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I. — Traitement des entérites chroniques en général

La diarrhée chronique, liée à des troubles digestifs anciens, est une affection tenace dont on ne peut venir à bout que si les malades veulent bien se convaincre de la nécessité d’observer un régime sérieux, pendant un temps suffi- | sant. Malheureusement, beaucoup d’entre eux ne peuvent ou ne veulent s’astreindre à l’observation rigoureuse du régime, estimant, comme l’a dit La Rochefoucauld, que « c’est une ennuyeuse maladie que de conserver sa santé par un trop grand régime », et préfèrent s’en tenir au traitement médicamenteux de la diarrhée qui cependant a souvent pour effet d’aggraver la dyspepsie concomitante et d’entretenir par suite indirectement les troubles intestinaux.

Que de malades se sont gorgés de médicaments dits absorbants : sousnitrate de bismuth ou autres préparations à base de bismuth (benzoale, sousgallate, etc.); d’astringents (tanin et autres composés tanniques: ratanhia,

1 cachou, tannigène, tannalbine), d antiseptiques intestinaux (naphtol, bétol, benzo-naphtol, salol, etc.), d’opiacés, médicaments antisécréteurs et cependant totalement inefficaces.

En fait, il faut avant tout se préoccuper de l’état gastrique, puis modifier I état nerveux concomitant; le traitement intestinal direct n’est qu accessoire.

Voici d’ailleurs quelles sont les indications générales du traitement :

Traitement pathogénique. .

Combattre

la gastropathie. . . .

Combattre

les troubles nerveux.

Régime exclusif

Mixte

i Lacté.

( Képhirique.

iLait et laitage.

Œufs.

Viande crue et cuite.

Féculents.

i Acide chlorhydrique.

Traitement ) Acide lactique et autres acides, médicamenteux, y Sulfate de soude et alcalins à ( petites doses.

Traitement j Lavage de l’estomac, physique. . . . (Massage abdominal.

Cure de repos.

Hydrothérapie.

Frictions excitantes.

Séjour au grand air (climat de montagne). Traitement thermal.

Traitement symptomatique ou traitement intestinal.

Lavages de l’intestin.

Opiacés.

Poudres inertes.

Astringents.

Antiseptiques.

Un régime uniforme ne peut être prescrit à tous les malades ; ce qui convient à l’un échoue chez l’autre et à cet égard il existe chez les malades des susceptibilités individuelles qui échappent à toute explication rationnelle.

Théoriquement, un régime de repos s’impose, et, comme régime de repos, l’alimentation exclusive par le lait paraît convenir aux hypopeptiques comme aux hyperchlorhydriques. Toutefois, le lait n'est pas toujours bien digéré. Il est bien toléré quand l’hypopepsie est peu marquée, que l’estomac n’est pas dilaté, que les fermentations sont peu prononcées; dans le cas contraire, la diarrhée continue ou même augmente ; on est obligé de renoncer à l’emploi du lait; d’ailleurs, il est difficile de concilier ce régime peu réparateur avec les exigences de la vie journalière, car on ne peut raisonnablement imposer aux malades le repos absolu pendant toute la durée du traitement.

Lorsqu’on prescrit le lait, il est préférable d’avoir recours au lait stérilisé industriellement, puisque le lait stérilisé donne le moins de prise aux fermentations. Il sera utile de le couper d’eau de chaux, de façon à faciliter sa digestion.

Le képhir est parfois mieux toléré que le lait et nous avons vu d’ailleurs précédemment (V. hypopepsie) qu’il est particulièrement utile chez les hypopeptiques.

Mais, outre que certains malades ont une répugnance invincible pour le goût de cet aliment, on peut appliquer au régime képhirique absolu l’observation que nous avons faite au sujet du régime lacté absolu; ce régime ne peut être poursuivi au delà de quelques jours, les malades s’en dégoûtent vite

ENTÉRITES CHRONIQUES.

et ne peuvent parvenir à absorber la dose de képhir équivalant à celle de trois litres de lait. Le képhir est surtout utile et bien toléré quand on institue le régime mixte; on le fait prendre alors à la dose moyenne de deux bouteilles par jour, partie aux repas, partie dans leurs intervalles.

