GENRE SOIXANTIÈME
PORONIE. Po7'onia, Recluz.
PI. i4 bis. f. i6 à 19,
CARACTERES GENERIQUES. — Animal ovale ou obrond , sub-* globuleux 5 enveloppé d’un manteau à bords bilabiés simples ; trois ouvertures palléales inégales : l’une, antérieure, petite, un peu proboscidiforme, pour le passage du pied; la seconde, ven-
LES ÉRYC1XIDES.
traie, est la plus grande; la troisième, postérieure, remplace les siphons. Bouche petite, garnie de- larges lèvres, terminées de chaque côté en une paire de palpes courtes et étroites. Pied comprimé, tranchant, triangulaire, très long, subvermiforme ; branchies très inégales ; les feuillets internes très grands , subquadrangulaires ; les externes étroits et obliques.
Coquille ovale, subglobuleuse, inéquilatérale, transverse, régulière, parfaitement close. Crochets petits et obliques; bord cardinal étroit, échancré au milieu; en avant de l’échancrure, xme ou deux petites dents cardinales sur chaque valve; en arrière, à la limite du ligament , une' dent latérale postérieure grosse , épaisse et intrante. Ligament interne inséré dans une fossette en cuilleron, oblique, naissant du sommet de l’échancrure et se prolongeant le long du bord dorsal supérieur et postérieur, jusqu’à la dent latérale. Deux impressions musculaires petites , presque égales et subcirculaires. Impression palléale simple.
SYNONYMIE GENERIQUE.. — Cardium ^ Maton et Rackett, Montagu. — Kellia [ex j}CL^'ie] ^ Turton, Forbes , Macgillevray, Gray, etc. — Borriia [spec.] , Philippi.
Une petite coquille découverte au Sénégal par Adanson reçut du savant naturaliste le nom de Poron. Une description malheureusement trop concise ne permit pas d'abord aux conchyliologues de rap^ porter l’espèce à son véritable genre. Plus lard, Montagu découvrit à son tour, dans les mers britanniques , une autre petite coquille très analogue à celle du Sénégal ; il la plaça dans le genre Cardhm , quoiqu’elle n’en présentât les caractères. Le Cardixun rxibrxm du naturaliste anglais fut bientôt introduit dans les catalogues, où il resta jusqu’au moment où M. Turton, après une nouvelle étude dos coquilles bivalves de la Grande-Bretagne , le retira d’entre les Cardium et l'introduisit dans un genre nouveau dédié à Montagu , sous le nom de Montacuta. Adopté, par la plupart des conchyliologues, ce genre fut placé dans la méthode à côté des Ixellia du même auteur, dans le voisinage des Madrés. Nous avons vu comment M. Recluz fut conduit à réformer les genres dont nous venons de parler, et à reporter dans les Érycines le plus grand nombre des espères qu’üs renfermaient. Mais T. r. p.xUTiE. 4:*
pour iM, Reciuz, ainsi que pour nous, les deux petites coquilles que nous avons meDtionnées d'abord présentant des caractères diiïérents de ceux des Érycinés, il a paru nécessaire à M. Reciuz d'établir pour elles un genre nouveau, auquel il a consacré le nom de Poronia en souvenir du Poron d'Adanson. Dans ce môme genre doit venir se ranger encore une coquille plus grosse que les deux précédentes, et que Lamarck confondit à tort avec ses Amphidesines. peut-être faudra-t-il y ajouter une quatrième espèce pour laquelle U. Canlraine a proposé un genre Cycladina, que nous rapportons provisoirenjent aux Érycinés de Lamarck.
H existe tant d'analogie entre les Pôronies et les Érycinés , que nous avoua doiilé de Putililé du nouvead genre do M. Reciuz; mais pendaiit notre séjour en Algérie, ayant eu l’occasion d’observer vivante une petite espèce de la Méditerranée, nous avons reconnu dans ce petit Mollusque des caractères qui le distinguent nettement des Érycinés et de tous les autres genres connus. En effet, cet anima! est enveloppé d'un manteau mince , transparent , dont les bords sont comme à l'ordi naire épaissis par un petit muscle orbiculairc. Ce bord est divisé en trois feuillets.: l'un , externe, simple, suit le contour de la coquille; l'autre, moyen, beaucoup plus extensible,, est libre dans toute sa circonférence; le troisième-, enfin, ou l’interne, se soude avec son congénère en laissant trois ouvertures inégales. La première de ces ouvertures est antérieure; elle est petite, un peu proboscidiforme; elle est destinée à donner passage au pied, et elle est susceptible de prendre toutes les formes nécessaires pour s’adapter au mouvement de l'organe locomoteur ; la 'seconde ouverture est ventrale, elle occupe un peu moins de la longueur du bord inférieur de l’animal; la troisième, enfin, est postérieure ; elle a la forme d’une petite boutonnière, dont les bords sont légèrement proéminents. A elle seule , elle remplace les deux siphons qui existent chez les Mollusques des familles précédentes.
