CHAPITRE II
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE
S’il s’agissait d’exposer dans un cours, la se'rie des connaissances nécessaires avant d’en venir aux spécialités, l’ histoire de la science ne devrait être présentée que la dernière, pour être facilement comprise; car elle doit mentionner, à chaque instant, des faits que l’auditeur est supposé ignorer : il faut donc d’abord les lui apprendre; mais dans un ouvrage imprimé où chaque partie peut être consultée isolément, on peut, sans inconvénient, intervertir l’ordre rationnel, pour en adopter un qui mette certaines connaissances plus en contact qu’elles ne le seraient sans cela. Ainsi il aurait fallu présenter les généralités sur les mollusques, donner tout ce que l’on sait sur leur organisation, et mettre à la suite une longue série de définitions technologiques avant d’exposer l’histoire de la science , et nous en serions venus aux spécialités immédiatement après cette histoire. Il nous a semblé qu’il ne fallait pas séparer ces généralités, sur les mollusques, des spécialités qui suivent par la partie importante dans laquelle leur histoire est traitée, et nous la mettons en conséquence comme une suite de l’introduction , en engageant à ne la lire que lorsqu’on aura pris connaissance du reste de l’ouvrage.
Lorsque l’on veut savoir quel était l’état des sciences,
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dans l’antiquité, il faut aller s’adresser aux immortels ouvrages d’Aristote; son vaste génie dans des temps où les arts étaient plus en honneur que les sciences, embrassa dans leur ensemble, les connaissances qu’il avait acquises; il sut en tracer un immense tableau qui est resté comme un témoignage de la puissance de l’espi'it humain. Dans son histoire des animaux, Aristote fut à-la-fois un profond observateur et un grand philosophe, car il sut avec une raison supérieure, tirer de très justes conséquences des faits observés; si nous admirons aujourd’hui les travaux de ce grand homme , nous ne sommes plus au point où se trouvèrent les sciences au renouvellement des lettres: la barbarie qui avait passé sur la vaste civilisation de l’empire romain, et qui l’avait anéantie, ne laissait d’autre ressource que les ouvrages des anciens, et ceux d’Aristote durent facilement exciter l’admiration chez des hommes qui, étrangers à l’esprit d’observation , durent se contenter longtemps de ce qui avait été fait avant eux. Cet enthousiasme de l’école pour les travaux d’Aristote fut poussé à un point si extraordinaire qu’il fut une cause du retard dans l’impulsion scientifique, retard dont on ressentit les funestes effets jusque dans l’avant-dernier siècle.
Aristote mentionna d’une manière particulière, la science des mollusques; il partagea ces animaux d’après leur nature en deux classes principales: ceux qui sont mous et ceux qui sont couverts d’un test pierreux , il les divisa également d’après leur habitation, en terrestres fluviatiles et marins; ces divisions d’Aristote parurent si convenables à la plupart des auteurs, qu’elles furent continuées jusque dans ces derniers temps: c’est dans Aristote qu’est racontée pour la première fois l’histoire du poulpe , que l’on trouve dans la coquille de l’argonaute, et dont l’admirable industrie aurait donné à
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l’homme les premières idées de lu navigation; mais il est à présumer que ce n’est pas là que l’on doit chercher l’origine de cet art.
Pline a été l’imitateur d’Aristote et son commentateur, il n’augmenta en rien d’important la science des mollusques, et au lieu d’observations, il se contenta d’ajouter aux travaux de son maître les préjugés populaires et la narration des vertus merveilleuses de quelques-uns de ces animaux. C’est par lui qne l’on sut l’horreur qu’inspirait aux anciens habitans de l’Italie, le mollusque connu sous le nom de lièvre marin, et qui est mentionné dans nos méthodes actuelles sous celui d’Aplisie. Il admet, à l’exemple d’Aristote, la division des mollusques mous, et ceux à coquilles, ainsi que cette autre division secondaire d’après l’habitation.
Nous ne mentionnerons pas plusieurs auteurs, et principalement ceux qui ont traité des matières alimentaires, parce qu’ils n’ont parlé des mollusques que d’une manière tout-àfait accidentelle; nous mentionnerons encore moi ns les poètes qui ont fait entrer certains mollusques dans leurs ouvrages comme points de comparaison. Quoique ces recherches aient de l’intérêt, elles n’en ont plus actuellement pour l’avancement de la science, et elles ne peuvent être envisagées que sous le rapport littéraire.
Depuis les ouvrages de Pline jusqu’au renouvellement des lettres, c’est-à dire jusqu’au moment où Bélon et Rondelet faisaient de nouvelles observations, il existe une vaste lacune dans laquelle on 11e pourrait citer aucun ouvrage important. Pendant tout ce temps de barbarie et de féodalité, qui est habituellement désigné par le nom de moyen âge, il est à remarquer que les sciences s'étant réfugiées dans les communautés religieuses, ceux qui les pratiquèrent , ne les présentèrent que comme témoignages delà puissance divine et de la gran-
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dcur de la religion ; et si, pendant celte longue période, quelques vives étincelles brillèrent assez pour marquer le passage de quelques arts, aucune ne jeta d’éclat sur les sciences naturelles qui semblent avoir été oubliées. C’est ainsi enchaînées, soumises à la routine aristotélienne et à l’influence religieuse, que les sciences naturelles devinrent en France l’héritage de deux hommes à jamais illustres, qui tentèrent pour la première fois de l’affranchir de la double domination où elles étaient restées jusqu’alors.
Bélon doué d’une grande facilité d’observation, d’une profonde sagacité, et ayant d’ailleurs des connaissances très approfondies, acquises autant par ses longs voyages que par l’élude des ouvrages des anciens, donna eu i553 un petit traité des poissons, dans lequel les mollusques furent mentionnés, et quelques-uns figurés avec assez de perfection. Ce traité général avait été précédé d’un autre ouvrage moins complet, qui parut en 1 55i , il est intitulé : /’ Histoire naturelle des étranges poissons marins. A la fin , il fut le premier à donner la figure du nautile ou plutôt du poulpe habitant de l’argonaute. Bélon conserva à la coquille à laquelle on donne actuellement le nom d’argonaute , celui de nautile sous lequel les anciens l’avaient décrite. En traitant de l’animal curieux qui habite l’argonaule, nous verrons plus tard à qui il faut attribuer cette transposition à un autre genre, d’un nom qui lui était acquis depuis l’antiquité.
