‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 125 sur 127 · GENRE SOIXANTE - CINQUIÈME · texte numérisé non relu

GENRE SOIXANTE - CINQUIÈME

CTREUfEliLE. Cyrenella.

PI. i4 his, lig. 10 à i5.

CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal ovale OU obrond , épais , convexe, enveloppé dun manteau à bord simple, fendu dans toute la longueur du bord ventral , terminé en arrière par deux siphons courts , réunis dans toute leur longueur. Bouche petite, transverse , accompagnée de quatre palpes labiales médiocres et étroites ; deux muscles adducteurs presque égaux , très écartés , allongés et étroits ; masse abdominale épaisse , terminée en son bord inférieur. par un pied cylindrique , allongé , vermifonne; quatre feuillets branchiaux très inégaux, réunis en arrière de la masse abdominale ; ils sont allongés et étroits \ les externes sont de beaucoup plus petits que les internes.

Coquille ovale ou obronde, subglobuleuse, mince, lisse, couverte d’un épiderme brunâtre ou jaunâtre; subéquilatérale, parfaitement close,, à bords minces, simples et tranchants; bord cardinal étroit, portant au-dessous des crochets deux petites dents obliques sur la valve droite et une seule sur la gauche ; ligament externe appuyé sur des nymphes très aplaties et obliques. Impressions musculaires grandes et écartées, ovalaires; impression palléale simple.

SYNONYMIE GENERIQUE. — Cyreuoicla . Joannis.

OBSERVATIONS. Nous avions distingué la coquille type de ce genre longtemps avant que M. Joannis la décrivît dans le Magasin de zoologie. Nous avons hésité à en parler, parce que nous n'en connaissions point l'animal. M. Quoy, qui l avait recueilli au Sénégal , voulut bien nous en communiquer le dessin, et alors seulement nous exposâmes les caractères du nouveau genre dès 1833 à la Çociété philomatique. Nous pourrions donc invoquer au besoin les procès-verbaux de celte société pour établir notre priorité , si nous mettions une grande importance à attacher notre nom à la création d'un genre. 11 nous suffit qu’un genre soit bon pour que nous Tacceplions avec plaisir, quel que soit l’auteur qui , le premier, l'a introduit dans la science. Si nous préférons notre nom à celui de M. Joannis, c’est parce qu’il est plus conforme aux règles établies par Linné , ce sage législateur de la nomenclature ayant prescrit de repousser impitoyablement tous les noms terminés comme celui proposé par M. Joannis. Ainsi, quand même le nom que nous avons choisi n aurait pas la priorité , il faudrait néanmoins le conserver, ainsi que M. Hermannsen en a donné l’exemple dans son ouvrage précieux Index generum malacozoorum.

A la première espèce vivante, rapportée du Sénégal, les laborieuses recherches de M, Cuming en ajoutèrent trois autres découvertes aux Philippines. Depuis, nous reconnûmes les caractères du nouveau genre dans une coquille fossile des environs de Paris, que nous avions rapportée au genre Vénus, sous le nom de Venus hicinoïde.TQls sont les matériaux que renferme actuellement le genre Cyrénelle à l’aide desquels nous allons en exposer les caractères.

L’animal est orbiculaire ou ovalaire selon les espèces : il est épais ; le manteau qui l'enveloppe est mince, transparent, et il est bordé à la circonférence par un muscle orbiculaire étroit et peu épais ; les bords du manteau sont simples, ils sont séparés dans toute la longueur du bord inférieur; l’ouverture qu'ils offrent est semblable à celle des Lucines. La commissure antérieure se produisant beaucoup plus bas que dans les Vénus, à cause de la longueur et de la position du muscle antérieur. En arrière, la commissure a lieu vers l'origine de deux siphons peu épais, assez allongés et réunis dans toute leur longueur en une seule masse cylindracéo conique. Ce qui est remarquable pour des organes de cette grosseur, c’est qu’ils sont entièrement dépourvus d’un muscle rétracleur spécial. L’ouverture postérieure des siphons est simple, dépourvue de franges ou de tentacules ; ces siphons sont inégaux en diamètre, le branchial étant plus large que son congénère: mais ils sont égaux en longueur.

LES LÜCINES.

Les muscles adducteurs sont allongés, aplatis; ils occupent les extrémités de l’animal, et ils s’attachent à la coquille tout près du bord, lis sont placés de manière à occuper presque toute la hauteur des bords antérieur et postérieur.

Au-dessous du muscle adducteur antérieur, vers son extrémité supérieure , se trouve l’ouverture de la bouche qui , dans le genre Cyrénelle , est petite , Iransverse et ovalaire; deux lèvres très courtes raccompagnent, et elles se changent rapidement de chaque côté en une paire de palpes étroites et d’une médiocre grandeur. A cet égard , les Cyrénelles se rapprochent des Ongulines.

La masse abdominale est grosse et épaisse ; elle est ovoïde et elle se termine inférieurement en un pied cylindrique, obtus au sommet, semblable à celui des Lucines et des Ongulines.