Le régime mixte est en somme celui qui convient pour la plus grande partie du traitement.

On l’instituera après quelques jours de régime lacté ou képhirique absolu, pendant lesquels le malade sera soumis au repos au lit, qui est souvent nécessaire d’ailleurs pour modifier dans un sens favorable l’état nerveux des malades.

Le régime mixte comprend l'usage du lait ou du képhir, des féculents sous forme de bouillies ou de purées, des pâtes alimentaires, des œufs, delà viande et du poisson. Les légumes verts, les fruits cuits, ne seront permis, en petite quantité, que quand les selles auront repris une certaine consistance.

D’une façon générale la viande ne doit entrer dans l’alimentation qu’en quantité très modérée; parfois même il est indiqué de la supprimer, notamment lors des recrudescences de la diarrhée. Les Viandes blanches, moins excitantes, conviennent mieux que les viandes rouges. On recommandera donc de préférence la viande de veau, le poulet, les viandes gélatineuses (pied de veau, etc.); parmi les viscères, le ris de veau, la cervelle. Les viandes devront être très fraîches et soumises à une cuisson prolongée; suivant leur nature, elles seront rôties, grillées, bouillies, cuites à l’étuvée. 11 va sans dire que le gibier, les viandes salées marinées ou fumées seront proscrites, comme d’ailleurs tous les aliments fermentescibles ou riches en toxines. La viande sera très divisée et au besoin broyée par le masticateur.

Les poissons à chair maigre (sole, merlan, brochet, etc.) sont assez bien tolérés en général et entreront dans l’alimentation au même titre que la viande.

Ils seront grillés ou bouillis et mangés au naturel ou avec une sauce mousseline (fécule, crème de lait, jaune d’œuf, sans beurre).

La viande crue pulpée est très souvent indiquée chez les malades. Son état de division parfaite la rend particulièrement assimilable ; elle constitue de plus un tonique de premier ordre, chez des malades dont on ne peut relever les forces à l’aide de médicaments reconstituants. Il est utile de prescrire au début de petites doses : 50 à 00 grammes par jour, que l’on élèvera progressivement, de façon à mieux en assurer la tolérance.

Les féculents et les œufs (bien que pour ces derniers il y ait dans quelques cas une véritable intolérance) doivent faire la base de l’alimentation. On prescrira donc au début avec le lait, la viande crue à petites doses, des bouillies d orge, de froment, d’avoine, etc.; quelques panades, passées avec soin; des œufs peu cuits, pris à la coque, ou délayés dans les potages.

Ultérieurement, quand une certaine amélioration se sera produite, à ces aliments on associera l'usage de la cervelle, des poissons, de la volaille, du ris de eau, des côtelettes d’agneau, etc., dos purées, des crèmes. Le pain ne sera autorisé qu’en très petite quantité, sous forme de pain très cuit ou grillé ;

MALADIES DE L'INTESTIN

ou bien on lui substituera les biscottes. Il est utile, à défaut de lail, de prescrire comme boissons, au cours des repas, les infusions chaudes, (menthe, tilleul, camomille, feuilles d’oranger). Les boissons chaudes n’excitent pas I intestin comme les boissons froides; elles ont de plus l’avantage de faciliter le rationnement des boissons, dont l’utilité n’est pas contestable.

Doivent être exclus de l’alimentation dans tous les cas : les viandes accommodées avec des sauces, les viandes indigestes comme l’oie, le bœuf bouilli, le porc, etc.; les viandes marinées, fumées et salées, la charcuterie, le gibier; la graisse et surtout le beurre cru ou cuit, les poissons gras, les moules, les écrevisses, le homard ; les graisses de toute nature, le foie gras, les salades, légumes verts et fruits, frais ou secs, les fromages fermentés, les pâtisseries, le bouillon. Sont interdits également le vin, le cidre, la bière, les liqueurs, le café.

Le traitement médicamenteux de la gastropathie comporte l’emploi des acides, celui des sels de soude à petites doses.

