‹ Traité élémentaire de clinique thérapeutiqueChapitre 21 sur 274 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

D’autre part, les alcalins paraissent exercer une action incontestable sur la sécrétion biliaire (Lewascheff) ; ils déterminent l’accroissement de cette sécrétion ; la bile devient plus aqueuse, contient proportionnellement moins de parties solides. Ces propriétés cholalogues ont été, il est vrai, contestées par Prévost et Binet, mais il semble bien qu’on doive attribuer aux alcalins une action cholalogue ; comment expliquer l’action des eaux alcalines comme l’eau de Vichy, qui déterminent souvent des crises do coliques hépatiques, si ce n’est en mettant la migration des calculs sur le compte d'un flux biliaire plus abondant ?

Quant à l’action générale du bicarbonate de soude sur les phénomènes de la nutrition dans l’intimité des tissus, elle est évidente, mais ne peut être qu’indiquée ici.

Le bicarbonate de soude peut être utilisé chez les hypopeptiques et les hyperchlorhydriques ; les règles de son administration et les doses varient suivant qu’on est appelé à traiter l’un ou l’autre de ces états morbides, c’est-à-dire suivant que l’on veut utiliser l’action excitante du médicament (hypopepsie) ou son action chimique neutralisante (hyperchlorhydrie).

Le bicarbonate de soude est certainement fort utile chez les hypopeptiques, mais la condition essentielle de son action est que la muqueuse soit encore excitable; si les altérations glandulaires sont trop prononcées, on n’obtiendra évidemment aucun effet. Quelle dose doit-on employer pour déterminer l’excitation de la sécrétion, c’est-à-dire pour qu’après l’alcalinisation le contenu gastrique acquière une acidité supérieure à son acidité habituelle? Une dose trop forte aurait un résultat opposé à celui que l'on cherche, une dose trop faible ne produirait qu’une excitation insuffisante; c’est donc une dose moyenne qu’il faut employer, mais il est difficile de préciser ce qu’on doit entendre par dose moyenne. Ainsi que le fait remarquer Linossier, il n’existe pas de doses fortes, moyennes ou faibles d’une façon absolue; elles ne le sont que relativement à un état gastrique déterminé. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on doit réduire d’autant plus les doses du médicament (pie l’hypopcpsie esl plus accentuée, car la sensibilité à l’action du bicarbonate de soude est en raison inverse de la capacité sécrétoire.

Ainsi dans le cas d’hypopepsie intense, on ne prescrira que 0 gr. 50 de bicarbonate de soude ; si l’hypopepsie est modérée, on peut élever les doses et prescrire 1 à 2 ou 5 grammes, mais il faudra toujours procéder en tâtonnant. C’est dans ces cas où le bicarbonate est utile à petites doses, que les eaux bicarbonatées sont indiquées. On les fait prendre à jeun à raison d’un grand verre le matin, et d’un autre le soir, avant le dîner. Les sources froides, moins altérables que les sources chaudes, doivent être préférées à ces dernières; d’ailleurs on pourra les faire tiédir au bain-marie.

Le traitement alcalin ne doit pas être prolongé au delà de trois semaines à un mois. Après un repos d’une égale durée au moins, il pourra être repris en cas de besoin.

Chez les hypopeptiques le médicament doit être prescrit avant le repas pour que les aliments ne pénètrent dans l’estomac qu’au moment de l’excitation

MALADIES DE L’ESTOMAC

sécrétoire, et 1 ingestion doit être d’autant plus éloignée du repas que la dose du médicament est plus forte; un quart d’heure d’intervalle est suffisant pour une dose de plusieurs grammes.

Tout autre doit être le mode d’administration du bicarbonate de soude chez les hyperchlorhydriques.

Ce qu’on cherche à obtenir chez ces malades, c’est la suppression des phénomènes douloureux dus au contact avec la muqueuse d’un suc gastrique trop acide, c’est en un mot, l’action chimique neutralisante; par conséquent le médicament doit être pris au cours de la digestion. On est parfois obligé d’administrer à chaque repas une forte dose de bicarbonate de soude (10 à 15 grammes) pour calmer les souffrances du malade, car il faut 2 gr. 50 de bicarbonate de soude pour saturer 1 gramme d’HCl, mais il ne faut pas perdre de vue qu’une dose massive ingérée d’un seul coup peut déterminer une excitation vive de la sécrétion, après avoir neutralisé d’abord l’acide en excès, c’està-dire exagérer les troubles morbides; il est donc important, tout en donnant des doses assez élevées de bicarbonate de soude, de fractionner ces doses, et de les faire prendre à intervalles suffisamment espacés pour prévenir l'action excitante. Chaque dose sera de 1 à 2 grammes suivant les cas et donnée à une demi-heure ou une heure d’intervalle de la dose précédente, la première dose étant prise en général immédiatement après le repas; il est d’ailleurs plus facile de prévenir la douleur que de la calmer quand elle s’est produite.

