‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 120 sur 127 · GENRE CINQUANTE -NEUVIÈME · texte numérisé non relu

GENRE CINQUANTE -NEUVIÈME

£&YCX9irx. Enjcina, Lamk.

PL II. fîg. 639.

CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal ovale ou arrondi, ayant le manteau percé de deux ouvertures très inégales, l’une antérieure et inférieure pour le passage du pied; l’autre, postérieure, représentant les deux siphons. Bord du inanteau bilabié, la lèvre externe courte, portant une série de courts tentacules également distants ; la lèvre interne se prolongeant en avant ou en capuchon triangulaire propre à couvrir la base du pied. Pied mince, étroit, allongé, tranchant, soutenu par un pédicule étroit. Bouche petite, munie de grandes lèvres terminées par des palpes labiales courtes et étroites. Branchies très inégales, les feuillets internes subquadrangulaires presque aussi larges que le manteau ; feuillets externes étroits et obliques.

Coquille libre, ovale, transverse, équivalve, inéquilatérale, entièrement close. Charnière présentant deux dents cardinales inégales , divergentes , ayant en arrière une fossette oblique ; deux dents latérales oblongues, comprimées , intrantes, courtes sur chaque valve. Ligament intérieur, épais, fixé dans les fossettes. Impression du manteau simple ; impressions musculaires superficielles arrondies.

SYNONYMIE GENERIQUE. — Mya , Moiîtagu , Matou et Racket. — Kellia, Turton, Gray, Forbes, Jeffreys, Gould, Margillivray, Sowerby, Morris. — Lesœa, Leach [teste Gray), Gray, Lesæa^ Môller. — Cyamium, Philippi, Gray. — Moniacuta^ Turton, Lovèn, Gray, Jeffreys, Thompson. — Clausina, Jeffreys, Gray. — PÿZ/wTia , Hinds. — Chironia, Deshayes.

OBSERVATIONS. L’étude que fit Lamarck des fossiles du bassin de Paris, et particulièrement de la célèbre localité de Grignon, lui fit décou -

LES ERYClMüKS.

vrirun certaiu nombre de petites coquilles bivalves dont les caractères ne pouvaient s’accorder avec ceux des autres genres connus. Avec ces coquilles minces et fragiles , il créa un genre Érycine dont les caractères furent publiés, pour la première, fois , dans le 6* volume des Annales du Muséum. Les principaux caractères assignés par Lamarck a son nouveau genre se remarquent dans la charnière , composée , d'après lui , d’une fossette intérieure pour, le ligament, placée entre deux dents cardinales divergentes, accompagnée de chaque côté d’une dent latérale ordinairement saillante* Dans ce genre, Lamarck réunit six espèces d'abord , auxquelles plus tard il en adjoignit quelques autres , et entre autres une vivante de la Nouvelle-Hollande.

Le nou^yeau genre introduit par Lamarck dans les classifications qu'il publia successivement fut toujours maintenu dans le voisinage des Mactres, le savant auteur conservant à ce sujet les premières opinions qu’il avait publiées. Malheureusement les Dgures qui accompagnent le mémoire de Lamarck, dans Annales du Muséum, ne sont pas suffisamment exactes pour faire comprendre les caractères des Érycines; de là résulta une confusion considérable qui s’introduisit peu à peu parmi les conchyliologues, parce que chaque observateur crut retrouver des Érycines dans toutes les petites coquilles minces et fragiles à ligament intérieur, qu’il eut occasion d’examiner. 11 aurait fallu, avant toutes choses , étudier avec la plus grande attention les types spécifiques réunis par Lamarck dans son genre Érycine. Mais cet examen avait ses difficultés , surtout pour les personnes étrangères qui devaient s’en rapporter uniquement aux caractères décrits , ainsi qu^aux figures.

