C. — Traitement des formes graves
Nous venons de voir quelle est la meilleure règle de conduite à observer dans les cas de pneumonie bénigne, qui sont de beaucoup les plus fréquents, tout au moins chez les sujets jeunes.
Occupons-nous maintenant des pneumonies graves. Une pneumonie est grave, lorsqu’elle s’accompagne d’hyperthermie avec phénomènes nerveux ataxo-adynamiques ou de manifestations viscérales extra-pulmonaires, lorsqu'elle perd, en un mot, l'aspect d’une maladie localisée pour revêtir celui d’une infection généralisée; enfin lorsqu'elle tend à la suppuration ou à la gangrène. Ces pneumonies infectantes s’observent surtout en temps de grippe, ou bien chez les malades débilités par les excès ou les privations, chez les alcooliques, les diabétiques, etc. Une pneumonie est grave encore, lorsque surviennent des phénomènes d’asystolie aiguë, une asphyxie progressive due à la dilatation du cœur; dans ce dernier cas, le danger n’est pas dans l'état du poumon, il est au cœur, ainsi qu’on l'a souvent répété, et c’est une médication cardiaque qu’il faudra instituer. Le collapsus cardiaque est surtout à redouter chez les vieillards, chez les malades atteints d’alcoolisme, d’affections valvulaires et d’arlério-sclérose ou de mal de Bright, et enfin chez les femmes enceintes; il peut d’ailleurs coexister avec les formes infectieuses de la pneumonie.
Contre la pneumonie infectieuse, nous pouvons employer deux grandes médications : la médication tonique et la balnéation.
Todd, en instituant la médication par l 'alcool, qui, bornée d’abord au traitement de la pneumonie, a été généralisée ensuite à celui de toutes les maladies infectieuses, a fait faire un immense progrès à la thérapeutique. « Il suffit de parcourir le traité de Grisolle, d’y constater la répugnance, l’effroi, si 1 on peut dire, qu inspirait l’emploi du vin ou de l’eau-de-vie, dans le traitement des inflammations, pour se rendre compte de ce qu’il fallut de conviction à Todd, en Angleterre, et à Réhier, en France, pour préconiser les alcooliques, si redoutés, contre l’affection qu’on regardait comme type des maladies inflammatoires. »
Il faut d’ailleurs se garder de toute exagération et éviter d’ériger l’emploi de I alcool en traitement systématique de la pneumonie. Todd, avec un grand
PNEUMONIE
sons clinique, avait précisé et limité les indications; il ne donnait l'alcool (pic dans les pneumonies des alcooliques et dans les pneumonies adynamiques ou infectieuses. Chez les vieillards, les cachectiques, l’adynamie est de règle; chez eux l’alcool sera donc toujours indiqué, de même que dans les pneumonies secondaires et les pneumonies ataxo-adynamiques ou typhoïdes, avec ou sans hyperthermie.
Il ne suffit pas de connaître les indications de l’alcool, il faut savoir l’administrer. Todd avait parfaitement indiqué « que le succès de l'emploi de
l'alcool dépend presque entièrement de son mode d’administration Ce n'esl
pas un tant d'alcool par jour qu’il faut ordonner, mais tant par demi-heure, par heure ou par deux ou trois heures, suivant l’état du malade ». Les doses massives ou trop souvent répétées peuvent, en effet, déterminer le délire ou même le coma.
Todd donnait une demi-once de brandy (14 grammes), toutes les deux ou trois heures (soit 110 à 170 grammes par jour), dans les cas de moyenne intensité; toutes les heures ou toutes les demi-heures (soit 500 à 600 gr.), dans les cas pressants; mais il ne maintenait ces dernières doses que pendant un temps fort court.
Béhier donnait 150 grammes d’eau-de-vie dans les cas ordinaires, et jusqu’il 500 grammes dans les cas graves, étendus de 80 à 100 grammes d’eau, et faisait prendre une cuillerée à bouche du mélange toutes les deux heures
environ.
En somme il faut donner de l'eau-de-vie à doses fractionnées, et diluée dans une certaine quantité d’eau, sous forme de grog, afin de maintenir le malade sous l'influence permanente de l’alcool, tout en évitant l’action locale (irritation de l'estomac) et l’action générale dépressive dues aux doses massives. Il nous a semblé rarement nécessaire de dépasser la dose de 200 grammes pro die.
