‹ Traité élémentaire de comptabilité [microform]Chapitre 41 sur 72 · De quelques problèmes spéciaux · texte numérisé non relu

De quelques problèmes spéciaux

Les principales difficultés que renconti e le comptable sont celles auxquelles donnent lieu la recherche du prix de revient, les comptes de Capital et d’ Amortissement dans les sociétés par actions, les comptes courants, les affaires en commission et en participation.

Nous allons étudier successivement ces divers problèmes et indiquer les procédés qui nous semblent les meilleurs pour les résoudre.

Commençons par recommander à l’entrepreneur, qu’il soit commerçant, manufacturier ou agriculteur, de régulariser, contre la pratique ordinaire, son compte personnel dans l’entreprise. La plupart des chefs de maison prennent dans leur caisse les sommes

nécessaires à leurs dépenses personnelles, un peu sans compter, et passent ces sommes par Profits et Pertes. Cette pratique est mauvaise, parce quelle tend à rendre obscur le résultat des opérations. En effet, si le chef a prélevé peu de chose, le compte Profits et Pertes peut présenter un solde créditeur sans que 1 entreprise ait rien gagné, tandis que si les prélèvements ont été considérables, le solde de Profits et Pertes peut être debiteur,

lors même que l’entreprise aurait gagné.

Le chef de maison qui veut se rendre un compte exact de ce qu’il fait procède autrement. Il évalue ses services personnels au prix du marché, c’est-à-dire au prix qu’il pourrait en obtenir s il .se présentait comme employé chez un entrepreneur, et les intere s du capit d engagé par lui dans l’entreprise. Un compte intitule Levées, Prélèvements, ou portant le nom de rentrepreneur, est crédité par Piofits et Pertes du salaire et des intérêts dns a celuici; ilestdébiié de toutes les sommes prises par l’entrepreneur

dans l’entreprise. . , • . i

Lors de l’inventaire, quelle que soit la situation de ce compte,

le solde de Profits et Pertes présente le résultat réel des operations- car, si le chef de maison a pris plus qu’il ne lui était du, il figure comme débiteur ; s’il a pris moins, il figure comme créancier. En tout cas, il est certain que l’entreprise lui doit une somme fixe et que le résultat général des opérations d’exercice ne peut dépendre de ce qu’il a prélevé plus ou moins, pas plus qu il ne peut dépendre de ce que l’entreprise a prêté ou emprunte plus ou

moins à des tiers. . , .

Venons maintenant à quel<iues prix de revient spéciaux. ^

Commerce. — La plupart des maisons de commerce ne s occupent pas dans leurs comptes de la recherche du prix de revient. Elles se hornent. le plus souvent, à élahlir un compte M.irchandises qu'elles déhiteiit de tous les frais que coule 1 acquisition des marchandises diverses sur lesquelles elles opèrent et qu elles créditent à chaque vente du prix des niarchaiidises vendues, comme nous l'avons indiqué dans la première partie Lorsque vient l'inventaire, on crédite le compte Marchandises de la valeur estimative de toutes les marchandises qui existent en magasin, puis

On sait bien en ce cas que le solde, habituellement créditeur,

du compte Marchandises, repi ésenle la différence totale des prix acliat et des prix de vente. Mais on ignore ce qu’a coûté et prodnil chaque espece de marchandises, et le plus souvent on va sur foi des habitudes et on ne cherche pas à savoir davautaue

eises, il est indispensah e d ouvrir un compte à chacune d’elles;

Le dT"’* à part aux marehan-

mh tii^r de qualités diverses, parce que leurs

pi IX, lant a 1 achat qu a la vente, sont différents.

Ceux qui poussent aussi loin les redierclies sont, en général des niai chands en gros opérant sur un petit nombre d’articles’

LûrôTeH r“™"i générale un moyen dé

spécial de chaque espece de marchandises, dans une colonne intu leure, les quantités entrées au débit et les quantités sorties nu crédit, et évaluent, tant à l’entrée qu’à la sortircha™eraicLm ise au pnx de revient. Un compte de vente, spécial à chaque mare liandise, est débité, au moment de la vente! par le IZ d existences au prix de revient, et par Prolils et Pertes de la ddfeieiice. Il est crédité par (laisse ou Portefeuille, lorsque la marchaiidise est vendue contre espèces ou contre effets, et par l’acheteui , loisque la marchandise est vendue à terme

veinift Z rZ !"'rT ^ «-

enant, tous frais compris, a il Ir. le kil. On débitera le comnie

Indigo de U 000 fr. Vend-on 100 kil. d’indigo à 14 fr on cié-

11 lececoniple tel fOO fr. par Ventes d’indigo, en même temps

qu on dehile celui-ci de 500 fr. par Profits et Pertes. Ou crédite

e compte Ventes d indigo de 1 400 fr. par la Caisse, ou par le Portefeuille, ou par 1 acheteur, selon le cas. ^