L acide chlorhydrique a été recommandé par Oppler (Arcli. f. Verdauungskrankheiten, vol. III, p/139, 1896), par Schütz ( Sammlung klin. Vortrage, n° 518, p. 1901) et récemment par MM. Soupault, Mathieu. M. Soupault est particulièrement enthousiaste de cette médication à laquelle il attribue une influence rapide et décisive dans la plupart des cas, à la condition qu’on prescrive des doses suffisantes d’acide ( l à 2 grammes par 24 heures).

On peut prescrire l’acide chlorhydrique sous forme de gouttes, soit X — XV — - XX gouttes, au commencement du repas dans un verre d’eau sucrée pure ou mélangée d’un peu de suc de citron. On peut aussi formuler la limonade suivante :

Acide chlorhydrique pur officinal 6-8 grammes.

Sirop de limons 20(1

Eau 800 —

un verre à chaque repas.

L’intolérance est relativement rare; quand elle se produit, on peut ajouter à la solution d’HCl un blanc d’œuf. Pour l’emploi de l’acide chlorhydrique à haute dose, M. Linossier associe cet acide à l’albumine dans la formule suivante :

Blanc d'œuf n° 2

Sucre 50 grammes.

Eau distillée q. s. pour 150 centimètres cubes.

Solution au dixième d’acide chlorhydrique officinal 30 centimètres cubes.

La solution est d’une saveur brûlante, mais non désagréable. Elle renferme par litre 15 grammes d’acide officinal, c’est-à-dire qu elle est près de quatre fois plus riche que les solutions les plus concentrées actuellement usitées.

ENTÉRITES CHRONIQUES.

Elle se prend par petites portions immédiatement après le repas (à l’aide d’un chalumeau) pour éviter le contact avec les dents.

Lorsqu’on est arrivé à la dose suffisante, les effets du médicament, d’après Soupault, se font sentir très rapidement, en deux ou trois jours dans beaucoup de cas, en huit jours au maximum. Les selles diminuent considérablement de nombre, se réduisent à une ou deux, leur consistance augmente et les matières se moulent.

Il est bon de continuer longtemps, un mois ou plus, l’administration de l’IICl, en raison de la tendance aux récidives.

Comment agit l’acide chlorhydrique? De nombreux expérimentateurs, Hirsch, Von Mcring, Pawlow, avec l’acide chlorhydrique, M. Gilbert avec l’acide lactique, ont montré que l’évacuation de l’estomac chez le chien se faisait d’autant plus lentement et tardivement que le contenu en était plus acide. Il est donc plausible d’admettre que la présence d’acide chlorhydrique à haute dose prolonge le séjour des aliments dans l’estomac et permet leur digestion plus complète. Il est peu probable que l’acide agisse en améliorant le travail chimique de l'estomac; cependant on a admis aussi ce rôle, de même que l’on a signalé l'action excitante de l’acide chlorhydrique sur la sécrétion pancréatique et son action antiseptique sur le contenu de l intestin grêle.

L'acide lactique, qui augmenterait la sécrétion gastrique et que M. Ilayem recommande aux doses élevées de 15, 1 S et même 20 grammes, ne nous a pas donné de résultats bien nets, non plus qu’à M. Soupault. Il est d’ailleurs assez mal toléré par les malades dont l’estomac est dilaté et où se produisent des fermentations intenses. On a encore prescrit Y acide phospliorique officinal, à la dose de X gouttes, dans un verre d’eau, pris en trois fois dans la journée. (Dubois, de Saujon); les acides sulfurique et nitrique suivant la formule de Coutaret, etc. ;

Acide sulfurique chimiquement pur 2 gr. 80

Acide nitrique 0 gr. 80

Alcool ù 80° Cartier 18 grammes.

Laissez en contact 48 heures, puis ajoutez :

Sirop de limons ^. . . 100 grammes.

Eau de fontaine 150

une cuillerée à soupe après le repas dans un demi-verre d'eau ou d’eau rougie.

