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C. — Traitement chez l'enfant

Il n’existe pas plus de traitement spécifique pour la broncho-pneumonie qu’il n’en existe pour la pneumonie. Le sérum antistreptococcique a donné tics résultats déplorables et l’on y a bien vite renoncé. I) ailleurs, la bronchopneumonie est une affection polymicrobicnnc et le diagnostic bactériologique est le plus souvent impossible. On en est donc réduit à une thérapeutique symptomatique, mais hàtons-nous de proclamer que le traitement s’est notablement simplifié dans ces dernières années, tout en gagnant en efficacité. Autrefois, le traitement s’adressait exclusivement à l’état local; aujourd’hui il vise autant l’infection que l'inflammation broncho-pulmonaire. Les moyens de traitement sont empruntés surtout aux agents physiques, et la supériorité de la balnéation est aujourd’hui universellement reconnue. Ajoutons que l’on a renoncé aux médications inutiles et dangereuses, telles que les vomitifs répétés, le kermès, le vésicatoire, et que l’on utilise presque exclusivement la voie sous-cutanée, plus sûre et plus rapide, pour l’introduction des médicaments. De grands progrès ont donc été réalisés ; néanmoins le pronostic de la broncho-pneumonie est toujours bien sombre, parce qu’elle atteint surtout les

BRONCHO-PNEUMONIE

enfants débilités par les privations, par les maladies antérieures, peu résistants à l’égard de l’infection.

Le malade doit être placé dans une chambre spacieuse, bien aérée, dont l'air sera fréquemment renouvelé. Il importe que la température ne dépasse pas 18 degrés et que l’enfant ne soit pas surchargé de couvertures.

L’air ne doit pas être trop sec; aussi doit-on le saturer d’humidité par des vaporisations continuelles. Le moyen le plus simple est de placer dans la chambre des casseroles pleines d’eau en ébullition sur des fourneaux à gaz ou des lampes à alcool. On peut additionner cette eau d’acide thymique, de teinture de benjoin et d’eucalyptus :

1 gramme.

| ;îâ 50 grammes.

1 litre.

La désinfection de la bouche et du nez doit être assurée de la façon indiquée plus haut.

V alimentai ion ne sera pas négligée, bien qu’elle présente souvent de grandes difficultés; le lait bouilli et stérilisé, le bouillon, les décoctions de riz et d’orge, le jus de viande, les crèmes, les purées, en feront les frais.

En cas de vomissements répétés, on pourra donner quelques lavements alimentaires. Chaque lavement sera ainsi composé :

Lait tiède. . . .

Jaune d’œuf. . .

Peptone sèche . .

Chlorure de sodium

Le gavage est nécessaire chez les enfants athrepsiés, nés avant terme.

C’est aux moyens externes que l’on s’adresse pour obtenir la décongestion du poumon, que les moyens internes sont impuissants à obtenir.

Le vésicatoire est aujourd’hui abandonné par l’immense majorité des médecins; on n’a plus recours qu’aux ventouses sèches, aux cataplasmes sinapisés. aux enveloppements humides. Il est à remarquer que l’enfant est particulièrement sensible aux agents révulsifs, et que l’on observe souvent la disparition rapide d’un foyer congestif sous 1 influence des enveloppements humides par exemple.

Les applications de ventouses sèches peuvent, être fréquemment répétées sans inconvénients. Les cataplasmes chauds de farine de lin produisent une rubéfaction rapide, qui est encore augmentée si l’on saupoudre de farine de moutarde la surface du vésicatoire; les cataplasmes sinapisés ne doivent pas être appliqués plus de cinq minutes. Ventouses et cataplasmes n’ont qu’une ; action révulsive passagère, pour ainsi dire limitée à la durée de leur application, aussi leur préférons-nous de beaucoup les enveloppements froids, conseillés par Ilenoch, en Allemagne, et qui sont devenus d’un usage courant en France, depuis quelques années : on prend une pièce de linge ou de tarlatane

60 ;i 100 grammes.

I gramme.

Acide thymique. . .

Teinture d’eucalyptus — de benjoin.