Bélon distingua les inojlusques , les crustacés et les zoophites des poissons véritables, en les caractérisant par le mot d 'exanguibus. Ces exanguibus sont partagés eu plusieurs ordres: i 0 de mollibus, pour les polypes d’Aristote, et il mit à la fin les urlica marina. ï° De crus ta lis , pour les crustacés. 3° De testa duriore conlectis, division établie pour les nautiles parmi lesquels il mit une grande
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Tonne. 4“ Les echinametra renfermant les oursins. 5° Les oslrea bivalvia viennent après, et sont suivies 6 ° de testa duriore conlectis univalvis pour les patelles et les oreilles de mer. Bélon fait suivre ses patelles des coquilles bivalves libres, et ce qui concerne les mollusques est terminé par une septième section ; 7 0 de lestaceis turbinatis, omnium durissimis. On voit par ce qui précède , que les idées de classification étaient peu suivies, et que Bélon n’avait pas su apprécier quelques analogies simples qui n’out pas échappé à ses successeurs.
Wottou fut le premier, ce nous semble, qui posa les premiers élémens de l’histoire naturelle comparée des animaux, et qui conçut l’heureuse idée de les séparer, en appréciant leurs différences ; son livre intitulé de differentiis animalium, publié en 1 552, mériterait d’être cité plus souvent: on y trouve une division très rationnelle des animaux, et en général, beaucoup mieux faite que dans plusieurs ouvrages plus nouveaux. Il sépare très nettement tout ce qui a rapport aux invertébrés- aquatiques, en grandes classes, mollia, crustata , testata, zoophita. Dans les mollia , qui contiennent essentiellement les polypes d’Aristote, il met aussi le lepus marinus, quoiqu’il n’ait rien de commun avec les premiers , si ce n’est la mollesse du corps. Les crustata renferment les crustacés bien caractérisés. Quant à la troisième classe, les testata , il y a de la confusion, parce qu’il y confond les balanes et les oursins; il distingua dans cette section, un certain nombre de genres ou plutôt de divisions secondaires parmi lesquelles nous remarquons les six dernières uniquement consacrées aux coquilles bivalves.
Nous sommes surpris que cet ouvrage si remarquable de Wotton, publié avant ceux de Rondelet, ne soit cependant p t <s cité par lui, et il est assez singulier de trouver dans ce
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dernier un arrangement assez semblable des mollusques et des poissons. Ce qui nous paraît non moins singulier, c’est que cet ouvrage, qui était supérieur au siècle où il a paru , n’est point cité par les auteurs modernes; il est à présumer que sa rareté dans les bibliothèques, a contribué à le faire oublier, quoiqu’il méritât d’être mentionné non moins que ceux de Bélon et de Rondelet.
Ce fut dans le même temps que le savant Rondelet publia son Histoire des poissons encore utile aujourd’hui à consulter. 11 en parut d’abord une édition latine, et bientôt après la traduction française en fut donnée à Lyon , eu 1 558. Rondelet que le satirique Rabelais eut le tort de ridiculiser sous le nom de Rondibilis, suivit pour la distribution des animaux marins , celle qu’ Aristote avait lui-même présentée. I! confond sous la dénomination de poissons mous , non-seulement les polypes d’Aristote qui forment aujourd’hui les Céphalopodes, mais encore les autres mollusques nus, et surtout une assez grande quantité des animaux rayonnés, connus sous le nom d’orties de mer.
Cette confusion avait été soigneusement évitée par Wotton , et par Bélon lui-même. Ces poissons mous sont séparés des autres mollusques par toute la série des crustacés et des échinodermes. Quant aux mollusques à coquille, il les partage nettement en deux classes d’après le nombre des parties, c’est-à-dire, qu’il.fait une division des bivalves et une division des univalves; c’est une amélioration considérable introduite dans la distribution de ces animaux et qui avait été à peine indiquée dans les travaux d’Aristote. L’ouvrage de Rondelet est beaucoup plus complet que ceux de ses prédécesseurs; il donna la figure assez reconnaissable d’un assez grand nombre d’espèces, et en présenta la description avec
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une érudition peu commune; il reconnut la position de l’opercule dans les mollusques céphalés, et en présenta de plusieurs espèces. Il discuta, d’une manière très approfondie, une question fort intéressante pour les arts des anciens, celle qui a rapport à la teinture de la pourpre. Il fit connaître quel est l’animal que les anciens recherchaient principalement pour donner à leurs étoffes précieuses cette couleur qu’ils estimaient tant. Les résultats auxquels Rondelet arriva , furent depuis confirmés par de nouvelles observations, et servent à démontrer la grande sagacité dont il était pourvu. Bélon avait voulu aussi indiquer la coquille de la pourpre , mais il échoua en donnant pour elle un jeune strombe qui ne vit pas dans la Méditerranée.
Quelques années plus tard , Gesner publia un ouvrage considérable, dans lequel il rassembla, non - seulement ce qui a rapport aux poissons et aux mollusques, mais encore ce qui concerne les autres parties de la zoologie. Il suivit la marche des deux auteurs que nous avons cités, principalement celle de Rondelet. Il fit représenter à côté des espèces de ce dernier cellesqu’avait données Bélon; mais il ajouta peu à leur description ou à leur synonymie. Cependant cet ouvrage est bon à consulter , car on y trouve pour la première fois la représentation de quelques espèces. Il rapprocha l’animal de l’argonaute des autres céphalopodes, ce que Bélon n’avait pas fait, et il eut soin d’établir dans ses mollia une distinction échappée à Rondelet, au moyen de laquelle il sépara les rayonnés mous des céphalopodes. Nous avons vu que Wotton, avec bien plus de raison, avait mis ces rayonnés mous parmi les zoophytes, où ils sont encore maintenant dans les classifications les plus modernes.
