‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 2)Chapitre 5 sur 52 · I.VI’itODUCTION · texte numérisé non relu

I.VI’itODUCTION

ou a un animal dont l’enveloppe solide sous-cutanée est formée par le développement d’un vrai squelette, tandis que l’autre n’est revêtu que d’une peau durcie, divisée en segmens propres à favoriser les mouvemens de l’animal. Il est impossible de contester que la partie solide des animaux articulés soit autre chose que leur peau modifiée et durcie; car pendant leur accroissement , cette peau devenue incapable de les contenir, est rejetée par eux, et ils en reproduisent une nouvelle. Cette propriété dont les animaux articulés jouissent sans exception, est comparable à celle de quelques animaux vertébrés, qui, dans certaines saisons, changent également de peau.

Il est évident que cette enveloppe extérieure ne peut jouir à-la-fois, et de la propriété d’un squelette et de celle de la peau ; il faut nécessairement opter et admettre l’une ou l’autre; et puisque cette peau a toutes les propriétés de celle des autres animaux, il est rationnellement impossible de la comparer avec un squelette. L’impossibilité où l’on est de comparer raisonnablement une peau avec un squelette, résout la question de la manière la plus positive, mais non comme on le voit, en faveur de l’uni té décomposition dans tous les animaux.

Après avoir examiné la comparaison posée entre des animaux articulés et vertébrés , nous allons voir si cette comparaison peut se faire avec plus d’avantage entre les mollusques et les vertébrés.

Quand on a ainsi examiné la question dans la série des animaux articulés , en supposant même qu’elle fût résolue d’une manière incontestable en faveur de la loi d’unité de composition , on n’aurait en définitive que reculé les limites de la comparaison , et il faut toujours arriver à cette grande série d’animaux inférieurs, dont l’organisation est si simple que la plupart des naturalistes, d’un consentement unanime

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et presque tacite, loin de chercher à les rapprocher des animaux les plus élevés, n’ont vu de termes comparables que dans les plantes; de cette comparaison est résulté le nom de zoophytes sous lequel ils sont généralement connus. Il s’élève donc à la limite de cet ordre d’animaux un mur d’airain infranchissable, devant lequel viennent se briser tous les efforts infructueux des naturalistes qui admettent la loi d’unité de composition. Que cet obstacle soit un peu plus haut ou un peu plus bas dans la série des êtres, il n’en existepas moins

Ne vaut-il pas mieux le reconnaître là où l’observation nous prouve que la nature l’a placé, que de tenter inutilement de le franchir ou de le reculer?

Quant à la comparaison des animaux vertébrés et des mollusques , sur laquelle on a moins insisté , et qui même n’a été indiquée que par un naturaliste qui s’était peu occupé jusqu’alors de l’organisation des mollusques, il est facile de concevoir qu’elle présentait bien d’autres difficultés que celles dont nous venons de nous occuper touchant les animaux articulés.

Nous avons vu précédemment que, pour comparer les mollusques avec des animaux vertébrés, il était rationnel de prendre les derniers des poissons pour les mettre eu rapport avec les premiers des mollusques. Cette marche si simple n’a point été suivie par l’auteur des recherches sur l’organisation vertébrale des crustacés, des arachnides et des insectes. M. Robineau- Desvoidÿ dans sa préface, p. 5 y, dit que les oscabrions ont les neuf pièces élémentaires des vertèbres; il va donc prendre son terme de comparaison parmi les mollusques les plus inférieurs, parmi ceux que M. de Blainville met en quelque sorte en dehors de cette classe d’animaux, à laquelle il donne le nom de mollusques articulés. De ce que ces animaux sont pourvus de pièces testacées qui les protègent à la manière de la carapace des