On prescrit le bicarbonate de soude chez les hyperchlorhydriques soit seul, soit associé à d’autres alcalins, à la magnésie calcinée, à la craie préparée ou bien au sous-nitrate de bismuth.

Le bicarbonate de soude, donné à hautes doses, présente ( inconvénient de produire un dégagement notable d’acide carbonique qui détermine un ballonnement pénible; on l’a accusé aussi de provoquer des accidents de cystite du col. particulièrement chez les sujets ayant une tare vésicale (Mathieu), mais ces accidents sont exceptionnels et cessent d’ailleurs immédiatement dès que l'on interrompt l’administration du médicament. En somme, le bicarbonate de soude à hautes doses est fort bien supporté par l’organisme, et G. Sée. MM. Durand-Fardel et Bouchard ont fait justice de la prétendue cachexie alcaline décrite autrefois; mais on ne doit cependant pas continuer pendant longtemps le bicarbonate de soude, car si l’on n’a pas à redouter une influence néfaste sur la nutrition, il faut craindre par contre les effets de l’action éloignée du médicament, c’est-à-dire l’excitation stomacale ; l’existence de cette excitation est bien mise en évidence par ce fait que chez beaucoup d’hyperchlorhydriques les douleurs ne sont plus calmées par les doses qui étaient primitivement suffisantes et que l’on est conduit à les augmenter peu à peu.

Le bicarbonate de soude ne guérit donc pas l’hyperchlorhydrie, il peut même l’exagérer si Ton en prolonge l’emploi; ce n’est qu’un moyen palliatif précieux, auquel on ne doit s’adresser que pour obtenir une action neutralisante immédiate. Les médecins qui, sur la foi de lectures hâtives, croient que tout le traitement de l’hyperchlorhydric consiste dans l’administration du

DYSPEPSIES CHIMIQUES

bicarbonate de soude à doses massives, commettent une erreur des plus préjudiciables à leurs malades. On ne guérit un hypercblorhydrique qu’on s’adressant à la cause même du trouble sécrétoire, c’est-à-dire en essayant tic combattre les troubles nerveux, en supprimant les écarts de régime qui lui ont donné naissance. D’autre part, pour combattre la douleur, nous avons un moyen précieux, le sous-nitrate de bismuth à hautes doses, dont l’action est constante et qui est exempt des inconvénients du bicarbonate de soude administré à doses fortes et prolongées: pour agir sur la sécrétion glandulaire et sur la motricité de l’estomac, nous possédons dans le sulfate de soude un médicament de premier ordre.

Le bicarbonate de potasse n’est guère usité qu’en Angleterre: en ce pays on prescrit aussi la liqueur de potasse, solution alcaline très énergique qui s’emploie à la dose de quelques gouttes.

M. Albert Robin prescrit les sels de potasse à petites doses pour l'hypopepsie :

Azotate de potasse )

Sulfate de potasse \ 11,1

Poudre d’ipéca

Bicarbonate de soude • ... .

pour 1 paquet. 1 avant chaque repas.

La magnésie s’emploie rarement isolée, mais s’associe fréquemment soit au bicarbonate de sonde, soit à la craie, au phosphate triealcique, au sonsnitrate de bismuth, etc.

Sous le nom de magnésie, on désigne deux composés magnésiens : I’oxvde de magnésium ou magnésie calcinée, décarbonatée, et le carbonate ou hydrocarbonate de magnésie, c’est-à-dire la magnésie blanche.

La première est très peu soluble; elle purge à la dose de 7 à <X grammes, c’est elle que l’on emploie habituellement comme antiacide; quant à la magnésie blanche, elle est deux fois plus insoluble que la précédente, dont elle se distingue encore par ce fait qu’elle produit un dégagement d’acide carbonique. La magnésie se prescrit dans de l’eau ou dans du lait sucré, qu’on peut aromatiser avec de l’eau de fleurs d’oranger; les doses à employer varient entre 2 à 5 grammes pro die.