Déjà , à cette époque, avait commencé à prospérer en Italie une école de recherches et d’érudition , dont Aldrovande
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fut le digne représentant pour ce qui a rapport aux sciences naturelles. Quoique la plupart des auteurs qui ont parlé des ouvrages de cet homme savant et laborieux, les aient regardés comme de simples compilations, il faut dire cependant qu’il fallait de bien vastes études et une singulière patience pour rassembler et coordonner avec méthode tout ce que les anciens avaient dit sur les animaux dans quelque sens que ce soit. Ce tableau si animé que Cuvier traça de la vie active et scientifique d’Aldrovande, manque en cela de vérité, qu’il n’était pas seulement un savant érudit et un compilateur rempli de sagacité, mais un naturaliste qui sut ajouter à ce que les anciens avaient laissé le peu que l’observation avait appris jusqu’à lui. C’est là, ainsi que dans Rondelet et dans Gesner, que l’on trouve l’origine d’une synonymie scientifique, et que l’on peut rechercher avec assez de facilité l’indication des ouvrages originaux auxquels on doit recourir pour vérifier la justesse de ses observations. On peut dire que le travail d’Aldrovande est immense, et il est indispensable à quiconque veut savoir rapidement tout ce que les anciens ont pu dire des animaux qu’ils ont connus. Aldrovande est aussi le premier, qui , dans son Musæum metallicum, ait présenté, sur le même plan que dans ses autres ouvrages, ce que l’on connaissait sur les dépouilles fossiles des animaux. Aux espèces déjà données par Bélon , Rondelet et Gesner, Aldrovande en ajouta un assez grand nombre pour les mollusques. Pour ces animaux, il suivit les distributions tracées précédemment; s’il conservacette bonne distinction des univalves et des bivalves, il eut le tort de renoncer au rapprochement de l’argonaute et des autres céphalopodes.
En 1616 , Fabius Columna publia à Rome deux petits traités dans lesquels on trouve, non-seulement d’excellentes
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figures, mais encore quelques idées neuves sur la distribution des mollusques. C’est principalement dans son précieux Traité de la pourpre que l’on remarque tout ce qu’il y avait de bonnes observations et de sages inductions dans l’esprit de cet auteur. Aussi ses ouvrages, devenus très rares, sontils aujourd’hui aussi recherchés que s’ils étaient d’une beaucoup plus grande valeur scientifique ; parce qu’en effet ils sont indispensables à l’histoire de la science, et qu’ils ont dû être très utiles à ses progrès.
Nous ne parlerons pas de plusieurs ouvrages, tels que ceux de Jonston, de Ruisch qui 11’ont eu que peu ou point d’influence, et nous arriverons aux écrits d’un homme que l’on peut regarder encore aujourd’hui comme l’un de ceux qui ont donné la plus grande impulsion à l’étude des mollusques et de leurs coquilles; et il suffit de prononcer le nom de Lister pour justifier les éloges que nous pourrions donner à ses travaux.
Au moment où le savant Lister publiait ses principaux ouvrages , une ère nouvelle pouvait commencer pour la conchyliologie; les traités de Wotton, de Bélon, de Rondelet, de Gesner et d’Aldrovande, devenaient une base solide pour appuyer d’autres recherches. Ce qu’ils avaient écrit avait pour but unique de faire savoir à leur siècle ce que les anciens avaient’ laissé sur l’histoire naturelle tles animaux. Cette période d’érudition, en donnant les moyens de connaître l’état de la science dans l’antiquité, devint un nouveau point de départ pour les observateui's modernes, qui, sachant ce qui était fait, surent ainsi ce qui restait à faire. Mais comme il n’est pas donné à l’esprit humain de passer subitement d’un état à un autre, et que la différence entre deux époques se manifeste d’autaut plus, qu’elles sont plus éloignées, on doit trouver entre elles un
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grand nombre de transitions insensibles : et c’est en effet ce que l’on a pu remarquer dans l’histoire des autres parties des connaissances humaines. Ici deux périodes se touchent : l’une que nous venons de voir tout entière d’érudition, l’autre qui commence et qui est principalement consacrée à l’observation. Nous pouvons remarquer que les travaux d’Aldrovaude, dans lesquels sont consignées des observations nouvelles, tiennent à l’une et à l’autre période, mais beaucoup plus à la première qu’à la seconde. Lister, au contraire, qui appartient à cette époque intermédiaire, a consacré plus spécialement ses travaux à l’observation, sans négliger cependant la connaissance des travaux des anciens. On doit à Lister, non-seulement un des ouvrages les plus complets qui existent encore aujourd’hui, mais aussi plusieurs applications d’excellens principes que l’on eut tort de trop négliger après lui.
Cetauteur était convenablement placé pour favoriser l’étude de la science dont il s’occupa exclusivement. Médecin de la reine Anne dans un temps où la puissance maritime de l’Angleterre était déjà considérable, il a pu recueillir d’immenses matériaux, et les soumettre à ses investigations. Aidé du talent remarquable, pour la gravure, de ses propres enfans, il publia un travail fort étendu, dans lequel on trouve des élémens tout- à -fait nouveaux sur la manière d’envisager et de circonscrire les espèces, et de les grouper d’après leur ressemblance. Dans les ouvrages que nous avons cités avant celui-ci , les auteurs s’étaient efforcés de retrouver dans les espèces qu'ils observaient celles qu’avaient décrites les anciens ; ils s’efforçaient d’appliquer le nom à la chose, et s’ils ne réussirent pas toujours, du moins leurs efforts ne furent pas sans de bons résultats. Lister conçut son ouvrage sur un tout autre plan. Ayant en sa posscs-
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sion un nombre d’espèces infiniment plus considérable, il s’attacha à leurs caractères pour en former des groupes en général beaucoup plus naturels que ceux de ses prédécesseurs, qui se laissèrent presque toujours guider par la forme extérieure. On s’étonnera moins de la différence de direction dans les travaux , lorsque l’on saura que Lister avait puisé dans l’anatomie des moyens de distinction auxquels presque personne n’avait songé avant lui. Il fit précéder son Synopsis conchyliorum de recherches anatomiques sur l’huître, le peigne, les hélices, etc.; recherches qu’il consigna dans différais mémoires qui furent successivement publiés dans les Transactions philosophiques . La division que Lister préféra est celle d’après l’habitation , présentée depuis long-temps par Aristote; il eutsoin de diviser ensuite les coquilles des deux dernières sections, les fluvialiles et les marines, en deux groupes principaux les univalves et les bivalves, adoptant ainsi l’opinion de Rondelet. Il fut le premier qui introduisit les coquilles fossiles à la suite de celles qui sont vivantes , voulant mettre en contact la nature ancienne avec la nature actuelle. Malheureusement cette amélioration fut peu sentie, et nous verrons un peu plus tard que l’étude des fossiles a toujours été trop isolée de celle des espèces vivantesetquecet isolement a été cause du peu d’avancement qu’ont eu les études paléonthologiques. Outre le grand ouvrage et les divers mémoires que nous venons de citer, on a encore de Lister un petit traité, fortbieu fait, intitulé: Hisloriœ aninialium Angliœ , trestractatus, publié à Londres en 1678. Il contient la description des coquilles terrestres, lluvialiles et marines de la Grande-Bretagne. Cet ouvrage était suffisant pour l’époque de sa publication ; mais les nombreuses découvertes qui ont été faites jusque dans ces derniers temps le rendent trop incomplet pour qu’il puisseêtre
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aujourd’hui d’une grande utilité. Il se ressent néanmoins de l’excellente méthode et du profond savoir de son auteur. Quoique les figures en soient moins bien faites que celles de son Synopsis, elles sont suffisantes cependant pour reconnaître les espèces, dont la connaissance est rendue plus complète par la description.