Si l'on rassemblait aujourd’hui toutes les coquilles qui ont été successivement décrites sous le nom d'Érycine, on serait bien étonné de co résultat, qu’à l’exception de deux ou trois, toutes les autres n’appartiennent point au genre. On arriverait à un résultat non moins inattendu, si l'on rassemblait les espèces do plusieurs genres qu’on a crus nouveaux : on y rencontrerait presque toutes les Érycines actuellement connues. Il faut l’avouer, Lamarck a été en partie cause de la confusion que nous venons de signaler brièvement. En effet , le savant naturaliste avait lui-raéme réuni, sous le nom d'Érycine, des coquilles de divers genres que leur politesse avait soustraites à une observation plus complète; aussi il était loisible, en quelque sorte, à chaque naturaliste de prendre au hasard un des types de Lamarck et de lui attribuer toute la valeur des caractères génériques; et nous allons bientôt voir que le résultat ne pouvait être autre que celui qui a été obtenu , c’està-dire une confusion presque inextricable.

DIX-UUITIÈME FAMILLE.

M. Recluz a publié, dans la Revue zoôlogique\ un très bon travail sur le genre Érycine. Non content d’apprécier avec une grande sagacité tout ce qui a été publié sur ce genre, M. Recluz a examiné dans la collection de Lamarck, dans celle de M. Defrance, ainsi que dans la nôtre , les espèces vivantes et fossiles qui avaient servi aux descriptions de Lamarck et aux nôtres. De cet examen aussi radical qu'éclairé, il résulta une réforme du genre Érycine; elle était nécessaire, puisque M. Recluz découvrit dans ce genre des espèces appartenant aux Vénus , aux Lucines, aux Tellines, et enfin aux Astartés. Le type vivant du genre Érycine ( Enjclna cardioides ) , que nous avons vu autrefois dans la collection du Muséum^ est une véritable Vénus; quoique étiquetée de la main de Lamarck, nous pensions que sa présence dans le genre Érycine était le résultat d’une erreur matérielle, telle qu'elle pourrait avoir lieu dans les remaniements successifs qu’a snhis h collection du Muséum. Mais cette même coquille se trouvant sous le même nom dans la collection de Lamarck^ on ne pouvait se refuser à l’évidence , et il restait démontré que l’erreur venait de Lamarck luimême. L’erreur était plus facile à justifier à l’égard dos espèces fossiles appartenant à d’autres genres ; beaucoup plus petites, elles ont des caractères d’une élude plus difficile; quelquefois on no pouvait pas s’assurer avec facilité si le ligament est réellement intérieur. Néanmoins, parmi ces coquilles, quelques unes ont l’impression palléale simple; quelques autres ont celte impression sinueuse : parmi ces dernières , les unes sont de véritables Tellines ; les autres sont très voisines de VAmphidesina Bogsü. Elles doivent par conséquent rentrer dans le genre Syndosmrja , ainsi que nous l’avons vu précédemment. Des douze espèces inscrites par Lamarck dans son Histoire des a7iimaux sans vertèbres f deux seulement, d’après les observations de M. Recluz, peuvent rester dans ce genre. A celles-là seules s’appliquent presque rigoureusement les caractères imposés au genre par Lamarck. Lorsque l’on vient à leur comparer les espèces des genres Keîlia et Montacuta de Turton , celle du genre Cyamium de Philippi , Clausina de Jeffreys, Pithina de Hinds , et Chiroma de nous , on reconnaît que toutes ces coquilles dépendent d’un type unique, et que c’est à lui que le nom d’J^î/ricma doit être conservé.

Nous avons pensé d'abord qu’il faudrait joindre à cette synonymie générique les genres Cycladina de Cantraines, ou Poronia de Recluz; mais les observations que nous avons faites sur les animaux de ce petit groupe nous ont déterminé à le conserver, ainsi que nous l’avons déjà dit, en traitant delà famille des Érycinides. Nous ne pouvons nous

LES ÉRYCINIDES.

appesantir à discuter les différents genres que nous venons de mentionner : M. Recluz Ta fait dans l’excellent travail dont nous venons de parler, mais la nécessité de leur réunion deviendra évidente par la description minutieuse que nous allons donner des coquilles que nous réunissons dans le genre Érycine. Cette description nous fournira d'ailleurs l’occasion de faire remarquer d’après quels caractères les genres que nous rapportons à notre synonymie ont été fondés.

