GLOSSOPATHIES NEI’.YEI SES
GLOSSOPATHIES NERVEUSES
Bien que les troubles et lésions d’ordre nerveux dont la langue est le siège, ne prêtent qu’à des considérations thérapeutiques très limitées, nous croyons devoir résumer très brièvement nos connaissances sur la séméiologie nerveuse de la langue, la question étant encore peu connue.
On peut encore observer des troubles de la sensibilité, de la motilité et des troubles trophiques.
A. — Troubles de la sensibilité.
Ces troubles peuvent porter sur la sensibilité générale et sur la sensibilité
Les premiers consistent en anesthésie et en hyperesthésie.
L’anesthésie est presque toujours unilatérale; elle est accompagnée ou non d’abolition du goût. Elle est habituellement sous la dépendance de l'hystérie : beaucoup plus rarement elle est due à une lésion en foyer du lobe occipital, du faisceau récurrent de Moynert, du tiers postérieur de la capsule interne, de la couche optique, de la partie externe du pédoncule cérébral et de la protubérance; elle coïncide, dans ces cas, avec une hémiplégie motrice et avec une hémianesthésie sensitivo-sensorielle.
L’anesthésie linguale siège du même côté (pie les autres paralysies motrices et sensitives, mais elle peut être croisée quand il s'agit d une lésion protubérantielle.
L’hémianesthcsie linguale peut encore être sous la dépendance de lésions du trijumeau dans sa partie périphérique ou dans sa portion intra-crânienne.
Le traitement de l’anesthésie hystérique consiste en l'emploi de Y électrisa tion faradique avec le pinceau. Dans tous les cas d’anesthésie, quelle que soit la cause, il faut faire prendre au malade des soins méticuleux de la bouche, faire limer les chicots et les saillies dentaires, pour éviter les ulcérations traumatiques.
L’hyperesthésie peut être sous la dépendance de lésions appréciables telles qu ulcérations ou cancer; dans ce cas les douleurs sont d’une intensité extrême et ne cèdent souvent qu’aux injections de morphine.
D’autres fois il n’existe pas de lésions; ici encore l’hystérie peut être en cause; mais il peut s’agir aussi d’une névralgie du nerf lingual dont la cause est obscure et dont le traitement est nul; il peut exister un seul point douloureux, mais plus souvent la langue est douloureuse dans sa totalité.
Il est une dernière affection douloureuse de la langue qu’il importe de bien connaître, car elle peut donner lieu à des erreurs de diagnostic fort préjudiciables au malade, c’est la glossodynie; celle-ci peut être symptomatique du tabes, de la paralysie générale ; elle est habituellement liée à un état névropathique, la neurasthénie. Les malades accusent l’existence d’un point très
MALADIES DE LA BOUCHE ET DU PHARYNX
douloureux siégeant en général à la partie postérieure de la langue et s'imaginent qu’ils sont atteints du cancer au début; trop souvent le médecin est porté à confirmer ce diagnostic et peut être amené à proposer une intervention chirurgicale qui n’est nullement justifiée; lorsque l’on constate que la langue est lisse, souple, qu’elle ne présente ni induration ni tumeur, que le sujet est névropathe, il faut songer à la glossodynie. Comme moyens généraux du traitement on a proposé la quinine, Y arsenic (Hardy), le bromure de potassium à hautes doses (Fournier). Il faut tenir compte également des troubles digestifs, de F uricémie, de l’insuffisance nasale, etc.
Il importe de recommander an malade Y abstention du tabac, du thé, des aliments irritants par leur nature ou leur température : on lui prescrit des lavages fréquents de la bouche avec une décoction de tètes de pavots, additionnée de 1 pour 100 de borate de soude; on peut badigeonner le point douloureux avec de la glycérine phéniquée (Hardy), avec du menthol, avec une solution cocaïnée. Dans les cas rebelles on ne doit pas hésiter à pratiquer une légère cautérisation à l’endroit douloureux avec la pointe fine du thermocautère; « cette dernière intervention est tout à fait indiquée quand il y a quelque excroisssance au voisinage du point douloureux; en la détruisant avec le galvano-cautère on supprime peut-être une cause occasionnelle de la glossodynie, mais surtout on tranquillise le malade sans lui faire courir le moindre danger » (Brocq).
Cette sensibilité particulière de la langue est parfois d’origine réflexe ; dans un cas elle était déterminée par la présence d’un bouchon de cérumen dans une oreille ; il faudra songer à cette éventualité.