A ! eau-de-vie on peut d’ailleurs substituer le champagne frappé, souvent mieux toléré, ou les vins fortement alcoolisés, comme le porto, le malaga, le xérès. Ceux-ci conviennent particulièrement chez les enfants; chez ces derniers, on doit les donner sous forme de potion dans un julep gommeux; ils sont ainsi facilement acceptés (dose : 50 à 60 grammes chez les jeunes enfants).
L action de l'alcool est aisée à concevoir :
1° 11 sert comme aliment absorbable directement par les veines, sans métamorphose préalable ;
2° Il soutient les forces en empêchant la dénutrition; « l’aliment alcoolique » (Todd) est l'aliment d’épargne par excellence:
5" 11 soutient encore les forces par son action directe sur le système nerveux :
4° Il agit comme antilhermique (l’action antithermique étant d'ailleurs peu accusée) et peut-être comme antiparasitaire;
5" Enfin, chez les alcooliques, il permet d’éviter les accidents graves qui résulteraient de sa suppression brusque.
A 1 alcool on joindra avec avantage le café, dont l’action sur le cœur et sur
MALADIES DU POl’MO.N.
le rein s’associe utilement aux effets toniques de l’alcool. Quant au quinquina, à la kola, 1 > i e n (|uc l’on ne doive pas en abuser, en raison des troubles digestifs que ces remèdes peuvent déterminer, ils sont utiles chez les malades débilités, chez les cachectiques. On peut prescrire :
Eau distillée 140 grammes.
Sirop d’écorces d'oranges amères 60
Vin de quinquina 40
Extrait de quinquina S —
Par cuillerées à bouche, trois fois par jour (Barth). ou :
Extrait de quinquina ,
— de kola ' a‘l
Eau-de-vie vieille
Sirop d’écorces d’oranges
Une cuillerée à soupe toutes les deux heures.
Ce n’est pas sans hésitation que l’on s’est décidé à donner des bains froids aux pneumoniques. On vivait sur cette idée que le froid est la cause principale des inflammations du poumon, et il semblait absurde d’appliquer comme remède la cause principale du mal. Aujourd’hui que la pathogénie de la pneumonie est mieux connue, et que l’influence du froid est réduite au rang de cause accessoire, le préjugé a disparu et l’on ne craint pas de recourir, dans certains cas, aux bains froi 1s.
Il ne s’agit pas là, d’ailleurs, d’un nouveau mode de traitement; sans remonter à Hippocrate, il est bon de rappeler que Bartholin, il y a deux cents ans, donnait des bains froids dans les affections pulmonaires aiguës. En 1834, un médecin italien, Campagnano, avait essayé la médication par le bain froid, mais cette tentative n’avait pas trouvé d’imitateurs; par contre, les bains tièdes avaient été administrés dans plusieurs circonstances et Grisolle avait écrit que s’il n’en avait pas toujours obtenu les effets qu’il désirait il n’avait jamais eu à se repentir de les avoir administrés.
C’est seulement depuis quarante ans que le traitement de certaines pneumonies par les bains froids est entré dans la pratique; mais il faut reconnaître que, si nombre de médecins allemands (Yogel, Weber, Liebermeister, Ziemmsen et surtout Jurgensen) ont préconisé vivement ce mode de traitement, les médecins français ne l’ont accueilli qu’avec une répugnance inarquée; aujourd’hui encore existe contre lui un préjugé puissant. Cependant les travaux et communications de Gignoux (de Lyon), de Barth, Rendu, Juhel-Rénoy, etc., ont montré les excellents résultats que l’on pouvait retirer de la balnéation.
En réalité, le bain froid peut être utile ou nuisible, suivant qu’il est indiqué ou non, et ce sont ses indications qu’il s’agit de déterminer. Il nous faut constater, tout d’abord, que la réfrigération dans la pneumonie doit rester une
,) grammes.
PNEUMONIE
méthode d’exception; elle est inutile dans les formes bénignes, (die n’est applicable que dans certaines des formes graves (Barth).