Jusqu’ici l’animal des Érycines n’a point été décrit, si ce n’est par M. Recluz, d’après quelques renseignements qu’il a bien voulu accepter de nous. Il était cependant bien nécessaire que cet animal fût connu pour pouvoir déterminer rigoureusement la place que le genre doit occuper dans la méthode. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit à ce sujet dans les généralités de la famille, nous y renvoyons le lecteur.

L'animal des Érycines est ovale , transverse , aplati ou subglobuleux : il est d’un blanc pâle , laiteux et demi -transparent. Ses muscles adducteurs constituent la partie la plus opaque de son corps , et ils apparaissent sous forme de deux petites taches à travers la coquille, pendant la vie de l'animal. Le manteau est très mince , transparent; il est plus fortement adhérent à la surface interne des valves que dans la plupart des autres Mollusques acéphalés. 11 est bordé, à la circonférence, par un muscle orbiculaire, étroit, peu épais, échancré en avant et en arrière par le passage des muscles adducteurs. Vers le bord, le manteau se dédouble. L’une des duplicatures suit le contour du bord libre des valves, le dépasse â peine , et il donne naissance à un petit nombre de courts tentacules également distants. L’autre duplicalure est beaucoup plus extensible. Elle prend naissance au côté interne de la première , et son bord libre reste simple ; mais ce qui la rend particulièrement remarquable, c’est qu’elle s’allonge en avant en forme de capuchon terminé en pointe, et au-dessous duquel une partie du pied peut se cacher. Nous ne connaissons pas d'autre Mollusque chez lequel le manteau présente une disposition, nous ne dirons pas semblable , mais môme analogue. Le bord antérieur de ce capuchon n’est pas formé de deux parties simplement rapprochées. Les lobes du manteau sont soudés , et cette soudure constitue la commissure antérieure de la grande ouverture palléale. Cette ouverture commence un peu audessous du muscle adducteur antérieur, et elle se continue dans toute la longueur du* bord ventral de l’animal. Une autre soudure se fait alors entre les lobes du manteau, et bientôt elle est interrompue de nouveau par une ouverture postérieure unique, destinée à remplacer

DlX-HUlTlEiUE FAMILLE.

les deux siphons que nous avons vus Jusqu’ici dans tous les Mollusques des familles précédentes. Nous insistons vivement sur ce fait d’une ouverture postérieure unique destinée à remplacer les siphons , parce que, après la Solémye, le genre Érycine est le seul parmi les Dimyaires qui présente ce caractère singulier. Nous aurons bientôt q en estimer la valeur.

Le pied est très singulier chez les Éryciues. Les Mollusques des familles qui précèdent , à l’exception des Pisidium, nous ont montré presque tous un pied linguiforme, triangulaire, tranchant, plus ou moins épais et subitement tronqué en arriére, et à peu près dans la forme du talon d'un pied humain. Chez tous, cet organe locomoteur est fortement uni à la masse abdominale , puisque les parois de cette niasse en sont formées : il en est bien de môme chez les Érycines ; mais au lieu de s’élargir progressivement , la partie qui continue l’abdomen se rétrécit en un pédicule aplati auquel est attaché un pied très long, comprimé, vermiforrne, terminé en arrière par une pointe assez longue, du tiers environ de la longueur totale.

La bouche est petite, iransverse-; elle est garnie de très larges lèvres membraneuses simples qui se prolongent de chaque côté en une paire de palpes labiales triangulaires, courtes et étroites. La surface interne de ces palpes montre un petit nombre de fines lamelles obliques.