Dans I estomac, les deux composés magnésiens se transforment en chlorure et en lactate de magnésium. D’après Boas, c’est la magnésie qui saturerait le mieux l’acide chlorhydrique; elle serait donc préférable à cet égard au bicarbonate de sonde, mais comme on ne doit pas seulement rechercher cette action neutralisante, mais bien l'influence générale exercée par les alcalim sur le processus digestif, le bicarbonate de soude doit nécessairement être conservé dans le traitement des hyperpepsies.

Associée à la craie préparée, à la dose de 2 à 4 grammes par jour, la magnésie est utile chez les hyperpeptiques, chez qui elle atténue la flatulence, les sensations douloureuses.

Le carbonate de chaux précipite’ (craie préparée) peut être prescrit isolé-

0 gr. 05

0 gr. 01 Il gr. 50

MALADIES DE L’ESTOMAC

nient ou associé an bicarbonate de sonde, à la magnésie, an sous-nitrate de bismuth. Ce sel a l'avantage de saturer les acides et par suite de calmer les douleurs, tout en étant dépourvu de l'action excito-sécrétoire du bicarbonate de soude.

Le phosphate ammoniaco-magnésien n’a guère été utilisé jusqu’à maintenant. D’après M. Hayem, ce sel produit à faible dose de l’irritation stomacale, et à dose plus élevée (d’au moins 5 grammes par jour), des résultats comparables à ceux des fortes doses de bicarbonate de soude.

Quant aux sels alcalins à acides organiques, ils n’ont pas été jusqu’ici l’objet de recherches suivies; le professeur G. Sée s’est servi de citrate de soude, en remplacement du bicarbonate de soude, et il en a obtenu de bons résultats; le citrate n’a pas l’inconvénient de dégager d’acide carbonique.

Les lactates ont été préconisés par Pétrequin qui les a prescrits en pastilles de 1 gramme, faites avec du saccharure de lactate de soude et de lactate de magnésie. M. Hayem n’a pas obtenu de résultats bien nets avec les lactates.

L’action des sels alcalins, à acides organiques, n’est encore connue qu’insuffisamruent. Ils se transforment dans l’organisme, en donnant lieu à la production de carbonates et pourraient alcaliniser le milieu intérieur, sans alcaliniser l’estomac (?).

Les sels de strontium et de calcium, étudiés jusqu’à ce jour seulement au point de vue chimique, ont été utilisés dans la thérapeutique des dyspepsies par le professeur G. Sée. Après avoir essayé d’abord le lactate de strontium qui est fort bien toléré, Sée fil usage du bromure de strontium qui est soluble en toutes proportions dans l’eau et qui est également bien supporté par l’estomac. La dose quotidienne est au minimum de 2 grammes et au maximum de 4 grammes en solution dans l’eau, à prendre en trois fois dans les vingtquatre heures, aux repas. Sée a surtout employé le bromure de strontium chez les hyperchlorhydriques avec ou sans dilatation de l’estomac ; il a obtenu de rapides améliorations. L’un des résultats les plus saillants est la disparition des gaz chez les flatulents. Sée a donné ensuite la préférence aux préparations de calcium sur celles de strontium; il utilisait le bromure et le chlorure qu’il prescrivait souvent ainsi :

r>oo —

Bromure de calcium Chlorure de calcium Eau distillée . . .

Trois cuillerées à dessert par jour, aux repas.

L’action de ces sels n’a pas encore été contrôlée par l’analyse du suc gastrique, mais il est certain qu'ils exercent une influence assez marquée sur les phénomènes douloureux qui sont liés à l’hyperpepsie. Le chlorure de calcium favorise d’ailleurs la digestion du lait, ainsi que nous l’avons vu précédemment.

L'eau de chaux n’a qu’un pouvoir alcalinisant très faible, car il en faut

DYSPEPSIES CHIMIQUES

Iô7

J litre environ pour saturer I gramme d’IICl; cependant, à doses faibles ( 100 à *200 grammes par jour) et mélangée au lait, elle donne d’excellents résultats dans l’hyperchlorhydrie et l’ ulcère simple : peut-être agit-elle surtout en favorisant le processus de coagulation du lait?

