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C. — Troubles trophiques

Des troubles trophiques de la langue le plus fréquent et le mieux connu est l'atrophie, qui est habituellement unilatérale et sous la dépendance d’une destruction du noyau bulbaire de l’hypoglosse; exceptionnellement, elle est due à la compression du tronc de ce nerf; il n’existe pas d’atrophie linguale de cause cérébrale: l’absence d’atrophie est même l'un des signes distinctifs entre la paralysie glosso-labiée d’origine cérébrale et la paralysie glosso-Iabiolaryngée d’origine bulbaire; dans cette dernière maladie, l’atrophie est le plus souvent bilatérale; elle est, au contraire, unilatérale dans le tabes (Charcot); exceptionnellement l’atrophie unilatérale a été constatée dans la paralysie atrophique de l’enfance, dans la paralysie générale.

Toutes les causes de compression intra-crânienne du tronc de l’hypoglosse (méningites, tumeurs gommeuses, etc.) ou sa section traumatique peuvent déterminer l’atrophie de la langue.

Comme l’atrophie, l'hypertrophie peut être générale ou partielle.

La maerogiossie a été observée dans l’atrophie musculaire à forme pseudohypertrophique (Hamon), dans 1 acromégalie (Marie), chez les crétins, enfin comme malformation congénitale.

Les hypertrophies unilatérales sont également d’origine congénitale.

Nous réunissons dans le même chapitre l’étude du traitement des gingivites et des stomatites, parce que si la gingivite peut rester souvent isolée, les gencives sont rarement épargnées dans le cas de stomatite. On peut distinguer :

GINGIVO-STOMATITES

IIIÎS GIXGIVO-SÏOMATITF.S SECONDAIKES '.

A une maladie infectieuse.

A une intoxication.

Varicelle.

Rougeole.

Scarlatine,

Variole.

Mercure.

Plomb.

Arsenic.

Phosphore

Fièvre typhoïde.

A la grossesse.

Érythème polymorphe.

Grippe.

Pneumonie

Oreillons.

Diphtérie.

A une maladie générale non infectieuse.

Diabète.

Mal de Bright (urémie).

Scorbut.

Athrepsie.

Leucémie.

GINGIYO-STOMAÏTl ES.

nr.s gingivo-sto.m vtitks imiimitives :

Tartarique.

Érythémateuse.

Pultacée.

Ulcéreuse.

Aphteuse.

Herpétique.

Impétigineuse.

ricéro-memhraneuse.

Gangreneuse (noma).

Gingivo-stomatitc du muguet.

A. — Gingivo-stomatites secondaires.

1° A une maladie infectieuse. — Dans un grand nombre de maladies infectieuses existent des déterminations primitives ou secondaires du côté des gencives et de la bouche.

Dans la scarlatine se produit une stomatite érythémateuse diffuse ; la muqueuse saigne facilement. La langue est recouverte d'un dépôt blanchâtre, tandis que les bords et la pointe présentent une coloration d’un rouge vif. Vers le troisième jour, la langue se dépouille de son enduit et présente alors une couleur rouge foncé uniforme et un aspect framboise dù à la saillie et à la turgescence des papilles. Il existe toujours un engorgement ganglionnaire plus ou moins accentué. 11 peut y avoir aussi dans la scarlatine une stomatite pseudo-membraneuse qui serait due au streptocoque (thèse de Gestat, 1893).

Dans la variole, l’éruption se manifeste sur les joues, la langue, b s gencives, le voile du palais. On constate alors une poussée papuleuse, puis pustuleuse, suivie d’ulcération. Les lèvres sont tuméfiées; la salivation est abondante, l’haleine fétide.

Dans la varicelle, des bulles, analogues à celles de la peau, se montrent sur la face interne des joues et sur la voûte palatine.

Dans la rougeole, la veille de l'apparition de l’exanthème on observe des taches roses sur le voile du palais; plus tard la stomatite peut se généraliser; toute la muqueuse buccale est envahie par le piqueté rougeâtre. La langue peut desquamer.

La fièvre typhoïde détermine plutôt des manifestations du côté du pharynx que du côté de la bouche; cependant on peut observer une gingivo-stoinatite ulcéreuse par infection secondaire ou du muguet, etc.

Dans la diphtérie, la gingivo-stomatite est secondaire à l’angine; elle est constituée par une nappe couenneuse qui peut s’étendre à presque toute la cavité buccale.