Les branchies présentent, dans le genre qui nous occupe , des carac- . lères tout particuliers : les feuillets branchiaux sont très inégaux, les internes sont les plus grands: ils ont une étendue peu commune, car ils occupent presque toute la surface interne du manteau. Ils c£schent la masse abdominale, et la plus grande partie du pied lorsqu'il est contracté. Ces organes sont subquadrangulaires ; on pourrait les comparer b, un large scapulaire jeté sur le dos de l’animal, et se terminant en pointe large et obtuse a son extrémité postérieure. Ces organes ne paraissent pas s'interposer entre les palpes labiales. Nous avons toujours vu ces palpes entièrement dégagées. Les feuillets externes sont beaucoup plus étroits; ils ont à peu près le tiers de la largeur des feuillets internes. Ils sont plus courts et commencent plus en arrière. Ils sont attachés par le milieu de leur largeur ; une moitié tombe en avant dans la cavité du manteau; l’autre moitié remonte vers la région dorsale. Les feuillets branchiaux , soudés entre eux , en arrière de la masse abdominale , viennent présenter leur surface interne à l'entrée de l’ouverture postérieure du manteau. Ces organes sont très minces; ils sont très finement striés en travers. Les stries sont produites par une multitude

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de vaisseaux branchiaux que l’on ne peut bien apercevoir qu’à l’aide de fortes loupes ou de grossissements microscopiques.

A la base du pied et dans la portion de cet organe qui se lie à la masse abdominale , on remarque un organe particulier, plus opaque que le reste : il est subréniforme. On pourrait le comparer au crypte' qui reçoit le byssus dans les Mollusques byssifères. Mais chez tes Érycines, il n'existe aucune trace de byssus , et l'organe dont nous parlons doit avoir un autre usage. Nous le croyons destiné à la sécrétion des mucosités abondantes dont l'animal a besoin pour s’attacher à la surface des corps solides sur lesquels il rampe avec assez de rapidité.

Nous avons souvent observé vivantes les petites espèces d'Érycines dé la Méditerranée. Nous avions d’abord compté rencontrer ce petit Mollusque vivant dan^ la vase ou dans le sable fin ; mais, contrairement à notre attente, nous l'avons toujours trouvé sous les pierres des rivages, à une faible profondeur sous Teau ; ce qui nous a surpris le plus , c’est de le trouver, non pas sur le sol abrité par la pierre , mais attaché à là surface de la pierre exactement comme un insecte au plafond d'un appartement. Mis dans des vases de verre ou de porcelaine, nous avons vil ces petits Mollusques y ramper avec assez de rapidité , grimper le long des parois perpendiculaires , et se tenir longtemps suspendus par l'extrémité antérieure du pied. Pour produire celte locomotion, l'animal allonge son pied en lui imprimant de légères ondulations , et en l’appliquant par le côté plat, le plus exactement possible, sur la surface du corps qu’il rencontre. Lorsque, à l’aidede cette légère compression et de l’abondante mucosité qu’il sécrète , l’animal s’aperçoit qu’il est suffisamment adhérent, il contracte son pied qui , en se raccourcissant considérablement, fait faire à l’animal un pas dans là direction qu’il a choisie. Celte manœuvre . répétée fréquemment et avec plus de rapidité qu'on ne le supposerait d’abord , permet à l'animal de cheminer aussi rapidement qu’un Mollusque gasléropode. Pendànt tout le temps que l’animal manœuvre, il fait sortir hors de sa coquille le grand capuchon qui couvre la base du pied ; mais jamais on n'aperçoit la moindre trace de siphons ou d'organes qni en tiennent lieu , les bords de la fente postérieure du manteau ne faisant aucune saillie au dehors des valves.

Les coquilles du genre Érycine sont toutes d’un petit volume. La plus grande espèce qui nous soit connue, nous en avions fait le type du genre Chironîa , que nous avons dû abandonner depuis lôs réformes nouvellement proposées par M. Recluz. Celle coquille présente , en effet, tous les caractères des Érycines ; et il serait peut-être utile de la prendre désormais pour type du genre,' son volume la rendant d’iinè

DiX-HülTlÈME FAMILLE.

observation plus facile : cependant nous pensons devoir présenter les caractères du genre , en les empruntant aux espèces de Lamarck , et en montrant les modifications successives que ces caractères ont ressenties en passant d'une espèce à l’autre.

