GENRE CINQUANTE-SIXIÈME
CYRÈNXï. Cyrena, Lamk.
PL ï 8. lig. I à 7.
Caractî:rE3 GÉNÉRIQUES. — Animal ovale, transverse; les lobes du manteau simples ou frangés , réunis postérieurement ; deux siphons courts et réunis à la base. Pied comprimé, ovale, trigone ; deux branchies très inégales : la plus grande interne , subquadrangulaire , la plus petite subtrigone. Bouche transverse; palpes labiales allongées, ovales, trigones, non soudées.
Coquille ovale, arrondie ou subtrigone, épaisse, solide, épiderinée. Charnière ayant trois dents cardinales sur chaque T. I. PARTIE. 4 U
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valve; deux dents latérales, tantôt lisses, tantôt striées; l’antérieure, ordinairement la plus épaisse; la plus courte, est la plus rapprochée des dents cardinales. Impressions musculaires petites, arrondies; impression palléale simple.
SYNONYMIE généïuque. — VcHus ^ Çhemnitz , Schroeter, Gmel., Faujas, Dilhv., Wood. — Tellina^ Muller, Schroeter, Gmel., Montagu, Dillw., Wood. — Cardium, Da Costa, Dorset, Montagu. — Cyclas ^ Bruguière, Lamarck, Bosc, Schumacher, Cuvier, Blainville. — Corbicula^ Megerle. — Macira^ Brongniart. — Geloina , Gray. — Velorita^ Gray.
OBSERVATIONS. Lo güiiro Cyclado de Bruguière, réunissant sons des caractères naturels des coquilles disséminées parmi les Tellines , les Vénus et môme les Cardiums , aurait pu être conservé dans son entier ; mais Lamarck crut nécessaire de le partager, d'après dos caractères de faible valeur empruntés aux coquilles: il en sépara les Cyrènes , et son exemple fut généralement suivi ; cependant , comme nous le verrons bientôt, il s'établit une transition insensible d'un genre à l'autre, de telle sorte qu'il devient parfois assez difficile de marquer nettement leur limite.
Les Cyrènes étaient connues avant Bruguière. Millier, dans son HhtoivB des vers, en mentionne plusieurs et les range, avec les Cyclades, dans le genre Tellina. Muller, en cela, se conforme à l’opinion de Linné , qui plaça dans ce genre Telline l’espèce de Cyclade la plus répandue dans les eaux douces de l’Europe. Par le fait. Millier, ayant séparé les Tellines d'eau douce des marines , il a suffi à Bruguière de prendre ce genre si bien ébauché et do lui donner un nom convenable. Quelques années après la publication de l'ouvrage de Millier, Chemnilz fit connaître quelques espèces qui auraient pu se ranger dans les Tellines de cet auteur ; mais leur trouvant trop d'épaisseur et de solidité , le savant conchyliologue les mit au nombre des Vénus. Les naturalistes qui succédèrent à ceux que nous venons de citer eurent le tort de suivre sans examen leur exemple, conservant à quelques espèces leur place dans les Tellines , à quelques autres leur rang parmi les Vénus.
Les Cyclades, par leur charnière, se rapprochent réellement des Bucardes; il no faut donc pas s’étonner si Da Costa, à une époque où l’élude des coquilles était peu avancée, confontîit les Cyclades parmi
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les Cardiums; mais il est surprenant que celte opinion .ait trouvé des approbateurs parmi des conchyliologues aussi instruits que Montagu , Pulteney, Racket, qui écrivirent lorsque la science possédait assez de documents certains pour éviter une telle confusion.