Le bain froid est contre-indiqué d’une façon absolue chez les vieillards, les cardiaques et les artcrio-scléreux, chez les diabétiques et les brightiques. Il faudra donc ne l’employer qu’à bon escient, après s’être assuré notamment que le malade n’est atteint ni d’une cardiopathie, ni d’artério-sclérose, ni de diabète ou d’albuminurie. Par contre, si l’asthénie cardiaque est le résultat de la maladie elle-même, le bain sera indiqué, à la condition qu’il n’y ait pas imminence de collapsus.
D’une façon générale on peut, on doit même administrer les bains froids dans les cas de pneumonie où ies phénomènes généraux sont très marqués et dépassent de beaucoup en importance et en gravité les phénomènes locaux; ainsi, si la température oscille entre 40 et 41 degrés, s’il existe des phénomènes ataxo-adynamiques intenses, on ne devra pas hésiter un seul instant à baigner le malade. Donné dans ces conditions, le bain froid diminue la température; mais il agit avant tout sur le système nerveux, en faisant disparaître 1 adynamie, en exerçant une action sthénique immédiate, en relevant la tension artérielle;' il provoque, en outre, la diurèse, et ce n’est pas là un avantage à dédaigner, car l’on sait que dans la pneumonie, comme dans toutes les maladies infectieuses d’ailleurs, s’accumulent dans l’organisme des toxines dont il importe de favoriser l’élimination (les expériences de MM. Bouchard, Lépine, Roger et Gaume ont mis en lumière la très faible toxicité des urines des pneumoniques, ce qui indique la rétention dans l’économie des produits toxiques). En somme, l’existence des phénomènes généraux graves est la seule indication formelle du bain froid, chez les malades qui ne sont ni cardiaques, ni artério-scléreux, ni diabétiques, ni brightiques et qui sont âgés de moins de cinquante ans.
L’hyperthermie seule n’est pas une indication, contrairement à l’opinion de Liebermeister ; l’élévation de la température ne mesure nullement le degré de gravité de la maladie; sans doute une hyperthermie excessive est l’indice d’un étal grave, mais le même degré de gravité peut s’observer avec une lièvre modérée.
L influence favorable exercée par le bain se manifeste presque aussitôt après I entrée du malade dans la baignoire : la respiration devient plus ample, la toux plus fréquente, l’expectoration plus abondante, les foyers congestifs diminuent d’étendue (Jurgensen); enfin la cyanose disparait, ce qui indique que les circulations locales se régularisent et que le cœur redevient de nouveau suffisant à sa tâche. D’autre part, les symptômes qui caractérisent l’infection s'atténuent; le délire, l’agitation et l’adynamie disparaissent; le malade peut jouir d’un sommeil réparateur; enfin, la fonction rénale, un instant suspendue, reprend son activité ; grâce à la polyurie qui s’installe sous l’influence de la balnéation, l’élimination des poisons accumulés dans l’organisme peut se faire. Quant à la température, bien qu elle atteigne habituellement de nouveau, au bout de deux ou trois heures, le degré qu’elle présentait avant le bain, elle peut rester indéfiniment inférieure de quelques dixièmes de degré.
MALADIES DU POUMON
La courbe générale se trouve modifiée ; la défervescence parait se faire lentement et régulièrement au lieu de se produire brusquement. L’influence heureuse du bain froid est prouvée par la faible mortalité des malades qui ont été soumis à la médication réfrigérante (statistique de Fisimer, Brugnatelli, Kisselef. Gignoux, etc.). Afin de t:\ter la susceptibilité des malades et pour prévenir autant que possible le collapsus, beaucoup plus à redouter dans la pneumonie que dans la fièvre typhoïde, il sera bon de donner presque tièdes les premiers bains et de les refroidir progressivement ; on peut ensuite donner d'emblée le bain froid à 20", de cinq à dix minutes de durée, répété toutes les trois ou quatre heures, si les premiers bains sont bien supportés ; il va sans dire que, pendant et après le bain, on devra donner à boire au malade des grogs, du vin chaud et que celui-ci sera retiré de beau au premier frisson. Pour de plus amples détails concernant la technique, nous renvoyons au chapitre consacré à la fièvre typhoïde.
Lorsque avec des phénomènes généraux graves coïncident des lésions locales très étendues, le bain froid peut être encore utile, mais il est moins efficace que dans les cas précédents. Enfin, s’il existe surtout de grosses lésions locales, une pneumonie double, avec peu de réaction, il faut s’abstenir du bain froid, de crainte de déterminer le collapsus.