Dans la grippe, on a noté une stomatite ulcéreuse, du type aphteux, avec une adénopathie assez considérable, et de la périostite dentaire.

On a signalé chez les enfants une stomatite blennorragique; il ne s'agit pas, il est vrai, d’une stomatite secondaire, à proprement parler, mais bien d’une stomatite primitive. le gonocoque ayant été absorbé au passage de l'enfant à travers les voies génitales, et s’étant cultivé dans la bouche.

Le traitement de ces diverses stomatites est sensiblement le même pour toutes; il consiste essentiellement en lavages, en attouchements avec des collutoires au borax (glycérine 20 grammes, borax 2 ou 5 grammes), à l’acide salicylique.

S il existe des fausses membranes, diphtéritiques ou non, on applique le traitement qui sera exposé plus loin (angines aiguës non diphtéritiques : diphtérie).

MALADIES DE LA BOUCHE ET DU PHARYNX

Les ulcérations seront touchées avec différents topiques : leinlurc d iode, acide chv omi que au dixième, etc.

2° A une intoxication. — Les stomatites toxiques sont consécutives à 1 absorption du mercure, du plomb, de l'arsenic, du phosphore, du sous-nitrate de bismuth, etc. Celle que l’on est le plus souvent appelé à traiter, est la stomatite mercurielle; cette stomatite n’a pas de caractères spécifiques lui donnant une autonomie, et le plus souvent on la distingue de la stomatite ulcéro-mcmbraneuse, par le fait unique de l’absorption mercurielle ; les auteurs allemands confondent ces deux variétés de stomatites dans la même description; ce qui prouve bien l’identité de nature, c’est que toutes deux sont auto-inoculables; cette propagation de l’infection, dit b' l)1 Thomas, n’a rien à voir avec la lésion locale et topique que pourrait produire un médicament irritant; la stomatite mercurielle, comme les autres stomatites toxiques, présente des caractères tellement voisins de ceux observés dans les stomatites septiques qu'on peut les considérer comme identiques, et si la stomatite mercurielle présente parfois une gravité extrême, cela lient sans doute au mauvais état général créé par la syphilis, aux lésions rénales (Brass et Wirth), hépatiques (Simeray) qu’elle détermine et qui s'opposent à l’élimination du mercure absorbé; la puerpéralité est également une cause prédisposante. D’autre part l’état des dents exerce une grande influence sur le caractère de gravité revêtu parfois par cette stomatite; les dents déchaussées, les caries dentaires, les chicots, le tartre, toutes les causes locales d’irritation déterminent la localisation septique sur la muqueuse en imminence morbide, ce qui explique l’existence de stomatites intenses déterminées par l'absorption de faibles doses de mercure; cette influence est encore prouvée par ce fait que la stomatite ne se montre [tas chez les enfants, ni chez les vieillards dépourvus de dents. On peut supposer, dil M. Galippe, que la gencive, par son bord libre, sert d’habitation à des parasites disparaissant avec lui, parce qu’ils ne trouvent plus de conditions favorables à leur développement.

En somme, l’opinion généralement admise aujourd’hui est que les stomatites dites toxiques ne sont autres que des stomatites microbiennes. La salive, éliminant sans cesse des substances toxiques, s’altère et les germes, qui sont les hôtes normaux de la cavité buccale, trouvant dans le milieu salivaire altéré des conditions favorables à leur développement, à 1 exaltation de leur virulence, entrent en scène.

Les conclusions thérapeutiques à tirer de ces faits sont que le traitement des stomatites toxiques doit être avant tout antiseptique; en suivant ce traitement avec rigueur, on a pu parfois continuer le traitement mercuriel, pendant le cours même de la stomatite, ce qui prouve du moins que l’influence du mercure sur la pathogénie des accidents n’est pas aussi grande ni aussi exclusive qu’on le croyait. Le professeur de Renzi a même traité avec succès deux stomatites mercurielles par le mercure; la solution de sublimé auquatremillième en applications locales suffirait, d’après lui, à amener la guérison en cinq jours. Le docteur Chompret utilise un savon dentifrice au sublimé :

Savon médicinal. .

Glycérine ....

Sublimé

Essence de menllie Essence de badiane Carmin

25 grammes.

Il gr. 50

iïïi 0 gr. 50

q. s. pour colorer.

GING1Y0-ST0MATITES.