Lamarck conserva d’abord le genre Cyclade tel que Bruguière l’avait conçu; Megerle , en 1 811 , le modifia et en fit sortir le genre Corbicuîa pour celles des Cyrènes qui ont les dents longues et étroites. A ce genre incomplet Lamarck en substitua un autre , plus naturel , mieux caractérisé, qu’il proposa sous le nom deCyrène dans ses.4nîïnawaï sans vertèbres. Depuis sa création , ce genre fut adopté par presque tous les zoologistes. Nous devons cependant en excepter M. Gray, qui en 1 844, et plus tard en 1 847 , proposa de partager en trois un genre aussi naturel que celui de Lamarck. M, Gray admet d’abord le genre Corbicuîa pour les espèces à dents latérales , longues et striées ; le genre Cijrena se trouve réduit aux espèces à dents latérales simples et plus courtes; et enfin il détache un genre Velorita pour des espèces à dents latérales, courtes, épaisses et rapprochées de la charnière. Nous allons voir, par l’examen des coquilles et des animaux, que les trois genres de M. Gray ne se justifient pas par des caractères do quelque valeur.
Nous avons sous les yeux l’animal du Cyrem zeylanica; il a beaucoup de ressemblance avec celui des Vénus, mais il conserve des caractères propres au genre auquel il appartient. Il est enveloppé d’un large manteau membraneux , dont les lobes sont séparés dans la plus grande partie de leur circonférence ; leur séparation commence au bord inférieur du muscle adducteur antérieur des valves et se termine tout à fait en arrière, à la base des siphons. Cet organe présente môme de ce côté une disposition tout à fait semblable à celle que nous ont offerte les Galalées , c’est-à-dire que les lobes , au lieu de se réunir étroitement à la base des siphons , débordent ces organes et leur ménagent une cavité particulière pour les loger au moment où l’animal les contracte.
La circonférence du manteau est épaissie par un muscle orbiculaire assez large, qui lui-même est débordé par un large bord membraneux, profondément lobé, plissé, en un mol exactement disposé comme celui que nous avons décrit dans plusieurs espèces de Vénus. Ce bord se rétrécit en avant et en arrière, et en même temps ses lobes s’amoindrissent ; entre ce bord et celui qui s’applique sur le test , il en existe un troisième assez épais , mais court et simple.
Les siphons sont gros et courts. Ils sont aplatis latéralement et réunis
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dans presque toute leur longueur ; une dépression latérale les parcourt et indique le point de leur jonction. Ces organes sont presque égaux ; une ouverture grande et ovalaire les termine, et sur le bord de cette ouverture s’élève un seul rang do petits tentacules serrés, nombreux, subcylindriques et toujours simples. L’ouverture intérieure des siphons nous présente une disposition remarquable , comparable à ce qui existe dans les Mactres. Une grande valvule membraneuse couvre l’entrée du siphon branchial. Ses extrémités antérieures se prolongent en avant et présentent la forme d’un V très ouvert j au-dessous de celte valvule on en trouve une autre que nous n’avons jamais vue dans les autres genres de Mollusques que nous connaissons. Elle ressemble à une manchette qui s’élève du pourtour intérieur du siphon et s'avance en avant à une faible hauteur. Les membranes qui entourent l’entrée du siphon anal sont elles-mêmes très saillantes ; elles forment une espèce d'entonnoir qui s’avance au-devant de l'extrémité postérieure des branchies.
La masse abdominale est peu épaisse : elle est terminée par un large pied subquadrangulaire continué en avant par une pointe triangulaire aplatie et linguiforme. Ce pied est tout à fait semblable à celui des Vénus, et il est pourvu en avant et en arrière d’un muscle rétracteur bifurqué à son extrémité, et qui s’attache à la coquille de la même manière que chez les autres Mollusques acéphalés.
La bouche est grande , subcirculaire ; elle est accompagnée comme à l’ordinaire de deux paires de palpes labiales, dont la forme et la grandeur se rapprochent assez de celles des Mactres. Ces organes sont portés beaucoup plus en avant que chez les autres Mollusques. Il en résulte la suppression totale des lèvres, les palpes labiales d’un côté se joignant par leur base à celles de l’autre sur la ligne médiane. Nous avons déjà remarqué d’autres Mollusques chez lesquels les lèvres étaient très courtes, mais celui-ci est le seul où elles manquent complètement. Les palpes labiales, chez les Cyrènes, sont grandes , en triangle très pointu et couvertes en leur surface interne d’une très grande quantité de fines lamelles peu saillantes, mais très serrées; et, ce qui n’est pas ordinaire, ces lamelles »e continuent jusqu’au voisinage de la bouche.