Si les livres sont ainsi établis, le compte Ventes d’indigo sera

a pi U contant, des indigos resUmt en magasin , Le récolement que

I on piatiquera lors de 1 inventaire ne servira qu’à constater si les laits se trouvent coiilormes aux livres.

11 pourrait ai river qu’une seconde partie d’indigo, même marque et meme qualité, fût obtenue à un prix différent, h 12 fr. le kil., par exemple. En ce cas, il faudrait voir quelle quantilé des indigos anciennement achetés reste en magasin, et, joignant son

RECllERGllE DU PRIX DE REVIENT.

prix à celui porté sur la dernière facture, calculer le prix moyen des existences et créditer en conséquence le compte chaque fois qu’une vente serait effectuée.

1 On peut aussi, et nous préférerions cette mélhode.comme plus

i sommaire, créditer Indigo des 1 400 fr. et le débiter en même

i temps de 500 fr. par Profils et Pertes. Ou ferait ainsi disparaître,

sans inconvénient grave, le compte un peu parasite Ventes d indigo. Le solde du compte Indigo ne présenterait pas moins la somme que coûtent les indigos existant en magasin.

Les personnes qui adoptent cette manière de tenir les livres évaluent invariablement leurs marchandises au prix de revient et ne conslateiit les plus-values ou moins-values , par Profits et ’ Pertes, qu’au moment des ventes. Elles prétendent ainsi ne constater que les gains ou les pertes eftectils, sans tenir compte des variations de cours qui n’ont encore produit ni gain ni perte, puis- ((u’elles n’alfectent que des marchandises qui n’ont pas encore été vendues.

Cette méthode est bonne en elle-même et recommandable quand il s’agit d’étudier le prix de revient ; mais on ne doit l’employer ^ qu’avec précaution lorsqu’il s’agit d’apprécier exactement une situation. J’aiachetp, il y a six mois, pour 50 000 Ir. de marchandises; i! en reste pour 10 000 fr.; mais elles ic sont plus de mode, et, sur le marché, je n’en trouverais que 5 000 fr. 11 est clair que, si je ne tiens pas compte de cette moins-vaine à mon inventaire, je me fais illusion sur le résultat de mes opérations et je me figure avoir 5 000 fr. que je ne possède pas effectivement. Sans doute, lorsque je vendrai ces marchandises, je coiislaterai la perte; mais celte perte frappera un exercice auquel elle n’appartient pas en réalité. Du reste, il peut résulter de cette façon de compter un inconvénient plus grave, c’est que, sous 1 impression de la répugnance naturelle qu’on éprouve à reconnaître une perte, je néglige de vendre et garde des marchandises, qui - deviennent un capital mort, pour conserver un peu plus longtemps

i mes illusions.

La même question se présente lorsque les marchandises sur lesquelles on opère sont des titres, tels que rentes, actions ou & obligations de chemins de fer. La valeur de ces titres varie par

% l’eftét de l’opinion, ou parce que le taux de l’intérêt s’élève; elle

varie aussi parce que le revenu produit par ces titres augmente, ou diniinue, ou devient nul. On peut sans inconvénient bien grave négliger les variations qui naissent des premières causes ; on ne pourrait sans aveuglement négliger les variations de valeur qui tiennent à la seconde cause.

Lorsqu on étudie les prix de revient,- la méthode qui consiste à inscrire toutes les marchandises au prix coûtant jusqu’à leur vente ou consommation effective est excellenle, à la condition qu’on ne se laisse pas aller aux illusions qu’elle siiugère et qu’on la corrige rigoureusement à l’inventaire, au moins par un article transitoire, qui serait conlrepassé à la réouverture des livres. Mais le procédé le plus court et le plus simple consiste à créditer, pour moinsvalue, le compte marchandises par Profits et Pertes, comme si l’on diminuait d autant le prix coûtant des marchandises, et à inscrire ensuite celles qui se vendent d’après ce nouveau prix de revient.

