TABLEAU
DE L’ARRANGEMENT SYSTEMATIQUE DES MOLLUSQUES ACEPHALES, d’aPRES POLI.
Famille.
1 Hypogea.
2 Peronœa.
MOLl.USCA TESTA-, CEA S.UBSILIENTIA.
Mollusques à double trachée et munis d’un J ^ Callista pied. \ 4 Arthemis.
\ 5 Ce ras tes.
2 e Famille.
Mollusques à une seule trachée et munis Ç 6 Loripes. d’un pied. ) 7 Limnea.
3 e Famille.
Mollusques à une seule trachée. . .
C 8 Chimœra.
' t 9 Callitnche.
4 e Famille.
Mollusques à une seule trachée abdominale [ .
Jet sam pied. j 10 Ar S us '
5 e Famille.
I Mollusques sans trachée, mais pourvus d’un ) Axiie f pied. £ 1 xinea -
G c Famille.
Mollusques sans trachée et sans pied.
12 Daphné.
| i 3 Pelons.
1 14 Echion.
i 5 Criopus.
Les divisions et les groupes des divers degrés de cette méthode sont fondés sur des caractères qui jusqu’alors n’avaient pas été suffisamment appréciés. Tous les mollusques bivalves , semblent se partager naturellement en deux classes principales , selon qu’ils ont les lobes du manteau réunies dans une partie de leur circonférence, ou complète-
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ment désunies. Cetle réunion des lobes se fait sous certaines conditions qui entraînent toujours avec elles des modifications plus ou moins profondes dans le reste de l’organisation; ce sont ces caractères que Poli a introduit pour la première fois , et en se fondant sur une foule d’observations précises. Nous voyons' dans la première famille les mollusques à double trachée et munis d’un pied ; par trachée, Poli entend ces tuyaux charnus, prolongés à la partie postérieure de l’animal, résultant de la réunion des lobes du manteau et que les auteurs actuels nomment siphons; que ces siphons ou ces trachées fussent réunis en une seule masse ou séparés entre eux plus ou moins haut ou jusqu’à la base, Poli n’en a tenu aucun compte pour établir des sous-divisions , et il lui a suffi de leur présence dans certains mollusqnes pour qu’ils fussent compris dans sa première famille.
Dans la seconde famille nous trouvons des mollusques qui ont un pied et une seule trachée; ce dernier caractère, apprécié peut-être d’une manière trop rigoureuse, fait rapprocher des genres dont tout le reste de l’organisation est fort éloigné. Les limnea , en effet, qui correspondent au genre Unio de Bruguière, n’ont point, à proprement parler, de véritables siphons, car on ne peut nommer ainsi , le cul-de-sac résultant de la jonction de la partie postérieure des branchies aux lobes du manteau. Dans la famille suivante sont compris les molusques à une seule trachée, et, en effet, les genres qui y sont compris n’offrent qu’une seule soudure à la partie postérieure du manteau. La quatrième famille ne renfermerait, d’après Poli, que des animaux à une seule trachée abdominale mais dépourvus de pieds; ici nous devons faire remarquer que le mot trachée change de valeur, puisque Poli l’applique à une partie qui représente exactement le pied des autres
HISTOIRE DE DA CONCHYLIOLOGIE. 8t)
mollusques, seulement réduite à l’état rudimentaire, parce qu’elle appartient à des animaux qui , vivant constamment fixés aux corps étrangers , ne peuvent plus s’en servir comme organe de locomotion. La cinquième famille, contenant les mollusques sans trachée, mais pourvus d’un pied, ne contient qu’un seul genre nommé Pétoncle, par Lamarck. Poli n’ayant tenu aucun compte de la régularité ou de l’irrégularité des mollusques, a placé d’une manière peu rationnelle, ce nous semble, des mollusques parfaitement réguliers en rapports immédiats avec ceux qui sont tout-à-fait irréguliers. La dernière famille offre le même inconvénient puisque l’on y trouve à-la-fois, sous un caractère beaucoup trop étendu de mollusques sans trachée et sans pieds, des animaux appartenant à des groupes extrêmement séparés.
