‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 2)Chapitre 6 sur 52 · DE LA METHODE · texte numérisé non relu

DE LA METHODE

conduits par ce moyen à établir définitivement la place que les mollusques doivent occuper dans cette vaste série.

§. vu. De la méthode.

La plupart des naturalistes ont placé dans une série simple tous les animaux en les l’approchant les uns des autres , d’après leur plus grande affinité. Observant qu’il existait dans cette série unique des brisures ou des lacunes marquées d’une manière plus ou moins nette, ils y ont établi des coupures ou plutôt des degrés qui ont formé ce qu’on est convenu de nommer échelle animale; pour établir cette échelle animale il fallait que l’observation démontrât que tous les animaux ne sont pourvus ni des mêmes organes ni des mêmes fonctions, que les uns sont d’une organisation extrêmement simple , et les autres d’une structure beaucoup plus compliquée. On commença dès-lors la série par l’une ou l’autre sorte d’animaux, et ou la continua eny établissant, comme nous le disions précédemment, des degrés dont les naturalistes augmentèrent ou diminuèrent le nombre assez arbitrairement et sans même observer de règle pour commencer la série, soit par les animaux complexes , soit par les animaux simples. Nous croyons cependant que dans la distribution générale des animaux, ces deux sortes de choses doivent être soumises à une règle invariable.

Dans quel ordre doit-on disposer les animaux pour former ce que l’on appelle là méthode naturelle ? Pour répondre à cette question , il faut rechercher à quelle méthode on donnera la préférence.

A définir rigoureusement le mot de Méthode , on doit dire que c’est un moyen artificiel de mettre de l’ordre parmi les choses soumises à l’observation. Il n’existe que deux sortes

INTRODUCTION

de méthodes, la méthode d’analyse, et la méthode de synthèse. Par la méthode d’analyse, on marche naturellement du simple au composé : celle-ci semble avoir été adoptée par la nature elle-même dans la création des êtres vivans; il n’a fallu en effet qu’un moindre effort pour donner la vie à la réunion simple d’un petit nombre de molécules, et l’on peut supposer que, par une force inhérente à la vitalité même, la nature, multipliant cet effort dans les êtres simples, elle les a rendus peu-à-peu plus complets par des additions successivement admises dans la durée des temps et par les générations; l’enchaînement des animaux, les rapports intimes qui les lient les uns aux autres, de proche en proche, est une preuve de l’évidence de cette loi de modification et d’addition. Si la nature a agi de cette manière, si dans l’origine de la création, les êtres les plus simples ont été d’abord formés; si les êtres plus compliqués ne semblent être que la conséquence de l’existence antérieure d’êtres plus simples , il nous semble juste dans nos méthodes, quoique artificielles, de nous conformer à cette marche de la nature; et c’est pour cela que les auteurs qui ont eu le plus de philosophie ont toujours préférée, pour la pratiquera méthode d’analyse. La méthode de synthèse marche du composé vers le simple, elle a été établie lorsque des connaissances très approfondies ont dévoilé l’organisation des animaux les plus compliqués et particulièrement de l’homme; et il a paru alors rationnel de se servir de ce point de départ bien connu pour y rattacher soit en l’ayonnant, soit en descendant les autres créatures; mais ici il ne faut pas confondre ce qui est indispensable .à l’arrangement naturel des animaux avec ce qui est nécessaire à une science de comparaison qui sert souvent à déterminer leurs rapports.

La marche logique de l’anatomie comparée, était de pro~

UE LA METIlOUt.

céder, comme elle l’a fait, du connu à l’inconnu. Il était tout simple de prendre l’honnne comme un type parfait d’organisation, et de venir mesurer l’organisation inférieure des autres êtres à celle-là : par cette comparaison on apprécie facilement les différences et c’est là la tâche que cette science doit remplir. Mais les procédés propres à une branche des connaissances humaines ne peuvent pas toujours s’appliquer exactement à une autre. Ce qui est indispensable dans une science de comparaison peut devenir nuisible dans une science d’arrangement et de méthode : aussi voit-on qu’en général, les arrangemens méthodiques qui ont été faits d’après la synthèse ne sont pas aussi naturels et 11e peuvent pas résister à la critique aussi bien que le peuvent faire ceux qu’on base sur la méthode d’analyse.