Le chlorate de potasse, par contre, est infiniment moins efficace qu'on ne l’a prétendu, et s il paraît réussir souvent, c’est qu'on lui attribue des succès dus sans doute à l’emploi simultané de lavages et de topiques antiseptiques. On emploiera donc V acide phénique, Y acide salicy tique, \e thymol, le chloral en lavages dont la fréquence sera mesurée au degré de la stomatite; dans les cas graves on n’hésitera pas à les répéterions les quarts d heure. On touchera de plus les ulcérations avec une solution d 'acide lactique au tiers, avec le crayon de nitrate d'argent, avec l'acide chromique à 1 pour 10. Le traitement préventif permet le plus souvent d’éviter la stomatite, alors même que la médication mercurielle est intensive (frictions, injections) ; il consiste essentiellement en la mise en bon état des dents, dans l’enlèvement du tartre avant l’institution du traitement mercuriel. Un malade qui a du tartre autour des dents est condamné à la stomatite dans les huit premiers jours.

On peut toujours arrêter une stomatite à son début en prescrivant des soins de propreté et l’interruption du traitement.

Dès que le malade éprouve de la chaleur dans la bouche, de la sensibilité au niveau des gencives, dès qu’il accuse une sensibilité exagérée, il doit cesser de prendre du mercure et cela suffit à empêcher le passage de cette stomatite commençante à la phase de gravité, c'est-à-dire à la phase ulcéro-membraneuse.

Pendant le cours même du traitement, les malades se rinceront la bouche plusieurs fois par jour avec une décoction d'écorce de quinquina {‘■20 grammes pour un litre d’eau) et se brosseront les dents avec la poudre suivante, par exemple :

Poudre de quinquina 15 grammes.

— de ratanhia 5

(Yiiiai..)

5° A la grossesse. — La gingivo-stomatite des femmes enceintes parait favorisée par la présence du tartre et aussi par le mauvais état général ; toutefois MM. A. et 1). Pinard l’ont rencontrée chez des femmes placées dans les meilleures conditions hygiéniques ; elle disparait en général un mois ou deux après l’accouchement, mais peut persister beaucoup plus longtemps chez les femmes qui allaitent. MM. Pinard recommandent comme le meilleur topique, le mélange suivant ;

Hydrate de chloral .

Alcoolat de cochlearia

f° A une maladie générale non infectieuse. — Dans le diabète, le mal de Bright, on observe souvent des gingivo-stomatites. La salive dans ces cas est une voie d’élimination pour des poisons qui altèrent le milieu buccal et favorisent la pullulation microbienne ; comme les stomatites toxiques proprement dites, les stomatites diabétiques et brightiques sont des stomatites septiques.

à parties égales.

MALADIES DE LA BOUCHE ET DU PHARYNX

M. Barié recommande de traiter la stomatite urémique avec un collutoire salicylé (2 grammes d’acide salicylique pour 20 grammes de glycérine).

On emploiera avec grand avantage les badigeonnages avec la teinture d'iode, 1 e, jus de citron auxquels on associera les lavages à l'eau oxygénée . au permanganate de potasse.

La stomatite des diabétiques est modifiée assez rapidement par les collutoires alcalins, notamment au borax.

La stomatite urémique, comme la stomatite diabétique, s’améliore parallèlement à l’état général, c’est-à-dire quand, à la suite d’un traitement approprié, l'élimination de produits toxiques au niveau de la muqueuse buccale est entravée.

Contre la stomatite fongueuse du scorbut on emploie les attouchements avec le jus de citron pur ou additionné d’alcool, avec Yacide chlorhydrique dilué, etc.

La stomatite leucémique s’observe surtout dans les cas aigus; souvent la maladie débute par elle.

B. — Gingivo-stomatites primitives.

1° Gingivite tartarique. — Parmi les gingivites primitives, la tartarique est l une des plus fréquentes. Le tartre se compose principalement de phosphates et carbonates terreux, et l’on croyait jusqu’à notre époque que c’était un simple dépôt par précipitation des sels tenus en dissolution dans la salive à la faveur de la matière organique avec laquelle ils sont combinés. A leur arrivée dans la cavité buccale, les principes se dédoublent au contact de l’air et la muqueuse, les sels insolubles dans l'eau se précipiteraient et se déposeraient à la surface des dents (Magitot). On sait aujourd'hui, depuis les travaux de M. Galippe (1886), que le tartre est dù à des micro-organismes divers que M. Vignal a pu cultiver; ces micro-organismes exercent leur action sur les matières alimentaires mélangées à la salive au niveau du collet des dents, et provoquent la précipitation des sels terreux en même temps que l'inflammation du bord libre de la gencive. D’autre part, le tartre s’insinue peu à peu entre ce bord libre et la surface de la dent, de sorte qu’à un moment donné la cavité alvéolaire se trouve ouverte, exposée à l’envahissement des germes infectieux ; alors la pyorrhée alvéolaire, affection pouvant devenir fort grave, se trouve constituée.