Les enveloppements dans le drap mouillé, qui constituent un procédé moins brutal que le bain froid, doivent être préférés à ce dernier quand on a quelques raisons de craindre le collapsus chez des sujets déjà âgés ou dont le cœur ne paraît pas d’une intégrité parfaite. Sur un lit on étale une couverture de laine, par-dessus cette couverture un drap trempé dans l’eau à 15 degrés et plus ou moins exprimé. Le malade est, alors placé sur le drap, avec lequel on l’enveloppe en interposant des plis entre les jambes, les bras et le corps, de façon que toute la surface cutanée soit en contact avec le linge mouillé. On replie ensuite la couverture de laine sur le malade. L’application est ainsi maintenue pendant une heure et peut être renouvelée deux ou trois fois dans les 24 heures. Après un premier frisson, le malade accuse une sensation de bien-être ; sa respiration devient plus ample, plus régulière ; il tousse et cette toux est suivie d’une expectoration facile qui soulage. En même temps l’agitation disparait et le sommeil survient parfois au cours de l’enveloppement. Dans les cas favorables une réaction franche s’établit, des sueurs abondantes se produisent, et le résultat final est une amélioration marquée tant de l’état général que de l’état local.
Les enveloppements froids du thorax, déjà indiqués, constituent un moyen moins brutal, mais encore suffisamment énergique, dont l’action se traduit localement par la décongestion du poumon et qui déterminent d’autre part un certain abaissement de transpiration, un relèvement de la tension artérielle, une diurèse plus marquée.
Les injections de sérum artificiel sont utiles dans toutes les pneumonies infectieuses, elles relèvent la tension vasculaire, favorisent la diurèse et stimulent le système nerveux.
Nous venons d’indiquer les divers moyens que l'on peut opposer aux pneu-
PNEUMONIE
moitiés, qui sont graves surtout par leurs phénomènes généraux, qui sont plus infectantes qu’asphyxiantes.
Mais la pneumonie peut être grave (et le cas est beaucoup pins fréquent) par suite de l'étendue des lésions pulmonaires qui rétrécissent considérablement le champ de l’hématose et déterminent l’insuffisance du myocarde, d’où l’asystolie aiguë; c’est ce qui fait la gravité de la pneumonie chez les vieillards. A ces pneumonies, où le danger est au cœur, il faut opposer une médication cardiaque.
La digitale est employée depuis longtemps dans le traitement de la pneumonie. Au commencement du siècle, Ilasori l’avait prescrite connue un contrestimulant: elle fut remise en honneur par Traube en 1850, et par le professeur Ilirtz (de Strasbourg) en 1862. Hirtz prescrivait systématiquement la digitale, dans le but d’abaisser la température; il donnait de 75 centigrammes à 1 gramme de poudre de feuilles en infusion, pendant deux ou trois jours de suite. Aujourd’hui on la prescrit uniquement pour permettre au cœur de lutter contre les obstacles h la circulation pulmonaire. Sous l’influence do cette médication. on constate la diminution de la dyspnée, l’élévation de la pression artérielle; quant à l’abaissement de la température, il se produit au bout de trente-six heures environ après le début de la médication. On doit prescrire la digitale lorsque le pouls devient petit et dépressible, qu’il existe une stase veineuse se traduisant par la cyanose ; pour en retirer de bons effets, il ne faut pas hésiter à l'employer de bonne heure ; plus on temporisera et moins elle aura d’efficacité. On peut employer soit l’infusion ou la macération, soit la digitaline. M. Huchard donne la préférence à cette dernière et prescrit volontiers 1 milligramme de digitaline chloroformique pris en une seule fois, pendant un jour seulement. 11 fait remarquer qu’il est inutile de fractionner les doses, car elles se fractionnent d’elles-mèmes dans l’organisme, en raison de la lenteur de leur action et de leur élimination.
On pourra prescrire :
Digitaline ch!oroformir[n<
Alcool à 90°
Glycérine
LX gouttes représentant 1 milligramme.
On peut encore associer la noix vomique à la digitale, quand les phénomènes d’asthénie nerveuse coïncident avec l’affaiblissement du cœur. On prescrit :
1 centigramme.