Personnellement, nous n’avons pas obtenu avec l’acide chlorhydrique les résultats décisifs qu’ont enregistrés les auteurs précédemment cités; à petites doses ce médicament est inefficace, et à fortes doses il a déterminé chez nos malades une intolérance telle que nous avons dû le supprimer au bout de peu de jours; les malades se plaignent d’éprouver une sensation de vive brûlure sur tout h1 trajet du tube digestif, du ténesme anal, etc

MALADIES DE L’INTESTIN

On a employé, d’autre part, dans quelques cas, le suc gastrique de chien (MM. Fremont, Legendre, Mathieu) ou gastérine, dont l’acidité est très élevée (3 pour 1000 environ).

Sous 1 influence de ce moyen des améliorations auraient été obtenues ; mais, vu la cherté du produit et l’efficacité équivalente de l’acide chlorhydrique, il y a tout avantage à lui substituer ce dernier.

L’emploi des alcalins pris à jeun et à petites doses nous a donné des résultats remarquables dans la majorité des cas.

On peut prescrire l’eau de Vichy tiédie au bain-marie à la dose d’un demiverre à un verre avant chaque repas, le phosphate de soude à la dose de 2 grammes le matin à jeun, dans un demi-verre d’eau tiède, le chlorate de soude aux mêmes doses, ou le sel de Carlsbad, à la dose d’une cuillerée à café. On peut d’ailleurs employer seul, à la dose de 1 à 2 grammes, le sulfate de soude auquel le sel de Carlsbad doit sans doute son efficacité dans le cas particulier. Le sel de Carlsbad doit être prescrit sans interruption pendant plusieurs semaines. L’eau chlorurée et bicarbonatée de Saint-Nectaire, prise à la dose d’un à deux verres par jour, est encore utile dans les mêmes conditions.

Pour saturer les acides de fermentations, Jaworski a proposé Veau de chaux salicylée. Il donne simultanément aux malades deux solutions, une d’eau de chaux effervescente faible, l’autre forte.

a) Eau de chaux effervescente faible :

Eau salurée d’acide carbonique

Carbonate de chaux ....

Salicylate de chaux

h) Eau de chaux effervescente forte :

Eau saturée d'acide carbonique I litre.

Carbonate de chaux 4 grammes.

Salicylate de chaux . . 5

Tous les matins, à jeun, une heure ou une demi-heure avant le premier déjeuner, le malade prend un demi-verre, soit 100 grammes de la solution forte, et trois fois par jour, après chacun des trois principaux repas, un demiverre de la solution faible.

On peut encore faire prendre, le matin à jeun, un demi-verre d’eau de Vichy ou de Carlsbad, chauffée presque jusqu’à l’ébullition, que l’on additionne ensuite d’un demi-verre de l’eau de chaux forte.

Ultérieurement, on remplace l’eau de chaux forte du matin par l’eau de chaux faible.

Les moyens physiques ne doivent pas être négligés dans le traitement gastrique des entérites dyspeptiques, bien que les moyens précédemment

I litre.

àa 2 grammes.

ENTÉRITES CHRONIQUES.

indiqués suffisent généralement à déterminer la guérison. Le massage abdominal, bien manié, rend de réels services dans le cas de diarrhée dyspeptique (Cautru), ainsi que nous avons pu le constater personnellement. Le massage doit être calmant, superficiel; aussi le massage vibratoire convient-il particulièrement, au début; plus tard, il peut être profond (malaxation, pétrissage).

Quant aux lavages de l'estomac, ils sont indiqués si l’analyse du suc gastrique révèle des fermentations intenses, mettant obstacle à la bonne digestion du lait ou du képhir. On prescrira une série de 10 à 12 lavages à l’eau bouillie" pure et simple, au début du traitement.

Il ne suffit pas de prescrire un traitement gastrique, il faut encore lui associer le traitement général s’adressant à l’état nerveux.

La cure de repos est toute-puissante dans, la plupart des cas; le repos s’impose d’ailleurs chez les malades affaiblis et pendant la période de régime exclusif, lacté ou képhirique. Le repos fait disparaître les symptômes d’asthénie; il calme d'autre part l’hyperexcitabilité intestinale; sa nécessité est justifiée par ce fait, à savoir que les selles redeviennent fréquentes dès que le repos cesse d’être observé.

