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I. — Traitement général des empoisonnements

Deux circonstances peuvent se présenter : ou bien le médecin est appelé à donner ses soins immédiatement après l’absorption du poison, ou bien un certain temps s’est écoule.

Dans le premier cas on peut souvent intervenir, avec chance de succès, en favorisant la transformation du poison en produits inoffensifs, ou bien en favorisant par des moyens mécaniques son élimination, à moins qu’il ne s’agisse de poisons comme les cyanures par exemple, dont l’absorption est pour ainsi dire instantanée et dont l’action sur le sang est immédiate.

Dans le second cas, l’absorption du poison s’est déjà produite en partie ou en totalité; si l’on doit encore chercher son élimination en excitant la fonction rénale, on doit surtout combattre les troubles généraux qui résultent de cette absorption.

1° Traitement immédiat. — Le poison est absorbé le plus souvent par la voie gastrique, il faut donc l’évacuer de l’estomac; souvent la nature se charge de ce soin, et dans nombre de cas le malade guérit spontanément après avoir rejeté la presque totalité de la substance toxique absorbée. Mais, alors même que des vomissements se sont produits, il faut intervenir pour assurer l’évacuation complète de l’estomac, et l’on doit pratiquer le lavage de l’estomac.

L’efficacité du lavage est bien supérieure à celle des vomitifs, car seul il permet de débarrasser complètement l’estomac de son contenu, surtout quand

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le principe toxique adhère intimement aux parois de l'estomac (vert de Schweinfurth, phosphore des allumettes) ; c’est donc au lavage qu’il faut avoir recours immédiatement, sans s’attarder à faire prendre un vomitif.

Si on n’a pas sous la main de tube de Faucher, il peut être cependant nécessaire de provoquer le vomissement soit à l’aide de la simple titillation de la luette, soit à l’aide d’une substance émétisante; il faut éviter de donner de l’eau chaude qui pourrait favoriser la dissolution et par suite l'absorption du poison; il faut également éviter de faire ingérer de l'huile qui aurait le meme inconvénient. Le choix du vomitif n’est pas indifférent : l’ipéca et le tartre stibié sont moins recommandables que la farine de moutarde (S à 10 grammes), le sulfate de cuivre (0 gr. 20 à 0 gr. 50). On peut encore provoquer le vomissement immédiat en injectant sous la peau 1 ou 2 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine.

Le lavage de l’estomac n’est pas seulement indiqué dans les cas — ce sont les plus fréquents — où le poison a été absorbé par la bouche; on doit encore avoir recours à ce moyen dans les cas où le poison, introduit par voie hypodermique (morphine) ou injecté dans une cavité comme la plèvre, un kyste, s’élimine en partie par la muqueuse gastrique (iode, morphine). D’après Alt, le venin de la vipère s’éliminerait également par la voie stomacale.

Le lavage se pratique avec de l’eau pure, mais on doit dans certains ca • introduire par la sonde certaines substances destinées h neutraliser le poison introduit dans l’estomac, à le transformer en un composé moins soluble ou moins toxique; c’est ainsi que l’on fera parvenir dans l’estomac de Veau de chaux dans l’empoisonnement par l’acide oxalique et les oxalates, une solution de sulfate de soude (h 5 pour 100, Baumann) dans l’empoisonnement par l’acide phénique, de sulfate de cuivre ou de permanganate de potasse (à 0 gr. 20 pour 1000) dans l’empoisonnement par le phosphore, d'acétate de plomb dans l’empoisonnement par l’acide chromique, de Veau albumineuse dans l’empoisonnement par le mercure, de la magnésie calcinée ou à son défaut de Veau de savon blanc (45 grammes pour 2 litres d’eau) dans l’empoisonnement par l’eau de Javelle et les divers acides minéraux, de Veau vinaigrée dans l’empoisonnement par la soude ou la potasse, etc.

On peut encore utiliser la sonde pour combattre des vomissements incessants provoqués par l’irritation des terminaisons nerveuses de F estomac et qu il convient de combattre, en raison de la prostration qu'ils déterminent : Lewin recommande dans ce but de laver l’estomac avec une solution de cocaïne (0 gr. 05 à 0 gr. 10 pour un litre d'eau).