Tels sont les principaux agents de la médication alcaline. Ces agents, pour la plupart, modilient la sécrétion glandulaire; ils ne jouent pas seulement un rôle chimique de neutralisation des acides en excès, ils agissent encore sur la nutrition générale; ils sont donc doublement indiqués lorsque derrière la dyspepsie est un état constitutionnel défini (arthritisme).

A côté des alcalins, il faut placer les poudres inertes, dont le sou s-nitrate (le bismuth est le type et (pii rendent de grands services, soit pour absorber les gaz de fermentation, soit pour réaliser un véritable pansement de la muqueuse ulcérée. Jusqu’ici le sous-nitrate de bismuth n’était employé qu'à petites doses, associé aux alcalins, au charbon de Belloc, à titre d’absorbant. Aujourd’hui, à l’exemple de Fleiner, on l’emploie, avec grand succès, à fortes doses (10 à 20 grammes) absorbées en une seule fois, dans les cas d'ulcère cl même d’hyperchlorhydrie sans ulcère. Le bismuth constitue le meilleur sédatif des douleurs dans ces cas; il réalise un véritable « pansement » de la muqueuse ulcérée ou congestionnée. Nous reviendrons ultérieurement sur son emploi.

L introduction des acides en thérapeutique remonte à une époque éloignée, puisqu’au xvne, au xvme siècles, Sylvius, Haller, de llaen, Sydenham, etc., prescrivaient déjà soit l’acide nitrique, soit l’acide sulfurique. Jusqu’à nos jours, on n’a guère employé que les acides minéraux et l’acide chlorhydrique exclusivement depuis Trousseau ; récemment, on a tenté de réhabiliter l'acide nitrique et l’acide sulfurique.

Parmi les acides organiques, l’acide citrique, mais surtout l acide lactique, ont été utilisés; ce dernier a pris en thérapeutique une très grande importance depuis les travaux de M. Hayem.

L’action générale des acides, aux doses auxquelles on les emploie, paraît à peu près nulle. Quant à l’action sur le processus disgestif. elle a été diversement interprétée. Jusqu’à notre époque, Trousseau et les praticiens à sa suite s’en étaient servis empiriquement. Les plus importantes recherches faites à leur sujet sont dues à Jaworski, qui introduisait dans l'estomac de divers malades des solutions diluées de différents acides. La conclusion de ces recherches n’est pas très nette; Jaworski croit que les acides diminuent la sécrétion de l’acide chlorhydrique, mais qu’ils déterminent l’hypersécrétion de la pepsine (?).

L’acide chlorhydrique étant considéré comme sécrété à l'état de liberté par la muqueuse, on avait conclu qu’il est logique de prescrire cet acide dans les cas où l’acide du suc gastrique parait exister en quantité insuffisante; ce point de départ serait inexact, si l’on admet avec MM. Ilayem et Winter que l’acide libre du suc gastrique ne représente qu’un excès d'acide libéré à un moment donné.

Yoici ce qu’apprennent les recherches de MM. Gilbert et Hayem, les pre-

mièrcs faites sur des chiens porteurs de fistules gastriques, les secondes sur différents dyspeptiques.

M. Gilbert a trouvé, après introduction dans l’estomac de 200 centigrammes d’une solution d’HCl à 8 grammes par litre et de 200 grammes de viande, qu’il y avait excitation du processus stomacal, se poursuivant jusqu'au bout de la première heure. T, C, A sont augmentés. L’augmentation de A n’est pas due à 11, qui reste nul comme si l'on avait employé de l’eau distillée, maisaux combinaisons acides du chlore C. L’acide disparaît au bout d’un quart d’heure ; c'est en se fixant sur les matières albuminoïdes que l’acide détermine l'élévation immédiate de C.

L’acide lactique déterminerait, au contraire, une diminution de T et de C ; l'acide ne disparaît pas rapidement comme l’HCI, mais, par contre, la sécrétion est extrêmement accrue.

D’après M. Hayem, l'usage, chez les hypopeptiques, de dilutions faibles d’acide chlorhydrique, ingérées peu de temps après le repas, a pour conséquence un relèvement du processus digestif (augmentation de la chlorurie, accroissement dans la formation des produits chloro-organiques).

L’acide libre II peut augmenter, mais le fait est beaucoup plus rare; quant à l’acidité totale, elle est sujette à variations, car, si d’une part elle est augmentée du fait de l’accroissement des combinaisons chloro-organiques, elle peut diminuer par suite de la disparition ou de la diminution des fermentations acides anormales. On ne doit pas oublier, en effet, que l'acide chlorhydrique exerce une action antiseptique énergique et que M. Bouchard l’a prescrit dans les cas de dilatation gastrique pour réaliser l’antisepsie du milieu.