Il grammes.
Teinture de noix vomique
— de digitale
X gouttes, trois ou quatre fois par jour.
lia 5 grammes.
La caféine est, d’autre part, une ressource précieuse dans la pneumonie ; elle remplace avantageusement la digitale, surtout chez les vieillards, parce
MALADIES DU POUMON
que ses effets sont plus rapides que ceux de la digitale et que les myocardes scléreux réagissent mal sous l inlluence de ce dernier médicament. La caféine non seulement relève l’énergie cardiaque, mais encore combat l’adynamie et favorise la diurèse, aussi est-elle le remède par excellence à employer dans la pneumonie des cachectiques et des vieillards. Elle a toutefois l’inconvénient de provoquer une vive agitation chez certains malades et parfois même un délire violent, avec hallucinations. L’injection sous-cutanée est le meilleur mode d’administration (25 centigrammes trois ou quatre fois par jour).
Benzoate de soude ) n ....
Eau distillée q. s. pour 10 c. c.
Lue seringue de Pravaz de la capacité d’un centimètre cube contient 25 centigrammes de caféine.
Verr/ol de seigle est également utile comme tonique cardio-vasculaire. M. Barth fait prendre 2 fois par jour II à Y gouttes de la solution d’ergotiniuc de Tanret, au millième.
On peut encore combattre l’adynamie et la tendance au collapsus au moyen des injections d 'éther, d 'huile camphrée :
Huile d’olives stérilisée 100 grammes.
Camphre 10 —
(IIuciiard.)
Injectez le contenu d’une seringue de Pravaz deux à quatre fois par jour, ou de strychnine :
Eau distillée 10 grammes.
Sulfate de strychnine I centigramme.
Injectez deux à quatre demi-seringues par jour.
On a préconisé encore les injections de spartêine :
Sulfate de spartêine 1 gramme.
Eau distillée. 50 grammes.
Deux à quatre injections dans la journée.
L’association de la strychnine et de la spartêine donne de très bons résultat :
Sulfate de strychnine I centigramme.
— de spartêine 50 centigrammes.
Eau distillée 10 grammes.
Injecter de 2 à G seringues par jour.
PNEUMONIE
Les inhalations d'oxygène constituent encore un bon moyen de stimuler les fonctions respiratoires et cardiaques.
M. Huchard emploie comme tonique le mélange suivant :
Teinture de kola — de coca
60 grammes.
Une cuillerée à café, une, deux ou trois fois par jour dans une tasse de lait chaud et sucré, ou encore dans un peu de curaçao étendu d’eau.
««PI lelons enfin que la saignée peut rendre de grands services lorsque survient une congestion pulmonaire rapide, se traduisant par une dyspnée intense avec cyanose, dilatation des veines du cou, expectoration mousseuse et sanguinolente. Ces congestions, qui s’observent de préférence chez les individus pléthoriques, plus ou moins entachés de goutte, d’arthritisme, chez les femmes enceintes, sont justiciables de la saignée qui permet souvent de parer à l’asphyxie imminente.
Il va sans dire que, lorsqu’on a des raisons de craindre la congestion passive hypostatique chez des sujets affaiblis, chez les vieillards, il est nécessaire de changer souvent les malades de position, et les faire coucher alternativement sur l’un ou I autre côté.
Nous venons d’indiquer les règles générales du traitement des pneumonies graves; lorsque la pneumonie est secondaire, quelques indications spéciales peuvent se présenter.
Chez les cardiaques, l’emploi de la digitale est indiqué dès le début, car on a plus de chances de prévenir l’asystolie que de la combattre quand elle existe. Chez les cardiaques débilités ou déjà asystoliques, on utilisera de préférence la caféine en injections sous-cutanées, l’action de ce médicament étant beaucoup plus rapide que celle de la digitale. Chez les gibbeux, la digitale est inutile; on s’en tiendra aux injections de caféine, d'huile camphrée, de spartéine, aux inhalations d'oxygène, etc.