Il ne suffit pas d’évacuer l’estomac, il faut encore débarrasser l’intestin du poison qui a pu y passer, si l’on n’est appelé à intervenir qu’au bout de quelques heures; un léger purgatif comme le sulfate de magnésie , le sel de Seignetle , doit être administré; on fait prendre également un lavement pur-

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Follicules do séné Sulfate de soude Eau

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2° Traitement consécutif. — Lorsqu’on s’est efforcé d’évacuer, dans la mesure du possible, le poison, il faut ensuite parer aux accidents généraux qui résultent de son absorption.

Si le poison est de ceux qui exercent sur la muqueuse des voies digestives une action caustique (acides, bases, sublimé), on doit combattre la réaction inflammatoire par les applications froides, par la diète lactée : d’ailleurs, d’une façon générale, le régime lacté est indiqué dans la plupart des empoisonnements, puisqu’il favorise la diurèse et par suite l’élimination de la substance toxique; la cocaïne en solution administrée à l’intérieur calmera les douleurs, mais celles-ci nécessitent souvent l’emploi des injections de morphine.

Le repos et le régime lacté doivent être observés longtemps après que la convalescence a commencé, car il faut toujours craindre la chute des escarres.

L’action locale des gaz irritants (chlore, brome, ammoniaque, acide sulfureux) sur la muqueuse des voies respiratoires ne peut guère être combattue efficacement; on prescrira quelques inhalations d'oxygène, on recommandera la vaporisation d’eau dans la chambre pour saturer l’air d’humidité.

Certains poisons, comme la cantharide, exercent sur le rein une action élective : la cantharide détermine une néphrite aiguë que l’on traite comme doit l’être toute néphrite de ce genre, quelle que soit sa cause.

Ce sont le plus souvent les effets généraux du poison sur les divers appareils que l'on doit combattre : les troubles nerveux consistant en phénomènes d’excitation (convulsions) ou de dépression (paralysie, collapsus), les troubles cardiaques, respiratoires, l’insuffisance rénale, enfin les altérations du sang réclament des soins particuliers.

Le système nerveux sensitif, le cerveau surtout, sont touchés par les poisons suivants : alcool, anesthésiques (éther, chloroforme), opium et ses dérivés, solanées cireuses.

Ces poisons déterminent d’abord une phase d’excitation plus ou moins durable et qui peut même manquer si la dose est massive; dans ce cas le malade a perdu connaissance, il tombe dans le collapsus, la respiration s'embarrasse, le cœur s’arrête. La dilatation de la pupille est toujours un symptôme de mauvais augure, elle indique que l’empoisonnement est très prononcé.

La belladone a été considérée comme l’antagoniste de l'opium par Carignan (1850), Graves, II. Bell, Béhier, etc., mais Unverricht a nié tout antagonisme au point du vue physiologique et thérapeutique entre la morphine et l'atropine. S’il n’existe pas d’antagoniste physiologique, on possède par contre dans le permanganate de potasse, administré par la bouche, un moyen de détruire la morphine contenue dans l’estomac, ou du moins de transformer par oxydation la morphine en oxydimovphine, inoffensive pour l’organisme. Préconisé par Ovid Moor (de New-York) le permanganate de potasse a souvent été employé avec succès; Moor lui-même ayant absorbé 30 centigrammes de sulfate de morphine, avala immédiatement après une solution de 50 centigrammes de permanganate de potasse dans 250 grammes d’eau, et grâce à ce moyen ne ressentit aucun effet toxique.

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Dans le cas d’empoisonnement par la morphine on pourra donc faire absorber immédiatement 50 à 60 centigrammes de permanganate de potasse en solution dans 150 à 250 grammes d’eau. On pourra ensuite faire des lavages de l’estomac avec une solution de permanganate à i pour 2000, répétés 2 ou 5 fois à une demi-heure d’intervalle (Luff). D’après Schreiberon pourrait remplacer le permanganate de potasse par celui de soude qui peut être administré sans danger à doses plus élevées; c’est ainsi que l’on pourra faire absorber un demi-litre d’une solution à 2 pour 1000 et employer une solution au même titre pour les lavages.