Les organes de la respiration ont la plus grande analogie avec ceux des Vénus. Ils sont composés de deux paires de feuillets branchiaux inégaux, dont les internes sont les plus grands. L’extrémité antérieure de ces feuillets se maintient très largo : parvenue vers l’origine des palpes labiales , elle se prolonge en une pointe étroite qui , pour s’avancer jusque près de la bouche , s’interpose entre les organes dont nous parlons. Les branchies se prolongent en arrière de la masse abdo-
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minale; elles so réunissent au moyen d’un bord membraneux étroit, et, se soudant par leur face interne aux membranes du siphon anal , elles interceptent toute communication entre la cavité de ce siphon et celle du manteau.
Les muscles adducteurs des valves sont d’un médiocre volume si on les compare à la grandeur do l’animal. Ces organes sont subcylindriques , à peu près égaux, et tout on restant dans la région dorsale , ils occupent à peu près les extrémités de l’animal.
Les coquilles du genre Cyrène sont généralement grandes elles sont épaisses, solides, suborbiculaires ou subtrigones, presque équilatérales; elles sont plus ou moins comprimées ; quelques unes sont bombées et subcordiformes. Leur surface externe, ordinairement lisse, présente cependant des stries irrégulières d’accroissement , et un certain nombre d’espèces sont ornées de sillons transverses. Toutes , sans exception, sont revêtues d’un épiderme tenace, plus ou moins épais , verdâtre, d’un brun plus ou moins foncé. Les bords sont toujours simples, et les valves étant rapprochées , la coquille est parfaitement close sur tout son pourtour. Ses bords sont minces et tranchants ; ils s’épaississent assez vite à l’intérieur. Le coté antérieur est ordinairement le plus court; il est obtus et arrondi : il est dénué de la lunule et il est dominé par des crochets généralement peu saillants , très rapprochés , et presque toujours profondément cariés , ainsi que cela a lieu dans presque toutes les coquilles qui habitent les eaux douces. Le côté postérieur, un peu plus allongé , est obscurément tronqué à la manière de celui des Cyprines. Le côté dorsal ou supérieur est presque toujours convexe; il porte à son extrémité antérieure des nymphes épaisses , solides, plus ou moins saillantes, selon les espèces, séparées par un sillon profond, et destinées à recevoir un ligament externe ordinairement saillant , convexe et allongé le long du bord dans une étendue variable et toujours en rapport avec la longueur des nymphes. Dans les espèces triangulaires, pour lesquelles M. Mégerle a proposé le genre Corbicula, la nymphe est plus petite elle ligament plus court; mais si l’on adoptait ce genre, dans toute la rigueur de ses caractères , il faudrait y ajouter, comme nous le verrons , do très grandes espèces chez lesquelles le ligament est plus saillant que dans aucune autre.