Eau

MALADIES DU POUMON

que l’on plie en plusieurs doubles et que l’on trempe dans de l’eau très froide, à 10 ou 15 degrés, employée pure ou additionnée d’un quart d’alcool. Après l’avoir exprimée, on l’applique comme une ceinture autour du thorax et on la recouvre de taffetas gommé. Ces compresses ne tardent pas à s’échauffer ; il faut alors les renouveler, c’est-à-dire les remplacer par d’autres que l’on tient toutes prêtes dans l’eau froide. Par suite du saisissement qui est le premier effet de leur application, la fréquence et l’amplitude des respirations augmentent; une quinte de toux survient qui permet l'expulsion des mucosités.

Les enveloppements humides ont donc pour avantage immédiat, de faciliter la désobstruction bronchique, de combattre l’atélectasie. Mais ils agissent encore et d’une façon lente, permanente, en décongestionnant le poumon : quand on retire les compresses, on voit que la peau est le siège d’une vive rubéfaction, comme si l’on avait appliqué un cataplasme sinapisé.

Une grande amélioration ne tarde pas à se produire, qui se traduit par la diminution de la dyspnée, par l’abaissement de la température, par l’atténuation des phénomènes congestifs.

Les enveloppements froids peuvent être renouvelés trois ou quatre fois par jour, pendant une heure chaque fois.

Les moyens que nous allons indiquer maintenant, drap mouillé et bains, ont une action plus complexe ; ils n’agissent pas seulement sur l’état local, ils combattent encore l’infection en stimulant le système nerveux, en provoquant la diurèse.

Le drap mouillé est jeté sur l’enfant et sert à l’envelopper tout entier, sauf la tête; par-dessus le drap mouillé on applique une couverture de laine et l’on frictionne l’enfant pendant quelques minutes au travers de la couverture et du drap. Quand le drap s’échauffe et devient fumant, on le retire. Ces enveloppements dans le drap mouillé peuvent être renouvelés plusieurs fois dans les vingt-quatre heures.

La balnéation constitue, à l’heure actuelle, le traitement principal de la broncho-pneumonie. On emploie les bains froids, les bains tièdes, les bains chauds.

Les bains froids à 25-20 degrés ne conviennent pas à tous les cas; ils sont surtout utiles dans les formes de broncho-pneumonie avec hyperthermie et prédominance de phénomènes généraux : convulsions, agitation, délire, mais ils sont contre-indiqués dans les formes suffocantes avec grosses lésions, quand le cœur présente des signes de faiblesse et que le collapsus est imminent : enfin ils ne peuvent être employés chez les tout jeunes enfants.

Les bains lièdes et frais à 55-28 degrés sont d’un usage plus général ; on commence par donner un bain à une température inférieure de 2 degrés à celle de l’enfant, puis on donne les bains suivants à des températures progressivement décroissantes, sans descendre au-dessous de 28 degrés.

La durée du bain est de cinq minutes en moyenne; on pourra laisser l’enfant d’autant plus longtemps dans l’eau que la température sera plus rapprochée de 35 degrés.

BRONCHO-PNEUMONIE

Les effets immédiats sont des plus favorables : l’agitation, l’anxiété, se calment et le sommeil survient en général après le bain. La température s’abaisse, la respiration devient moins fréquente et les urines sont plus abondantes.

En somme les bains tièdes ont uiï effet sédatif et antitoxique des plus accentués.

En cas de cyanose, de tendance au collapsus, il est utile d’employer le bain tiède sinapisé que l’on prépare en met tant 150 à "200 grammes de farine de moutarde dans un sac de toile plongé d’abord dans l’eau froide, puis dans l’eau du bain.

Les bains tièdes doivent être répétés plusieurs fois par jour, toutes les quatre heures environ dans les cas de moyenne intensité, plus souvent dans les cas très graves (toutes les deux heures). On les espace ensuite suivant l’état dans lequel se trouve l’enfant.

Les bains chauds à 58 degrés, suivant la méthode du professeur Renaut (de Lyon), sont d’emploi plus récent. Ils ont été employés à la clinique du professeur Grancher et ont donné de très bons résultats, puisque sur 68 malades 57 ont guéri, soit 54,4 pour 100, statistique des plus remarquables pour un milieu hospitalier (Kuborn, Thèse de Paris, 1897).