Pour guérir la gingivite tartarique il faut donc enlever le tartre, et cet enlèvement demande un soin minutieux ; les dentistes ont à leur disposition une foule d’instruments de dimensions et de courbures variées qui leur permettent d’atteindre les parties les moins accessibles des anfractuosités dentaires; ce nettoyage effectué, la gingivite guérit rapidement avec les lavages répétés à Yacide phénique, au phénosalyl et surtout au thymol ; les fongosités et les ulcérations seront touchées avec Yacide chromique , le nitrate d'argent, la teinture d'iode ; le retour des accidents sera prévenu par le brossage des dents répété plusieurs fois par jour, et l’usage des dentifrices antiseptiques.

GJNGIYO-STOMATITKS.

En dehors des gingivites exclusivement liées usa présence, le tartre joue un rôle fort important dans la production ou l’aggravation des autres uinuivites, en particulier des gingivo-stomatites toxiques.

2° Stomatites érythémateuse, pultacée. — Ces stomatites s'observent de préférence chez les enfants, au moment de la dentition, ou à l’occasion de troubles digestifs. Chez l'adulte elles sont provoquées par l’usage habituel des mets épicés, des condiments, des liquides brûlants (thé), par l’abus du tabac et notamment de la chique; on les observe encore chez les personnes qui abusent des bonbons, à la suite de l’emploi de médicaments irritants comme le kermès, le tartre stibié, enfin chez les souflleurs de verre. D'autre part leur éclosion peut être favorisée par la présence du tartre, de corps étrangers dans la bouche (chicots, calculs du canal de Wharton), par la constipation, les troubles menstruels. Ces stomatites sont des plus bénignes et guérissent avec quelques lavages boriques ou un gargarisme antiseptique comme celui-ci, par exemple :

Thymol

Alcoolature de cochlcnria Teinture de cachou . .

— de benjoin . .

Essence de mendie . .

Ouelques gouttes dans un verre d’eau.

5° Stomatites ulcéreuses bénignes. — On observe des stomatites ulcéreuses bénignes, également chez -les enfants; l’une d’elles accompagne la coqueluche. Dans ce cas il s’agit d’une ulcération limitée au frein de la langue et due au frottement répété, contre ce frein, des incisives médianes inférieures.

Il existe une stomatite ulcéreuse d’origine dentaire, qui survient parfois lors de la sortie laborieuse d’une molaire ou d’une canine.

On peut toucher les ulcérations avec une solution faible de nitrate d' argent ou les badigeonner, trois ou quatre fois par jour, avec un mélangé à /tari les égales de teinture d'iode et de glycérine , avec le sulforicinate de soude salolé (I gramme de salol, 4 grammes de sulforicinate de soude). On peut encore faire usage d’un collutoire au chlorate de potasse ou au borax :

Glycérine 20 grammes.

Chlorate de potasse ou borax 2

S’il existe de la -salivation, de la fétidité de E haleine, il peut être utile de faire des lavages de la bouche avec une solution de permanganate de potasse au millième.

4° Stomatite aphteuse. — Il existe deux sortes de stomatites aphteuses; l une est une lésion purement locale, se produisant surtout chez les enfants, chez la femme enceinte ou pendant la période menstruelle, chez les sujets dyspeptiques et constipés; la carie dentaire, l’abus du tabac, des salaisons, des noix ne sont pas

2 à centigrammes.

50 grammes.

MALADIES DE LA DOUCHE ET DU PHARYNX

ÔO

étrangères à son développement. Les aphtes sont en petit nombre, évoluent sans fièvre, sans être accompagnés d 'engorgement ganglionnaire.