En adoptant la marche analytique pour la distribution du règne animal, nous ne ferons que suivre l’exemple d’un homme à jamais illustre dans les sciences naturelles : Lamarck, auquel M. Bory de Saint-Vincent, non moins que nous son admirateur, donna le premier avec raison le titre de Linné français, dans une élégante dédicace, Lamarck a porté à un très haut degré cet esprit d’analyse qui distingue ses savans travaux.

A la fin de l’introduction de son grand ouvrage sur les animaux sans vertèbres, ce grand homme présente un tableau du règne animal, dans lequel il s’attache à démontrer que, pour être naturelle, une. classification ne peut être linéaire. Il conçoit les animaux formant deux embranchemens principaux et parallèles, descendant d’une tige commune; mais, avant cet arrangement nouveau, il avait eu soin de déterminer rigoureusement la séparation des animaux en deux grandes séries fondées, comme nous l’avons vu, sur un caractère fondamental que personne, avant lui, n’avait mieux

INTRODUCTION

senti ni mieux exprimé; il sépara les animaux vertébrés des animaux sans vertèbres , et leur assigna les caractères qui leur sont propres. C’est dans la seule série des animaux sans vertèbres qu’il trouve deux lignes parallèles avec quelques encbaînemens latéraux. Nous pensons que cette disposition, de beaucoup préférable à celle à laquelle les naturalistes sont habitués, peut être sensiblement améliorée, et voici comment nous concevons cette amélioration.

A considérer les animaux dans leur ensemble et dans l’accroissement de leur organisation , on peut concevoir facilement qu’ils forment un cône dont le sommet est occupé par les plus simples, et la base par les mieux organisés; un cône semblable à celui-ci, et s’y réunissant par le sommet, pourrait comprendre le règne végétal, qui marcherait parallèlement au règne animal. Au sommet du cône renfermant le règne animal, nous plaçons ceux des animaux microscopiques qui sont d’une simplicité élémentaire; de ce point il part deux lignes qui suivent la face supérieure et la face inférieure du cône : dans la première ou supérieure, viennent se placer les polypes , qui donnent naissance , en divergeant d’un côté, aux radiaires, et de l’autre, aux ascidiens; des ascidiens naissent les mollusques, mais après un grand intervalle qui, dans la ligne inférieure, est rempli par l’embranchement des vers, des insectes et autres animaux articulés. Cette série des animaux articulés se met en rapport, par une ligne oblique, avec les mollusques, au moyen des cirrhipèdes. En avant des mollusques, et après un espace, ou plutôt un hiatus considérable, viennent se placer, dans la ligue supérieure, les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammifères. Cette disposition sera facilement comprise à l’aide du tableau ci-joint.

DK LA METHODE

INTRODUCTION

L’arrangement méthodique que nous venons d’exposer n’est pas formé au hasard ; il est le résultat des connaissances acquises jusqu’à ce jour sur ce que l’organisation des animaux a de plus profond, c’est-à-dire leur système nerveux.

Les singuliers animaux compris dans les deux premières divisions , celle des microscopiques et celle des polypiers , n’ont aucun système nerveux. Il est à présumer que chez eux les trois élémens organiques principaux, cellulaire, musculaire et nerveux, sont confondus dans toutes les parties; ce qui donne à chacune de ces parties la propriété de vivre après avoir été séparée de la masse. Les polypes sont des animaux rayonnés par une de leurs extrémités, c’est-à-dire que leur cavité intérieure est bordée à son ouverture d’un nombre de bras flexibles et symétriques, destinés à saisir la proie et à la porter dans celte cavité intérieure. Nous mettons en avant de ces polypiers les animaux radiaires, chez lesquels commence le système nerveux en anneaux , c’est-à-dire que chez eux un filet nerveux, supérieur aux organes digestifs, embrasse la partie antérieure de l’animal, et donne autant de rameaux qu’il a de bras ou d’appendices rayonnés. Ce système nerveux annulaire se continue dans la ligne supérieure de notre tableau, et on le trouve dans les ascidiens et les mollusques ; il finit dans ces derniers, non-seulement par offrir la forme annulaire dans sa masse principale, mais il est encore pourvu d’un petit nombre de ganglions épars, propres à certaines fonctions.