(Ju int aux plus-values de marchandises, il n’y a jamais d’inconvénient à attendre, pour les constater, qu’elles soient réalisées par une vente.

La plupart des maisons ont l’habitude de débiter le compte Marchandises au moment où elles reçoi\ent avis de l’expédition des marchandises qu’elles ont achetées. Si l’on veut que la comptabilité générale reproduise l’état du magasin, celte manière de passer écriture doit être rectiQée, avec d’autant [dus de raison que les marchandises peuvent s’égarer en route, éprouver des accidents ou avaries et peuvent arriver aus-i avec des différences de qualité, des déficits de poids et de volume qui ouvrent des contestations. Sans doute ces inconvénients sont couverts, en définitive, par des articles qui créditent Marchandises par Piofits et Perles des moins-values, ou par les vendeurs, par Caisse ou Portefeuille des indemnités obtenues; mais il est plus régulier d’avoir un compte de Marchandises en route qu’on débite au moment de • recevoir facture de la valeur des marchandises achetées, qu’on crédite par Profits et Pei tes des dommages éprouvés et par les vendeurs, par Caisse ou par Portefeuille des rabais ou indemnités. On ne porte, en ce cas, au débit du compte Marchandises que les objets qui sont entrés réellement en magasin et on les inscrit à leur prix de revient réel, de manière à balancer exactement le compte Marchandises en route.

Manufactures. — L’étude des prix de revient de l’industrie manufacturière impose à la comptabilité des détails nombreux, mais très-utiles et même indispensables au maintien de l’ordre dans les grandes usines, Ces détails, du reste, n’ont rien de fictif et ne s’écartent pas le moins du monde du but de la comptabilité, . qui est de constater les entrées, les sorties et aussi les transformations de capitaux.

Voici, par exemple, une fonderie de fonte de fer en deuxième fusion accompagnée d’un atelier de constructions mécaniques. Les matières premières qu’elle emploie sont la foule en gueusets, la castine, la houille et le coke, les sables à mouler et les sables ré- • fractaires. Chacune de ces matières aura son compte séparé, que l’on débitera des matières entrées, au prix coûtant, et que l’on créditera, au même prix, des matières sorties. 11 en sera de même des matériaux accessoires exigés par les constructions, tels que tôles, cuivres, etc.

Supposons que l’usine ait deux machines à vapeur, l’une pour la soufflerie des fourneaux et forges, l’autre pour les tours, machines à raboter et autres.

On ouvre les livres par un bilan qui constate les existences en matières premières, en mobilier d’usine et qui énumère les grands appareils fixes dont chacun, si on le désire, a aussi son compte ouvert.

On commence le travail dans une halle à mouler, pourvue de son fourneau ou de ses fourneaux, et on débite cette halle des sables à mouler et des houilles moulues, qui lui sont livrés au prix coûtant, augmenté des frais spéciaux de transport ou de mouture. Le compte Halle à mouler est débité en ce cas du prix coûtant primitif par Sables et Houilles et de l’accroissement de ce prix par Salaires.

Un certain nombre d’objets sont moulés sur des modèles que nous supposerons venus du dehors, pour ne pas nous encombrer de détails. Le fourneau est allumé et reçoit coke, fonte et castine. On crédite les comptes de ces matières des quantités qui lui sont livrées, et le compte Houilles des quantités livrées à la machine à vapeur, toujours au prix coûtant. La fonte est jetée dans les moules et les pièces sont faites.

Quel est le prix de revient spécial de ces pièces?

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Considérons ensemble celles qui ont été jetées en sable le même jour.

Elles coûtent ; 1® le prix du coke brûlé pour les obtenir ; 2“ le prix de la houille, de l’huile et de la main-d’œuvre consommés par la machine à souffler; 3® la main-d’œuvie des ouvriers employés au fourneau et dans la halle à mouler; 4® les salaires spéciaux des mouleurs; 5® le prix de la fonte jetée dans le fourneau, sous déduction des jets et résidus divers; G® enfin, une somme quelconque de sahle nécessaire pour recommencer l’opération.

Eh bien , la comptabilité, qui a déjà inscrit les premiers articles au débit de Halle à mouler, inscrit de même les suivants, ainsi que les frais nécessaires pour ébarber les pièces. Une fois cette insciiption terminée, le débit du compte Halle à mouler donne exactement le prix de revient spécial des pièces retirées des moules. Ce compte sera soldé par un autre compte intitulé Fontes moulées, au débit duquel on inscrit les pièces au prix coûtant.