La surface interne n’est jamais nacrée; elle est blanche dans un grand nombre d’espèces; elle prend des teintes pourprées ou violacées dans un assez grand nombre d'autres; et cette distribution de couleurs n’afïecle pas plus une forme qu'une autre : elle se montre indiffécefument chez les espèces orbiculaires ou dans les triangulaires,
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La charnière présente , comme dans tous les grands genres , des caractères constants, et cependant variables dans certaines proportions. C'est ainsi qu'on peut dire, d’une manière à peu près absolue, que cette charnière est composée de trois dents cardinales et de deux dents latérales. Les dents cardinales sont divergentes, généralement peu proéminentes, presque toujours égales; cependant dans un certain nombre d'espèces , la dent cardinale antérieure est plus courte. Si quelquefois ces dents sont simples, il arrive souvent qu’elles sont creusées d’un sillon à leur sommet; quant aux dents latérales, elles sont plus variables que les cardinales , courtes et épaisses , comme dans le Cyrena zeylmica: par exemple, on les voit s’allonger successivement, do manière à occuper la plus grande partie do la longueur des bords antérieurs et postérieurs , ainsi qu'on peut le remarquer déjà dans le Cyrena vioiacea; mais bientôt ces dents s’allongent encore dans les espèces triangulaires , et alors' elles deviennent plus étroites , et leur extrémité s’avance jusqu’aux impressions musculaires. Il y a donc une véritable progression dans l’allongement des dents latérales , de telle sorte qu'en employant les caractères qu’elles offrent, il est impossible de donner une limite certaine au genre Corbicule. Dans la moitié à peu près des espèces, les dents latérales sont simples; chez les autres, ces dents sont striées perpendiculairement. M. Gray a attaché quelque valeur à la présence des stries sur les dents latérales; comme elles existent principalement chez les espèces triangulaires qui ont les dents très allongées , il a cru trouver là un moyen de plus pour appuyer le genre Corbicule. Mais si l’on étudie toutes les espèces tant vivantes que fossiles du genre Cyrèno, on en trouvera à dents courtes qui sont striées, comme celles à dents longues; par conséquent, ce caractère échappe, comme tous les autres, pour fonder une ou plusieurs divisions dans le genre naturel des Cyrènes.
Dans ces derniers temps , M. Gray a proposé , ainsi que nous l’avons dit, un genre Velorüa pour quelques espèces de Cyrènes, chez lesquelles les dents latérales sont courtes, épaisses, très rapprochées des dents cardinales. Cette légère modification n’a point assez d’importance à nos yeux pour mériter la création d’un genre; si à côté d’clio on en remarquait d’autres , soit dans l’impression du manteau , soit dans l'empreinte des muscles, on pourrait alors soupçonner quelques différences assez grandes dans l'organisation de l’animal; mais ces modifications n’ayant pas lieu, nous rejetons un genre qui no nous paraît pas suffisamment justifié.
Les impressions musculaires sont généralement petites dans le genre
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Cyrène, ovales ou oblongues ; elles sont situées aux extrémités de la coquille, cl, quoique descendant assez bas, elles appartiennent cependant à la région dorsale de l’animal. L’impression musculaire antérieure est submarginalo ; elle so trouve très rapprochée du bord; la postérieure en est plus éloignée. Une impression palléalo parallèla au bord ventral s'étend d’un muscle à l’autre; elle est située plus ou moins haut selon les espèces; parvenue vers le côté postérieur, elle s’infléchit quelquefois un peu en dedans, à la manière de celle des Cyprines : et nous avons sous les yeux quelques espèces dans lesquelles il existe près du bord antérieur de l’impression musculaire une petite sinuosité étroite, moins nettement arrêtée que celle des Vénus et des Cylhérées, qui semble indiquer l’existence d’un petit muscle spécial , rétracteur des siphons. Cette sinuosité rappelle celle des Glauconomes, mais beaucoup plus courte et non moins étroite.
Toutes les Cyrènes sont des coquilles d'eau douce; quelques unes, dit-on, vivent dans des eaux saumâtres, mais ayant une très faible salure; toutes habitent les pays chauds. Il n'en reste qu’une seule en Europe; elles ont disparu môme do celles de nos eaux thermales où se sont conservées des Mélanies et des Mélanopsides. On n‘cn trouve pas dans le nord de l’Afrique ; il faut aller dans des régions plus chaudes , en Égypte, par exemple, et en Perso, en Sicile, pour rencontrer celles qui s’avancent le plus vers le nord. Mais elles deviennent abondantes dans l’Inde , et surtout dans les eaux douces du grand Archipel indien. MM, Quoy et Gaimard en ont rapporté quelques unes de la Nouvelle- Hollande, et depuis MM. Lesson et Garnol en ont également rencontré dans la plupart dos îles do l'océan Pacifique , qu’ils ont visitées. Les Cyrènes sont beaucoup plus localisées pour la plupart que les Mollusques marins, et cette observation n’ost pas sans importance, lorsque l’on veut se rendre compte de la distribution des espèces fossiles limitées quelquefois sur do très petites surfaces. Si dans la nature actuelle quelques espèces so répandent dans les eaux d'une mémo région , il y en a d’autres qui no franchissent pas un fleuve, une rivière, un lac; il en était do même dans les temps anciens , aux diverses époques géologiques pendant lesquelles les Cyrènes so sont montrées. Nous comptons actuellement environ cinquante espèces inscrites dans les ouvrages publics; il faut en retrancher quelques unes , qui ont été reproduites sous plusieurs noms spécifiques.