Par repos, il faut entendre non seulement le repos physique, mais encore celui de l’esprit; l’éloignement de toutes les causes de préoccupation, l’abstention des travaux intellectuels, etc.

L’ hydrothérapie répond à la double indication de modifier l’état nerveux général et l’hyperexcitabilité instestinale. L’eau froide ne convient pas aux malades qui sont presque tous des neuro-arthritiques. On emploiera donc exclusivement l'hydrothérapie tiède sous forme de douches (à 52 — 36°), de bains tempérés, de demi-bains auxquels on associe, dans les stations thermales, la douche abdominale, dite sous-marine. Il est utile également de prescrire les applications de compresses humides chaudes sur l’abdomen, pendant le repos de la nuit.

Les frictions excitantes à l’alcool ordinaire ou avec des alcoolats aromatiques de lavande, de romarin, avec l’eau de Cologne, etc., contribuent pour leur part à relever les forces.

Le séjour au grand air et de préférence le climat sec de montagne est utile chez tous les malades qui sont anémiés et ne peuvent absorber de médicaments toniques. Par contre, on ne saurait conseiller le climat marin, trop excitant en général pour cette catégorie de malades.

Le traitement thermal vise moins l’état local que l’état général. C’est à leurs effets sédatifs sur le système nerveux que nous attribuons l’influence favorable des eaux de Plombières et des eaux thermales similaires telles (pie Luxeuil. Bourbon-Lancy, Royat, Cauterets (Mauhourat), etc. En même temps que cette action sédative générale, ces eaux employées en bains exercent une action calmante sur 1 innervation motrice et sécrétoire de l’intestin. Par contre, nous n’attachons pas au traitement par les lavages de l’intestin I importance que lui attribuent quelques médecins: il est indéniable «pie ces lavages sont souvent mal supportés, qu’ils provoquent des douleurs immédiates, surtout lorsqu’on

MALADIES DE I/INTESTIN

emploie une pression trop considérable, ainsi qu’on a malheureusement tendance à le faire dans plusieurs stations. En tout cas, le lavage intestinal ne doit constituer qu’un traitement accessoire de l’entérite dyspeptique et c'est au grand bain tiède que l’on doit s’adresser pour obtenir les meilleurs effets thérapeutiques.

Ce que nous avons dit des lavages de l'intestin tels qu’on les pratique dans les stations thermales s’applique également aux lavages faits sur place; cependant on ne peut nier que dans certains cas ils n’exercent une influence sédative, si on a soin de les espacer, de n’emplover qu’une pression modérée (40 à 50 centimètres au plus) et de l’eau assez chaude (40 à 45 degrés). Ils réussissent chez les uns, sont mal tolérés par les autres; ce n’est que par tâtonnement que l'on peut apprécier l’opportunité de leur emploi.

Les opiacés, que l'on a si souvent employés larga manu, ne peuvent être prescrits qu’accidentellement; s’ils modèrent ou arrêtent la diarrhée, c’esf uniquement pendant la durée de leur emploi, ils n’ont aucune action sur la maladie elle-même. Leur usage prolongé a d’ailleurs des inconvénients bien connus. Nous accordons toutefois que l’emploi intermittent de l’élixir parégorique à doses modérées, donné avant les repas, procure un grand soulagement chez certains malades.

Les poudres inertes que l’on prescrit d’une façon banale n’ont également qu’une action purement palliative et passagère sur le symptôme diarrhée. Elles agissent mécaniquement en donnant de la consistance aux selles. On ne prescrira donc que de loin en loin le sous-nitrate de bismuth, le salicylate de bismuth, le dermatol, le phosphate de chaux, le carbonate de chaux, le talc, etc.

