‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 107 sur 127 · SEIZIÈME FAMILLE. — LES DUEISSÉNIDES · texte numérisé non relu

SEIZIÈME FAMILLE. — LES DUEISSÉNIDES

à quelques Dosinies par sa forme générale; elle est cependant plus bombée que les espèces de ce dernier genre. Sa surface est revêtue d’un épiderme jaunâtre transparent. Des stries transverses, fines et régulières couvrent la face externe; ces stries s'effacent presque entièrement vers le milieu des valves ; elles sont coupées à angle droit par un grand nombre de stries longitudinales très fines, obsolètes, plus apparentes sur les côtés que sur le milieu; les crochets sont saillants, bombés et obliquement inclinés sur le côté antérieur. Ce côté ne porte aucune trace de lunule, et le côté postérieur n‘a pas non plus de corselet limité; un ligament externe peu épais est contenu dans une rainure profonde en partie recouverte par les, lèvres du corselet. Les nymphes sont très écrasées et coupées en plan très oblique finement strié. La charnière est supportée par une lame cardinale large et peu épaisse Cette lame porte trois dents cardinales divergentes ; l'antérieure de la valve droite est très mince: la postérieure est la plus longue, elle est creusée en gouttière dans toute sa longueur; la moyenne est comprimée et conique ; sur la valve gauche, les trois dents sont égales. Les impressions musculaires sont grandes , ovales et descendent au-dessous du diamètre antéro-postérieur de la coquille. L’impression palléale est courte , la sinuosité qui la termine en arrière ressemble à celle des Dosinies; elle est plus courte en proportion et se dessine sous la forme d’un triangle subéquilatéral , dont l'axe est oblique de bas en haut et d'arrière en avant. Cette coquille est souvent d’un fauve pâle, ses crochets sont violets , et vers les bords elle est ornée de zones violettes variables selon les individus; rintérieur'est blanc, lavé de violet pâle interrompu par les zones violettes du dehors qui se répètent plus pâles en dedans.

Cette coquille est longue de 45 mill. et large de 47.

Les Dveissëniiles. MBi^eisHewiUte , Gray.

CARACTÈRES. — Animal allongé, longitudinal, ayant les lobes du manteau réunis et percés de trois ouvertures ; une antérieure pour le passage d’un pied byssifère, les deux autres postérieures , prolongées en siphons courts et inégaux. Bouche

subterminale antérieure ; deux muscles adducteurs inégaux, très écartés; deux muscles rétracteurs du pied, deux paires de branchies inégales débordant en arrière la masse abdominale^

Coquille allongée , longitudinale , triangulaire ou subcordiforme. Crochets terminaux, pointus, droits ou inclinés. Charnière simple; ligament externe allongé, en partie recouvert par les bords du corselet. Bords simples et tranchants , bâillants en avant et en bas pour le passage du byssus. Deux impressions musculaires inégales ; Tantérieure petite , sur une cloison transverse qui couvre la cavité du crochet; impression postérieure ovale , subcirculaire , presque marginale ; impression palléale simple.

GENRE Congeria^ Partsch.

En admettant la famille des Dreissénides de M. Gray, nous ne prétendons pas y laisser cinq genres, et surtout lui conserver, dans l’ordre général de la méthode, la place que lui accorde le savant zoologiste anglais. Pour nous, la famille en question ne contient qu'un seul genre fondé sous le nom de Conr/er/a, par M. Partsch, et proposé presque en même temps sous celui de Dremena, par M. Vanbeneden ; ce genre a reçu plusieurs autres noms, ainsique nous allons le voir bientôt.

Le genre Congeria a été établi pour des coquilles fossiles qui se trouvent avec des Mélanopsides et d’autres coquilles d’eau douce dans les terrains tertiaires de l’Autriche. M. Vanbeneden, ayant observé l’animal du Mytilus polymorphns de Pallas , reconnut entre cet animai et celui des Mytilus de très grandes différences, et il en fit le type du genre nouveau qu’il nomma Dreissena. M. Gray admet à la fois les deux genres auxquels il en ajoute trois autres, deux douteux, Enocephahis de Munster, et Myoconcha de d’Orbigny, et le troisième Mytilimiria de Conrad , qui devra probablement rentrer dans le genre Mylihts de Linné.

Lorsqu’on met en présence les divers genres que nous venons de citer, à l’exception des deux derniers, ils offrent des caractères identiques; ils doivent en conséquence rentrer les uns dans les autres. Dans notre opinion, un seul doit rester dans une méthode naturelle.