Nous pouvons conclure de ce qui précède, que Lister avait conçu la science de la manière la plus rationnelle, et telle que l’on est obligé de le faire actuellement, c’est-à-dire dans ses rapports anatomiques, purement conchyliologiques, et enfin d’applications et de comparaisons à l’étude des fossiles. Si les auteurs qui ont suivi Lister avaient su comprendre toute la portée de son génie, et avaient suivila sageimpulsion qu’il avait donnée à la science, la conchyliologie aurait pu devenir beaucoup plus tôt moins imparfaite que toutes les autres sciences d’observation. Ce qui s’opposa à cette marche rapide, c’est la dispersion qui se fit peu de temps après des divers élémens scientifiques que Lister avait introduits dans ses ouvrages. Les anatomistes s’emparèrent des animaux mollusques, et les considérèrent presque toujours sans avoir égard aux coquilles qu’ils produisent. Les minéralogistes, de leur côté, introduisirent dans leur science les corps organisés fossiles sous cette dénomination mal définie de fossile. Les minéralogistes de cette époque, ainsi que ceux qui écrivirent jusqu’à la fin du dernier siècle, confondaient avec les matières minérales toutes les substances tirées du sein de la terre; ne les distinguant que par une épithète qu’ils donnaient aux corps organisés, ils les nommaient fossiles adventifs, et les plaçaient parmi les substances minérales, selon leur composition, ou plutôt leur altération.
Les discussions religieuses qui prirent naissance au sein de l’Allemagne , et qui eurent un profond retentissement
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dans toute l’Europe, marquèrent leur passage sur presque toutes les sciences, et eurent, ce nous semble, une grande influence sur les progrès de l’étude rationnelle des corps organisés fossiles. Aussitôt que quelques orcytograpbes eurent démontré qu’il existait dans les couches de la terre des coquilles fort semblables à celles qui vivent encore dans la mer, il s’éleva plusieurs sortes de discussions touchant l’origine de ces corps : d’un côté, certains auteurs défendirent des opinions qui paraissent aujourd’hui tout-à-fait extravagantes, que les coquilles fossiles étaient formées en place; qu’elles étaient des ébauches imparfaites, préparées par la nature; quelques-unes, d’une forme particulière, furent prises pour des serpens pétrifiés, ou les ébauches informes d’aulres animaux. L’absence de tout bon principe scientifique, la tendance de l’esprit humain à croire au merveilleux plutôt qu’à ce qui est simple et vrai, accréditèrent beaucoup ces erreurs: ces préjugés furent unedes causes qui contribuèrent le plus puissamment à délournerl’étude des fossiles de la sage direction que Lister lui avait donnée. D’un autre côté nous voyons les ecclésiastiques, ou les hommes portés à défendre les croyances de la religion , s’emparer de l’étude des fossiles pour soutenir la réalité d’un déluge universel; les corps organisés répandus dans les couches de la terre sont pour eux les témoignages les plus forts de l’inondation de la terre par les eaux de la mer , et ces preuves leur paraissent d’autant plus irrécusables, qu’on les trouve partout, et quelquefois avec une étonnante abondance. D’après ce qui précède, on reconnaîtra sans doute avec nous que l’étude des fossiles a été déviée, dans deux directions différentes, de la roule qu’elle devait suivre : r 3 par les minéralogistes, et il suffit de citer les auteurs suivans : Agricola (del arle de metàlli, i563), ouvrage très imparfait pour les fossiles
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organisés; Kirker (Mondum subterraneum ); Ferrentc Imperato ( Historia naturelle , 1662 ); Mercati ( Metallotheca vaticanà), ouvrage public en 1715, mais laissé depuis plus de cent ans en manuscrit par son auteur, mort en i 5 g 3 . Nous pourrions ajouter presque tous les ouvrages de minéralogie depuis Agricola jusqu’à la fin du dernier siècle. Nous mentionnerons seulement le Traité des fossiles , de Boni ; le Dictionnaire des fossiles , de Bertrand ; Un Traité systématique des fossiles, de Stor, etc.
2 0 11 suffira de rappeler qu’il existe beaucoup d’ouvrages destinés à fournir les témoignages du déluge, pour se convaincre de cette déviation de l’étude des fossiles : nous signalerons le Musœum dihwianum , de Scheuzer ; X'Herbarium dihwianum , du même auteur ; le Testimonia dilua ii, de Liebkneclit. Wolfart, dans son Historia naturalis Hassiœ inférions , a soutenu la même thèse, à l’aide des fossiles de cette contrée. Monti, Dissertatio de monumento diluaiano, suit son exemple. Nous citerons encore les Rudera diluaii testes , de Bultner. Nous ajouterons que cette question du déluge universel a été discutée dans presque toutes les oryctograpbies publiées jusqu’à la fin du dernier siècle, époque à laquelle Voltaire s’engagea dans cette discussion, dont il ne sortit qu’en niant l’existence réelle des fossiles , et en jetant du ridicule sur l’opinion contraire à la sienne, et sur ceux qui la défendaient. Ces discussions ne pouvaient conduire à un résultat définitif, parce que les élémens de la question n’étaient point suffisamment connus. De ce qu’il existe des corps organisés dans les couches de la terre, il ne s’ensuit pas, par une conséquence rigoureuse, qu’ils y aient été déposés par un cataclysme universel. Il faut savoir de quelle nature sont ces corps, et jusqu’à quel point ils différent de ceux qui sont maintenant vivans, ou leur ressent-
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blont; et quand on en est venu .à examiner la question de ee côté, les personnes sans préventions ont bientôt reconnu que les différences très grandes qui se montrent entre les races des premiers âges du monde et celles que nous voyons, n’ont pu se faire subitement, et que la régularité de la dispersion de leurs dépouilles solides dans les couches non moins régulières de la terre, n’ont pu être le résultat d’un moment de trouble et de confusion, comme les auteurs sacrés représentent le déluge. Au reste, cette question, avec les données que la science possède aujourd’hui, ne peut plus supporter un examen sérieux et approfondi.