L’enfant est laissé dans l’eau pendant dix à vingt minutes ; on place une compresse froide sur sa tête pendant toute la durée du bain et on lui fait boire de temps en temps un peu de grog ou de champagne.

Une température rectale de 59 degrés, l’agitation et la dyspnée, la fréquence extrême du pouls, commandent le bain à 58 degrés. Toutefois, ces bains sont déprimants, le bien-être qu’ils déterminent est moins prononcé qu’avec les bains tièdes. Lorsqu’il existe des complications cardiaques, ils sont contreindiqués ; aussi les bains tièdes conviennent-ils à la majorité des cas, et c’est eux que nous considérons comme les meilleurs moyens de traitement de la broncho-pneumonie.

Pour en terminer avec les moyens externes, mentionnons les enveloppements des extrémités dans des bottes d’ouate, qui déterminent une révulsion à distance très appréciable, et les frictions stimulantes avec des llanelles chaudes imbibées d’eau-de-vie camphrée, avec de l’essence de térébenthine, du baume de Fioravanti, de l’eau de Cologne, etc.

Parmi les moyens internes, les uns visent l’état local, les autres s’adressent à l’infection.

Parmi les premiers, les vomitifs sont employés depuis longtemps, mais leur emploi tend à se restreindre de plus en plus, depuis que la balnéation, les enveloppements humides, permettent d obtenir la décongestion du poumon, d’une façon plus sure, plus durable et moins pénible. L 'ipéca d’ailleurs n’est indiqué qu’au début de la maladie, chez des enfants encore vigoureux et résistants; il est dangereux chez les enfants déprimés et à une période avancée de la maladie.

-Min d’atténuer le plus possible ses effets déprimants, on donnera le sirop d’ipéca additionné de poudre (autant de centigrammes (pie de grammes de

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sirop ) en le fractionnant par cuillerées à café de cinq en cinq minutes jusqu'à ce que l’effet soit obtenu.

Les purgatifs, bien que moins dangereux, doivent cependant être employés avec discrétion. On emploiera surtout les laxatifs doux tels que la manne, le sirop de rhubarbe, chez les tout jeunes enfants; aux autres on donnera le calomel à raison de 5 centigrammes par année d'âge.

Le lait, le café, Voxymel scillitique (5-15 grammes), excitent la sécrétion urinaire, mais les bains, les injections de sérum, agissent plus efficacement encore comme diurétiques.

La digitale est indiquée comme tonique cardiaque (X à XV gouttes de teinture, 5 à 10 centigrammes de poudre en infusion); toutefois on lui préférera la caféine qui agit plus rapidement et que l’on peut employer en injections sous-cutanées (0 gr. 10 par année), la strychnine, la spartéine (voir le traitement de la pneumonie). Comme stimulants généraux, on emploie les sels ammoniacaux et notamment Y acétate d' ammoniaque :

Julep gommeux )

Sirop de tolu )

Cognac

Acétate d’ammoniaque ) »

Denzoate de soude )

ou :

Teinture de kola ) ^

Teinture de cannelle )

Acétate d’ammoniaque

Julep gommeux q. s. pour

I nc cuillerée à dessert toutes les heures ou toutes les deux heures; on peut encore prescrire X à XV gouttes d ammoniaque anisée en potion.

L alcool, sous forme de vin ou de cognac, est le stimulant par excellence; mais il est nécessaire de ne pas dépasser la mesure ni d’administrer des quantités hors de proportion avec l’âge de l’enfant ; aussi est-il préférable de prescrire en potion soit du vin de .Malaga, soit du cognac, qui peuvent être ainsi mieux dosés, et que l’on peut faire prendre plus aisément à intervalles réguliers; à un an, on prescrira 20 grammes d’eau-de-vie ou de vin de Malaga, 40 à 50 grammes au maximum au-dessus de deux ans :

Sirop de quinquina ) ~

— de fleurs d’oranger )

Klmm ou cognac

Infusion de mélisse

Vin de malaga

Sirop de fleurs d’oranger

Teinture de kola

Eau distillée

l ue cuillerée à dessert de deux en deux heures.