M. Ilayem a fait l’essai de l’acide chlorhydrique chez les hyperpeptiques ; il a constaté une aggravation du type chimique.

Les acides ne bornent pas leur action à l’estomac; il résulte des expériences de Pawlow que la sécrétion pancréatique est mise en branle par l’arrivée d’un acide au contact de la muqueuse intestinale; les expériences d’Enriquez et Hallion confirment cette action des acides sur la sécrétion pancréatique ; de plus ces expérimentateurs ont constaté que la sécrétion biliaire est également activée par l’arrivée de l’acide dans l’intestin.

Avant de préciser les indications et le mode d’emploi des acides minéraux et organiques, disons un mot de 1 acide carbonique qui esl introduit dans 1 estomac par l’intermédiaire des eaux minérales.

Bien qu’on ne puisse définir rigoureusement son mode d'action, on sait qu’il est faiblement antifermentescible, qu’il excite les sécrétions salivaire et gastrique, qu’il augmente l’appétit. Il a d’ailleurs des inconvénients assez sérieux; il distend les estomacs atones; de plus, à la suite de son passage dans le sang, il peut entraîner des phénomènes d’ivresse carbonique, consistant en étourdissements, en vertiges.

Devenons à l’acide chlorhydrique :

Certains médecins l’ont prescrit et le prescrivent à fortes doses, tantôt dans le but de combattre les fermentations gastriques (c’est le but que poursuivait M. Bouchard, quand il le recommandait aux « dilatés »), tantôt dans le but de

DYSPEPSIES CHIMIQUES

ir.o

suppléer à l'insuffisance de la sécrétion chlorhydrique, à litre d’agent substitutif, pour remédier à fhypopepsie. Dans ces différents cas l’acide chlorhydrique a été prescrit dans les proportions de 4 pour 10(10 en moyenne, à raison d’un verre à la fin du repas. Il est à remarquer que les solutions d’acide chlorhydrique à 4 pour 1000 ont une saveur fort désagréable qui en rend l’ingestion difficile. M. Hayem prescrit une solution à 1 pour 100, dont il donne une petite dose :

Eau distillée. . . .

Acide chlorhydriqui

Une cuillerée à soupe dans un quart de verre d’eau sucrée, tiède ou non. deux ou trois fois par jour (on donne ainsi de 30 à 45 centigrammes d MCI officinal dont XXI gouttes pèsent 1 gramme).

Lorsqu’on veut prescrire l’acide chlorhydrique à fortes doses il peut être avantageux, ainsi que le recommande M. Linossier, d'associer cet acide à I albumine, c’est-à-dire sous une forme analogue à celle sous laquelle il se présente dans le suc gastrique. On peut prescrire par exemple :

Blanc d’œuf n“ 2.

Sucre 5 0 grammes.

Eau distillée q. s. pour 150 c. c.

Solution d’acide chlorhydrique ofiicinal 50 c. c.

Par d’autres médecins, l'acide chlorhydrique est donné à petites doses;

ainsi M. Mathieu prescrit *2 à 3 gouttes dans un verre d’eau, une heure et deux heures après les repas, pour exciter le fonctionnement sécréteur et moteur de I estomac; dans le même but, il associe parfois à I acide chlorhydrique quelques gouttes de teintures amères.

M. Iiuchard n utilise également que les petites doses :

200 grammes.

Eau distillée 500 grammes.

Acide chlorhydrique 0 gr. 50

À prendre un verre à madère à la (in de chaque repas; ou bien :

Eau distillée 400 grammes.

Curaçao ou sirop d’écorces d’oranges amères 100

Acide chlorhydrique 0 gr. 50

Mêmes doses.

Les indications de l’emploi de l'acide chlorhydrique, de même que sa posologie sont loin d'être précisées. On a tendance actuellement à renoncer à I emploi des fortes doses qui sont mal tolérées par l’estomac; d'ailleurs, chez les hypopeptiques, pour remplacer l’acide normal défaillant, il faudrait en donner des doses que l’estomac ne saurait supporter; d’autre part, on ne peut avoir la prétention d’empêcher les fermentations lactiques, butyriques.