Si un grand nombre d’auteurs ont consacré leurs travaux et de longues recherches sur les corps fossiles, pour soutenir une question qui a de nos jours perdu presque tout son intérêt, il y en a quelques-uns qui ont envisagé cette étude d’une manière plus rationnelle, et nous pouvons citer Sténon ( De soliclo in soliàum contento ), Leibnitz ( Protogœa tellaris) , Scilla (la Fana speculazione, 1670), et le même ouvrage, plus complet (De corporibus mariais lapidescentibus') ; Yalisnieri ( Osservazioni dei corpi mariai elle su monti si travano , etc. , 1721); Spada ( Dissertazione ove si drova che i corpi mariai petrificati non sono dihwiani , 1 737), et beaucoup d’autres.
L’ouvrage de Scilla mérite une mention particulière, parce qu’il fut le premier qui reconnut l’analogie parfaite qui existe entre quelques espèces fossiles des collines subapennineset celles qui vivent encore dans la Méditerranée. Nous aurons occasion, dans la seconde partie de cet ouvrage, de revenir sur les auteurs qui ont traité spécialement des fossiles.
Nous nous occuperons peu de l’ouvrage de Bonanni (Recreatio mentis et oculi ), parce qu’en effet il renferme peu
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de choses qui puissent intéresser l’avancement de la science. Il nous semble un des premiers qui aient présenté et discuté la question fort intéressante de la perforation des pierres par certains mollusques. Lorsque nous parlerons d’une famille dans laquelle sont rassemblés un assez grand nombre de ces animaux, nous discuterons les diverses opinions qui ont été émises à ce sujet , et nous verrons ce qu’elles peuvent avoir de juste et ce qu’on doit en rejeter. Quant à la distribution des coquilles, Bonanni se contenta de celle de Rondelet; il ajouta cependant une troisième classe, qui avait été indiquée par Lister, dans laquelle il rassembla des corps fort divers, les nautiles, les patelles, les oursins, les balaues et les tuyaux marins; cette classe devint plus tard l’origine de celle à laquelle Linné imposa le nom de mullivalvcs.
Dans le temps que Lister enrichissait de ses nombreux ouvrages l’histoire naturelle de son pays, et celle de contrées lointaines, le goût des sciences naturelles était fort répandu, et elles étaient cultivées d’une manière particulière. Dans les siècles précédées, les pharmaciens rassemblaient ordinairement dans leur boutique, des objets d’histoire naturelle propres à exciter la curiosité ou à favoriser les préjugés populaires, qui attachaient des qualités merveilleuses à certains médicamens, tirés de trois règnes de la nature. Ceux de ces médica'fiîcus provenant des pierres précieuses et de quelques animaux réputés très rares et fort extraordinaires étaient surtout recherchés; et le désir du gain excitant la cliarlatancrie des personnes chargées de la vente des préparations pharmaceutiques, les engagea à exposer aux yeux du vulgaire des objets auxquels il n’était point habitué : c’est de cette manière que naquirent les collections, et si elles furent utiles en certaines mains, pour augmenter l’influence de la pharmacie, placées dans d’autres elles devinrent à cette époque des élé-
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mens scientifiques; elles passèrent dans des établissemens particuliers ou publics et furent alors le sujet d’un grand nombre de descriptions qui portent presque toutes le titre de Muséum. Dans ces ouvrages, en effet, ou trouve aussi bien des objets d’art que des objets d’histoire naturelle, le tout présenté avec plus ou moins d’ordre et de méthode. Les uns , ouvrages de luxe, sont accompagnés de gravures quelquefois assez bien faites, les autres ne sont que des catalogues descriptifs plus ou moins complets. Le plus grand nombre de ces ouvrages fut publié dans le xvn e siècle; nous mentionnerons seulement comme un des plus estimés, le Muséum Calceoliari ; le Muséum Vonnianum offre quelques bonnes observations, tandis que les Rariora Musei Resleriani ne peuveut être cités que pour les figures. Nous négligerons plusieurs ouvrages de la même nature, qui n’ont pas même le mérite des bonnes gravures et dans lesquels on trouve souvent, fort mal recopiées, les figures déjà très mauvaises dans d’autres auteurs. Tel est , par exemple, le Museo Moscardo et le Muséum Regium publié par Jacobœus. Jusqu’à Linné, et même plus tard, de nouveaux muses se publièrent; et Linné lui-même donna le Muséum Tessinianum en 1753 ; mais cet ouvrage doit être mentionné d’une manière particulière parce qu’on y trouve déjà une application des méthodes de son immortel auteur.
Lesouvrages de Rumphius n’ont pas été sans utilité pour l’avancement de la conchyliologie. Ayant habité à Amboine pendant long- temps, il fut à même de faire des recherches très étendues et d’y recueillir unegrande quantité de mollusques et de coquilles. U publia à leur sujet un ouvrage considérable, dans lequel il fit représenter pour la première fois, et malheureusement d’une manière imparfaite, l’animal du Nautile. Il fit connaître aussi, pour la première fois, une co-
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quille singulière, pour laquelle Lamarck a formé un genre particulier voisin du Tarets, la Cliosonnairc; il rangea du reste, les coquilles avec assez d’ordre et de méthode, sans cependant les distinguer en genres aussi nettement circonscrits queceux de Lister, Rumphius ne se horna pas à donner la figure du Nautile; frappé de la différence que cet animal présente avec les autres mollusques , il en fit une description détaillée qui, malheureusement, n’étant pas présentée comme l’aurait fait un anatomiste, est restée presque inutile à la science, malgré les efforts que certains auteurs ont tentés pour en tirer quelque chose. Le fait est, que la description qui a été donuée récemment de cet animal, par un anatomiste anglais, M. Owen, a démontré que les efforts que l’on a faits sur celle de Rumphius, avaient été réellement infructueux. Cet ouvrage deRumphius fut complétccn 17 54 parValentyn qui fit lui-même de nombreuses recherches dans l’Océan de l’Inde.