Les Érycines sont généralement ovales, transverses, aplaties ou subglobuleuses. Elles sont inéquilatérales ; presque toutes sont lisses, très minces , transparentes et fragiles : un épiderme peu épais en couvre la surface ; souvent il est caduc. Les couleurs sont peu variables : presque toutes les Érycines sont blanches , quelques unes seulement sont jaunâtres ou rougeâtres. Les bords sont simples, tranchants, et la coquille parfaitement close : les crochets sont petits, peu saillants, obliquement inclinés en avant ; la lunule n’est jamais circonscrite ; le corselet est arrondi; il n’est point limité par un angle ou par d’autres accidents. Les côtés antérieurs et postérieurs sont obtus. La surface interne n’est jamais nacrée; elle est blanche. On y aperçoit très difficilement les impressions que l'animal y a laissées ; ces impressions sont superficielles ; elles sont lisses et brillantes, comme le reste de la surface ; cela subsiste même dans les espèces fossiles, et c’est une des difficultés que rencontre l'observateur pour apercevoir nettement tous les caractères du genre. On parvient néanmoins à trouver deux impressions musculaires fort petites , ovales , obrondes , très écartées l’une de l’autre , et situées aux deux extrémités de la coquille. Dans quelques espèces, ces impressions sont submarginales : l’antérieure est située -un peu au-dessous du bord cardinal ; la postérieure occupe une position semblable , seulement elle est un peu plus grande et un peu plus rentrée en dedans. Ces impressions éprouvent quelques modifications qui sont en relation avec la forme extérieure de la coquille. C’est ainsi , par exemple, que dans les espèces appartenant autrefois au genre Montacuta de Turton , la coquille étant plus transverse , l’impression musculaire postérieure est devenue plus ovalaire : elle s’est allongée le long du bord , qui luimême a pris plus de développement. Quelques espèces âu genre Kellia ont l'impression musculaire antérieure un peu plus ovalaire, sans qu’il soit possible d’apercevoir chez ces coquilles d’autres différences avec les Érycines proprement dites.

L’impression palléale reste la même dans toutes les espèces du genre. Elle est toujours simple ; elle conserve un parallélisme constant aveo le bord inférieur de la coquille; elle se détache en avant du muscle adducteur antérieur, de manière à laisser ce muscle en dedans , au lieu de le diviser en deux, ainsi que cela a lieu dans le plus grand nombre des coquilles. Elle se place dans le voisinage du bord , et l’accompagne plus

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OU moins haut jusqu’à l’extrémité postérieure , où elle se dirige vers le muscle postérieur comme pour le couper en deux.

Le bord cardinal est étroit. Ce qui le rend remarquable à la première vue , c’est le rétrécissement qu’il montre dans le milieu de sa longueur, là où il est justement le plus large dans les autres genres de coquilles. En avant de cette dépression, s’élèvent à angle droit une ou deux petites dents cardinales inégales , dont l’une , celle qui est à côté de la fossette du ligament , semble avortée ; il y a des espèces chez lesquelles elle n’existe pas du tout. En arrière de ces deux petites dents , est creusée une petite fossette, soit oblique, soit parallèle au bord supérieur, et dans laquelle est reçu un ligament complètement interne. La fossette de ce ligament est assez variable selon les espèces ; quelquefois elle est subtrigqne : le plus ordinairement elle est étroite, profondément enfoncée dans la cavité du crochet ; ce qui a lieu particulièrement dans les espèces subglobuleuses à valves profondes. Dans les espèces comprimées, la fossette, rencontrant la profondeur do la valve, resté naturellement plus superficielle. En avant et en arrière, cette charnière est complétée par des dents latérales ordinairement grandes et intrantes. Cependant ces parties éprouvent des modiGcations qu’il est nécessaire de faire connaître afin que Ton ne puisse se méprendre sur la valeur des caractères que nous assignons au genre. Dans un groupe d'espèces, la dent latérale antérieure se rapproche considérablement des dents cardinales, et quand celles-ci sont presque avortées, elle semble les remplacer; peu à peu celte dent s’écarte davantage, et elle finit par s'isoler entièrement des dents cardinales. Quant à la dent postérieure , située à l'extrémité du cuilleron , elle est toujours plus isolée du reste de la charnière , quoiqu'il y ait des espèces chez lesquelles les dents latérales sont également écartées. Mais il y a encore des nuances parmi ces espèces ; car les unes , celles d’une forme triangulaire particulièrement, ont les dents très rapprochées l’une de l’autre, tandis qu’elles sont plus éloignées dans les espèces d’une forme ovalaire.