MALADIES DE L’ESTOMAC

gazeuses avec des solutions concentrées d’acide chlorhydrique, puisque les fermentations peuvent se produire chez les hyperchlorhydriques où I acide libre se trouve en quantité élevée :

L’acide chlorhydrique à petites doses peut-il être utile et comment agit-il? 11 semble que les chlorotiques, les tuberculeux, chez nombre d’hypopeptiques, l’acide, administré à petites doses, relève I appétit, favorise la digestion et combat la diarrhée. Il n’agit pas par substitution ; sa présence seule paraît suffire à déterminer ces effets favorables. Telle est du moins notre opinion, partagée par MM. Mathieu, A. Robin, lluchard (Soc. de thérapeutique, décembre 1899).

L’acide chlorhydrique est d’ailleurs un médicament médiocre, qui est suppléé avantageusement, dans ce rôle d’cxcito-sécrétoire, par les alcalins à petites doses (Cl. Bernard, Arthus), bien que des expériences récentes citées plus haut lui attribuent le pouvoir d’activer la sécrétion pancréatique et même la sécrétion biliaire. Peut-il au moins exercer une action inhibitoire sur la sécrétion chlorhydrique, et, à ce titre, être employé chez les hyperchlorhydriques, bien qu’ajouter de l’acide chlorhydrique à un estomac qui en contient déjà trop, puisse sembler paradoxal? Certains médecins l’ont prescrit dans ce but et Talma, il y a quelques années, n’hésitait pas à le prescrire chez les malades atteints d "ulcère (?). En tant que médicament inhibitoire, M. Albert Robin lui préfère 1 acide sulfo-nitrique que M. Coutaret a préconisé et dont la formule est la suivante :

Acide sulfurique

Acide nitrique.

Alcool à 90°. .

Laissez en contact plusieurs jours, ajoutez :

Sirop de limon KM) grammes.

Eau I àO

Une à quatre cuillerées à soupe après les repas, diluées dans un demi-verre d’eau.

L 'acide lactique est surtout indiqué contre les troubles de la digestion intestinale, dans les diarrhées infantiles, notamment dans la diarrhée verte, dans celle des tuberculeux, ainsi que dans les maladies infectieuses à localisation intestinale : choléra, fièvre typhoïde.

Dans la plupart de ces affections, mais surtout dans les diarrhées infantiles, il produit de remarquables effets. Contre les troubles gastriques, il est moins efficace; M. Hayem lui préfère le képhir qui, chez les hypopeptiques et les apeptiques, rend des services précieux. Chez les hypopeptiques, le képhir est bien supérieur à l’acide en solution, ce qui prouve que l’action du képhir n’est pas due uniquement à l’acide lactique qu’il contient. Chez l'adulte, l’acide lactique s’emploie à la dose de 10 à 15 grammes dans une solution sucrée; chez le nourrisson à la dose moyenne de 2 grammes.

! 2 gr. 40 0 gr. 80 18 grammes.

DYSPEPSIES CHIMIQUES, lil

Acide lactique 10 grammes.

Sirop de sucre 200

Alcoolature de citron 2

Eau q. s. pour 1000 —

A prendre par demi-verres (adultes).

Les effets des différents sels sur le processus digestif ont été diversement appréciés. Tandis que pour Reichmann, Girard, etc., le chlorure de sodium diminue la sécrétion du suc gastrique et abaisse le taux de l’acidité, pour d’autres au contraire (Boas) l'usage répété de petites doses de chlorure de sodium augmenterait la sécrétion des glandes de l’estomac.

D’après M. Hayem, le chlorure de sodium est un excitant qui augmente le> troubles chimiques de lhyperpepsie; aussi est-il absolument contre-indiqué dans les cas (Lhyperpepsie; il pourrait rendre quelques services dans l'hypopepsie peu avancée.

M. Mathieu fait prendre aux dyspeptiques nervo-rnoteurs chez lesquels domine la flatulence gastro-intestinale, le matin à jeun, ou bien une demiheure avant le repas, dans un verre d’eau de Saint-Galmier, un des paquets suivants :

Sulfate de soude 1 gramme.

Chlorure de sodium 2 grammes.

Bicarbonate de soude

pour un paquet.

Le sel de Carlsbad, qui contient du bicarbonate et du sulfate de soude. 1/5 environ de chlorure de sodium, peut être, dans les mêmes conditions, administré à la dose de 5 à 6 grammes.

A ces doses, ces sels sont des excitants sécrétoires et moteurs.