Au commencement du dernier siècle, un homme que la France s’enorgueillit de compter parmi ses savans les plus distingués, Réaumur, dont les observations contribuèrent si puissamment à faire connaître les insectes, s’occupa aussi, mais secondairement, de plusieurs mollusques sur lesquels il donna des mémoires qui font partie de ceux de l’Académie des sciences. Il traita en général de questions importantes sur les mœurs des mollusques, sur la manière dont ils s’attachent aux corps sous-marins, sur la manière dent ils perforent les pierres; il discuta la question de la structure de leur coquille, et il démontra de la manière la plus fondamentale que ces corps 11e pouvaient être comparés, en quoi que ce soit, aux os des autres animaux; il discuta également sur )a pourpre des anciens , et s’il ne fut pas entièrement d’accord avec le savant Rondelet , du moins sa belle dissertation ne fut point inutile à l’éclaircissement de la question.
INTRODUCTION
Ces observations de Réaumur trouvèrent des imitateurs, et presque tous les savans de l’Europe s’occupèrent plus ou moins des coquilles, des mollusques et même des fossiles. Ce goût se répandit aussi parmi les peintres, dont plusieurs employèrent leurs talens à la représentation plus exacte des objets d’histoire naturelle; enfin des voyageurs consacrèrent une partie de leur temps à recueillir avec soin tout ce qui pouvait intéresser les sciences, et à donner sur les moeurs des animaux Ips observations qu’ils faisaient. Aussi , depuis cette époque, on trouve un grand nombre de mémoires isolés , dont plusieurs sont fort importans , dans les recueils scientifiques publiés par la plupart des sociétés savantes de l’Europe : nous ne pouvons ici en donner l’aride nomenclature, elle se trouvera plus convenablement placée dans la Bibliographie, qui est à la fin de cet ouvrage.
C’est à cette impulsion que l’on doit beaucoup d’autres ouvrages, parmi lesquels nous. pouvons citer le Gazophylacium naturœ etartis, de Petiver; les Racolta, de Valisnieri; le Voyage de S/oane à la Jamaïque, voyage dans lequel on trouve d’assez bonnes observations sur plusieurs mollusques confondus par Linné parmi les clios. Nous ajouterons à ces observations celles relatives à l’immense ouvrage deSéba, dans lequel se trouve la représentation de la presque totalité des animaux qui étaient connus de son temps. Cet ouvrage a été presque nul pour la conchyliologie; cependant il contient un très grand nombre de figures de coquilles, mais elles sont disposées sans ordre et sans méthode; les espèces sont répétées dans les planches par symétrie, et souvent arrangées d’une manière bizarre pour représenter des dessins d’ornement ou des figures monstrueuses. Il faut dire néanmoins que la plupart des figures sont assez fidèles pour faire reconnaître l’espèce qu’elles repér-
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sentent. Séba 11 e pouvait avoir, et n’eut en effet aucune influence sur les progrès de la science. 11 n’en est pas de même de Swammerdam, le digne héritier deRéaumur par la délicatesse et la sagacité de ses observations, soit sur les insectes, soit sur les mollusques.
On peut dire que l’anatomie des mollusques et l’observation des formes extérieures de ces animaux, avaient été fort négligées. Willis, Harder , Monro , Lister , avaient été les seuls jusqu’alors qui eussent tenté quelques efforts, pour dévoiler la structure organique des mollusques. Ils avaient, en général, fort mal réussi dans cette entreprise, et plusieurs raisons s’opposaient à ce qu’ils plissent mieux faire: non-seulement l’anatomie des autres animaux était peu avancée, 1 >et ne pouvait par conséquent servir de point de comparaison , mais aussi, c’est que parleur nature, les mollusques présentent des difficultés particulières à l’anatomiste. La mollesse de ces animaux, la liaison intime qui existe entre certains de leurs organes, la facilité avec laquelle certains autres se laissent déchirer, la forme particulière qu’ils prennent, et par conséquent la difficulté de leur attribuer sur-le-champ leur usage, a fait commettre aux premiers auteurs qui ont tenté d’éclaircir celte partie de l’histoire des mollusques , plusieurs erreurs graves que Swammerdam a su éviter, quoique lui-même en ait laissé également échapper. Dans la Biblia nàturœ on trouve des recherches assez étendues sur la Sèche, les Hélices et quelques autres mollusques.
Un autre champ s’ouvrait dans le même temps pour la conchyliologie: les observations de Jean Plancus, sur les coquilles microscopiques, préparaient pour plus tard à Soldani, les élémens de sou immense ouvrage. Déjà, alors, commençaient à paraître les premières éditions du Systema naturœ , qui n’eurent pas dès leur origine toute l’influence
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qu’elles auraient dû avoir. Mais Linné ne tarda pas à donnera son vaste génie tout son essor, à et former celte célèbre école qui porta si loin l’illustration du nom de son chef.
Avant d’exposer ce qui a rapport aux ouvrages de Linné, et de faire apprécier les avantages immenses que l’histoire naturelle, et la conchyliogie en particulier, en ont retirés, nous devons rendre compte de quelques ouvrages importans qui, publiés dans le même temps, n’ont pas éprouvé l’influence linnéenne, et paraissent n’en avoir pas exercé non plus sur l’esprit méthodique de Linné ; ils auraient mérité cependant d’être examinés par lui.
L’ouvrage de Gualtieri ( Index Testarum , J y/jü) mérite une attention particulière, parce que son auteur a appliqué à la distribution des coquilles, une méthode qui lui fut donnée par le célèbre botaniste Tournefort. Il adopta la division aristotélienne , d’après l’habitation, et celle de Rondelet, d’après le nombre des parties, en univalves et en bivalves. La manière dont certains groupes sont formés indique que l’auteur avait fort bien senti certains rapports, et on peut trouver dans cet ouvrage l’origine de quelques genres qui , depuis, ont été circonscrits d’une manière plus complète : ainsi les Patelles, les Argonautes, les Bulles, les Porcelaines, les Nautiles, parmi lesquels sont aussi quelques espèces de coquilles microscopiques, les Cônes, les Olives, les Rochers, les Strombes, les Ptérocères, les Turritelles, les Troques, les Turbos, les Nérites et les Natiees, sont nettement circonscrits, à-peu-près à la manière de Lister, et auraient pu servir d’indication très utile aux auteurs qui vinrent après; quant aux bivalves, elles sont beaucoup plus confondues; cependant on remarque les Peignes, qui sont assez bien circonscrits, ainsi que les genres Pinna, Area, Tridacna, Avicula , Maliens, Perna, , Spondjlus ,
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Ostrea et Pholas. Ainsi, comme on le voit clans cet ouvrage , on pouvait puiser de bons renseignemens sur la classification des coquilles, et il aurait presque suffi de perfectionner ce qui s’y trouvait, en rectifiant cependant la distribution.
