflammation des bourses séreuses sous-calcanéennes, mais qui paraît devoir être attribuée bien plutôt à l’hyperostose du calcanéum (calcanéite ossifiante à maximum aux insertions ostéo-libreuses).
La talalgie s’observe surtout chez les personnes à professions pénibles et exigeant la station debout prolongée, telles que forgerons, boulangers, cuisiniers, garçons de restaurant ou de magasin. On peut arriver, sinon à faire disparaître l’hyperostose calcanéenne, du moins à supprimer les douleurs qu’elle provoque (Jacquet, Soc. mcd. des hôpitaux , 5 mars 1897).
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Il Faut tout d’abord imposer un repos prolongé au Ut et pratiquer avec persévérance le massage local consistant en la malaxation méthodique de la région achillo-calcanéenne et plantaire.
On peut encore utiliser les bains d’air chaud préconisés par Louis Rénon et Latron (Soc. de thérapeutique, "25 juillet 1900). La jambe, enveloppée complètement de toile ou de Flanelle, est placée dans un appareil spécial, chauffé au gaz; on porte la température jusqu’à 150 degrés et l’on maintient le membre pendant 20 minutes à cette température; une sudation énergique se produit alors.
Le traitement sera complété par les applications Fréquemment répétées de pointes de feu sur la colonne vertébrale, par 1‘ hydrothérapie chaude, si l’excitation du système nerveux prédomine; Froide, au contraire, en cas de dépression.
Contre la myalgie blennorragique, d’ailleurs très rare, Braquehaye et Servel recommandent comme donnant les meilleurs résultats les enveloppements humides avec des compresses recouvertes de mackintosch et d’ouate ainsi que les badigeonnages avec le mélange suivant :
Gaïacol
Huile d’amandes douces
ies égales.
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