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I. — Traitement général de la dysenterie

La prophylaxie de la dysenterie consiste essentiellement dans l’usage d eau filtrée ou bouillie, dans 1 abstention des fruits verts et des aliments indigestes (biscuit, lard, salaisons, etc.), dans l’observation des mesures propres à assurer Y écoulement des eaux, dans les précautions à prendre contre les refroidissements brusques (port d’une ceinture de flanelle).

L’isolement des malades n’est pas nécessaire, il est d ailleurs le plus souvent impraticable; mais le linge de corps, la literie, doivent être désinfectés à l’étuve. Il faut de plus traiter les déjections par les désinfectants usuels

MALADIES DE L’INTESTIN

(sulfate de cuivre à 50 pour 1000; acide phénique à 50 pour 1000; sublimé à 1 pour 1000. etc.).

Comme dans toutes les affections localisées à l’appareil digestif, le régime occupe une place prépondérante dans le traitement de la dysenterie. Au début, l'alimentation se composera exclusivement de lait et de bouillon dégraissé : le lait sera donné pur ou coupé d’eau de chaux, d’eau de Vichy, d’un peu de t lié ou de café. Ultérieurement, on permettra les décoctions d'orge, de riz, la décoction blanche de Sydenham, Veau albumineuse, les potages au lait, les œufs mollets.

Lorsque les symptômes aigus se seront dissipés, l’alimentation pourra être plus substantielle, mais comprendra exclusivement les viandes tendres et faciles à diviser (volailles, ris de veau, viande crue pulpée), les œufs peu cuits, les poissons maigres, les huîtres, les pâtes et les purées de féculents au lait.

Les crudités, les légumes verts, les sauces, les graisses, les fromages, les pâtisseries et sucreries, toutes les boissons alcooliques seront interdits.

La méthode évacuante constitue la médication essentielle de la dysenterie: aux purgatifs, il est même quelquefois utile, au début, de joindre un vomitif ipii, dans tous les cas, sera 1 ipéca. Mais l’ipéca possède une autre action que l'action vomitive dans la dysenterie. Donné en infusion, à doses fractionnées, de façon à éviter les vomissements, l’ipéca parait exciter la sécrétion biliaire, la sécrétion intestinale; en tout cas. ses effets cliniques se traduisent par la suppression des hémorragies, par les modifications desselles qui redeviennent imprégnées de bile et reprennent l’aspect fécal.

L’ipéca s’employait autrefois suivant la méthode brésilienne que Segond avait remise en honneur; cette méthode est la suivante : on verse un verre d’eau bouillante (200 grammes d’eau) sur 2, 4 ou 8 grammes de racines concassées d'ipéca ; on laisse macérer pendant 10 à 12 heures, puis on décante et l'on fait prendre la macération. Le deuxième jour, on procède de même et l’on répète la même opération les jours suivants, de sorte que le malade prend l'ipéca pendant 5 ou \ jours. La première infusion provoque presque toujours des vomissements et un redoublement des évacuations alvines; mais la tolérance s’établit à la seconde ou à la troisième infusion et rapidement les selles changent de caractère.

L’avantage du traitement par l'ipéca ainsi conduit est de graduer les effets du médicament et de parvenir à en utiliser les propriétés altérantes. Delioux de Savignac a remplacé l’infusion par la décoction. 11 prescrivait la préparation suivante :

Poudre d’ipéca A grammes.

Faire bouillir cinq minutes dans :

Eau

300 grammes.

DYSENTERIE

Filtrez et ajoutez :

Sirop d’opium 30 grammes.

Hydrolat de cannelle 40

A prendre par cuillerée à bouche d’heure en heure. L addition d’opium a pour but d’assurer la tolérance.

Les purgatifs complètent le traitement par I ipéca dont l’efficacité est reconnue depuis longtemps et dont Louis XIV n'hésita pas à acheter le secret à Helvétius, moyennant 1000 louis d’or.

Les purgatifs modifient le caractère des selles et rétablissent le cours des matières; il importe seulement de ne pas les donner à fortes doses et de s’en abstenir, an début, dans les formes graves. Enfin, ils sont formellement contre-indiqués dans les formes avec tendance au collapsus algide.

Zimmermann a insisté sur la nécessité de diriger le traitement avec prudence; il donnait d’abord l’ipéca, puis des purgatifs doux, tels que pulpe de tamarin, rhubarbe, crème de tartre, sel de Sedlitz.

Aujourd’hui, on emploie surtout le sulfate de soude, la crème de tartre . le sel de Seignette , le calomel considéré depuis Annesley par les médecins anglais comme le meilleur purgatif. On l’emploie à dose massive, comme purgatif (50 centigrammes à 1 gramme), ou à doses filées, suivant la méthode de Law (5 centigrammes en 10 paquets, 1 d’heure eu heure). Laverau préfère le premier mode d’administration, car il donne des résultats plus satisfaisants, tout en exposant moins à la salivation. Le calomel est surtout indiqué pour rétablir la sécrétion biliaire suspendue.

Segond associait l’ipéca au calomel et à l'opium de la façon suivante :

Ipéca 0 gr. 05

Calomel 0 gr. 02

Extrait d’opium 0 gr. 01

Miel blanc q. s.

Pour 1 pilule. En prendre 0 à 10 par jour.