Les quinze genres que Poli a admis ne ressemblent en rien, pour la plupart, à ceux de Linné ni pour le nom, ni pour les animaux qu’ils contiennent. i° Hypogea, renferme les Solens, les Pbolades et la Tellina incequivalvis de Linné; par conséquent Poli se trouvait d’accord avec Adanson, sur la réunion des Pbolades aux autres mollusques bivalves et leur séparation de la classe peu naturelle des multivalves. 2° Peronoea, on y trouve les tellines de Linné. 3° Callista, contient les vénus du même auteur. (\ Arthémis , ce genre a été jusqu’à présent omis dans toutes les méthodes, même celle de Cuvier, parce qu’on s’en est rapporté aux caractères de la coquille et non à ceux de l’animal. Nous verrons plus tard. que ce genre pourrait être facilement caractérisé si l’on ne voulait prendre qu’un petit nombre d’espèces, sans faire attention à celles qui servent d’intermédiaires et qui peuvent les lier au genre Cythérée de Lamarck. 5° Cerastes, il correspondait genre Cardium de Linné. 6° Loripes, lorsque l’on connaîtra les animaux
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du genre Lucine de Lamarck il est à présumer que l’on y joindra ce genre loripes qui a des caractères tellement particuliers qu’il mériterai! à lui seul de constituer une famille. 7 0 Limnea , dans ce genre Poli rassemble les mulettes et les anodontes; il est très naturel mais mal placé. 8° Chijtoera, ce genre curieux correspond exactement à celui nommé Pinna par Linné, et que tous les auteurs ont adopté. g° Callitriche , Poli a réuni sous cette dénomination les animaux du genre mytilus de Linné. 10° Argus, ce genre n’est point aussi naturel que le précédent, puisqu’il renferme à-la- fois les Peignes, les Spondyles et les Limes. Quoique ce genre soit utile, en ce qu’il fait sortir des huîtres de Linné un assez grand nombre d’animaux qui n’ont avec elles qu’une analogie fort éloignée, il a cependant le défaut de réunir des animaux libres et réguliers à d’autres qui sont irréguliers et attachés. 11 0 Axinea, il renferme une partie du genre area de Linné, partie à laquelle, plus tard, Lamarck imposa le nom de Pétoncle. 12° Daphné, il contient les véritables Arches telles que Bruguière les a caractérisées de son côté. i3° Pelorts, ce genre comprend les Huîtres à la manière de Lamarck et non à celle de Linné. i 4 °Echion, dans ses Anomies Linné confondait plusieurs sortes de mollusques; Poli en a rejeté tout ce qui ne convenait pas à des caractères convenablement appréciés; aussi peut-on le regarder comme le vrai réformateur de ce genre indigeste. i5° Criopus, ce genre correspond à Yanomia craniolans de Linné, et par conséquent au genre cranie de Bruguière cl de Lamarck.
Si l’ouvrage de Poli , au lieu de paraître dans un temps où la France était bouleversée par sa grande révolution politique, avait été publié plus tôt, il aurait été connu et apprécié par Cuvier et Lamarck, au moment où ils firent
HISTOIRE 1IE LA CONCHYLIOLOGIE
connaître leurs premiers travaux sur les mollusques. Les communications entre nations, long-temps interrompues par des guerres acharnées, laissèrent ignorer l’existence des beaux travaux de l’auteur italien, et ce ne fut qu’à la conquête de Naples que l’on put en apprécier la valeur. Un des trophées scientifiques dont le Muséum de Paris s’enrichit est composé d’une collection presque complète de cires très bien faites par un élève de Poli, et représentant les mollusques et leur anatomie tels qu’ils sont figurés dans le bel ouvrage du médecin napolitain.