Chez les femmes enceintes, il faut éviter toute médication perturbatrice, s’abstenir de donner de la digitale ou la quinine qui pourrait provoquer l’avortement. On s'efforcera de modérer la dyspnée toujours très marquée, au moyen des applications de ventouses sèches, de ventouses scarifiées; une asphyxie imminente nécessiterait une saignée. Enfin on prescrira les stimulants diffusibles, camphre , éther, acétate df ammoniaque et l 'alcool, mais celui-ci à doses modérées seulement (60 à 80 grammes), les femmes supportant mal l’alcool.
Chez les alcooliques, la pneumonie peut déterminer des symptômes généraux inquiétants, tels que fièvre intense, délire violent ou prostration, sans que la pneumonie passe à la suppuration, ou bien la gravité des lésions pneumoniques marche de pair avec les phénomènes généraux. En tout cas, les indications sont les mêmes; il faut donner Y alcool « larga manu », c’est-àdire de 1 50 à 200 grammes de rhum, dilué dans autant d’eau sucrée, mélange ((ue I on fait prendre par cuillerées à soupe d heure en heure, et, d’autre part ,
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associer l’opium à l’alcool, soit en donnant l’extrait thcbaique on potion, à la dose de 0 gr. 10, ou le laudanum à la dose de 50 à 60 gouttes par jour, dans du vin (15 gouttes équivalent à 0 gr. 05 d’extrait). Chez les malades intoxiqués par les essences, qui par suite de la privation de leur poison habituel se trouvent très déprimés, il faut pratiquer les injections de strychnine et de spartéine suivant la formule indiquée plus haut.
Chaque seringue contient 0 gr. 05 de spartéine et 0 gr. 001 de strychnine; on injecte deux seringues le premier jour et on augmente d’une ou deux seringues par jour jusqu’à la dose quotidienne de 0 gr. 006 de strychnine et de 0 gr. 30 de spartéine. Les bains froids sont dangereux dans la pneumonie des alcooliques.
Chez les paludiques, la pneumonie est surtout justiciable du traitement par le sulfate de quinine aidé de 1 alcool.
Chez les diabétiques on donnera l'alcool à hautes doses, on prodiguera les inhalations d'oxyyène, les injections de caféine, celles de sérum artificiel, mais trop souvent sans succès.
Chez les brightiques, le traitement est le plus souvent impuissant à enrayer le processus pneumonique qui précipite l’apparition de l’urémie.
D. — Traitement de la pneumonie chez l’enfant.
La pneumonie est le plus souvent très bénigne chez l’enfant; aussi doit-on s’abstenir chez lui de toute médication active. Lait, lit, looch, ainsi que le disait Gintrac, résument à peu près tout le traitement. La saignée, les vomitifs, les antimoniaux sont rigoureusement contre-indiqués.
Au début, la pneumonie s’annonce souvent par des phénomènes convulsifs, délirants ou comateux, qui peuvent faire croire à tort à l’invasion d’une méningite, mais qui cèdent aisément sous 1’inlluence des bains tièdes et de l’administration du bromure de potassium ou du chloral :
Eau distillée 40 grammes.
Sirop d’écorces d’oranges 20 —
Hydrate de chloral 50 centigrammes.
Potion à donner en 5 ou 4 fois à un enfant de cinq ans.
Le bromure se donne à la dose de "20 centigrammes au-dessous d’un an, de 40 centigrammes à partir d’un an, de I à 2 grammes à partir de deux ans.
A la période d’étal, on se borne à administrer une potion contenant une petite quantité d’un sel ammoniacal :
Chlorhydrate d’ammoniaque. . . 25 centigr. à 1 gramme.
Benzoate de soude 2 à 4 grammes.
Sirop de polygala 20 —
julep gommeux 100 —
PNEUMONIE
à donner par cuillerées à café, que l’on fait alterner parfois avec une potion alcoolisée. L alcool, le vin doivent être prescrits à doses très modérées et ne sont réellement utiles que quand il existe une faiblesse, une prostration très marquées; on ne dépassera pas la dose de 20 à 50 grammes de cognac ou de
vin de Malaga :
Julep gommeux 60 grammes.
Cognac 20 —
Extrait de quinquina I gramme.
Par cuillerées à café.
On peut associer une petite quantité de teinture de digitale à l’alcool, 0 le pouls est mou et faible :
Teinture de digitale V à X gouttes.
Eau-de-vie vieille 10 à 40 grammes.