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tatous, on a cru trouver, dans les diverses parties dont ces plaques sont composées, toutes celles qui constituent les vertèbres,, mais déformées, soudées, et pour ainsi dire méconnaissables , à cause de l’usage auquel ces vertèbres sont désormais destinées. Ici , comme dans les autres parties de la comparaison , on n’a pas fait attention au point fondamental de la question ; si les oscabrions en effet sont couverts de vertèbres, ils doivent avoir un système nerveux en rapport avec ces vertèbres : la condition d’un animal vertébré est d’être pourvu d’une moelle allongée; point d’animal vertébré sans cette partie essentielle du système nerveux. Peut-on dire qu’elle se rencontre dans les oscabrions ! Ceux des anatomistes qui admettent cette loi d’harmonie dans l’organisation des animaux, ce principe des connexions si savamment développé parM. Geoffroy Saint- Hilaire, dans sa Philosophie anatomique, et qui, aprèsldes réflexions profondes; en veulent tirer une conséquence rigoureuse, doivent dire avec nous, qu’il est impossible de concevoir un animal vertébré sans système nerveux cérébrospinal; il faudrait cependant adopter le contraire, et prouver qu’il y a des animaux vertébrés sans cerveau et moelle allongée, et des animaux sans vertèbres avec un véritable cerveau et une moelle allongée , il faudrait en un mot renverser ce qui est fondamental dans le principe des connexions, pour recevoir l’opinion de M. Robineau-Desvoidy, que les oscabrions sont vertébrés. Si M. Robineau avait consulté les travaux de Poli et de Cuvier sur les oscabrions, il aurait vu que, sous le rapport du système nerveux, ces animaux appartiennent évidemment au grand type des mollusques, puisque ce système est ganglionnaire, irrégulier, et qu’il ne présente même pas, comme dans les crustacés, un cordon médullaire médian ; d’un autre côté, les pièces

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SI

testacées des oscabrions ne peuvent être comparées avec des vertèbres, car elles sont, comme toutes les coquilles, le résultat d’une sécrétion cutanée dont les accroissemens se font par superposition de couches et non par intùs susception , comme elle a lieu dans les os des animaux vertébrés; dans ces derniers, les pièces osseuses reçoivent chacune un certain nombre de vaisseaux destinés à en opérer la formation dans le fœtus, l’accroissement et la réparation; les os reçoivent également des parties du système nerveux, et rendent le sang superflu par un système veineux considérable. Rien de tout cela, qui est cependant la base fondamentale d’un système osseux, ne se trouve dans les pièces d’un oscabrion ni dans un corps teslacé quelconque, provenant des animaux mollusques; ici, conséquemment , la -comparaison ne peut pas se faire avec plus d’avantage que dans les crustacés , et moins peut-être encore , car les termes de la comparaison sont encore plus éloignés. Nous avons vu que, dans les crustacés, on comparait une véritable peau durcie avec un squelette intérieur; on disait : l’animal vertébré porte en dedans ce que le crustacé porte en dehors; d’un côté il est contenu, de l’autre il est contenant. Quant aux mollusques, on ne pourrait faire le même raisonnement; car ce n’est plus d’une peau durcie qu’ils sont couverts, mais d’une sécrétion de cette peau : ce qui les éloigne encore plus des vertébrés que les crustacés eux -mêmes; que cette excrétion soit en une ou plusieurs parties, elle n’en est pas moins fondamentalement , aux yeux clc tout homme qui pense juste, une dépendance de la peau , et non un système osseux.

En remontant des oscabrions vers des animaux mollusques, dont l’organisation est plus avancée, on s’aperçoit, par le peu de constance des pièces testacées qui les couvrent,

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combien elles ont peu d’importance dans leur organisation ; on voit, par la place qu’elles occupent dans certains de ces animaux, soit à l'intérieur, soit à l’extérieur, qu’elles sont destinées, comme l’a très bien dit M. de Blainville, à protéger une série d’organes, ceux de la respiration et de la circulation : elles en sont en quelque sorte une dépendance. On ne peut dire que cette circonstance existe au même degré dans le système osseux des vertébrés; sans doute que le squelette éprouve de grandes modifications; il suffit, pour s’en assurer, de mettre l’un à côté de l’autre des squelettes de poissons et d’oiseaux , de reptiles et de mammifères ; mais enfin le squelette existe toujours sans aucune exception. Dans les mollusques les plus compliqués de tous, les céphalopodes la coquille, quoique souvent intérieui’e ou sub-intérieure, quoique souvent aussi partagée en un grand nombre de eloisous simples ou compliquées, n’en est pas moins une coquille en tout comparable, pour sa formation et sa nature, à celle des mollusques les plus inférieurs. Ces coquilles se refusent, par les mêmes principes, à une comparaison avec les vertèbres; s'il existe des analogies avec les animaux qui les produisent et ceux qui sont placés dans la série beaucoup au-dessus d’eux, ces analogies ne se montrent que dans l’ensemble de la composition organique qui , comme nous l’avons déjà dit, laisse cependant entre eux un immense hiatus.