La langue reçoit ses nerfs gustatifs du glosso-pharyngien pour la partie postérieure, du lingual et de la corde du tympan pour les bords et la pointe; les impressions gustatives sont portées jusqu’aux circonvolutions corticales à travers la protubérance, le centre médian des couches optiques et les fibres les plus internes de la partie postérieure de la capsule interne.
Les troubles du goût peuvent se traduire par l’agueusie ou perte du goût, par l’hyperagueusie, enfin par la paragueusie ou perversion du goût.
Dans la paralysie faciale totale existe une diminution ou une abolition du goût, dans les deux tiers antérieurs de la langue (CL Bernard).
Dans l’hystérie, l’épilepsie, le goût est souvent aboli; I hyperagueusie est particulière à l’hystérie,' la paragueusie à l’aliénation mentale.
B. — Troubles de la motilité.
Les lésions de 1 hypoglosse dans son faisceau cérébral et protubérantiel, dans ses noyaux bulbaires et dans son trajet périphérique, d autre part celles du nerf facial peuvent donner lieu à la paralysie de l’organe, paralysie habituellement incomplète, se traduisant par la déviation de la langue, par le bredouillement, et les troubles de la déglutition.
La paralysie de la langue peut s'observer dans le ramollissement cérébral,
GLOSSUPATIIIKS NKIîYKI SES.
4 1 uancl la plaque de ramollissement intéresse le centre cortical <ln grand hypoglosse.
La paralysie siège du côté de I hémiplégie des membres, la l ingue est déviée du côté paralysé; elle peut coïncider avec I aphasie.
La paralysie de la langue existe également à un degré plus ou moins marqué dans les cas d’hémorragie ou de tumeurs du centre ovale nu de la capsule interne; elle est complète dans la paralysie pseudo-bulhaire, c’est-à-dire lorsqu’il existe deux lésions siégeant en des points symétriques des deux hémisphères et intéressant les faisceaux intra-cérébraux des deux nerfs hypoglosses; ce qui distingue cette paralysie linguale pseudo-bulbaire de la paralysie bulbaire, c’est l’absence d’atrophie de la langue, l’abolition des réllexes et de la contractilité électrique, c’est encore l’absence de symptômes laryngés et cardiaques.
Dans la paralysie labio-glosso-laryngée, la langue est atteinte en premier lieu; puis sont paralysés le voile du palais, les muscles du larynx, etc.
Les hémorragies et les ramollissements bulbaires, les tumeurs du bulbe s’accompagnent de paralysie de la langue.
La paralysie de la langue est isolée quand le tronc de l’hypoglosse <‘>1 intéressé; la langue est alors atrophiée.
Dans la paralysie faciale, la langue est déviée du côté opposé à la paralysie (par suite de l’action prédominante du styloglosse sain); elle peut cependant être entraînée du côté paralysé, par suite de la paralysie du géniogloese qui vient annihiler l’action du styloglosse; cette déviation du côté paralysé indique une paralysie faciale de cause centrale.
La paralysie plus ou moins complète de la langue peut s’observer dans la paralysie générale, dans l’épilepsie ; elle peut constituer l’accès d’épilepsie ou bien survenir après l’accès et durer plusieurs heures.
Le tremblement de la langue s’observe dans l’épilepsie, la paralysie générale, la paralysie agitante, la sclérose en plaque, b* goitre exophtalmique, dans les intoxications (alcool, mercure), dans les lièvres graves (fièvre typhoïde). Dans la paralysie générale il constitue un signe de grande valeur pour le diagnostic.
Les spasmes toniques de la langue se rencontrent dans l'hémiplégie avec contracture et dans l’hystérie ; les spasmes cloniques ont été observés également dans l’hystérie (hémispasme glosso-labié), dans l’épilepsie, dans la chorée, dans la maladie de Thomson et dans le paramyoclonus multiplex : les muscles • le la face et de la langue sont animés de secousses librillaires chez les malades atteints de paramyoclonus; les mouvements convulsifs acquièrent parfois une telle intensité, que les malades sont contraints de la maintenir avec les mains.
11 n’existe pas de traitement particulier des spasmes et du tremblement de la langue; dans la chorée, le traitement général par l’antipyrine el par les autres moyens en usage peut venir à bout du tremblement lingual, mais I existence de ce tremblement indique toujours une forme grave de la maladie.
MALADIES DE LA BOUCHE ET Dll PIIUU.W.