Jusqu’à présent , les dénominations de genres, de familles, etc., n’avaient pas été introduites dans l’arrangement des coquilles; Linné lui-même, dans les premières éditions de son Systema naturœ, ainsi que dans sou Musæum tessiriianum , n’avait pas mis en usage ces coupures de divers degrés, favorables pour établir les rapports naturels entre les animaux. A cette époque, on n’avait pas songé non plus à donner à chacun des groupes établis des caractères complets et suffisans. Il appartenait à deux hommes remarquables par leurs grands travaux, de poser à cet égard de nouveaux principes, et de tracer une nouvelle marche, qui a eu plus lard les résultats les plus satisfaisaus.
Guettard, dans un mémoire publié parmi ceux de l’académie de Paris, en mai i ^56, combattit avecavantage l’opinion que Linné avait précédemment émise, qu’il n’existait qu’un seul genre de mollusques bivalves, et un seul genre de mollusques uni valves. Guettard attaqua cette erreur parle raisonnement et par l’exemple; il caractérisa de la manière la plus rationnelle quatorze genres, non-seulement d’après la coquille, mais encore d’après l’animal. La manière dont ces caractères sont présentés est telle, qu’on pourrait les admettre encore aujourd’hui , en ne leur faisant subir presque aucune modification. Ces quatorze genres sont disposés dans l’ordre suivant : i° la limace, 2 ° du limaçon (aujourd’hui genre Hélix ); 3° buccin terrestre [Pupa); 4° limaçon dont la coquille aplatie a un ombilic (démembrement assez inutile du genre Hélix) ; 5° limaçon terrestre à opercule ( Cyclosto -
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ma) ; 6 ° du Planorbis (genre conservé, depuis cette époque , tel que Guettard l’avait circonscrit); 7 0 limaçon vivipare fluvialile (. Paludiné ); 8 J du buccin ou pourpre (ce genre est établi pour le purpura lapillus, qui vit sur nos côtes, et qui fait partie du genre Purpura des auteurs) ; 9 0 nérite (ce genre a élé conservé); 10 e guignette (sous ce nom l’auteur caractérise le genre Trochus ); 1 1° lepas ou patelle (la dénomination de Patelin a été conservée au même genre); 12 0 Lepus marinus auctorurn (genre Aplysid) ; i 3 ° conque ou buccin fluviatile (genre Limited)", i 4 ° buccin d’eau douce (genre Falvata des auteurs). Quant aux coquilles bivalves, Guettard avoue qu’il n’a point assez étudié leurs caractères, pour en former des genres aussi bien circonscrits que ceux qu’il vient de caractériser parmi les univalves; il donne ceux-ci, non comme suffisans pour renfermer toutes les coquilles connues, mais du moins pour indiquer quelle marché on doit suivre pour la circonscription de ceux qu’on formera plus tard. Il ne se borne pas à donner un si bon exemple; il pose les principes fondamentaux de la science comme conséquences des observations qu’il avait faites. Pour en convaincre, il suffirait sans doute de renvoyer au mémoire lui-même : nous pensons néanmoins qu’il ne sera pas inutile de rapporter textuellement quelques lignes, pour prouver combien Guettard avait l’esprit juste et judicieux. Il blâme justement les auteurs de son temps, qui mettaient chaque fait dans l’isolement, qui ne voyaient que les individus, et ne songeaient pas à les rassembler d’après des caractères communs.
«Qui peut en effet, dit-il, se refuser aux divisions qui « ont été faites, en différons genres, des coquillages dont il « a été question plus haut? Pourrais-je avec raison confondre « les coquillages dont les yeux sont posés au bout de ces es- «pèces de tuyaux auxquels on a donné le nom de cornes,
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« avec ceux qui les ont à la base de ces tuyaux? Les coquil- «lages qui n’ont que deux cornes peuvent-ils se confondre « avec ceux qui en ont quatre? Ceux qui ont ces espèces de^ «cylindres attachés aux cornes, et qui portent chacun un « œil , tandis que ces cornes en manquent, ne doivent-ils pas « également être rangés sous un genre différent de celui où « sont placés les autres? Mettrai-je les coquillages qui n’ont « que deux yeux posés intérieurement, avec ceux qui les ont « à l’extérieur, d’autant plus que les cornes de ces coquillages «sont aplaties et triangulaires? Outre cela, ces coquillages «qui ferment leur coquille d’une partie (opercule) qui la «bouche exactement, ne doivent-ils pas être éloignés de « ceux qui n’ont pas cette partie? Ne pourrait-on pas même « dire que les coquillages dont l’opercule est cartilagineux « sont séparés naturellement de ceux où l’opercule est dur « et comme osseux? Ce ne sera, au reste, qu’en faisant atten- « lion aux plus petites différences qui se trouvent dans ces «animaux, qu’on parviendra à découvrir, autant qu’il peut « nous l’être permis, cet enchaînement que les êtres ont les « uns avec les autres.»