Voici un Mollusque qui offre le premier et le seul exemple d’un manteau à trois ouverture.^ disposées ainsi que nous venons de le dire. Si l’ouverluro antérieure était joinio à l’inférieure, le manteau présenterait les caractères de celui des Érycinés; mais celle jonction est constante, et nous l’avons constatée chez tous les individus de la même espèce. Ce qui est intéressant aussi dans la disposition du manteau, c'est l’absence totale des siphons remplacés par urie ouverture unique et sans saillie à l'extérieur. Ce^caraclère, que nous retrouvons dans les Érycinés , et qui se représente à un moindre degré dans les Lucines , est celui qui nous a délérniiné à la séparation définitive de la famille des Éryci-
LES ÉHyciMUES. 7^9
nides, et qiii nous a conduit à réloignenieiit do cette famille d.e ceUe des Mactracées.
Le pied est mjnce, plat, très allongé; il ressemble à celui des C)''clades, et l'animal s’en sert clq la môme manière que les Érycines : il en applique le plat sur les corps solides , s’y attache à l’aide d’uneabondante mOcosUé, et par la contraction de cet organe ij se .dépla^’-e assez rapidement à la surface des corps les plus lisses.
La bouche fort petite; elle est accompagnée de grandes lèyres saillantes qui se terminent de chaque côté en une paire de petites palpes labiales étroites et triangulaires.
Les branchies sont semblables à celles des Érycines: el|cs se composent de deux feuillets très inégjaux : l’un interne, très grand et subquadrangulaire; l'autre, externe, fort étroit, parcourt le bord inférieur du feuiliet branchial interne. En arrière de la masse abdominale, les branchies se réunissent et se prolongent de manière à embrasser la circonférence de l’ouverture pôslerieure du manteau. .
Les coquilles du genre Poronie sont fort petites : elles sont sobglobuleuses ,' ovales , iransverses , inéquilaiérales, et ce qui les distingue au premier coup d’œil des Érycines, c’est que chez elles le côté antérieur est le plus allongé. La surface extérieure est lisse ou striée par des accroissements; elle est revêtue d'un épiderme mince, corné et caduc. Les valves sont parfailerhent closes; les crochets sont pétits. et dirigés obliquement vers le côté antérieur; les bords des valves sont.' minces, tranchants, niais le test de la coquille est plus épais et plus solide que celui des Érycines. On n’aperçoit en avant aucune trace de lunule : le corselet n’est point non plus séparé. A rinlérieur, ces coquilles sont d'un violet pourpré, plu§ ou moins intense; elles no sont point nacrées; leur charnière a beaucoup d'analogie avec celle des Érycines; toutefois elle se distingue par beaucoup plus d’épaisseur. Elle présente cependant ce caractère remarquable, d'être moins large au centre qu’à ses extrémités; elle montre au milieu une échancrure triangulaire dont les côtés’ sont inégaux. Sur le- côté antérieur s’élèvent deux petites dents cardinales inégales, parallèles, dont J’interne est la plus petite; elles nespnt pas absolument semblables sur les deux valves, ce qui résulte de leur inégalité môme. Le long du bord postérieur de l'échancrure se relève un cuillpron étroit et oblique; il prend iiaissanco au sommet piôme de la charnière: il s’élargit progressivement en arrière, en descendant obliquement dans l'intérieur de lacoquillo; sur ce cuilleron s’attache un ligament épais et carlilagiqeux tout a fait interne. Le' bord cardinal s’élargit en arrière, et il porte à son ex'lré-
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mité une dent latérale postérieure assez épaisse , triangulaire et intrante.
Les impressions musculaires sont petites: elles occupent les extrémités de la coquille; elles sont subcirculaires, superficielles et à peu près égales. L'impression palléale est simple; elle se place près du bord; elle y reste constamment parallèle.
II est évident, d’après ce que nous venons d’exposer, que les coquilles des Poronies se distinguent à peine de celles des Érycines , et le genre no devrait pas être conservé si l’animal n’offrait des caractères qui le distinguent suffisamment.
Les Poronies sont de petites coquilles marines qui vivent sur les rivages, au niveau du mouvement des vagues, remontant même quelquefois dans les fentes des rochers , beaucoup au-dessus du niveau habituel des eaux. Le nombre des espèces connues est peu considérable. M, Recluz en a cité trois dans sa monographie; plusieurs autres peuvent leur être actuellement ajoutées. On les connaît , non seulement des mers de l’Europe , mais encore de celles de l’Amérique et du grand océan Pacifique.
Nous citerons entre autres le Poronia rubra , Carditm rubrum , de Montagu, Kellia rubra, .deXurton, qui vit en abondance dans les mers d’Europe , et que M. Gould a retrouvé siir les côtes du Massachussets.