Bien différente est la stomatite aphteuse, maladie infectieuse, contagieuse, inoculable. Bien que l’agent spécifique de la stomatite aphteuse ne soit pas encore connu, on sait qu’il s’agit d’une affection microbienne transmise des bovidés à l’Homme par l’intermédiaire du lait, ainsi que Sagar l’avait découvert dès 1764. Le fait a été confirmé depuis, à plusieurs reprises, en dernier lieu par M. David (1887). On a tendance aujourd’hui à confondre la stomatite aphteuse avec la stomatite herpétique, dont elle présente tous les caractères, à tel point qu’on ne peut trouver aucune différence appréciable dans les descriptions des auteurs qui admettent leur dualité.

On a dit qu’elles se différenciaient par l’étiologie, que la première est contagieuse (transmission par le lait) ; mais la stomatite herpétique est également contagieuse el il n’est pas rare d’en observer plusieurs cas simultanément dans la même famille (Leroux).

Il existe toujours de la fièvre, des troubles gastro-intestinaux plus ou moins accentués. Les vésicules initiales font place à des ulcérations assez profondes, taillées à pic, peu nombreuses.

Le meilleur topique serait le salicylate de soude en solution concentrée (20 pour 100), appliquée cinq à six fois par jour. Ce traitement a donné à M. Edgar Hirtz d’excellents résultats. Les collutoires boralés et cocaïnés permettront de combattre la cuisson el la dysphagie. Comme dans toutes les stomatites, les lavayes antiseptiques seront employés.

5° Stomatite herpétique. — La stomatite herpétique s’observe surtout chez les enfants; il existe toujours des phénomènes généraux assez intenses et les jeunes enfants refusent de prendre le sein, en raison de la douleur à la déglutition .

Les ganglions sous-maxillaires sont généralement tuméfiés.

La muqueuse est rouge, turgescente, parsemée de nombreux petits points vésiculeux, de la dimension d’une tète d’épingle. Un peu plus tard, ce sont des érosions ou des ulcérations de même dimension ; cependant il en existe de plus grandes, formées par la coalescence de nombreux éléments éruptifs, à contours polycycliques. Ces ulcérations se recouvrent promptement de plaques opalines, demi-transparentes, très adhérentes, ce qui suffit à les distinguer de l’enduit de la stomatite pullacée, qui se détache avec la plus grande facilité.

Ces ulcérations coïncident le plus souvent avec de l’herpès labial; elles surviennent surtout pendant le cours de la première dentition.

Le traitement est le même que celui de la stomatite aphteuse. Dans la forme récidivante (herpès récidivant buccal) qui est souvent confondue avec des lésions syphilitiques delà bouche, outre le traitement local, on mettra en œuvre les moyens propres à modifier le terrain arthritique (hygiène, régime alimentaire, alcalins, etc.).

6° Stomatite impétigineuse. — C'est aussi une stomatite infantile.

Elle coïncide avec l'impétigo du tégument externe (Hénoch, Bergeron), qui est une affection contagieuse, inoculable (Vidal, Piffard, Kohn, Dewœvre), spécifique. MM. Sevestre et Gastou ont montré qu’elle était due au staphylocoque. Elle s’observe chez les enfants débilités, scrofuleux, chez les convalescents de rougeole ou de coqueluche. Elle est caractérisée par des pustules bientôt remplacées par des plaques opaques et visi-

(i I \ I i I YO-ST< (MATITES .

J «les seulement à contre-jour ( Seveslre et Gastou) ; ces plaques deviennenl plus tard grisâtres, épaisses, adhérentes. Elles apparaissent habituellement sur le bord libre de la lèvre inférieure, vers les commissures, ou de la lèvre supérieure, à droite et à gauche du lobe médian.

Elles envahissent ultérieurement la face interne des lèvres, rarement la muqueuse des joues; elles respectent les gencives. Elles ont l’apparence diphtéroïde en certains points, mais sur les lèvres elles se dessèchent rapidement et prennent l’aspect de croûtes sanguinolentes.

L’évolution est rapide; en cinq ou six jours tout est terminé.

La perlèche n’est qu’un impétigo de la commissure des lèvres.

La stomatite diphtéroïde décrite par quelques auteurs se confond avec la stomatite impétigincuse. Toutefois Mongour [Prenne médicale, mars 1 NON) n’admet pas sa spécificité; le staphylocoque n’est pas seul en cause; des microbes variés peuvent la produire, parmi lesquels on trouve parfois le bacille diphtérique.