Les astringents ont-ils une influence plus décisive? Il nous est permis d’en douter, car leurs effets sont bien inconstants et bien fugaces. Il ne faut pas perdre de vue d’ailleurs (pie le tanin et les substances lanniques ont une action irritante sur l’estomac, quand on en prolonge l’usage. On a prescrit: le tanin, à la dose de 1 à 2 grammes par jour, en cachets de 0,20 à 0,50; le ratanhia qui contient 20 à 40 pour 100 de tanin, soit sous forme d'extrait (I à 5 grammes en potion; 5 à 10 grammes en lavement), soit en sirop (Ogr. 50 d’extrait par 20 grammes); le cachou en teinture (1 0 à 1 5 grammes), ou en sirop (30-60 grammes), le tannigène (acide diacétyltannique)qui, ne se décomposant (pie dans l’intestin, n’a pas sur l’estomac l’action irritante que l’on reproche au tanin. Escherich lui attribue d’ailleurs des propriétés antiseptiques; son tanin se combinerait avec les toxalbumines microbiennes pour former avec elles des composés insolubles, par conséquent inoffensifs. Le tannigène s’administre à la dose de 1 gramme à I gr. 50 par jour en cachets. Un autre composé tannique nouveau, la tannalbine (combinaison d’albumine et de tanin) a conquis moins facilement la vogue qui s’attache d’habitude aux médicaments nouveaux; on la prescrit à la dose de 2 à 5 grammes en cachets. Parmi les astringents on a encore employé la bistorte (en infusion, sous forme d'extrait), le monesia, le fraisier sauvage ( 1 gr. 50 — 10 grammes en infusion, A. Robin). Voici quelques formules relatives à l’emploi des astringents :

ENTÉRITES CHRONIQUES.

a) Extrait de ratanhia

— de monesia

— de colomho

Poudre de Dover ....

pour 1 pilule, 6 à 10 par jour.

b) Extrait de bistorte

— de ratanhia

— Diascordium

Poudre de tormentille

— de cachou

pour 1 pilule, 2 avant chaque repas.

c) Extrait thébaïque

Tanin

. Extrait de ratanhia

pour 1 pilule, 6 par jour.

Cachou

Sirop diacode

Conserve de roses

(Coutaiiet.)

ô ou 4 fois par jour, gros comme une noisette de cet électuairc, etc

Les antiseptiques intestinaux sont Lien déchus aujourd’hui de la vogue qu'ils ont eue, il y a quelques années. Pour notre part, nous n’avons pas obtenu de résultats bien encourageants avec leur emploi ; cependant, quelques médecins leur sont restés fidèles et on pourra les utiliser modérément, surtout dans les cas où la fétidité des selles, le développement de gaz odorants paraîtront justifier leur emploi. On emploie plutôt aujourd’hui le benzo-naphtol, le bétol. que le naphtol, et on les associe au salicylate de bismuth. La résorcine csl prescrite fréquemment en Allemagne. Kwald formule ainsi :

Salicylate de bismuth \

Benzonaphtol âïi 0 gr. 50 à 0 gr. 50

Résorcine '

Les purgatifs sont surtout utiles quand les selles sont fétides, que le ballonnement du ventre, l’émission de gaz en abondance, indiquent une recrudescence des fermentations; on emploie exclusivement les purgatifs salins.

ûü 0 gr. 05

(IIUCHAIÎD.)

ââ 0 gr. 05

(A. Robin. 1

0 gr. 01

, ;Ia 0 gr. 10

^ îïa 15 grammes.

MALADIES DE L'INTESTIN

:>si

II. — Traitement des diverses formes cliniques des entérites chroniques.

La forme habituelle de la diarrhée chronique, celle qui accompagne les états hypopeptiques avec fermentations acides intenses, est tributaire du traitement qui vient d’être indiqué.

La colite chronique est surtout justiciable du traitement par les lavages, car elle a pour symptôme habituel et pour cause la constipation; la diarrhée n’en est qu’un épiphénomène intermittent. Prescrire dans ces cas les absorbants, les antiseptiques intestinaux, les opiacés, serait une faute. On administrera V huile de ricin à petites doses fréquemment répétées, et, dans l’intervalle, on fera de grands lavages de l intestin et notamment des lavages à l'can oxygénée coupée par parties égales de solution de bicarbonate de soude à \ pour 1000. Les douleurs seront calmées par les applications permanentes de compresses chaudes. Le traitement de Plombières convient particulièrement dans cette forme. Dans la forme dysentérique, avec ulcérations, on emploiera les lavements d'ipéca (10 grammes dans 250 grammes d’eau), les lavements de nitrate d'argent (0 gr. 25 à 0 gr. 50) dans un litre d’eau albumineuse, et surtout le sulfate de soude à petites doses (4 à 6 grammes) renouvelées quotidiennement.