Ce fut vers cette époque que Cuvier s’annoncait à la France savante, comme l’un des hommes qui devait plus tard l’illustrer à un si haut degré. Des observations faites avec patience et sagacité, présentées avec une méthode et une concision admirables; les conclusions philosophiques de ces observations entraînant avec elles les changemens les plus importans dans la méthode de Linné ; tels furent les premiers pas de l’un des plus grands zoologistes du siècle. Pour faire dignement l’histoire des travaux de ce grand homme, il faudrait faire celle de la zoologie tout entière, et nous sommes ici dans l’obligation de nous restreindre à cc qui regarde la Conchyliologie. Ce qu’il y avait de plus incertain dans la méthode de Linné, c’était la classe des vers : déjà, dans ce que nous avons dit précédemment, nous avons pu faire remarquer la confusion qui y régnait; cette confusion provenait, eu grande partie, de ce que Linné s’était attaché à ce caractère de si peu d’importance, de l’absence d’un corps protecteur dans les animaux qu’il nomme vers mollusques. Cuvier, le premier, sentit avec Pallas que la coquille, comme caractère, n’avait qu’une valeur très secondaire dans la formation des grandes familles de mollusques. Il vit que, quelquefois rudimentaire, celle partie finissait
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par disparaître ou par se cacher dans l’épaisseur de la peau, sans que l’organisation des animaux en éprouvât de notables changcmens. Dès-lors il conçut pour les mollusques des rapports tout nouveaux, non-seulement en les prenant comme grande division du règne animal, mais encore en les envisageant en eux-mêmes et dans leurs rapports mutuels. C’est ainsi que s’écroulèrent ces distinctions de vermes mollusca et vermes testacea; c’est ainsi que s’effaça aussi, et d’une manière définitive, la division des multiyalvia qui ne pouvait supporter un examen anatomique un peu profond. Ces changemens, préparés par plusieurs mémoires, annoncés dans ses cours, furent présenté pour la première fois par Cuvier, dans son Tableau élémentaire de l’Histoire naturelle des animaux, publiée en ] 798.
Dès l’origine de ses travaux, Cuvier admet quatre groupes principaux, ou plutôt quatre formes dans les animaux: on les reconnaît dans l’ouvrage que nous venons de mentionner. Les mollusques forment un de ces grands groupes; ils sont placés immédiatement à la suite des animaux vertébrés et sont suivis des animaux articulés et des zoophites.
Dans cette première distribution des mollusques, tout imparfaite qu’elle se présente, Cuvier avait posé les bases de classifications beaucoup plus complètes, qu’il publia, soit dans son anatomie comparée, soit dans son règne animal. Ce premier essai méthodique, nous le mettons ici sous les yeux des lecteurs, sous la forme d’un tableau, pour rendre plus faciles à concevoir les grandes améliorations que le savant anatomiste a apportées dans les rapports des mollusques entre eux.
Les Mollusques.
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE
Céphalopodes.
■ Gastéropodes.
Gastéropodes \ testa cés.
D. Coquille d’une seule pièce en spirale, abouche terminée par 1 un canal.
Acéphales.
{ Sèche.
Poulpe.
Argonaute Nautile.
Limace.
Tetliys.
Aplasie.
Gastéropodes IDoris.
nus \ Tritonie.
Phyllidic.
Scyllée.
Thalide.
Lerné.
A. Coquille de plusieurs pièces. Oscabrion.
B. Coquille d’une seule pièce îp ate n e
1 uoq spirale. j
Haliotide.
Nérite.
C. Coquille d’une seule pièce j jeu spirale, à bouche entière sans \ p u ü me 'échancrure ni canal. ^ Bulle
Sabot.
Troque.
Murex.
S trombe.
Casque.
Buccin.
Volute.
Olive.
Porcelaine.
Cône.
I A. Acéphales nus et sans co- $ Ascidie, quille. I Biphore.
( Huître.
Spond^le.
à coquille inequivalve. j * u0
l Peigne.
( Lime.
Perne.
Aronde.
Moule.
Jambonneau.
yj. ai epuaujs lesiaccs mums u uu 1 Anodonte. pied, à valves égales, à manteau (Unio.
ouvert par devant. jTelline.
Bucarde.
Mactre.
Vénus.
Came.
^ Arche.
D. Acéphales testacés pourvus fSolen.
d’un pied, à valves égales, à co- J Mye.
quille ouverte par les deux bouts: 1 Pholade. le manteau fermé par devant. [^Taret.
E. Acéphales testacés sans pied, < Térébratule. munis de deux tentacules char- -< Lingule.
nus, ciliés, roulés en spirale. t Orbicule.