Aucune espèce ne nous est connue à l’état fossile , si ce n’est celle de la Méditerranée qui est mentionnée par M. Philippi , dans les terrains tertiaires des environs de Païenne.
Poronie pourprée. Poronia jmfpurascens ^ Recluz.
PI. 14 bis. fig. 16-19.
P, Testa ovato-gîobosâ, solidâ, atrO'purpurascentCy mceqmlaterd,trans-‘ veTsim tenue striata ; latere anlico îongiore, angustiore-i^ subacumi* nato ; postico altiore obtuso ^ umbonibus proemineutibus obliquis } cardine incrassato ^ dente latcraU postico maximo.,
Amphidesma purpurascens. Latnk. An. s. vert, t. 5. p. 493. n® 14.
Desh. dans Latnk. An. s, Terl. t. 6, p. 129. n® 14.
Habite Van-Diemen , la Nouvelle-Zélande,
Lamarek la croyait de nos côtes de la Manche, mais elle n'y a jamais vécu.
Petite coquille confondue par Lamarek parmi ses Amphidesmes, mais qui nVn présente pas les caraclère.s. Elle ne porte qu'un seul
i.ES (iALEÜMMlDES.
ligament à la charnièi-e , làntlis que le caractère principal des Amphidesmes est d'en avoir deux; elle est globuleuse, suborbiculaire, très inéquilatéralc , mais , contrairement à ce qui a lieu dans les Éryciuos, c’est le côté antérieur qui est le plus long. La surface extérieure est irrégulièrement striée par des accroissements; vers les bords, elle est couverte d’un épiderme très mince. Les crochets sont assez grands, peu obliques; on n’aperçoit en avant, ni en arrière, aucune trace de lunule ou de corselet; les bords sont parfaîtemeDt clos; ils sont simples et tranchants, mais ils s’épaississent assez subitement à l'intérieur. La charnière est forte et épaisse; les dents cardinales sont petites, et la dent latérale postérieure est très grosse. Celte coquille est d’un rouge pourpré assez éclatant à l'inlérieur; à Texlérieur, cette couleur est plus foncée, plus terne et un peu rembrunie. Cette coquille est la plus grande du genre Poroma ; elle a 8 à 9 millimètres de diamètre transversal.
lies Galéommides. Gaieommiaw, Grat,
La famille des Galéommides ne contenant qu’un seul genre, il n’est pas nécessaire d'en exposer les caractères, puisqu’ils sont empruntés au genre lui-même, et leur sont identiques. Nous n’aurions même pas à nous occuper de I histoire de la famille,, car elle se confond entièrement avec celle du genre. Toutefois nous croyons utile do rappeler rapidement les diverses opinions dont elle a été le sujet de la part des naturalistes. Proposée parM. Gray, la famille des Galéommides a été comprise entre celle des Solémyes et celle des Érycines , non loin des Pandores , d’un côté, et des Saxicaves de l’autre. 11 est évident que dans cet arrangement, M. Gray n’a pas tenu compte des principaux caractères de la coquille et de l’animal , et qu’il a suivi , en la modifiant, l’opinion de la plupart de ses prédécesseurs, qui ont toujours considéré la coquille très bâillante des Galéommes comme plus voisine du grand groupe des Myaires que de toute autre famille des Mollusques acéphalés. Nous-même, entraîné par ce caractère singulier de la coquille, nous l’avons comparée à celle des Glycimères , et, en traitant ce genre dans la seconde édition des Animaux sans vertèbres de Lamarck, nous avons proposé de l’introduire dans la famille des Glycimérides. Alors l’animal des Galeomma ne
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îioûs était point connu ; depuis nous l’avons observé vivant sur îe's côtes de l’Algérie; un naturaliste de mérite, M. îliitre, l’a retrouvé en abondance aux environs de Toulon , et il en a publié uile description accornpagtiéo de fort bonnes figures, eh 1847, dans Je tome VI! des Annales des sciences naturelles. Mais avant cela, M. Scacchi l’avait découvert dans la fner de Naples , et l'avait décrit sous le nom de PaH/ii.nopea dans. ses Observations zoologiqucs. Quelques années après. M. Philippi eh donnait une description plus détaillée dans les Archives de Wlegman, 1839 , et dans le môme temps M. Delle Chiajé en publiait une figure très médiocre dans des planches sans texte qui doivent faire suite à celles de son ïfistoîrè des animaux sans vertèbres de Naples; enfin , pour mentionner ici tous les travaux relatifs à l'animal du genre Galeomma, nous devons rappeler qu’en 1833, MM. Quoj; et Gaimard publiaient, dans le Voyage de l'Astrolabe , la déscripllon et la figure d’une espèce de Vanikoro, sous le nom de Pmmmobia vitrea. Les connaissances acquises sur le genre Galeomma sont suffisantes pour déterminer rigoureusement la place qu’il doit occuper dans une méthode naturelle.