Parmi les substances salines encore employées depuis peu de temps dans le traitement des dyspeptiques, et qui méritent d’être utilisées signalons le sulfate de soude et le phosphate de soude.

Le sulfate de soude, à doses fortes, c’est-à-dire aux doses de i à G grammes, exerce une action favorable dans les cas d'hypcrpepsic de différents types ; il détermine presque constamment une diminution de T et presque toujours, dans cinq cas sur six, une diminution d'il. L’acidité totale A est presque invariablement diminuée.

Les petites doses auraient, au contraire, un effet opposé et augmenteraient lhyperpepsie.

D’après M. Ilayem, le sulfate de soude peut être dangereux dans les cas d'hypopepsie ; chez les malades hypopeptiques il a souvent noté l’abus des purgatifs salins et des cures aux eaux de Carlsbad. Les effets nocifs de ces eaux, dans certains cas, avaient d’ailleurs été signalés par Jaworski.

M. Hayem prescrit le sulfate de soude chez les hyperpeptiques aux doses de 4 à G grammes. La durée du traitement ne doit pas excéder trois ou quatre semaines. Il fait prendre le sulfate de soude dans l’eau de Vichy tiédie au

MALADIES DE L’ESTOMAC

bain-marie, le matin à jeun; ce traitement amène en général, dans les premiers jours, une diarrhée, à laquelle succède la constipation. Le traitement ne doit pas être prolongé au delà de trois semaines. Actuellement, M. Ilayem emploie le sulfate de soude dans l’hyperpepsie à doses plus faibles, et associé au bicarbonate de soude ainsi qu'au chlorure de sodium, en solution dans l’eau distillée et stérilisée; il ne craint donc plus l’action des petites doses de sulfate de soude qui, d'après lui, exagéraient l’hyperpepsie. Sa formule, qui reproduit sensiblement la composition de la source Mühlbrunnen de Carlsbad, est la suivante :

Eau distillée et stérilisée Sulfate de soude . . .

Bicarbonate de soude. .

Chlorure de sodium . .

I litre.

9 gr. 50 à 5 grammes.

2 gr. 50

4 gramme.

11 fait prendre de cette solution 250 grammes par jour au début, puis fait augmenter de 50 grammes jusqu'à 500 grammes. L’eau est prise le matin à jeun en trois fois, tiédie au bain-marie; on laisse 20 minutes d’intervalle entre chaque prise. La durée de la cure est de 25 à 50 jours.

On peut encore, à l’exemple de Liebermeister, faire prendre tous les matins à jeun, par petites gorgées, en l’espace de 15 à 50 minutes, un demi-litre d'eau chaude (à 55-40°), additionnée d’une à trois cuillerées à café du mélange salin suivant ;

Sulfate de soude . .

Chlorure de sodium .

| îîïi 40 grammes.

Les cures salines produisent les plus heureux résultats chez les malades atteints d’hyperpepsie, avec hypersécrétion et ralentissement de la digestion. Sous l’intluence du traitement combiné au régime, on voit la dilatation rétrocéder peu à peu, et 1 on constate que les digestions sont plus courtes, que les sensations douloureuses disparaissent, que les fonctions intestinales se régularisent. Les solutions salines exercent à coup sûr une action puissante sur la sécrétion glandulaire qu’elles dépriment et sur la motricité de l’estomac qu’elles excitent.

Le persulfate de soucie, récemment utilisé en thérapeutique, par Garel (de Lyon), à la suite des travaux de Joseph Nicolas, paraît avoir le pouvoir de relever l’appétit, chez certains dyspeptiques, notamment chez les tuberculeux et même chez les malades atteints de cancer de l’estomac. A doses trop fortes ou prolongées trop longtemps, il provoque des sensations douloureuses. Il convient de ne pas dépasser la dose de 0 gr. 20 par jour et de ne pas l’employer au delà de six à sept jours. On prescrira donc, une demi-heure avant chaque repas, une cuillerée à soupe de la solution suivante :

2 grammes.

Persulfate de soude Eau distillée . .

DYSPEPSIES CHIMIQUES

Le persulfate de soude est très altérable et doit toujours être prescrit eu solutions, conservées dans des flacons colorés.

Le phosphate de soude peut rendre des services chez certains dyspeptiques; c'est, un excitant de la l’onction stomacale, quand il esl administré à petites doses (1 à 2 gr.), au moment des repas; il ne convient, dans ces conditions, qu’aux hypopeptiques. A fortes doses (4-6 gr.), il déterminerait, au contraire, des effets sédatifs et pourrait être utile chez les hyperchlorhydriques.