F. Ac. test, munis d’une multi-^ ^ na ^j* e tude de tentacules articulés , ci- >
\ liés , rangés par paires. )
INTRODUCTION
Nous apercevons ti’ois divisions primordiales et d’une égale valeur. Les Céphalopodes forment la première; les Gastéropodes constituent la seconde; la troisième renferme les Acéphales. C’est pour la première fois que ces dénominations simples et caractéristiques sont introduites dans la méthode; dans toutes celles qui ont précédé, les sèches et les poulpes faisaient partie des vers mollusques , tandis que les argonautes et les nautilles étaient compris dans la classe des testacées; ici ils ne forment qu’un seul groupe sous le nom très convenable de céphalopodes. Les gastéropodes sont divisés en deux parties principales d’après la présence ou l’absence de la coquille ; dans les gastéropodes nus, nous trouvons neufs genres parmi lesquels nous remarquons les limaces très éloignés des hélices, nous remarquons aussi les genres thalides et lernés, qu’un examen plus approfondi a fait voir n’être pas à leur place naturelle. Cette division des gastéropodes nus est évidemment un reste de la méthode linnéeuue dont Cuvier ne s’était pas encore entièrement affranchi; quant aux gastéropodes testacés, on y remarque quatre divisions fondamentales, dont les deux dernières surtout reposent sur les caractères les plus essentiels.
La grande division des acéphales est partagée en six groupes fondés sur des caractères dont Poli, le premier, avait reconuu l’importance; non-seulement Cuvier introduisit ces améliorations dans la classe des bivalvia de Linné, mais il y joignit encore, sous le nom d’acéphales nus, les Ascidies et les Biphores, ainsi que, comme dernier ordre, les Anatifes et les Balanes qui, sous le nom de Lepas , faisaient partie des multivalves de Linné. Outre ces changemens utiles dans la distribution générale des mollusques, on reconnaîtra facilement qu’il en reste d’autres de détail, dans le rapport des genres; on s’en apercevra surtout eu
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE. 90
comparant attentivement les tableaux des méthodes de Linné et de Bruguière avec celui qui précède.
En même temps que Cuvier donnait, pour l’instruction de la jeunesse, son tableau élémentaire des animaux, il travaillait avec un soin particulier à des mémoires d’une haute importance scientifique sur l’anatomie des mollusques; ces mémoires insérés dans les Annales du Muséum, doivent servir de modèle à quiconque veut se livrer à des recherches du même genre; non-seulement les faits anatomiques sont présentés avec une grande précision, mais ils sont précédés d’une partie historique et d’une discussion scientifique dans laquelle on remarque la profondeur et la justesse des vues nouvelles auxquelles l’auteur est conduit; on y remarque aussi sa justesse d’esprit et sa grande sagacité dans la critique des auteurs qui l’ont précédé. Ces mémoires, dont nous aurons à rendre compte d’une manière toute spéciale à l’occasion de chacun des genres dont ils traitent, ont servi très puissamment aux progrès de cette partie de la zoologie.
Pendant que Cuvier jetaitainsi les fondemens de sa grande réputation, un autre homme qui avait déjà acquis, dans l’étude de la botanique , une renommée qui aurait suffi à une moindre ambition scientifique , Lamarck , nouvellement nommé professeur de zoologie au Muséum d’Histoire naturelle, travaillait de sou côté à perfectionner l’arrangement des animaux sur lesquels il était appelé à professer. Douéd’un esprit méthodique peu commun et que personne , depuis Linné, n’avait possédé à un aussi haut degré, Lamarck, comme nous l’avons dit précédemment, reconnut que la nature, dans la création des animaux, avait établi dès l’origine, deux manières d’être fondamentales dans leur organisation , et créa pour les signaler ces deux mois caractéristiques d’animaux vertébrés et d’animaux sans vertèbres; il
indiqua entre ces deux sortes d’animaux une grande lacune, et s’occupa ensuite de la distribution des animaux sans vertèbres; son premier essai a eu les mollusques pour sujet , et l’on voit qu’en profilant des nouvelles vues de Cuvier, il n’avait pas négligé pour cela les travaux de Linné, de Muller et de Bruguière.
Ce premier essai, inséré dans les Mémoires de la Société d’Histoire naturelle de Paris, fut publié en 1799, et servit de base à une classification plus perfectionnée, qui parut deux ans après, en 1801 , dans le système des animaux sans vertèbres. Nous donnons ici le tableau de cet arrangement méthodique, où l’on verra, mise en usage, la méthode dichotomique, dont il s’était servi avec une rare sagacité, dans ses travaux de botanique.
Tcstacécs.
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