Qu’a constaté la comptabilité en ouvrant et soldant le compte Halle à mouler? La transformation des capitaux qui, entrés sous la forme de houilles, de fontes, de castine et de salaires payés en espèces, sortent sous la forme de fontes moulées. On sait, en effet, que le compte Salaires, qui a été crédité des frais de maind’œuvi e occasionnée par ces fontes moulées sera débité et soldé par Caisse.

Si les personnes chargées de tenir les comptes de matières, ainsi que ceux de main-d’œuvi e, remplissent leurs fonctions exactement et inscrivent les dépenses ou sorties sur l’heure, à leurs livres de notes ou mains-conrantes, on peut savoir ce que coûtent les fontes moulées produites chaque jour : on peut eu même temps comparer d’un jour à l’autre la proportion du combustible consommé, à la quantité de fonte fondue, la proportion des pièces manquées ou réussies, la proportion des pièces obtenues comparées à la somme des jets et à celle des déchets, tous renseignements très-importants pour indiquer les vices du travail et faire songer aux perfectionnements dont il est susceptible.

De même, si on lient un compte séparé pour la machine à souffler, débité de la houille, de l'huile, etc. , qu elle aura consommées et du salaire des ouvriers qu’elle occupe, puis crédité par Halle mouler, on aura le piix de revient spécial de la soufflerie.

Considérons maintenant l’impoi tance de ces comptes. Leurs détails intéressent peu la comptabilité générale : il suffira donc de les y relever en totaux par semaine ou par mois. Mais ces détails intéressent au plus haut degré l’ingénieur qui dirige les travaux ou celui qui en remplit les fonctions : ils doivent donc être consignés jour par jour, avec le plus grand soin, sur des mains-courantes ou livres spéciaux, qui constituent la comptabilité propre de la halle à mouler.

Les pièces de fonte moulée qui ont été retirées des sables n’ont certes pas toutes le même prix de revient, car il y a peut-être des différences dans le prix de façon, des différences dans les jets et déchets, comme aussi dans la qualité des fontes employées. On pourrait donc à la rigueur pousser plus loin les recherches, et c’est ce qu’on ferait s’il s’agissait d’entreprendre un grand nombre de pièces de la même espèce. Mais dans la pratique on se contente généralement de peser ensemble les pièces sorties du même fourneau et d’en relever le prix de revient moyen, au kilogramme.

Voici maintenant les pièces de fonte moulée mises à la charge d’un compte spécial. 11 s’agit de s’en servir pour fabriquer des machines, comme, par exemple, un moulin, un laminoir, une machine à vapeur, etc. Chacune de ces machines donnera lieu à l’ouverture d’un compte spécial qu’on débitera : 1® des matières premières employées à la construction de la machine, telles que fontes moulées, fers, cuivres, etc. , au prix coûtant; 2® de l'a maind’œuvre employée à travailler ces matières, à les ajuster, à les monter, etc. On peut même à la rigueur partager par jour les frais de consommation et de main-d’œuvre de la machine motrice, des forges, etc., et les porter au débit des machines à la fabrication desfjuelles ces frais ont servi.

Mais lors même que l’on irait jusqué-là, les comptes de chaque machine fabriquée dans l’usine ne donneraient pas son prix de revient total, puisqu’on ne peut inscrire à ce compte que les frais spéciaux et que les frais généraux restent en dehors.

Or, ces frais sont considérables. Ils se composent: 1® de l’intérêt du capital fixe et roulant, engagé dans l’entreprise; 2® des salaires du directeur quel qu’il soit, des commis, comptables, concierges, etc., dont les fonctions se rapportent à l’ensem-

ble des opérations de l’entreprise et non spécialement à quel- 1 j

qu’une d’elles ; 5° des contributions et primes d’assurances, du |

loyer, si l’usine est louée, etc. ; 4° des frais d’entrelien des bâti- n

ments, machines et outils, qui ne peuvent être spécialisés ; 5® de j

la somme affectée à l’amortissement annuel du capital engagé |

dans les bâtiments, machines, outils, appareils et instruments de J

toute sorte ; 6" des ports de lettres, frais de chauffage, d’éclairage, I

de bureau et autres menues dépenses qu’on ne peut spécialiser.