Les lavages d'eau boriquée, chloralée, ou avec une .solution faible de sublimé (Comby), les onctions à la vaseline boriquée, l’attouchement des ulcérations avec le nalol sulforiciné, avec V acide lactique en solution au tiers constituent le traitement.

7° Stomatite ulcéro-membraneuse. — La gingivo-stomalile ulcéromembraneuse est le type des stomatites septiques : elle est vraisemblablement poi x microbienne comme la plupart des infections buccales où l'association microbienne est de règle. On n’admet plus, comme le pensait Bcrgeron, qu'il s'agit d’une affection spécifique, bien que les recherches de Vincent, de Bernheim (de Zurich), de Haoult et Tirv, etc..., tendent à démontrer la présence constante, dans les cas de stomatite ulcèremembraneuse, du bacille fusiforme décrit par Vincent et de spirilles, et rapprochent cette stomatite de l’angine de Vincent. Ajoutons que M. Letulle a fait des réserves sur la valeur pathogène de la symbiose du bacille fusiforme et des spirilles, qu'il a rencontrés dans différents cas d'ulcérations buccales.

Dès 1890 M. Galippe avait contesté la spécificité de la stomatite ulcéro-membraneuse et démontré qu’elle doit rentrer dans le cadre général des stomatites infectieuses, c’est-à-dire qu’elle est due au développement des microbes saprophytes sous l’influence de causes diverses, au premier rang desquelles il faut ranger l'accumulation du tartre, l’évolution dentaire. La gravité qu’elle revêt dans certaines circonstances doit être surtout attribuée au mauvais état général de ceux qui en sont atteints. Ge qu’on ne peut nier, ce qu’il est essentiel de retenir dans la pratique, c’est que cette variété de stomatite est plus nettement et plus fréquemment contagieuse que toutes les autres. De cette notion découlent des indications prophylactiques: lorsqu’on aura constaté l’apparition d’un cas de stomatite ulcéro-membraneuse dans une agglomération d’individus (soldats, écoliers, etc.), il faudra isoler le malade, désinfecter ses effets et les objets dont il s'est servi, enfin prescrire des soins préventifs de la bouche chez ceux qui en auront approché.

L’administration du sulfate de quinine sera utile pour combattre les phénomènes fébriles; un purgatif salin contribuera à débarrasser l’intestin des substances toxiques véhiculées par la salive déglutie.

MALADIES DE LA BOUCHE ET DU PHARYNX

Depuis longtemps le chlorate de potasse est considéré connue le spécifique de cette affection, ce qui ne laisse pas que d’étonner, le pouvoir antiseptique de cette substance étant à peu près nul. Il faut d'ailleurs reconnaître que l’action favorable ou chlorate de potasse n’est pas constante, tandis que l’antisepsie buccale a déterminé rapidement la guérison dans tous les cas où elle a été appliquée.

Il est utile de faire précéder le traitement par les lavages de la bouche et topiques modificateurs, d’un nettoyage des dents et des interstices dentaires; entre chaque espace interdentaire et sur chaque rebord alvéolaire on passe un petit tampon de coton plongé dans une solution phéniquée au 20e.

Ceci fait, on touche les ulcérations avec Y acide chromique au dixième, avec un collutoire au chlorure de chaux :

Glycérine 50 grammes.

Chlorure de chaux 5

ou avec du chlorure de chaux pur, porté sur le doigt légèrement mouillé, avec Y eau oxygénée, avec la solution de permanganate de potasse à 1 pour 500 ou mieux encore avec la solution concentrée d'acide lactique précédemment indiquée, et on complète le traitement par des lavages répétés avec des solutions phéniquées faibles, additionnées de thymol (0,50 pour 1000), ou une solution chloralée (à 2 ou 5 pour 1000).

8° Stomatite gangreneuse. — La gingivo-stomatite gangreneuse ou noma est une affection septique, qui n’évolue que sur un terrain déjà profondément modifié par un mauvais état général antérieur (misère) et par une maladie générale infectieuse (rougeole le plus souvent), ce qui explique sa gravité. Ici encore c’est le traitement antiseptique qu’il faut appliquer dans toute sa rigueur, mais il est souvent impuissant, en raison de la marche envahissante et profonde de la gangrène : aussi est-on réduit à limiter ses progrès eu détruisant au thermo-cautère le foyer infectieux. S’il n’est pas toujours possible de guérir le noma, on pourra du moins, à l’avenir, en prévenir l’apparition, en faisant avec le plus grand soin l’antisepsie buccale dès le début des maladies infectieuses où il peut se montrer, notamment chez les jeunes enfants traités à l’hôpital pour la rougeole.