Les espèces fossiles ne sont pas moins nombreuses. On a cru pendant longtemps qu’elles no descendaient pas au-dessous des terrains tertiaires ; mais celte opinion était pour nous tout à fait fausse dès 1 823,
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ayant reconnu pour appartenir au geiire qui nous occupe des coquilles prises pour des Vénus, et trouvées dans le weald, en Angleterre. M. Rœmer, dans son excellent ouvrage sur le terrain oolithique de rAllemagne, a prouvé que les Cyrènes se répandent en abondance dans le terrain wealdien de l'Allemagne; mais, plus récemment encore, MM. Dunker et Meyer, dans leur ouvrage iniilaXé Palœonlographica ^ ont décrit une véritable espèce de Cyrène provenant des marnes du lias , et accompagnée d’une Nériline et d’autres coquilles fluviatiles, La découverte de Cyrènes dans des terrains considérés par des géologues comme exclusivement marins est un fait d’une grande importance , et qui prouve que dans les temps les plus reculés de l'histoire de notre globe les eaux douces ont existé, ont nourri des animaux de même genre que ceux de la nature actuelle. Un phénomène semblable à ceux qui se passent sous nos yeux a dispersé dans la mer ces animaux lacustres, et leurs débris ont été môlés à ceux des animaux marins.
La présence des Cyrènes dans les terrains dont nous venons de parler explique celle des autres coquilles d’eau douce , pour lesquelles quelques paléontologistes ont proposé plusieurs genres nouveaux, dans la persuasion que CCS coquilles ont vécu dans la mer, quoiqu’elles eussent tous les caractères de celles de nos eaux douces. Nous reviendrons plus tard sur celte question intéressante , quand nous traiterons des genres auxquels nous faisons allusion.
La présence des Cyrènes fossiles dans une grande partie des terrains de sédiment de l’Europe . la où le genre n'existe plus maintenant, est un fait dont Tapprécialion ne doit pas être négligée. Ici , il n’y a point de distinction à établir entre les espèces méridionales et septentrionales d’un même genre pour saisir l’analogie des espèces fossiles, et en déduire les changements dans les circonstances d'habitation; c’est le genre tout entier qui se déplace : autrefois européen , il habitait des régions qui aujourd'hui sont froides ou tempérées. Mais à quelle époque ce déplacement s’est-il opéré? Voilà ce que nous pourrons préciser par nos recherches sur la distribution des espèces dans les terrains tertiaires.
Nous connaissons 80 espèces fossiles de Cyrènes. M. Bronn, dans son Index palœontologicns , en mentionne 75; nous n'admettons pas toutes celles de ce savant , et nous restituons le litre d’espèces à plusieurs de celles qu’il relègue dans la synonymie ; enfin, dans le chiffre que nous adoptons , sont comprises plusieurs espèces de notre collection non décrites, et qui méritent cependant d’être mentionnées.
Ainsi que nous venons de le dire, M, Dunker a fait connaître une
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espèce qui provient du lias des environs de Halberstadt (basse Saxe) ; elle est la première qui apparaisse dans les terrains sédimentaires.
Nous devons à M. Dujardin la connaissance d’un autre fait analogue à celui que nous venons de rapporter. Ce savant, connu par tant d'excellents travaux de zoologie, en explorant les terrains coralliens de Luc (Calvados), y découvrit deux espèces de Cyrènes, et nous les communiqua.