On ne peut, par conséquent, connaître qu’en fin d’exercice le prix de revient définitif des objets que l’on livre au public. On crédite en attendant chaque compte de machine ou construction I

terminée du prix de vente, puis, en fin d’exercice et lors de l’in- j

ventaire, quelques maisons au lieu de solder par Profits et Pertes le compte de Frais généraux, le soldent par les comptes des divers objets fournis, en répartissant la somme des frais généraux entre ces comptes, au prorata du débit de chacun d’eux. On les solde ensuite par Profits et Pertes.

Mais cette manière de compter n’est pas admise par le plus grand nombre. On se contente généralement d’évaluer d’avance, ^

et d’après l’expérience de l’année précédente, les frais généraux i

à tant pour cent, que l’on ajoute au débit de chaque objet vendu.

On comprend cependant que cette évaluation, fondée sur l’hypothèse que la fabrication d’une part et la vente de 1 autre donneront le même total que l’année précédente, ne sont que des approximations.

La plupart des grandes usines laissent à leurs ingénieurs le soin de faire sur feuilles volantes, s’il leur convient, le décompte de l’application des frais généraux à chai[ue objet ou à chaque série d’objets fabriqués et vendus : elles se cuiitentent d’inscrire les frais spéciaux et de balancer par Profits et Pertes. Cette pratique donne en définitive les mêmes résultats que l’autre, car si, d’une part, le compte Profits et Pertes est chargé de tous les frais j

généraux, il est crédité du solde de tous les comptes de marchandises vendues.

On trouve un avantage dans celte manière de tenir les comptes: c’est de présenter à l’intelligence un résultat plus net. En effet, les prix de vente ne peuvent pas, ou le comprend, se régler sur les prix de revient spéciaux de telle ou telle usine. Il arrivera

RECHERCHE Dü PRIX DE REVIENT.

fréquemment que tel ou tel objet, une machine à vapeur, par exemple, se vendra à 40 p. 100 au-dessus du prix de revient spécial, tandis qu’un moulin, un laminoir, ou même une autre machine à vapeur se vendront à 15 p. 100, seulement au-dessus de ce prix de revient. Si les frais généraux moyens s’élèvent à 25 p. 100 de la totalité des prix de revient spéciaux, il semblera à ceux qui pratiqueront la première méthode que la maison a perdu à la vente dos objets qui ont produit 15 p. 100 seulement au-dessus de leur prix de revient spécial. Cependant, non-seulement la maison n’aura l ien perdu par cette vente, mais elle aura gagné.

11 convient que la comptabilité manifeste autant que possible les choses telles qu’elles sont. Or, que se passe-t-il en réalité dans les affaires? On fonde une maison de commerce ou d’industrie dont l’établissement et la tenue exigent une certaine somme de Lais généraux. Ces frais, on tâche de les couvrir et au delà par la vente des divers articles sur lesquels on opère. Mais il n’existe aucun motif pour que ces articles contribuent également à couvrir les frais généraux ; il suffit qu’ils y contribuent pour une part quelconque pour qu’il n’y ait nul motif de refuser de les vendre.

Prenons un exemple dans l’atelier de construction dont nous avons parlé plus haut. On peut entreprendre la construction d’une machine dont le prix de vente ne laissera que 5 p. 100 de contribution aux frais généraux. Convient-il ou non de l’entreprendre? Oui, si on peut le faire sans ajouter aux frais généraux, car la part, quelle quelle soit, des frais généraux qu’aura supportée celle machine sera couverte, tandis qu’elle ne le serait pas

si on refusait de la construire.

H convient donc que la comptabilité présente au compte de chaque espèce de marchaudises les frais spéciaux que cette marchandise a coûtés et rien de plus, de telle sorte que le solde du compte à l’inventaire présente la contribution des marchandises qui y figurent aux frais généraux de l’entreprise. Le prix spécial de revient présente au chef de maison le chiffre aucjuel il doit absolument se refuser à vendre. Il doit chercher sans cesse les moyens d’abaisser ce prix, mais s’il ne le peut et si les prix de vente se lapprochent trop du prix de revient spécial, il faut renoncer à l’entreprise et liquider.

Il est un cas dans lequel le mannracturier doit éprouver une certaine perplexité : c’est celui où une commande entraîne comme conséquence nécessaire un accroissement de matériel. Ainsi on demandera une machine, ou un pont, ou une construction quelconque à l’atelier que nous avons pris pour exemple. S’il consent à l’entreprendre, il faut construire, an préalable, des appareils, augmenter, par exemple, le mobilier d’usine. Comment devra-t on passer écriture de cette augmentation de matériel?