15 grammes.

([. variable.

(30 grammes.

il) grammes.

00 grammes.

2 grammes.

lSKONCHO-PNKl'MONIi;.

lin cas de eollapsus, on fera des injections hypodermiques d'éther, ou mieux d'huile camphrée au 10'' (une injection d'un quart de seringue, répétée plusieurs fois par jour).

Chez les enfants dont la peau est couverte d’ecthyma, il faut s'abstenir autant que possible des injections sous-cutanées; on peut alors faire prendre le camphre par la bouche : camphre 1 à 3 centigrammes, sucre de lait 50, pour un paquet; 5 ou 4 par jour, avant les tétées, chez le nourrisson.

Les injections de sérum artificiel aux doses de 10 à 50 grammes ou plus, suivant l’âge, constituent un stimulant de premier ordre; elles relèvent le pouls, assurent la diurèse et combattent l'adynamie.

Les inhalations d'oxygène constituent encore une ressource (pie l’on pourra utiliser avec grand profit.

Le meilleur antithermique est à coup sur le bain-, néanmoins la quinine est un adjuvant utile dont l’action tonique est incontestable. On prescrira 10 à 15 centigrammes de quinine par jour et par année d’âge. On peut prescrire le bichlorhydrate en potion (avec de l'extrait de réglisse) :

Eau distillée 4a grammes.

Sirop simple 10

Extrait de réglisse 5

Bichlorhydrate neutre de quinine 00 centigrammes.

(Maiifan.)

Chaque cuillerée à café contient 5 centigrammes de sel de quinine, mais la potion est souvent rejetée, et il vaut mieux avoir recours aux suppositoires, soit aux lavements, parfois même aux injections sous-cutanées:

Bichlorhydrate de quinine *2 grammes.

Eau distillée 10 —

(A chaud). Une seringue contient 20 centigrammes, injecter un quart de seringue par année d’âge.

Chez les tout jeunes enfants, on a utilisé la méthode des frictions, bien que l’absorption cutanée soit très faible :

Axonge beuzoïnée 50 grammes.

Chlorhydro-sulfate de quinine 5

Ainsi que les suppositoires.

Tous les autres antithermiques, y compris l’antipyrine, doivent être proscrits de la thérapeutique infantile, comme d’ailleurs de celle des adultes.

La broncho-pneumonie peut se prolonger, la résolution des lésions tardant à se faire. En pareil cas, le traitement du début, bains, quinine, alcool, doit être interrompu. Il faut s’appliquer à soutenir les forces par une alimentation réparatrice (œufs, crèmes, purées de légumes, hachis de viande), faire prendre des balsamiques :

MALADIES Dll POUMON.

Sirop de loin. . . .

— de térébenthine

parties

égales.

ou prescrire' le carbonate de gaïacol, en suppositoires (un suppositoire contenant 1 centigramme de ce médicament, matin et soir) et un peu plus tard Y huile de foie de morue ou, si elle est mal tolérée, le sirop iodo-tannique, le sirop de rai fort iodé. Vio dure de fer:

Sirop de quinquina 40 grammes.

— de terpine 50 —

— d’iodure de fer GO —

Eau de menthe 50

Trois cuillerées à bouche par jour.

Enfin V arsenic :

Sirop de quinquina ) „

— antiscorbutique j

Arséniate de soude

l'ne cuillerée à calé matin et soir.

100 grammes.

5 centigrammes.

Si l’enfant entre en convalescence dans lecours de l’hiver, un hivernage au bord de la Méditerranée hâtera la guérison complète.

Dans la belle saison on peut envoyer, à la Bourboule ou au Mont-Dore, les enfants chétifs, amaigris, suspects de tuberculose ; ou bien aux eaux sulfureuses (Luchon, Eaux-Bonnes, Saint-Honoré, etc.) ceux qui ont une bronchite persistante.

Si les enfants ne peuvent se déplacer, on peut faire prendre un verre à 1 ordeaux d’eau de Labassère tous les matins dans une lasse de lait tiède.

Le traitement des complications tardives (emphysème, dilatation bronchique, sclérose pulmonaire, adénopathie trachéo-bronchique) sera indiqué plus loin.

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