Comme gargarisme on emploiera le suivant :

Eau distillée 400 grammes.

Liqueur de Van Swieten 40

Alcoolaturc d’eucalyptus 10

On touchera trois fois par jour les parties gangrenées avec un tampon d’ouate imbibé de :

Sublimé 1 gramme.

Glycérine 10 grammes.

ou bien on appliquera pendant quelques instants du chlorure de chaux sec

G I NG I VO-STOM ATIT ES .

et l’on fera suivre cette aj)j»l icalion d’une irrigation d’eau bouillie. Les lavages de la bouche avec une solution chloralée, salicylée ou phéniquée, seront répétés à intervalles très rapprochés.

Il va sans dire que l’on instituera un traitement général approprié : alcool, champagne, café-, injections sous-cutanées de sérum ar/ificiel. Si l'alimentation par la bouche est impossible, on introduira les liquides au moyen d'une sonde nasale.

9° Muguet. — Le muguet est une affection parasitaire qui siège le plus souvent au niveau des parties superficielles, gagne les parties profondes de la muqueuse buccale, mais qui peut, dans certains cas (abcès parotidiens ou sous-maxillaires), s’étendre de proche en proche à l’œsophage, l’estomac, l’intestin, ou même se localiser sur d’autres points de l'organisme (glotte, seins, organes génitaux), ou bien encore, mais tout à fait exceptionnellement, déterminer une infection généralisée par la voie sanguine (lleller, Virchow, Wagner), en produisant des lésions d’apparence tuberculeuse.

Le parasite n’est pas un oïdium, comme le croyait Ch. Robin; ce n’est pas non plus un saccharomycès, une levure vraie; on le classe aujourd’hui dans les moisissures, dans les hypomycètes (Linossier et Roux).

Le muguet ne se développe que dans certaines conditions cliniques bien déterminées : il affecte surtout les enfants au sein et parmi eux ceux qui sont atteints de troubles digestifs légers ou graves; chez l’adulte, il peut survenir au cours de la plupart des maladies infectieuses, notamment de la fièvre typhoïde, de la grippe, de la tuberculose, ou bien au cours des cachexies : cancéreuse, urinaire (Guyon).

Existe-t-il des conditions anatomiques spéciales favorisant son développement’? A cet égard règne quelque incertitude.

Depuis Gubler on admet qu’un milieu acide est nécessaire au développement du muguet. Effectivement la salive, qui est alcaline chez l’adulte, à l’état de santé, est acide dans les maladies qui se compliquent de muguet; d’autre part, chez l’enfant au sein où les glandes salivaires n’existent encore qu’à l’état rudimentaire, l'acidité du milieu buccal est presque le fait normal. Enfin l’influence favorable du traitement par les alcalins, qui est classique depuis les travaux de Guider, confirme encore l’opinion qui fait de l’acidité du milieu buccal la condition préalable nécessaire du développement du muguet. Toutefois, il existe des faits contradictoires. Audrx a montré que le muguet se cultive très bien sur les milieux alcalins, et certains auteurs ont tendance à considérer l’acidité du milieu comme le résultat de la vie du muguet et non comme sa cause prédisposante (Linossier et Roux).

Il paraît logique d’envisager la question sous un autre aspect : I acidité ne serait pas seulement locale, mais générale, c'est-à-dire (pie l'alcalescence du sang serait diminuée sous l’influence de l’auto-intoxication de l’organisme, dans les cas de gastroentérites, de pyrexies, de cachexies Ces divers états morbides déterminent donc

une modification générale du milieu humoral, et notamment l’acidité de la bouche lavorable au développement du muguet ; d’autre part, ils privent la muqueuse buccale de ses moyens de résistance en provoquant la sécheresse de la bouche ainsi que la desquamation épithéliale qui entrave la phagocytose.

Les mesures prophylactiques ne sont pas toujours efficaces; cependant il faut toujours les prendre, surtout dans les milieux hospitaliers, où le parasite

MALADIES DE LA BOUCHE ET DU PHARYNX

existe en permanence. Elles consistent essentiellement dans des soins minutieux et répétés de la bouche, dans Y asepsie des biberons. Quand les enfants sont nourris au sein, pour éviter la contagion de la nourrice, on utilisera des bouts de sein en caoutchouc; en tout cas, on fera laver les mamelons après chaque tétée à l’eau boriquée.