Chez ces derniers nous avons prescrit, avec avantage, la poudre composée suivante :

Phosphate neutre de soude

Bicarbonate de soude. .

Craie préparée

à la dose de trois à quatre cuillerées à café par jour.

Soupault fait prendre chaque matin, pendant dix jours par mois, un verre d’eau d’Evian additionnée par bouteille de Lun des paquets suivants :

Phosphate de soude 5 grammes.

Bicarbonate de soude i

Sulfate de soude ô —

Le chlorate de soude, préconisé parM. Brissaud dans le cancer, serait utile dans la gastrite hyperpeptique, d’après Soupault. Ce sel ne parait pas modifier le chimisme d’une façon très notable, mais il diminue la sécrétion, et ses effets se traduisent par l’atténuation des douleurs. On prescrit le chlorate de soude à la dose de 2 à 4 grammes par jour, à prendre en deux ou trois fois, dans une infusion tiède, à distance des repas.

Les amers comptent au nombre des médicaments les plus usités de la thérapeutique.

Les uns, comme la gentiane, l equassia amara, la cascarille, le colombo, le condurango , la rhubarbe, le char don-bénit, le trèfle d'eau ou ményanthe, etc., sont employés à fortes doses sous forme de vin, de teinture, macération, etc., car ils ne présentent pas de propriétés toxiques; les autres, comme la noix vomique, la strychnine, ne peuvent être maniés qu’à petites doses. On a pendant longtemps admis empiriquement (pie les amers font réapparaître 1 appétit et stimulent le fonctionnement de l’estomac: Récemment on a utilisé l’analyse du suc gastrique pour déterminer d’une façon précise leur mode d’action. Les nombreux travaux publiés par Jaworski, Reichmann, Tcheltzow, Marcone ont donné des résultats contradictoires; cependant, il résulte de l’ensemble de ces travaux que leur efficacité est plutôt douteuse et que leur emploi prolongé peut présenter des inconvénients. De toutes façons, les amers sont contre-indiqués dans l’hyperpepsic, où l'on doit chercher à modérer l’excitation du processus digestif.

Il ne faut pas cependant conclure que les amers sont toujours inutiles : la noix vomique et surtout la strychnine rendent réellement des services dans

(iO grammes.

IM

MALADIES DE L’ESTOMAC

les cas d’hypopepsie (Wagner). Pour notre part, nous avons souvent administré le sulfate de strychnine avec grand avantage chez les hypopeptiques.

D’après M. Mathieu, V ipéca à failde dose serait, comme les substances précédentes, un médicament excito-moteur, fort utile dans Phypopepsie avec atonie gastrique, flatulence (dyspepsie à prédominance nervo-motrice). On peut employer la poudre d’ipéca en nature à la dose de 2 à 5 centigrammes après chaque repas, fractionnée en deux ou trois prises qu’on administrera à des intervalles d’une demi-heure à une heure en cachets, mélangée on non a d’autres poudres (bicarbonate de soude, Colombo, etc.). On peut se servir des pastilles d’ipéca (2 à 5 après le repas, en les espaçant) ou de la teinture associée à d’autres teintures apéritivcs, par exemple :

Teinture d’ipéca )

de Colombo ;ïï< 15 grammes.

de gentiane )

XX à XXX gouttes après le repas, en deux fois ou trois, à une demi-heure ou une heure d’intervalle, dans un peu d’eau, ou :

Teinture d’ipéca ....

— de gentiane . .

de noix voinicjue

X à XV gouttes après le repas, en deux fois à une heure d’intervalle.

La noix vomique s’emploie sous forme de poudre (0 gr. 10) d'extrait (0,02-0,05), de teinture (XXV à XXX gouttes); les gouttes de Baumé (fève de Saint-Ignace) à dose de IV à X gouttes; le sulfate de strychnine à la dose de 2 à 10 milligrammes. Les autres teintures amères, non toxiques, s’emploient à doses variables (2 à 5 grammes ou davantage); la quassine amorphe se prescrit aux doses de 0 gr. 02 à 0 gr. 20 en cachets ou en pilules, et la quassine cristallisée à doses dix fois moindres (0,002-0,02).

Voici d’ailleurs quelques formules relatives à l’emploi des amers :

Page 1