Les organes branchiaux se rapprochent aussi beaucoup de ceux de ce dernier genre. Ils sont formés de deux feuillets inégaux de chaque côté du corps ; les fauillpls internes sont allongés , étroits , subquadrangulaires; ils s’étendent de la région buccale à l’ouverture interne des siphons : ils commencent en une pointe assez aigue qui s’interpose entre les palpes labiales. Les feuillets externes commencent beaucoup plus en arrière , vers le milieu do la longueur de leur congénère. Ils sont plus étroits et ils se prolongent en arrière jusqu’à l'ouverture des siphons. Par leur disposition générale , les organes de la respiration ne manquent pas d’analogie avec ceux des Vénus , seulement ils sont plus étroits , co qui les distingue aussi de ceux des Cyrèues.

Les coquilles du genre Cyrénelle sont orbiculaires ou ovalaires ; elles sont bombées, lisses, revêtues d’un épiderme, quelquefois cariées vers les crochets. Ces coquilles sont minces , fragiles : elles sont équivalves et subéquilatérales; les crochets sont petits, peu saillants, à peine obliques ; ils sont très rapprochés. La lunule n’est point circonscrite. Dans quelques espèces le corselet est grand et limité par un angle obtus. Les bords des valves sont simples , minces et tranchants. La charnière est étroite; elle montre sur la valve droite deux petites dents inégales , dont la postérieure est ordinairement bifide au sommet. Une seule dent cardinale existe sur la valve gauche, et en arrière, à la limite du ligament, on distingue le rudiment d’une seconde dent cardinale. On n’aperçoit sur ce bord aucune trace de dents latérales.

La surface intérieure est blanche, quelquefois un peu violacée: elle est lisse , et l’on a quelque peine à distinguer les impressions que l’animal y a laissées. Les impressions musculaires sont ovales et étroites; l’antérieure est fort longue; elle occupe toute la hauteur du bord an-

térieur en -suivant la courbure de ce bord. L’impression postérieure est un peu plus large , elle est aussi un peu pins courte ; elle est ovale ou subquadrangulaire ; Tune et l’autre sont extrêmement rapprochées des bords des valves. Une impression palléale simple, parallèle au bord, fort rapprochée do lui, s’étend d’une impression à l’autre. Le ligament est externe : par sa structure il présente de l’analogie avec celui des Ongulines et de la plupart des Lucines. Il est supporté par une nymphe très aplatie. La tunique fibreuse externe s’enfonce dans le sillon étroit de la nymphe, tandis que la portion cartilagineuse du ligament se fixe sur une surface en plan oblique qui s'étend sur presque toute la largeur du bord cardinal. Nous devons ajouter, relativement aux dents de la charnière , que tantôt elles se projettent obliquement en avant , tantôt elles sont transverses ou un peu obliques en arrière.

Les caractères du genre Cyréncilc, que nous venons d’exposer, sont suffisants pour déterminer la place que ce genre doit occuper dans la méthode. M. Joannis avait dit : les Cyrénelles sont des Cyrènes sans dents latérales. Par conséquent, pour ce naturaliste, le genre aurait dû faire partie de la famille des Conques fluviatiles de Lamarck. M. Joannis insistait en considérant comme de peu de valeur les caractères de la coquille , et les croyait propres à fonder un sousgenre des Cyrènes plutôt qu’un genre distinct. Nous n’avons , dans aucun temps, partagé l'opinion de M. Joannis. Lorsque nous connaissions la coquille seule , nous l’avions rapprochée des Lucines , et cette opinion s’affermit dans notre esprit lorsque nous eûmes connaissance de l’animai. Nous avons décrit celui des Cyrènes, il est facile d’en comparer les caractères avec ceux des Cyrénelles, et l'on s'apercevra bientôt qu’en effet les deux genres appartiennent à deux types différents d’organisation. Tout nous porte à croire qu'un peu plus tard , lorsque les zoologistes auront étudié un plus grand nombre d’animaux de Lucines, celui des Cyrénelles s'y rattachera, tout en constituant un petit groupe particulier, avec lequel il serait possible de faire une famille à part qui serait caractérisée par la présence des siphons ; on pourrait alors résumer les caractères de celte famille en disant qu’elle renferme des Lucines à deux siphons réunis. Nous insisterons aussi sur la forme spéciale de l'organe locomoteur : il n’est caractérisé dans aucun genre de la même manière que chez les Lucines , et retrouver un organe semblable chez les Cyrénelles a été pour nous une des raisons qui nous ont le plus particulièrement décidé à introduire ce genre dans la famille des Lucines.

Les Cyrénelles sont des coquilles qui habitent les eaux douces dans

LES LUCINES

les pays chauds. On n’en connaît encore qu’un très petit nombre d’espèces ; une du Sénégal , les trois autres des Philippines. La cinquième espèce est fossile dans le bassin de Paris où nous l’avons découverte dans les sables marins moyens.

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