D’après ce que nous a dit autrefois M. Doué du genre Enoccphalus de Munster, ce savant paléontologiste l’aurait établi dans sa collection pour la grande Congérie cordiforme de M. Partsch [Congeria

LES DREISSEMDES.

subglobosa); par conséquent, le genre n'ayant jamais été publié par son auteur de manière à le faire reconnaître, il ne peut être admis. Le genre Dreissena ne diffère en rien des Congeria , il a été fonde pour des espèces vivantes dont tous les caractères se retrouvent dans les espèces fossiles qui constituent le genre Congeria; il est naturel de réunir des coquilles qui ne diffèrent que par l'état où on les trouve. Quant au genre Myoconclia de Sowerby, admis par M. d’Orbigny, nous ne le comprenons pas dans la famillo des Dressénides: ce sont des coquilles qui ont les plus grands rapports avec certaines Cardites, Cardita p/trenetica par exemple, et que nous repousserons également de la famille des Mylilacées. Ainsi, des cinq genres introduits par M. Gray dans sa famille, il y en a trois, Dreissena ^ Enocephalus et Congeria qui n’en forment qu'un seul, celui qui constitue à lui seul la famille; car des deux autres, celui des jl/f/oco«c/irt doit faire partie des Cardites; le second restera probablement dans la famille des Mytilacées.

Dans le genre Co7igeria une seule espèce est connue avec son animal : c'est le Mylilus polijinorphus de Pallas. Quoique nous allions décrire bientôt cet animal avec détail, nous croyons utile d'en retracer ici les caractères les plus généraux pour mettre le lecteur en état de comprendre les motifs qui nous ont guidé dans l’arrangement méthodique que nous proposons pour la famille des Dreissénides.

Quoique par leur forme générale l’animal et sa coquille rappellent beaucoup ceux des Mylilus, cependant ils en diffèrent par un grand nombre de caractères. C’est ainsi, par exemple, que l’animal du Mylilus poly^ inorphus a le manteau presque entièrement fermé. Il présente une petite ouverture antérieure et inférieure pour le passage d’un pied byssifère. En arrière, cet organe se prolonge en deux siphons très inégaux ; le branchial, gros et dilaté, garni de tentacules sur le bord et à l’intérieur, semble continuer l’axe longitudinal de l'animal. Le siphon anal, plus petit, plusxourt, s’élève d'une large base, et il se dirige en dehors en faisant un angle droit avec le premier. Son bord membraneux reste simple, dépourvu de tentacules.

L’anirpal est pourvu de deux muscles adducteurs inégaux. Quoique très réduit, le muscle adducteur antérieur est cependant plus gros que celui des Mylilus^ et il est placé d'une manière différente, en cela qu'il est sur une lame Iransverse formant une espèce de cloison qui s'avance au-dessus de la cavité des crochets. Le muscle adducteur postérieur est cylindracé, situé très en arrière, et il n’est pas composé de, plusieurs faisceaux fibreux , ainsi que cela, a lieu dans les Moules. Le muscle orbiculaire du manteau est généralement mince, étroit, d’une largeur

SKIZIEME FAMILLE.

a peu près égale dans toute son étendue. Ainsi que dans les Cyclades, les Cardium et d'autres genres, les siphons n’ont point de muscle rétracleur propre, faisant une saillie plus ou moins considérable entre les parois du manteau.

Le pied est allongé et vermiforme, à peu près comme dans les Myes, les Saxicaves, les Clavagelles, les Gastrochènes, etc. Les parois ne s’étendent pas sur la masse abdominale, et les fibres musculaires se transforment immédiatement en deux paires do muscles qui se dirigent eu avant et en arrière. Ainsi, sous ce rapport, les animaux des DreLssénides sont très différents de ceux des Mylilus et semblables à ceux des Dimyaires. La masse abdominale est plus ou moins considérable , scion le développement de certains organes, et surtout de ceux dé la génération. Quand ces organes sont tuméfiés par leur développement naturel, ils envahissent la masse abdominale dans toutes ses parties, enveloppent le foie, et produisent en arrière du pied un cône à sommet obtus qui se prolonge de plus en plus dans la cavité postérieure du manteau. En avant, le pied, bridé par ses muscles, est enfoncé au milieu de cette masse abdominale, et il porto à sa base dans un crypte membraneux un byssus à filaments fins et nombreux, sécrétés par le pied de la même manière que dans tous les autres Mollusques byssifères.

La bouche est assez grande, presque terminale , transversale , garnie de deux lèvres membraneuses et étroites, terminées de chaque côté en une paire de petites palpes triangulaires, semblables par leur structure à celle des Vénus et des Cyclades.