Julep gommeux 100 —
On prescrira la macération de digitale (5 à 20 centigr.de poudre de feuilles suivant 1 âge).
Contre la dyspnée on prescrit les ventouses sèches; si le point de côté est particulièrement violent on fait appliquer une ou deux ventouses scarifiées « loco dolenti ». Les enveloppements froids du thorax constituent un excellent moyen révulsif et antithermique.
Le trional à la dose de 25, 50 ou 75 centigrammes suivant l’àgc, administré le soir dans un peu de lait chaud, peut procurer le sommeil sans exposer à des accidents.
Tels sont les moyens à employer dans les pneumonies bénignes qui constituent la règle chez les enfants. Il va sans dire (pie Ton maintiendra le petit malade à la diète liquide : lait, bouillon, tisanes chaudes, sirops de fruits étendus d'eau, thé léger; qu’on veillera au bon fonctionnement de l’intestin. Il pourra être utile, au cours de la maladie, d’administrer un purgatif léger : calomel , scamrnonée, etc., le calomel étant particulièrement indiqué s'il existe de l’angiocholite (gros foie, subictère).
Dans les pneumonies qui s’accompagnent de phénomènes généraux graves, on insiste sur l’emploi de l’alcool, des stimulants diffusibles :
Acétate d’ammoniaque 5 grammes.
Teinture de cannelle 10 —
Vin cordial SI) —
Par cuillerées à café toutes les demi-heures.
ou :
Teinture de noix vomique Sirop de quinquina . . .
Eau-de-vie vieille. . . .
V à X gouttes.
îïïi 30 grammes.
Par cuillerées à café d’heure en heure.
MALADIES DU POUMON
(il '2
On injecte la caféine (20 à 50 centigrammes par jour), la spartéine (1 à 2 centigrammes par jour et par année), la strychnine (1 milligramme par jour et par année d’àge). Y huile camphrée , s'il existe île la tendance au collapsus.
S’il existe une agitation excessive, on prescrit le bromure en potion, le musc et le camphre en lavement :
âïi 25 à 50 centigrammes.
100 grammes.
Mais, dans les cas graves, lorsque l’agitation ou la stupeur sont liées, ce qui est la règle, à une hyperthermie très marquée, le meilleur traitement, la médication de choix consiste exclusivement dans l’emploi des bains tièdes ou frais, à 34, 52, 50 degrés, selon les cas, donnés toutes les trois ou quatre heures, la durée de chaque bain étant d’environ dix minutes. Outre la balnéation on emploiera les enveloppements froids du thorax répétés à plusieurs reprises dans les 24 heures, pendant une heure chaque lois.
Les bains tièdes ou frais suffisent chez les enfants et l’on n’aura recours chez eux aux bains froids à 25 degrés ou même 20 degrés (pie tout à fait exceptionnellement. Ceux-ci, en tout cas, sont formellement contre-indiqués s’il existe un affaiblissement marqué du cœur, avec cyanose, dyspnée extrême, menace de collapsus.
Musc
Camphre
Jaune d’œuf’
Décodé de graines de lin
BRONCHO-PNEUMONIE
La broncho-pneumonie est une affection beauconp plus grave que la pneumonie; en effet, ses facteurs microbiens, notamment le streptocoque, déterminent une infection généralisée plus fréquente que ne l’est l’infection pneumococciquc. D'autre part, contrairement à la pneumonie qui est le plus souvent primitive, la broncho-pneumonie est habituellement secondaire; elle complique des pyrexies : rougeole, grippe, fièvre typhoïde, variole, diphtérie qui, déjà fort graves par elles-mêmes, diminuent les moyens de résistance de l’organisme, ou bien encore elle survient au cours des maladies des voies respiratoires : coqueluche, emphysème, bronchite chronique qui apportent déjà une gène sensible à l’hématose. Enfin l’étendue des lésions inflammatoires qui sont généralisées aux deux poumons et s’accompagnent de lésions mécaniques diverses (congestion, atélectasie, emphysème) détermine une gène rapide de la respiration, d’où le danger toujours imminent de l’asphyxie. Si l’on se rappelle en outre que la broncho-pneumonie est surtout fréquente chez l’enfant et le vieillard, c’est-à-dire à des âges où l’organisme ne dispose pas encore ou ne dispose plus d’une réaction vitale suffisante, on comprendra aisément la gravité du pronostic de la broncho-pneumonie.