On a pratiqué, dans quelques cas de colites ulcéreuses graves, diverses interventions chirurgicales (Y. thèse de Labey, 1902). L’idée directrice du traitement chirurgical a été la mise au repos de l’organe malade. Par la colotomie on s’est proposé de supprimer le contact des matières sur les surfaces malades, d’amener par suite la suppression des douleurs et de la contracture, d’empêcher la stase intestinale et de mettre fin aux troubles généraux dus à cette stase. La seule raison qui pourrait légitimer une semblable opération serait l'échec complet du traitement médical bien appliqué et longuement suivi, la persistance d’un état général grave dû à la suppuration permanente, aux hémorragies répétées. Depuis 1887, date de la première colostomie pratiquée par Novaro, de Sienne, 20 opérations de ce genre ont été faites par Mayo Piobson, Robinson, Keith, llale-White, Golding, liird, Lindncr, Giordano,

etc La guérison une fois obtenue, on ferme l’anus créé. On ne s’est pas

borné à l’anus contre nature; on a encore anastomosé la terminaison du gros intestin, de façon que les matières passent directement dans le rectum supposé sain. L entéro-anastomose (Giordano) est l’équivalent de la gastro-entérostomie pour ulcère gastrique.

La diarrhée nerveuse caractérisée par un flux séreux souvent très abondant, par l’absence de douleurs, la résistance au traitement, la manifestation sous forme de crises, est surtout justiciable du traitement par les douches chaudes, les irrigations rectales chaudes, les opiacés, la belladone.

La diarrhée chronique des pays chauds nécessite le régime lacté exclusif. Si le lait n’est pas supporté, on le remplace momentanément par L eau albumineuse, le thé de bœuf. Veau de riz. le bouillon dégraissé. An

DYSENTERIE

moment des poussées aiguës, on prescrira les purgatifs salins. On donne d abord le sulfate de soude à dose purgative (50 grammes); puis on le continue à doses décroissantes de 20, 15, 10, 5 grammes par jour. L infusion d ipéca donne également de bons résultats.

Dans les phases chroniques de l'affection, on emploie les opiacés joints aux poudres absorbantes, l 'acide lactique (10 à 15 grammes en limonade), les lavements composés d’eau additionnée de permanganate de potasse ( 1 à 2 grammes), de liqueur de Labarraque (2 à 4 grammes, etc.).

Le rapatriement favorise la guérison, que l'on complétera par une cure à Plombières, Amélie-les-Bains , etc.

DYSENTERIE

Bien que l'on ne connaisse pas encore l'agent infectieux de la dysenterie, la spécificité attribuée par Kartulis aux amibes, par Chantemessç et VYidal au microbe découvert par eux et identifié plus tard au coli-bacille, n'étant plus admise, on ne peut nier la spécificité de la dysenterie qui est fondée sur la clinique, sur l'anatomie pathologique et l’étiologie.

L'agent infectieux réside partout, dans le sol, dans l'air, dans l’eau; mais, pour se développer, il a besoin du concours de causes secondes, c’est-à-dire du climat, de la saison, des infractions à l’hygiène, du refroidissement.

Son développement est particulièrement favorisé par le paludisme, mais la dysenterie n’est pas une manifestation du paludisme, comme le croyaient Cambay cl Dutrouleau.

La dysenterie est aiguë ou chronique. 11 en existe des formes légères ou de moyenne intensité, ce sont les plus fréquentes, et des formes graves qui ont pour caractéristique anatomique la gangrène de l'intestin et qui se traduisent par des phénomènes de collapsus algide ou bien par un état typhoïde.

Les infections secondaires sont, des plus fréquentes au cours de la dysenterie ; l'abcès du foie est une complication éloignée qui contribue singulièrement à assombrir le pronostic de la dysenterie.

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