Dans le cas d’empoisonnement par l’alcool, à doses massives, on combat les phénomènes de dépression par l’administration du café donné en abondance, par les injections sous-cutanées de caféine, sans préjudice de l'emploi des divers révulsifs.

L’empoisonnement par les anesthésiques nécessite l’emploi des moyens usités contre la syncope et l’asphyxie, qui ont été indiqués dans des chapitres précédents. On a préconisé Y injection sous-cutanée d'adrénaline (1/2 milligramme) dans les cas de syncope chloroformique.

Le système nerveux moteur est touché par des poisons dont les uns déterminent des phénomènes convulsifs, les autres des paralysies.

La strychnine est le type des poisons convulsivants, parmi lesquels il faut encore citer l’acide cyanhydrique, l’absinthe, etc.

Bien que l’empoisonnement par la strychnine soit extrêmement grave, on peut parfois sauver les malades à l’aide d’une médication énergique. Le remède de choix est le ckloral, que l’on administre par la bouche à la dose de 4 à 5 grammes; si les convulsions ont commencé à se produire, la voie souscutanée est la seule qui permette l’absorption rapide et sure de ce médicament. On fait préparer une solution ainsi composée :

Eau distillée 100 grammes.

Hydrate de chloral 20 —

et l’on pratique des injections répétées, de façon à faire pénétrer 2 à 5 grammes de chloral en deux à cinq injections. Celles-ci ont des effets caustiques qui se traduisent ultérieurement par la formation des escarres; mais n’est-ce pas là un inconvénient négligeable à côté du danger de mort qui menace le malade? On aura soin seulement de pratiquer les injections en des points qui ne supportent pas le poids du corps, c’est-à-dire à la partie supérieure et latérale des membres inférieurs. 11 ne faut pas craindre d’employer des doses considérables de chloral, qui seraient toxiques chez un individu sain. Ainsi, dans un cas d’empoisonnement par 40 centigrammes de strychnine, Faucon et Dehierre ont donné au malade 34 grammes de chloral soit par la bouche, soit en injections sous-cutanées.

Le permanganate de potasse agit dans l’empoisonnement par la strychnine non plus comme antidote physiologique, mais comme antidote chimique. Il l’oxyde, de même qu’il oxyde la morphine, et la change en une substance inoffensive pour l’organisme, mais i! n’est efficace que si la strychnine n’a pas

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encore été absorbée. On fait prendre une solution de permanganate à 1 pour 2000 et l'on fait un lavage de l’estomac avec une solution au 5000e.

Les inhalations de chloroforme seront utilement associées aux injections de ch 1 oral.

Dans l’empoisonnement par l'acide cyanhydrique et les cyanures, la mort survient presque instantanément; c’est dire que toute thérapeutique serait illusoire.

Dans le cas d épilepsie ahsinthique, plus fréquente que les empoisonnements par la strychnine ou les cyanures, niais heureusement moins grave, on met assez facilement terme aux phénomènes convulsifs, au moyen des inhalations d'éther on de chloroforme, et plus tard par l’administration de V extrait thébaïque ou du bromure de potassium.

Parmi les poisons paralysants, le poison type est le curare, mais ce sont uniquement les empoisonnements par les solanées et leurs alcaloïdes, c’est-àdire par la belladone, la jusquiamc, le tabac, le datura (surtout la belladone) que l'on observe dans la pratique.

Les champignons et les coquillages malades (moules, huîtres) donnent lieu à des symptômes sensiblement analogues à ceux que déterminent les solanées.

La phase paralytique ne survient pas d’emblée : la belladone détermine d’abord des phénomènes d’excitation cérébrale, des troubles visuels, de la dilatation des pupilles, qui facilitent le diagnostic; puis surviennent la paralysie des muscles volontaires et finalement celle des muscles de la vie organique, l’arrêt des mouvements de la respiration et du cœur.

Une fois l’estomac lavé, on utilisera tous les moyens de stimulation déjà indiqués {café et caféine en injections, alcool,- injections d'éther ) ainsi que ceux propres à combattre l’arrêt de la respiration et du cœur. Dans l’empoisonnement par l'aconit, l'asphyxie est le danger principal; c’est elle qu’il faut dès le début s’efforcer de prévenir au moyen des affusions froides, des inhalations d'oxijqène , de la respiration artificielle.