Les animaux compris dans la ligne inférieure du tableau, c’est-à-dire les vers, les iusectes, les arachnides les annélides, et les crustacés, ont un système nerveux linéaire toujours inférieur aux organes digestifs; et comme les animaux qui forment ces cinq divisions sont essentiellement composés d’anneaux ou de reilflemens successifs, ce système nerveux

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présente un renflement pour chacun des anneaux dont l’animal est formé. Ce système nerveux linéaire, déjà modifié dans certains crustacés, et se rapprochant, à certains égards, de celui des mollusques, présente dans les cirrhipèdes, un arrangement qui le rend intermédiaire entre le système linéaire et le système en anneaux. Les animaux contenus dans cette division des cirrhipèdes participent aussi, par le reste de leur organisation, à celle des animaux articulés et à celle des mollusques; c’est pour cette raison que nous les plaçons obliquement entre ces deux séries d’animaux pour en opérer la liaison.

En avant des mollusques viennent se placer les animaux les plus élevés dans l’échelle des êtres ; ils ont toujours deux systèmes nerveux parfaitement distincts : le système cérébrospinal, qui leur donne l’intelligence, à quelque degré que ce soit; et un système viscéral ou ganglionnaire, celui qui seul persiste dans les animaux invertébrés, et qui donne lieu à l’instinct. Aussi voyons-nous entre les deux grandes catégories des animaux deux ordres de fonctions prédominantes qui les mettent en rapport avec les corps environnans, et qui se manifestent dans leur organisation par ces deux sortes de systèmes nerveux, c’est-à-dire que chez les uns il y a à-la-fois intelligence et instinct, et chez les autres instinct seulement.

D'après ce qui précède, on conçoit facilement quelle place les mollusques doivent occuper dans la série des animaux ; ils sont les plus élevés des invertébrés, et toute leur organisation prouve que cette opinion est vraie, quoiqu’elle soit contraire à celle de plusieurs zoologistes , qui pensent que les insectes et les crustacés doivent être placés avant; mais celte opinion n’est basée sur rien de solide; tandis que la

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nôtre s’appuie sur la connaissauce de l’organisation de tes divers types d’animaux. Les mollusques en effet ont un système nerveux infiniment plus complet que celui des insectes ou des crustacés ; ils sont pourvus antérieurement d’un anneau nerveux plus ou moins considérable , à travers lequel passe l’œsophage; presque tous ont, en outre, plusieurs ganglions destinés à fournir des filets à chaque système d’organes importans. Us sont pourvus des trois modes de génération : les uns sont hermaphrodites, les autres monoïques, et d’autres enfin sont dioïques : nous verrons plus tard que ces modifications si considérables dans les organes de la génération se lient à d’autres faits de l’organisme de ces animaux , et sont des indices d’altérations facilement appréciables du système nerveux lui-même.

Nous terminons ici ce que nous voulions donner de général avant d’en venir à la spécialité qui fait le sujet de cet ouvrage, et nous résumons ces généralités en un petit nombre de conséquences auxquelles elles conduisent:

i° Il n’existe que deux sortes de corps : ceux qui s’accroissent par la superposition des molécules du dehors en dedans, et ceux qui s’accroissent par intùs susception du dedans en dehors ; les premiers sont les corps inorganiques ; les seconds, les corps organisés;

3. 0 Les corps organisés forment deux grandes divisions primordiales, dans lesquels la vie se manifeste par des phénomènes propres ; et quoiqu’ils tendent à se confondre à leur point de contact, on parvient cependant à les distinguer en adoptant la définition de l’animal telle que nous l’avons donnée;

3° Les animaux se distinguent eux-mêmes en deux grandes séries caractérisées par les deux modificaiions principales du système nerveux. Quand on a bien défini ces deux modifi-

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