La bouche de l'enfant sera nettoyée, après chaque tétée, avec un tampon d’ouate hydrophile imbibée d’eau de Vichy et l’on enlèvera les débris de lait qui peuvent subir dans la bouche la fermentation acide.

Chez l’adulte on prendra les soins habituels : lavages au moyen du bock rempli d’eau boriquée ou d’eau de Vichy.

Lorsque le muguet est développé, il faut instituer à la fois un traitement local et un traitement général destiné à combattre Panto-intoxication et à modifier, par suite, le milieu Immoral.

Le traitement local par les alcalins est certainement le meilleur; il suffit dans l iinmense majorité des cas. S’il échoue parfois, il faut attribuer les causes de l’insuccès au mauvais état général qui entretient des conditions favorables à son développement; chez les cancéreux, les urinaires, les athrepsiques, on ne parvient pas toujours à débarrasser complètement ou définitivement la bouche de l’enduit crémeux du muguet.

Le traitement par des alcalins comprend l’emploi de collutoires au borate de soude :

Borax 4 grammes.

Glycérine 20

et de nettoyages de la bouche avec l'eau de Vichy ou I eau de chaux, ou avec une solution de bicarbonate de soude à 5 pour 100. On fait précéder ce nettoyage de E application du collutoire et l’on procède plusieurs fois par jour au nettoyage. Au borax on peut associer le bicarbonate de sotide, le benzoate de soude, le chlorate de soude, mais il est essentiel de ne pas employer comme véhicule du borax le miel rosat ou le sirop de mûres, substances sucrées qui subissent la fermentation acide.

Le traitement par les alcalins doit être employé chez les enfants, à l’exclusion de tout autre traitement local; chez l’adulte, dans les cas rebelles, on peut avoir recours à l’application de substances antiseptiques. Bazin employait la solution hydro-alcoolique de sublimé au trentième en attouchements répétés deux ou trois fois par jour. Cette solution est trop concentrée et l’on peut se contenter d’une solution à 1 pour 1000 ou 2000 (Quinquaud). On peut encore utiliser le nitrate d'argent à 2 ou 5 pour 100 (Grosz, de Buda-Pesth), le permanganate de potasses 1-4 pour 1000, Y acide borique à 4 pour 100, Veau oxygénée (bon moyen), la saccharine en solution hydro-alcoolique :

Saccharine 1 gramme.

Alcool à 60° f>0 grammes.

Faire cinq fois par joui' un lavage de la bouche au moyen d’une cuillerée à café de cette solution versée dans un demi-verre d’eau.

ANGINES AIGUËS. 7,5

Le traitement général doit surtout viser chez l'enfant les Irouhles digestifs. A l’hospice des Enfants-Assistés, M. Ilntinel fait pratiquer deux fois par jour un lavage de V estomac avec 500 grammes d'eau de Vichy, introduits au moyen d’une sonde de Nélaton (nu 20) reliée par un tuhe en verre à un tuyau de caoutchouc dont l’autre extrémité porte un entonnoir en verre; ces lavages ont pour action principale d’entraîner les produits toxiques contenudans l’estomac; déplus, le contact de la sonde excite le* contractions musculaires de l’organe et favorise la sécrétion d’acide chlorhydrique; enlin, peutêtre ont-ils pour effet de rendre au sang l’alcalinité qu’il avait perdue sous l'influence des troubles digestifs. (Cohendy, Thèse de Paris, ISO!).)

Les antiseptiques prescrits par la bouche, tels que résorcine (Baginskyi à la dose de 0 gr. 50 à 1 gramme en potion, le benzonaphtol, le hétol, etc., n'ont aucune action sur I intoxication générale. Si l’on soupçonne la propagation du muguet au tuhe digestif, on pourra prescrire le borate de sonde à la dose de 1 à (i grammes chez l’adulte.

Aux localisations viscérales, d ailleurs exceptionnelles, du muguet, on ne peut opposer aucun traitement efficace. Des essais de sérothérapie expérimentale ont été pratiqués, mais ils n’ont pas reçu de consécration clinique. Au surplus, le diagnostic de la mycose généralisée esta peu près impossible.

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