Il s’agit d’engager et d’exposer aux dépréciations un nouveau capital et d’ajouter, par conséquent, aux frais généraux de l’usine. On peut accepter cet accroissement et débiter le compte Matériel de la somme dépensée et en porter l’amortissement, en la forme ordinaij e, aux frais généraux. On peut aussi considérer cet accroissement du matériel, quelque utile qu’il puisse être plus tard à d’autres constructions, comme faisant partie des frais spéciaux de la construction commandée et, en ce cas, on débitera le compte de cette construction de la totalité ou de la plus grande partie des frais faits pour l’accroissement du matériel.

Cette dernière façon de compter est infiniment plus prudente que l’autre. Car, si on cède à la tentation constante d’augmenter le matériel, on peut y immobiliser un capital qui manquera dans la caisse et dans le portefeuille et demeurera exposé à des dépréciations. Mais si l’on compte autrement dans un petit atelier, on devra refuser fréquemment des commandes, ce qui est un autre inconvénient. C’est au chef de maison à se décider, selon sa situation et ses convenances. Mais il convient toujours que ses comptes lui disent la vérité, lui attestent qu’il a immobilisé un nouveau capital et augmenté ses frais généraux, lorsque le prix de vente de l’objet exécuté n’a pas suffi à couvrir leur augmentation par un bénéfice considérable.

En général, on doit recommander le compte d’amortissement d’une façon toute particulière à la vigilance des manufacturiers. Il convient toujours, dans les premières années et dans celles de prospérité, de faire une large part à ce compte, afin de ne pas se laisser égarer par les illusions qui résulteraient d’une diminution apparente des frais généraux. Il convient de considérer tout capital engagé dans des constructions et dans un matériel à destination spéciale comme très-exposé à perdre sa valeur et devant, par

REGUERCllE DÜ PRIX DE REVIENT. 105

conséiiuent, être réduit en peu de temps à la valeur des matériaux. Le plus souvent, en effet, il ne vaudrait pas davantage si la liquidation de l’entreprise devenait nécessaire.

Il n’est pas indispensable que les prix de revient soient toujours spécialisés autant que possible, et 1 on peut sans inconvénient réunir dans un même compte tous les objets de meme nature. C’est ce qu’on fait naturellement dans les maisons dont la fabrication consiste à produire un grand «ombre d exemplaire.s d un même type, comme les filatures, les papeteries, les usines a fer, etc. , et dans celles où l’ou fait en gros le commerce d un petit nombre de marchandises achetées et vendues par grandes quantités. On peut réunir, lorsqu’on le juge convenable, plusieurs types en un seul compte, ou même toutes les marchandises sur lesquelles on opère, moins une ou deux sur lesquelles se portent l’attention et l’élude du chef de maison.

Lorsqu’on applique la comptabilité à l’agriculture, on a surtout pour objet l’étude du prix de revient, et c est vers cette étude que tend toute comptabilité agricole un peu bien dirigée. Nous en avons indiqué un exemple dans notre première partie ^ et nous croyons inutile d’eii présenter d’autres, tout en recommandant aux professeurs et aux élèves de faire sur cette matière intéies** santé des exercices nombreux.

Répétons pour les agriculteurs-propriétaires l’observation que nous avons faite au sujet des manufactures. Lorsqu ils constiuisent des édifices, même nécessaires à l’exploitation, il convient de leur ouvrir un compte d’amortissement qui rednise promptement leur débit aux livres à la valeur qu ils pourraient, en cas de vente de la propriété, y avoir ajoutée. — Le lermier doit de même amortir sur ses livres son mobdier agricole, s il veut se rendre un compte exact du résultat de ses opérations.

Il n’y a qu’une recommandation générale importante a faire sur la tenue des comptes destinés à faire ressortir les prix de revient, c’est de débiter invariablement ces comptes par le prix coûtant et de les créditer au même prix toutes les fois que l’objet dont il s’agit passe d’un compte à un autre sans être vendu.

Dans les recherches relatives au prix de revient, comme dans

; ià I

Voy. p. 76 et suivantes.

toutes les autres, la comptabilité est un instrument, une sorte miroir qui reproduit exactement les faits auxquels ou l’applique et qui rend des services proportionnés à l’habileté de celui qui s’en sert.

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