Il est évident, d’après ce que nous venons d’exposer, que le genre Py(/ima de M. Hinds doit rentrer parmi les Érycines. Ce genre, en effet, ne diffère de la plupart des espèces que par le rapprochement des dents cardinales et des dents latérales; mais nous avons vu que ce caractère n’avait aucune constance et qu’il perdait ainsi sa valeur générique.

En voyant le nombre assez considérable de genres que nous réunissons en un seul, on pourra peut-être nous objecter que nous rassemblons des objets qui diffèrent notablement entre eux. Nous répondrons que

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les différences observées se montrent, non par degrés arrêtés, mais dans une série continue de modifications insensibles. A prendre les espèces aux deux extrémités du genre, on serait disposé à y voir des types de genres différents. Mais si l'on comble l’intervalle par toutes les espèces connues, on voit s'établir une série continué de modifications à l'aide desquelles loules se rattachent les “unes aux autres sans qu'il soit possible de trouver en elles des caractères suffisants pôur là formation de plusieurs genres ; aussi il est à remarquer que la plupart des genres que nous réunissons dans la synonymie générique ont été proposés, soit à une époque où le genre Érycine était mal connu . soit par des naturalistes qui n'ont eu à leur disposition qu’un petit nombre d’espèces.

Les Érycines sont de petits Mollusques littoraux qui vivent dans presque toutes les mers; on en connaît maintenant des deux Amériques , du grand Océan austral , mais le plus grand nombre provient des mers d'Europe. Gomme ces coquilles peuvent échapper facilement par leur petitesse, il est à présumer que c'est de là que provient la pauvreté relative du genre, dans certaines régions, et probablement aussi sa plus grande abondance dans les mers do l'Europe explorées depuis plus longtemps et avec plus de soins que loules les autres. Nous avons donné quelques détails sur les mœurs de ces animaux, mais ces détails s’appliquent particulièrement à ceux de la Méditerranée. Ces mœurs sont-elles les mêmes dans loules les autres espèces? C’est à l’observation à répondre plus tard à celte question.

Dans sa monographie des Érycines , M. Recluz a décrit dix-huit espèces vivantes et onze espèces fossiles ; depuis cinq ans que ce travail a été publié, nous comptons quelques espèces de plus , une vivante et quatre fossiles , décrites par M. Nyst, dans ses Fossiles de Belgique; de sorte que ce petit genre , qui comprenait à peine quelques espèces au moment où il à été réformé, en possède aujourd’hui trente-quatre, et tout nous porte à croire que leur nombre s'augmentera rapidement lorsque les explorateurs visiteront avec soin les rivages et les fentes des rochers.

M. Bronn admet vingt-huit espèces fossiles dans le genre Érycine; il en a donné le catalogue dans son Index ^alœontologkus. Sur ce nombre, quatre seulement sont douteuses pour lui ; pour noûs, il y en a davantage, puisque nous y retrouvons des espèces que nous avons exclues, M. Recluz et nous, depuis bientôt cinq ans. On comprendra, au reste, qu’il nous est irtipossible d’admettre dans un genre qui a été entouré de tant d’incertitudes des espèces dont nous n’avons pas reconnu les caractères par l’étude des individus en nature.