La plupart des poisons agissent sur le cœur à une période avancée de leur absorption, mais il en est qui exercent une action élective sur b' cœur et les nerfs cardiaques ; parmi eux la digitale, le strophantus. l’adonis vernalis, le laurier-rose, l’erythrophlœum, l’ouabaïo et les divers alcaloïdes que l’on retire de ces plantes. La cocaïne, bien qu'ayant une action complexe sur les divers systèmes, agit avant tout sur le cœur dont elle détermine la syncope, lorsqu’elle est administrée à doses massives.

Ces divers poisons déterminent des phénomènes qui rappellent ceux de l’asystolie due à une lésion de l’endocarde ou du myocarde. 11 est à remarquer ipie la mort survient lentement et que les phénomènes d’empoisonnement éclatent tardivement après l’ingestion du poison; il se produit d’abord des vomissements et de la diarrhée, en même temps qu’un ralentissement des battements du cœur et une augmentation de leur énergie; simultanément survient un sentiment d’angoisse respiratoire, la vue se trouble; mais bientôt à la phase d’excitation succède la phase de paralysie cardiaque : le pouls se précipite et faiblit, le cœur fléchit et finalement s’arrête, non sans que des

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phénomènes de congestion viscérale et notamment de congestion pulmonaire ne se soient manifestés auparavant.

La cocaïne détermine la syncope par anémie cérébrale; c est le traitement de cette anémie qu’il faut instituer; le décubitus dorsal , le nitrite d'amy le en inhalation, la caféine en potion ou mieux en injections; tels sont les moyens les plus rationnels à employer contre elle.

Le traitement de 1 empoisonnement par la digitale et les substances similaires est des plus limités, en raison de l’accumulation dans l’organisme du poison qui ne peut s’éliminer facilement et de son action sur les nerfs du cœur. On est réduit à combattre les principaux symptômes, c’est-à-dire les vomissements répétés qui pourraient déterminer le collapsus; contre la dépression générale de la phase avancée on utilise les divers stimulants : boissons alcooliques, lavements d'alcool (une cuillerée à café ou plus dans un verre d’eau additionnée d’une solution gommeuse, Lewin), injection d'huile camphrée à 10 pour 100 ou lavements avec une cuillerée à café de cette huile dans un demi-litre d’infusion de café, enfin et surtout injections de caféine , de sérum artificiel.

Il va sans dire que le régime lacté répondra à l'indication pressante d'éliminer le poison.

Les poisons qui agissent sur l’appareil respiratoire et sur le sang sont d’une part les gaz délétères qui agissent sur les globules rouges, comme l’oxyde de carbone, l’acide sulfhydrique et le sulfhydrate d’ammoniaque des fosses d’aisances, les gaz asphyxiants comme le protoxyde d’azote, l’acide carbonique, le gaz d’éclairage, certains acides connue l’acide oxalique, l’acide phénique et d’autres composés de la série aromatique.

Les inhalations d'oxygène sont le principal moyen à opposer à l’empoisonnement par les gaz hématiques; ou a encore proposé la transfusion sanguine (Kuhne) qu’il n’est pas toujours facile de mettre à exécution, et Y injection intra-veineuse de sérum artificiel. La respiration artificielle, les tractions rythmées de la langue, les divers procédés d’excitation cutanée (i affusions froides, etc.), sont des moyens d urgence à employer en pareil cas, mais qui réussissent surtout dans l'asphyxie par défaut d’oxygène, sans lésions hématiques, déterminée par l’acide carbonique, le gaz d’éclairage. La convalescence des malades empoisonnés par l'oxyde de carbone est toujours lente; elle est marquée par une anémie profonde que la destruction de nombreux globules rouges explique aisément.

Dans l'empoisonnement par l’acide phénique et les composés aromatiques en général, l'altération sanguine est très prononcée; elle se traduit par la cyanose, le refroidissement des extrémités, et finalement le coma. Les moyens employés contre le collapsus et déjà indiqués sont applicables en pareil cas. Si l’acide phénique a été administré en lavements, on fera plusieurs lavages de l’intestin à l’aide du bock.

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