Depuis les couches du coral-rag jusqu’à celles du weald , que les géologues regardent comme les plus inférieures du grand système crétacé, aucune espèce ne se montre; mais par un phénomène très extraordinaire, le genre prend tout à coup dans le weald un développement considérable. Nous y comptons quarante et une espèces qui , presque toutes, ont été découvertes en Allemagne , et décrites par M.Rœmer, par Goldfuss, et, enfin, par M. Duuker, dans un ouvrage spécialement consacré aux fossiles de la formation dont nous parlons. A ces espèces, il faut joindre celles d’Angleterre , décrites par Sowerby, et rapportées pour la plupart au genre Cyclade. Nous ne pouvons mentionner toutes ces espèces auxquelles cependant s’attache un vif intérêt; nous citerons seulement celles qui se retrouvent en même temps dans plusieurs localités. Ckjrena elonrjala, Rœmer, nommée aussi Cyclas angulata par Sovverby, dans l’ouvrage de M. Fitton: elle se trouve à la fois en Angleterre et en Allemagne; il en est de mômô dos Cyrena gibbosa, major, media, Sow., qui., communément répandues, sont propres à caractériser le grand dépôt lacustre placé aux limites des formations jurassiques et crétacées. Une seule espèce , le Cyrena fossulata, a été mentionnée par M. Cornuel, dans les couches inférieures du système crétacé ; elle paraît avoir échappé à M. d’Orbigny.
Vingt et une espèces sont distribuées dans l’étage tertiaire inférieur; elles commencent avec les ligniles ou dans les sables qui sont au-dessous. Quelques unes sont d’une abondance extrême ; le cnneiformis , par exemple , couvre le sol ; le sable en est pétri et des couches en sont formées; elle est commune au bassin do Paris et à celui de Londres. Il en est de môme du Cyrena telîinella, Fér. Une autre espèce, moins abondante, Cyrena aiitiqua, Fér., accompagne le cuneiformis, mais elle reste dans le bassin de Paris ; dans celui de Londres, elle est remplacée par une espèce nommée deperdita par Sowerby, mais qui est très différente du deperdita de Lamarck. àl. Bronn la rapporte à notre Cyrena Gravesn, dont elle diffère non moins que de la première; noua proposons pour elle le nom de Cyrena britannica.
Dans les couefes supérieures du calcaire grossier se trouvent aussi
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quelques espèces de Cyrènes , le compressa , le cÿcladiformis ; cette dernière a été récemment découverte en Angleterre par M. Edwards. Los grès marins moyens renferment quelques lits d’eau douce, dans lesquels le Cyrena deperdita est d’une grande abondance ; on la retrouve partout dans ces sables , mais elle reste dans les limites des contrées qu’ils recouvrent.
Les terrains lacustres do l’Auvergne contiennent aussi des Cyrènes. Cos terrains, considérés par les géologues comme du môme âge que ceux de Paris, ont des espèces différentes, quoique M. Bouillet, qui les y a découvertes, les ait prises pour les analogues des nôtres. Ce savant cite les Cyrena compressa et pisum, mais ces coquilles conservent des caractères spéciQques qui les distinguent suffisamment; aussi nous avons nommé la première Cyrena Bouilleli et la seconde arncrnensîs.
Une espèce, très abondante à Kleinspauwen , en Belgique et dans beaucoup d’autres localités du môme pays et de l’Allemagne , a été retrouvée , il y a quelques années , au centre du bassin de Paris , par M. d’Archiac ; elle est pétrie en abondance dans une couche mince aux en virons de Pont-Sainte-Maxence, où M. Hébert l’a également retrouvée. Nous voulons parler de notre Cyrena semislriata , et les sables dans lesquels elle se trouve sont supérieurs au gypse, et parallèles, par conséquent, aux sables de Fontainebleau. Cette espèce, dont les variétés sont nombreuses , a été le sujet de plusieurs erreurs de Goldfuss , judicieusement relevées par M. Nyst. L’auteur des pétrifications do l'Allemagne croit y voir les Cyrena cnneiformis et trigona des lignites de Paris, et d’une variété triangulaire il fait le Cyrena œqîialis. Ces rectifications sont importantes, car on pourrait croire que des especes passent des couches inférieures dans les supérieures , et viennent se mélanger k des faunes auxquelles elles n’appartiennent pas ; ce sont ces erreurs qui, en répandant de l’incertitude dans la science paléontologiquo, la font rejeter des hommes auxquels elle devrait être le plus utile.