LES ÉRYCINIDES.

Le bassin de Paris est, de tous les terrains tertiaires, celui qui contient le plus d’Érycines. Elles sont particulièrement répandues dans le calcaire grossier ; une seule passe dans les sables moyens marins. Nous en connaissons huit espèces; aucune d’elles ne remonte dans les étages tertiaires moyen ou supérieur.

D'après ce que nous en savons , le terrain tertiaire moyen ne contiendrait que deux espèces d’Érycines, une de Dax et de Saucats, mentionnée par M. Graleloup dans son Catalogue soologique; la seconde provient du bassin de Vienne, et nous a été communiquée par M, J. de Hauer.

Les espèces de M. Nyst, à Texceplion d’une seule douteuse,, sont propres au crag d’Anvers. Sous les noms génériques de Kellia et de Monlacuta. M. .Morris indique quatre espèces fossiles du crag d’Angleterre. Ont-elles de l'analogie avec celles de Belgique? 11 nous a été impossible de le vérifier.

Les terrains tertiaires supérieurs sont peu riches en Érycines. M. Sismonda, dans son Synopsis ^ en indique deux seulement: elles sont douteuses pour nous. il. Philippi en cite trois en Sicile; elles sont comprises dans son genre Bornia^ qui , ainsi que nous l’avons vu, renferme trois Érycines et un Poronia. Ces trois espèces sont encore vivantes dans la Méditerranée.

Ce sont les suivantes :

Erycina Geo/froyi , Payraud. Habite ia Corse, la Sicile, l’Algérie.

Elle est fossile en Sicile.

2“ Erycina corbuloides , Philippi. Vivante dans l’Adriatique, en Sicile, en Corse, en Algérie.

Fossile en Sicile.

3“ Erycina inflata , Philippi. Vivante dans les mers de Sicile.

Fossile à Palerme.

A ces trois espèces, dont les analogues fossiles sont connus, nous pourrions en ajouter une quatrième, que nous trouvons citée par M. S. Wood, et rapportée plus tard par M. Morris, dans son Catalogue des fossiles de V Angleterre,

4" Erycina suborhicularîs , Recluz, ‘{^TCeUiti, Turton). Vivante dans la Manche , sur les côtes de France et d’Angleterre.

Fossile dans le crag de Sutton en Angleterre.

Dfx-HUITÏÈME FAMILLE.

Érycine cycladiforme , Erycina cycladiformis ^ Desh. Pl.^ll.Üg. 6. 7. 8. 9:

Testa ovatâ^ inccquiîaterâ ^ teniii , pellucidA, pallide corneâ vel stramineây lœx'igata subïente tenuissimè striata^ laterahcer compressa^ intiis flavidulâ ; umbonibus minimis , obliquis^ approximatis»

Habite la Nouvelle-Zélande.

Nous devons à M. Quoy la connaissance de cette intéressante espèce ; elle a quelque ressemblance avec le Cyclas calyculataj pour !a forme générale et la couleur. De forme ovalaire, elle est obtuse en avant et en arrière ; comprimée latéralement, elle est moins globuleuse que la plupart des ou des ^fontacuta, et moins aplatie que les Erycina Geoffroyi et autres espèces voisines ; elle sert de liaison entre les deux groupes. Ses crochets sont petits , peu proéminents , rapprochés et obliques. La charnière est très étroite; la fossette du ligament est très oblique et fort étroite; deux très petites dents, antérieures sur la valve gauche, une seule sur la droite; la dent latérale postérieure est également saillante dans les deux valves: elle est triangulaire. Impressions musculaires petites , l’antérieure surtout ; cétte dernière est subcirculaire ; la postérieure paraît longue , parce qu’elle se confond avec la fin d’une large impression palléale. Cette coquille, mince, fragile, transparente, est d’un jaune pâle, couleur de corne blonde; elle paraît lisse , mais vue à la loupe , elle est couverte de fines slrieg d’accroissement.

Cette petite coquille a \ % millimètres do long et 9 de large.

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