Les organes branchiaux sont placés comme dans les Mollusques dimyaires. Ces organes sont lisses, parenchymateux; deux feuillets inégaux de chaque côté du corps les constituent. Les feuillets internes sont les plus grands. La pointe qui les termine antérieurement vient se placer entre les palpes labiales. En arrière de la masse abdominale, les quatre feuillets branchiaux se réunissent pour tomber au-devant de l’ouverture du siphon anal et se souder avec le pourtour interne de cette ouverture.

Si nous examinons les coquilles appartenant à la fëmille des Dreissénides, nous leur trouvons plutôt l'apparence des Moules que les caractères profonds de ce genre. Ainsi ces coquilles ne sont jamais nacrées. Par leur texture elles se rapprochent de celles des Cyclades et des Cyrènes. Elles sont de formes longitudinales, quelquefois bombées, subcordiformes, ayant les crochets terminaux tanlôtdroils, tantôt courbes. La charnière reste simple; un ligament extérieur est porté sur de longues nymphes, peu épaisses, en partie cachées sous le bord saillant

LES miElSSENlDES.

du corselet. La cavité du crochet n’est point libre comme dans le plus grand nombre des Moules. Une lame Iransvorse, horizontale, plus ou moins épaisse, s’avance au-dessus de !a cavité des crochets, et reçoit l’impression du muscle adducteur antérieur des valves. L’autre impression musculaire est beaucoup plus grande; elle est presque marginale et située près de l’extrémité postérieure de la coquille. Une impression palléale, simple, très rapprochée du bord, enferme en dedans de son contour l’impression musculaire postérieuré.

Si nous comparons les animaux des Dreissénides à ceux des Mytilacées , nous trouverons entre eux des différences aussi considérables que si nous établissions la comparaison entre des Buccardes et des Moules, par exemple, ou tout autre genre appartenant à l’ordre des Acéphalés dimyaires. Ainsi le manteau, dans les deux groupes, est essentiellement différent. D’un côté, il est presque entièrement fermé, de l’autre il est ouvert dans toute sa circonférence. Dans les Dreissénides il existe deux siphons, dans les MytÜacées une seule bride postérieure constitue une ouverture anale vers laquelle viennent aboutir les feuillets branchiaux. Si le pied a beaucoup d’analogie dans les deux genres, cependant il a une organisation différente, puisque dans les Moules il a plusieurs paires de muscles qui n’existent jamais dans les COngéries. Il est vrai que dans l’un et l'autre genre le pied porte un byssus, et que par suite de l’existence de cet organe il y a une grande ressemblance dans les mœurs de ces animaux ; mais il ne faut pas perdre de vue que le byssus a peu d’importance comme caractère zoologique, et qu’il se retrouve, dans presque toute la série des animaux acéphalés , dans des familles et dans des genres très différents. Nous en trouvons des vestiges dans les Gastrochènes. Il est fort gros dans lés Lyonsies ou dans les Saxicaves, et nous en avons observe des vestiges dans la plupart des PuUasira. Si l’on voulait maintenant réunir leé divers genrôs dont nous venons de parler, par ce seul motif qu’ils sont bySsifères, assurément on briserait les rapports les plus naturels pour constituer une famille avec des éléments hétérogènes. Il est donc nécessaire, pour bien placer le genre Congérie et la famille qui lo renferme, de se prémunir contre cette apparence de la forme générale et de la manière de vivre, par laquelle presque tous les zoologistes s’en sont laissé imposer, et ont rapproché des animaux qui n’ont entre eux que des rapports Irès éloignés. Ce que nous venons de dire est confirmé par deux choses très importantes dans l'organisation des Mollusques acéphalés. Dans les Moules les organes branchiaux occupent toute la longueur de l’animal; ils sont attachés au manteau et composés de fila-

inents qui , à la mort de l’animal , se détachent avec la plus grande facilité, et les organes branchiaux peuvent être comparés à un peigne à dents très fines et très rapprochées. Dans les animaux des Congéries, les branchies conservent la place, les rapports et l'organisation que ces organes présentent chez tous les Mollusques dimyaires, tels que les Vénus, les Cyclades, les PuUastraj etc.

Nous verrons, en traitant de la famille des My tilacées, comment s’opère le développement des organes de la génération. Chez eux la masse abdominale ne pouvant prendre aucun développement dans la cavité du manteau, l’ovaire se rejette en dehors entre les parois palléales ellesmêmes et les envahit dans toute leur étendue jusqu’à la limite du muscle orbiculaire. Chez les Congéries, au contraire, le manteau ne contient jamais les ovaires, qui restent renfermés dans la limite de la masse abdominale , et il leur arrive, ainsi que chez les Gastrochenes, de se présenter à découvert au-dessous de parois très minces et d’envelopper les muscles du pied au lieu d’en être recouverts, ainsi que cela a lieu chez les Vénus , les Buccardes, etc.