L’étage tertiaire moyen ne contient plus que six espèces, parmi lesquelles nous signalerons particulièrement le Cyrena Brongniarti, Bast. ; elle se rencontre à Bordeaux , à Dax et dans le Vicentin. M. Goldfuss la mentionne aussi à Bundo et à Mayence. Le Cyrena GesUni, Desh., propre au bassin de l’Adour, prend déjà la forme des espèces vivantes de l’Inde, mais cette forme est bien mieux accusée dans les deux espèces des lignites des bouches du Rhône, que nous a fait connaître M. Matheron dans son précieux ouvrage sur les corps organisés fossiles du midi de la France. Une autre espèce , prise pour une Vénus par Faujas, et que nous avons nommée Cyrena Faujasi, caractérise les
LES CYCLADES
dépôts lacustres des bords du Rhin. M. Goldfuss en a donné de bonnes figures, mais il a ou le tort de lui imposer deux noms, prenant une do ses variétés pour une espèce distincte, Cyrma lævigata et polüa.
Il ne reste plus qu’une seule espèce dans iecrag d’Angleterre; elle a été nommée Cyrma Duchastelli parM. Nyst, et plus tard Irigonuîa, par M. S. Wood. Ce dernier nom ne pourra pas rester à l'espèce, si l’on s’attache aux lois équitables de la priorité. M. Morris croit pouvoir rapporter à cette espèce du crag celle qui est fossile en Sicile , et que M. Philippi a nommée Cyrena Gemmeîlari; n’ayant pas ces coquilles sous les yeux, nous ne pouvons vérifier la justesse de l’opinion du savant anglais , mais si nous nous en rapportons aux figures , assurément il faudrait conserver les deux espèces.
Enfin , dans l’étage tertiaire supérieur, nous ne connaissons non plus qu’une seule espèce : elle est du val d'Arno supérieur, où elle a été découverte par notre savant ami M. Bertrand Geslin; par sa forme, elle ne manque pas d’analogie avec le Cyrena antigua des environs de Paris.
Dans les terrains plus récents de la Sicile, une seule espèce y est également restée; et, enfin, comme arrière-garde de la migration du genre , une petite espèce, fort rare, à ce qu’il parait, vit encore dans quelques ruisseaux de la Sicile. Il ne faudrait peut-être pas un événement géologique bien considérable pour faire disparaître entièrement ce dernier et faible représentant d’un genre qui , pendant les seules périodes tertiaires , a peuplé l’Europe de plus de trente espèces et de myriades d’individus.
La disparition du genre Cyrène des régions qu’il a si abondamment peuplées autrefois est un spectacle digne d'intérêt. La diminution progressive des espèces, le moindre nombre des individus de plus en plus restreints dans l’étendue de leur habitation . la diminution non moins remarquable dans la taille des espèces à mesure qu’elles s'éteignent, cet ensemble do phénomènes annonce clairement la cause principale des changements que ces Mollusques ont éprouvés. Cette cause est certainement la diminution de la température, et ce qui tend à le confirmer, c’est la dispersion dos espèces vivantes dans les régions les plus chaudes do notre globe. Dans tous les temps, les Cyrènos ont été constituées pour habiter les pays chauds; leur présence à l’état fossile dans nos régions tempérées et septentrionales suffirait seule pour constater les énormes changements qui sont survenus dans toutes les conditions de l'existence.
Pour terminer ce qui a rapport à la distribution des Cyrènes, nous devons ajouter qu’il en existe aussi de fossiles en xVmérique. l’une, des
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environs de New-York, a été nommée depuis longtemps Cyrena truncata, par Lamarck; l’aulro, le Cyrena caroîinensis ^ vit encore dans les eaux douces de la Caroline , ainsi que son nom l’indique.