BRONCHO-PNEUMONIE
A. — Traitement prophylactique.
Le traitement prophylactique ne diffère pas de 'celui de la pneumonie. Il faut avoir soin d 'isoler, dans les hôpitaux, les malades atteints d'une maladie infectieuse, afin d'empêcher qu’ils ne soient contagionnés dans les salles communes parmi malade atteint de pneumonie ou de broncho-pneumonie; si, néanmoins, l’un de ces malades vient à contracter une broncho-pneumonie, il sera immédiatement séparé et isolé dans une chambre qui lui sera exclusivement réservée.
D’autre part, chez tout malade atteint de pyrexie, on pratiquera avec le plus grand soin Y antisepsie du nez et de la, bouche. Marfan fait instiller une fois par jour dans chaque narine, la tête étant renversée en arrière, 5 ou (î gouttes de cette solution :
Huile d’amandes douces il) grammes.
Menthol 1 gramme.
ou :
Gaïacol 50 centigrammes.
Pendant le reste de la journée, on feramettrede temps à autre, dans chaque
narine, gros comme un pois de la pommade suivante :
Vaseline 50 grammes.
Rcsorcine 50 centigrammes.
OU
Acide borique 5 grammes.
Les irrigations nasales ne doivent pas être employées chez les jeunes enfants. Quant au nettoyage de la bouche, on le pratique au moyen de tampons d’ouate, montés sur des pinces à forcipressure, (pie l’on trempe dans une solution de résorcine à 1/100, d’acide phénique à 1/500, de liqueur de Labarraque à 1/100 et que l'on promène en appuyant sur les gencives et les dents, sur les joues, sur les lèvres. Ce nettoyage doit être fait deux fois par jour; s’il existe des lésions buccales, il faut joindre à ce moyen l’emploi des irrigations avec l’eau bouillie.
Chez le coquelucheux, le grippé, le rubéolique, atteints de bronchite, on facilitera l’expectoration par les inhalations de vapeurs, au besoin par les vomitifs (ipéca), car la stagnation des mucosités dans les bronches est l'une des causes qui favorisent la pullulation des germes infectieux. Les bains chauds à 58°, répétés fréquemment, auront souvent le pouvoir d’enrayer la propagation de la bronchite aux plus fines ramifications bronchiques.
Pour prévenir la congestion pulmonaire chez cette catégorie de malades, on évitera soigneusement le décubitus prolongé', les jeunes enfants seront portés sur les liras de la nourrice, les typhiques seront fréquemment couchés sur le ventre.
G. -R. LYON. — 5e ÉDITION.
MALADIES DU l'OUMON
On préviendra également l'hypostase chez les enfants atteints de bronchite aiguë, chez les vieillards atteints de bronchite chronique, en variant fréquemment l’attitude.
Il n’est pas indifférent non plus d assurer dans certains cas, à titre préventif, Y antisepsie du milieu intestinal. 11 semble prouvé maintenant que, dans le cours de certaines entérites infectieuses, le bacterium coli peut émigrer d< l’intestin pour venir se localiser dans les poumons et déterminer, chez l'enfant, des broncho-pneumonies secondaires.
MM. Sevestre, Gaston et Renard (Revue des maladies de l'enfance , mai 1892), ont signalé des faits de cet ordre. Marfan et Marot ( Revue des maladies de l'enfance , 1895) ont montré que ce n’est pas seulement dans les diarrhées aiguës fébriles de la seconde année que l’on peut observer la broncho-pneumonie, mais que celle-ci peut survenir aussi au cours de la dyspepsie gastro-intestinale chronique des nourrissons soumis à l’alimentation artificielle.
B. — Traitement chez l’adulte
Chez l'adulte, la broncho-pneumonie ne s’observe qu’au cours des maladies infectieuses précédemment énumérées; son traitement ne diflèrc pas de celui qui a été indiqué pour les pneumonies graves, c’est-à-dire (pie l’on devra mettre en œuvre tous les agents de la médication tonique d’une part (alcool, café , préparations de strychnine, de kola, etc.), et, d’autre part, instituer la médication cardiaque ( digitale , caféine, etc.).