Cette médication, dont l'importance a été très exagérée, ne convient pas au début de la maladie. La même observation s’applique à Y opium, qu’il serait dangereux d’employer avant d’avoir modifié la nature des selles au moyen des purgatifs. Nombreuses sont les observations d’hépatite survenue à la suite d'une suppression brusque de la dysenterie. L’emploi de l’opium n’csl licite que conjointement à celui des purgatifs, et à titre de correctif, pour atténuer le ténesme. « J’employais très rarement les remèdes anodins de la classe des somnifères, et jamais sans l’attention la plus scrupuleuse el la retenue la plus grande. » (Zimmermann.) Au début, pour calmer les douleurs, on emploiera surtout les moyens externes : cataplasmes, compresses humides chaudes, bains de siège, bains tièdes généraux, embrocations huileuses.

MALADIES DE L'INTESTIN

Le sous-nitrate de bismuth et les autres poudres absorbantes sont passibles des mêmes reproches que l’opium; ils sont dangereux au début de la dysenterie, car ils favorisent la rétention, dans l’intestin, des matières septiques.

La médication antiseptique à l’aide de Viodofonne, de la naphtaline , du salol, etc., a été proposée par quelques médecins. Lardier et Pernet ont préconisé l’iodoforme à la dose de 25 à 50 centigrammes par jour, associé à la poudre d’opium, en 5 ou 0 cachets; Kartulis a vanté la naphtaline à la dose de 25 centigrammes, répétée 5 à G fois par jour; en réalité, l’antisepsie par les médicaments est irréalisable et ses divers moyens médicamenteux ne peuvent qu’exercer une action irritante sur l’intestin.

Le traitement par les lavements médicamenteux a toujours joué un grand rôle dans une maladie localisée presque exclusivement dans le gros intestin. Au début, on ne peut employer que les lavements dits émollients, lavements de décoction de graines de lin ou de racines de guimauve, lavements amidonnés ou simplement d'eau bouillie , donnés très chauds (42°) à l’aide du bock et sous faible pression (50e).

M. Gastinel a cependant proposé d'employer dès le début de l'affection les lavements de permanganate de potasse ainsi composés :

250 grammes d’une solution de permanganate de potasse à I pour 1000.

250 grammes d’eau.

Ces lavements doivent être donnés à la température de 45° et gardés pendant une à deux minutes ; les lavements seront répétés toutes les douze heures d’abord, puis à des intervalles de vingt-quatre heures, lorsque les matières fécales seront suffisamment modifiées; on abaissera alors le titre de la solution de permanganate jusqu'à 0,5 et même 0,2 pour 1000.

Ces lavements déterminent une douleur passagère, mais sont suivis d’un soulagement très marqué.

Le Dr Rocaz (de Bordeaux) prescrit deux ou trois fois par jour un lavement d'eau oxygénée à 10 volumes, étendue de cinq fois son volume d’eau stérilisée tiède. Autant (pie possible ces lavements doivent être précédés d’un grand lavement évacuateur. M. 11. Roger, de son côté, emploie l’eau oxygénée à 12 volumes, à raison de 1 00 centimètres cubes pour 900 centimètres cubes d’eau bouillie contenant 5 grammes de chlorure de sodium, 5 grammes de phosphate de soude et 0 gr. 50 de bicarbonate de soude. On peut encore employer un mélange à parties égales d’eau oxygénée et d’une solution de bicarbonate de soude à 4 pour 1000; chaque fois on fera passer un demi-litre ou un litre de liquide dans l’intestin et l’on pratiquera de un à trois lavages par jour.

Le D‘ Berthier a proposé, d’autre part, l'emploi des lavements au bleu de méthylèjie (0 gr. 10 à 0 gr. 20 du médicament pour 500 cc. à 1 litre d’eau); ces lavements doivent être répétés de deux à quatre fois par jour et administrés aussitôt après une évacuation alvinc; on aura soin d’injecter le liquide en

DYSENTERIE

plusieurs temps. Très rapidement les symptômes s’amendent et les selles redeviennent bilieuses.

Dans la forme grangreneuse on a préconisé les lavements de décoction de quinquina (10 ou 20 grammes pour 1000), de liqueur de Labarraque (4 grammes pour 250 grammes d’eau).

A une période avancée de la maladie, on peut employer les lavements astringents au tanin (2 à 4 grammes), au ratanhia (2 à 10 grammes), à Y écorce de chêne en décoction (50 grammes), à Yextrait de saturne (5 à 5 grammes pour 250 grammes d’eau); les lavements modificateurs et cautérisants au nitrate d'argent (5 à 50 centigrammes pour 200 grammes d’eau), à Y iode :

Teinture d’iode IÜ à 21) grammes.

Iodure de potassium 5 centigrammes à I gramme .

Eau distillée 250 grammes.

(Delioux de Savignac.)

les lavements hémostatiques au perchlorure de fer (une cuillerée à bouche pour 1 litre d’eau).

Tous ces lavements médicamenteux s’administrent aujourd’hui par le procédé de l’entéroclyse.

D’après Cantani et Kartulis, c’est au tanin qu’il convient d’accorder la préférence, cette substance étant douée de propriétés antiseptiques incontestables, sans être toxique ni irritante.

La médication du collapsus algide devient nécessaire dans les formes graves de la dysenterie (injections d'éther, de caféine , de sérum artificiel, etc.).

L’indication des injections de sérum est formelle lorsque la fréquence des selles devient considérable et qu’elles sont excessives, lorsqu’on voit apparaître une tendance marquée à l'hypothermie avec cyanose des extrémités, oiigurie, faiblesse du pouls (Dose et Vedel).

Lorsque le malade entre en convalescence, on prescrira comme toniques les préparations de quinquina , sous forme de poudre en pilules, de saccharolés, de macération, mais on évitera l’emploi des vins toniques.

La dysenterie laisse souvent à sa suite une diarrhée chronique que l’on peut combattre par le tanin associé à la poudre de Dover en pilules (50 centigrammes), par le sous-nitrate de bismuth, etc.

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