Un anatomiste distingué., trop tôt perdu pour la science qu'il cultivait avec soin,M. Mairaux, a présenté à l’Académie, il y a quelques années, un mémoire fort intéressant, dans lequel il croyait avoir découvert des rapports en apparence beaucoup plus rationnels entre les vertébrés et les mollusques.

Après avoir étudié attentivement l’organisation des mollusques céphalopodes, il voulut rendre compte de la po-

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sition des divers organes donL ils sont composés , en. les comparant ingénieusement avec un animal vertébré, qu’il suppose ployé en deux par le milieu du ventre , de manière à ramener l’anus immédiatement au-dessous du cou, comme cela a lieu dans les céphalopodes: par ce moyen, il trouvait non-seulement de la ressemblance dans la position et les rapports des principaux organes , mais aussi dans celle du système nerveux.

Ce mémoire donna lieu, de la part de M. Cuvier, à un rapport très remarquable, dans lequel il fit voir que, pour rendre la comparaison plus exacte, il fallait ployer l’animal par le milieu, en mettant en contact les deux parties du dos, parce qu’en effet M. Mairanx, dans sa manière de voir, avait d’abord supposé que les céphalopodes nagent renversés; mais en les rétablissant, comme cela est juste, dans leur position normale, M. Cuvier devait nécessairement arriver à un autre moyen de comparaison. Tout ingénieuse que paraisse cette nouvelle théorie , elle n’est pourtant pas plus admissible que celle que nous avons examinée précédemment; car, pour comparer ainsi un animal vertébré avec un mollusque céphalopode, il faut d’abord dépouiller ce vertébré de ce qui le constitue le plus essentiellement, c’est-à-dire de son squelette et du système nerveux cérébrospinal qu’il est destiné à contenir et à protéger.La question, comme on le voit, reste donc toujours au même point, c’està-dire que l’examen de ses diverses parties conduit nécessairement à cette seule conclusion, qu’il existe deux grands types d’animaux entre lesquels se montre avecévidence un hiatus dans lequel la nature ne paraît avoir placé au moins jusqu’à présent aucun terme intermédiaire. La loi d’unité de composition peut donc s’appliquer, comme nous l’avons déjà dit, isolément à chacune de ces grandes divisions, mais ne

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peut passer de l’une à l’autre. Il faut reconnaître en effet qu’il existe une bien plus grande différence entre les points extrêmes de l’échelle animale, qu’entre cette dernière extrémité et les végétaux , et que la seule chose par laquelle ces êtres se ressemblent , est qu’ils appartiennent également au règne organique. Comme on n’a jamais cherché d’autre analogie entre les animaux et les végétaux que celles qui découlent des conditions primordiales de la vie, nous espérons que l’on ne tentera plus désormais d’inutiles efforts pour trouver de la ressemblance entre des êtres que la nature a profondément séparés. (1)

Pour bien comprendre l’organisation des mollusques, il aurait peut-être fallu faire précéder la description anatomique des organes dont ils sont composés, d’un aperçu général sur l’organisation des animaux, à les considérer dans toute l’étendue du règne animal. Nous sommes obligés, pour ne pas sortir de la spécialité à laquelle cet ouvrage est consacré, de renvoyer aux ouvrages élémentaires qui traitent de cette matière, et surtoutà X Anatomie comparée deM. Cuvier et à la Physiologie générale de M. de Blain ville ; c’est alors que l’on pourra se faire un idée juste des divers systèmes d’organes et de leurs modifications.

Nous parlerons seulement ici de l’idée qu’on doit se faire du règne animal considéré dans son ensemble; nous serons

(i) Peut-être aurions- nous dit nous abstenir de parler de cette question de l’unité de composition , ne pouvant dans un ouvrage , comme celui-ci, la traiter dans toute son étendue ; sa grande importance nous a mis dans l’obligation de manifester du moins notre opinion , car nous n’ignorons pas que nous louchons seulement à quelques-uns de ses élémens. Il faudrait successivement examiner dans tous leurs détails les travaux deM. Carus, celui de M. Robiueau-Desvoidy, celui de M. Dugès (conformités organiques) ; entrer dans la discussion et l’appréciation des faits, ce qui nous jetterait trop loin de notre but , et ce serait avec raison que l'on nous dirait : Non evat hic locus.

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