Pendant que Guettard résumait ainsi des principes tellement utiles, qu’ils sont encore aujourd’hui mis en pratique, Adanson, de son côté, publiait avec le même esprit de classification, un ouvrage très important par la manière dont il est conçu, plutôt que par le grand nombre d’espèces qu’il renferme. Adanson , qui avait vécu pendant plusieurs années au Sénégal, avait rapporté de ce pays des matériaux très considérables sur toutes les parties d’histoire naturelle; il les publia successivement et séparément, et il fit pour les coquillages un traité particulier, qui est encore précieux pour la connaissance des formes extérieures des mollusques. Adanson ne se contenta pas de présenter une série de descriptions
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des espèces qu’il avait observées, il voulut les renfermer dans un cadre méthodique, et pour le former, il combina à-lafois les caractères des coquilles et des animaux; mais pour ne rien laisser à faire dans un esprit systématique quelconque sur les mêmes espèces, il présenta une série de tableaux, dans lesquels ces mêmes espèces sont rangées d’après tous leurs caractères pris chacun isolément. La division que définitivement l’auteur adopta, est présentée par familles et par genres. La première famille renferme les limaçons, elle équivalut à la division desmollusques univalves des autres auteurs; il la divise en deux sections : les limaçons sans opercules et les limaçons operculés. Nous devons faire remarquer en passant que c’est pour la première fois que l’opercule est entré pour quelque chose de fondamental dans une division méthodique des mollusques. Dans la première section on trouve douze genres et dans la seconde neuf seulement. Lorsque nous en viendrons à ces genres, nous ferons voir jusqu’à quel point Adanson les avait bien caractérisés; car, à l'exception d’un très petit nombre, tous ont été conservés. La seconde famille renferme les conques : elle est également divisée eu deux sections, les conques bivalves et les conques multivalves. Les genres qui sont compris dans ces sections ne sont peut-être pas aussi bien circonscrits que ceux de l’autre famille, et cela tient à ce que Adanson, ne donna pas alors toute l’importance qu’il fallait, à certains caractères des mollusques acéphales qui ont été reconuus depuis suffisons pour l’établissement des genres. Il n’est pas moins très remarquable de voir, combien sont naturels les divers groupes qui ont été formés par Adanson dans cette grande famille; il a su également éviter, pour la classe des multivalves, la confusion que ses prédécesseurs y avaient laissée, et que Linné lui-même y maintient jusque dans les dernières édi-
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tions du Systema naturce. Cet excellent ouvrage d’Adanson contient, circonscrites dans de bons genres, un assez grand nombre d’espèces dont les descriptions parfaitement méthodiques, sont très facilement comparables; il ne se contenta pas de décrire les coquilles et de-les figurer, il décrivit et représenta les animaux de presque toutes les espèces, de telle sorte que les personnes qui n’ont point en leur possession les animaux mollusques eux-mêmes, peuvent avec confiance recourir aux descriptions d’Adanson pour y puiser les caractères propres à distinguer les genres. Malheureusement cet ouvrage, malgré tout son mérite, fut oublié parmi nous, et quoique le goût des collections de coquilles fût répandu en France parmi les personnes riches , on donna la préférence aux ouvrages si mal faits de d’Argenville et Favane, parce qu’ils avaient l’avantage d’offrir un grand nombre de belles figures, et qu’ils citaient souvent avec emphase certaines espèces recherchées, appartenant à des collections que la vanité de leurs possesseurs voyait mentionner avec plaisir. Il est à présumer que cet ouvrage d’Adanson a eu par la suite une iniluence assez grande, sur le perfectionnement de la méthode de Linné, quoique l’on remarque cependant qu'elle n’a pas eu toute celle qu’il aurait si bien mérité d’obtenir.
Ce fut en 1^58 que Linné publia la dixième édition du Systema naturœ , et c’est principalement de cette époque, que doivent dater les immenses réformes, que ce grand législateur conçut pour le perfectionnement des sciences naturelles. Quoique les premiers essais de Linné soient tout-àfait en dehors de la routine tracée par ses prédécesseurs , ils ne furent pas assez parfaits pour être admis sur-le-champ sans discussion. Les additions qu’il y fit successivement , la méthode simple qu’il employa constamment, la concision des caractères, leur enchaînement admirable, la disposition
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rationnelle (ju’il avait su donner avec tant de sagacité à tous les corps observés à la surface de la terre, étaient bien suffisans pour donner à son nom une illustration européenne, et qui franchit bientôt les limites de l’ancien continent, pour se répandre dans tous les lieux où vivent les hommes civilisés et adonnés à l’observation. Les divisions dichotomiques furent celles dont Linné se servit avec le plus d’avantages pour débrouiller le chaos de la botanique. Cet esprit d’analyse, il le transporta dans toutes les parties de la zoologie, et il enfanta cet admirable chef-d’œuvre de classification qui a servi de base aux génies les plus élevés de notre siècle, pour donner une nouvelle impulsion, ou pour mieux dire , pour continuer les progrès que Linné avait commencé à faire faire aux sciences naturelles.
Lorsque Linné perfectionnait ses classifications, l’observation lui manqua souvent, et il fut obligé, malgré cela, d’introduire dans son cadre rationnel des êtres dont les caractères principaux étaient à peine connus. C’est alors que son génie sut deviner des rapports que l’observation démontra plus tard avoir été convenablement appréciés. Cette grande sagacité qui est ordinairement le résultat d’un profond savoir , a été employéeavec tant de bonheur, quelle peut servir de mesure aux immenses connaissances de cet homme célèbre. Nous n’avons à parler que d’une petite partie de ses opinions systématiques, decelles qui ont rapportaux mollusques ; il serait curieux sans doute d’examiner les diverses modifications que Linné a apportées lui-même dans la distribution des animaux, depuis le commencement jusqu’à la fin de ses grands travaux. On verrait successivement certaines idées devenir de plus en plus prédominantes, et finir par assurer à la classification un degré de perfection quelle n’avait pas dans le principe. Cette suite de modifications of-
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ferles dans un tableau rapide aurait vivement intéressé; mais il aurait été nécessaire de le présenter dans l’ensemble des sciences naturelles, pour que l’on reconnût facilement leur enchaînement et leurs conséquences. Restreints , Comme nous le sommes , dans un ouvrage aussi spécial que celuici, à ne donner que l’histoire abrégé de la conchyliologie, nous nous contenterons d’examiner la classification des mollusques dans toute la perfection que Linné lui a donnée, c’est-à-dire dans la douzième édition du Systema nalurce.
La sixième classe de Linné renferme ce qu’il nomme les vers : il la divise en cinq ordres, les intestins, les mollusques, les testacés, les zoopbiles et les infusoires. Nous ne devons nous occuper que des deux ordres intitulés mollusca et testacea. Nous trouvons dans la classe des mollusques une confusion assez considérable provenant de ce que la plupart des animaux qui constituent ce groupe, étaient à peine connus dans leur structure organique; il suffira de jeler les yeux sur le tableau suivant que nous en donnons pour se convaincre de ce que nous venons de dire.
GENRES
I Ore supero.
( Actinia, î Ascidia.
Limax.
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