Il résulte de la comparaison que nous venons d’établir, que si l'on fait la somme des ressemblances et des différences entre les Dreissénides et les Mytilacées, le nombre des différences l’emportera de beaucoup sur celui des ressemblances; c’est le contraire qui aura lieu , si nous établissons la môme comparaison entre les Dreissénides et les Conques. Alors la somme des ressemblances l’emportera de beaucoup ; et môme si l’on voulait appliquer à la rigueur les principes de la méthode naturelle si sagement établie par les grands zoologistes, il faudrait peutêtre faire remonter la famille des Dreissénidées plus haut dans la série que nous ne le faisons ici. En effet, elle se trouve déjà éloignée des mollusques à manteau presque complètement fermé, tels que les Solons, lesMyes, IesThracies,etc. Mais il faut se rappeler que la famille dont nous nous occupons présente des caractères complexes et ambigus , et que dans une méthode par embranchements, telle que nous la concevons, cette famille, en partant de celle des Myaires, par exemple, doit former un embranchement latéral , s’élèvant jusqu’à la hauteur des Conques üuvialiles , et s'arrêtant brusquement , tout en se dirigeant vers la famille des Mytilacées. Si l’on ne s'en laisse pas imposer par la forme extérieure de la coquille, les caractères qu’elle présente conduiront au même résultat. On y trouve, en effet, deux impressions musculaires inégales comme dans tous les Mollusques acéphalés dimyaires, deux petites impressions pour les muscles rétracteurs du pied, placés exactement comme dans les Mollusques dimyaires proprement dits; enfin , une im-

LES DKEISSEMDES.

pression palléale simple, s’élargissant un peu en arrière, exactement comme dans les Cyclades et les Cyrènes ; et cependant dans tous ces genres, ainsi que dans celui des Cyprines. l’animal se prolonge en arrière en deux siphons inégaux. Ainsi, si l'on veut accorder à chaque caractère zoologique l'importance qu'il mérite , et que la nature ellemême lui a accordée, on sera forcé de convenir avec nous que les Congéries ne peuvent fairepartie du groupe des Myaircs, quoique le manteau soit simplement perforé en avant, et quoique le pied soit vermiforme: d’abord parce que le manteau se termine par des siphons très courts dépourvus de muscles spéciaux, et que par suite de celte brièveté du manteau les branchies sont elles-mêmes très courtes , ainsi que dans les Cyclades et les Vénus. Mais il est certain que la jonction des lobes du manteau dans toute l'étendue de leur pourtour indique des rapports évidents avec la famille des Myaires et celles qui Tavoisinent le plus.

On ne peut non plus rapprocher les Dreissénides dos Mytilacées ; ces familles se repoussent par tout ce qu'il y a d’essentiel et de profond dans tous leurs caractères. Il est évident cependant qu’elles ont des rapports éloignés par la forme générale, et surtout par le pied , le byssus et les mœurs que ces parties déterminent chez l’animal : car le byssus est un moyen de suspension au moyen duquel l’animal s'attache aux corps environnants , et il arrive que dans le développement des individus ils s’attachent les uns aux autres et forment des amas plus ou moins considérables. C’est donc entre ces deux groupes et à une distance à peu près égale, que la famille des Dreissénides doit s'arrêter dans la série naturelle : c’est pour cette raison que nous la plaçons à côté des Cyclades. Nous avons préféré cette opinion, d’abord parce que les Congéries sont des animaux fiuviatiles , et ensuite parce qu'ils présentent la plupart des caractères des mollusques contenus dans cette famille des Cyclades, Ainsi, trois ouvertures au manteau, l'absence de muscle spécial du siphon, une bouche garnie de palpes semblables à celles des Vénus et des Cyclades ; enfin, des branchies courtes et inégales, semblables pour la position et la structure à celles de la famille des Conques fiuviatiles. Nous pourrions même ajouter que dans la jeunesse les Cyclades et les Congéries ont le "pied conformé à peu près de la même manière, et que ces animaux s'en servent également pour ramper quelquefois à la surface des corps solides.

Si nous suivions l'exemple de M. Gray, nous admettrions quatre ou cinq genres dans la famille des Dreissénides ; mais pour nous elle se réduit à un seul, celui nommé Congeria par M. Partsch. Ce que nous

dVons dit précédemment, et ce que nous allons ajouter en traitant du genre en particulier, justifiera notre opinion.

Page 1