‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 14 sur 127 · GENRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

GENRE HUITIÈME

SOXiE&lirS. SoUmya. (Lanik.)

PI. 5. lig. i5.-i6-i7.

GXRAGTÊRiiS GENERIQUES, — Animal ovale, tranverse; lobes du manteau réunies dans leur moitié postérieure terminés par un siphon court 5 pied prohoscldlforme , tronqué antc-rieiiremeni par iiu disque frangé sur ses bords; une seule

LBS SOlÉNACÉES.

braiicliie de chaque côté en forme de plumulc, dont les barbes sont isolées jusqu’à la base; anus terminal flottant à rcxtrémité des branchies.

Coquille oblongue , transvei'se, cquivalve , inéquilatérale j obtuse à ses extrémités, et revêtue d’un épiderme épais qui la déborde de tomes parts ; charnière terminale à l’extrémité postérieure ; crochets non saillans 5 ligîiment extérieur inséré sur une nymphe oblique, subintérieure, en partie recouverte par le bord du corselet, et formant avec lui un sillon profond 5 l’impression palléale large et simple.

OBSERVATIOKS. — Le genre Soleihye a été figuré, pour la première fois, par Poli, dans son grand ouvrage sur les Mollusques de la Sicile. Il mentionne l’espèce de la Méditerranée sous le nom de Tellina to^ata. A-peu-près dans le môme temps, Bruguière faisait représenter la môme coquille , dans l’Encyclopédie , parmi les espèces du genre Solen. En étudiant celle coquille, Lamaixk s’aperçut qu’elle ne devait rester ni dans les Tellines , ni dans les So* lens, et il créa pour elle un genre auquel le nom de Solemye est resté. Ce genre parut , pour la première fois, dans le tome v des Animaux sans vertèbres, et, entraîné par la trop grande valeur qu’il attribuait à la position du ligament , Lamarck plaça ce genre dans la famille des Mactracées , entre les Ongulines et les Amphidesmes. 11 est vrai que Lamarck ne connut point l’animal de son genre , et l’on ne doit pas étro surpris que les rapports des Solemyes aient été mal appréciés par lui et quelques-uns do scs successeurs. Nous voyons en effet M. de Férussac , dans ses Tableaux systématiques, transporter le genre qui nous occupe dans sa famille des Myaires, à la suite des Analines, des Lutraires et des Myes. En admettant le genre dans la famille des Mactracées, Latreille sentit bien que ses rapports n’élaicnt point définitifs, et il fait en-' tendre qu’il n’était point à sa place. Dans son Traité de Malacologie, M. de Blainville a judicieusement rapproché les Solemyes des Solens , dans sa famille des Pyloridées ; mais déjà M. de Blainville avait pu s’aider, dans sa nouvelle classification, de la connaissance de l’animal figuré et décrit par M. Delle Cliiaje, dans ses Mémoires sur les animaux sans vertèbres des mers de Naples et de Sicile. Depuis cette époque, on eut assez fréquemment l’occasion de se procurer l’animal de la Solemye , que l’on rencontre en

abondance dans la plupart des plages sableuses de la Méditerranée. C’est après avoir examiné un grand nombre d’individus que nous avons déterminé, d’une manière plus exacte, les rapports de ce genre. Depuis que, dans l’Encyclopédie, nous avons décrit l’animal, M. Philippi en a donné une fort bonne figure dans son Enumeratio molluscoriim Siciliœ, Mais, à l’exemple de M. Sovrerby, il a fait subir au nom générique un léger changement qui , à nos yeux , a trop peu d’importance pour valoir la peine d’élre discuté.

L’animal delà Solemye.est ovale, allongé et assez semblable, pour l’extérieur, à celui des Solens. Les deux lobes du manteau sont minces: ils tapissent l’intérieur de la coquille, viennent la déborder de toutes parts, tapissent aussi la large bande d’épiderme qui fait saillie en dehoi's du têt, et se réunissent sur la ligne médiane en laissant un écartement de près d’une ligne entre les bords de l’épiderme. Les lobes du manteau sont réunis entre eux dans les deux tiers postérieurs de la longueur de l’animal; mais dans le tiers antérieur, ils sont constamment désunis et laissent une large fente pour le passage du pied. Dans celle partie de leur contour, les lobes du manteau sont garnis de petites papilles courtes et écartées entre elles; le pied constitue la masse charnue principale de l’animal. Il est allongé, subcylindracé, et il prend naissance vers le milieu de la longueur de l’animal : il se projette en avant. Lorsqu’il est contracté, il ne dépasse presque pas les bords de la coquille, et, dans cet état, son extrémité libre est obtuse et semble formée de deux lèvres rapprochées. On peut en effet écarter les deux parties dont le pied est formé, et l’on voit alors qu’il est subitement tronqué et terminé par une surface presque plane , circulaire, et dont le contour est finement frangé. Celte extrémité du pied se dilate en un disque h bords aigus, dont l’animal se sert d’une manière particulière pour s’enfoncer dans le sable. Lorsque l’on a retiré une Solemye du trou qu’elle habitait, et qu’on la met à plat dans un vase dont le fond est rempli de sable couvert d’uiic suffisante quantité d’eau do mer, on la voit bientôt étendre son pied , agiter vivement le sable pour le suspendre momentanément dans l’eau , et lorsque le pied est parvenu à une certaine profondeur, l’animal le dilate en disque et se lient immobile. Pendant ce temps, le sable se dépose sur le clis(|Uo lui-méme, forme une couche autour de lui et devient un point d’appui assez solide au moyen duquel l’animal sc redresse perpendiculairement. Dans cette

LES SOLÉNACEES.

position, il recommence la meme manœuvre , et, par les conli’aclions de son pied, il parvient ainsi à disparaître dans le sable en quelques minutes.

Entre le pied cl le manteau, sur la ligne médiane, on voit une petite fente triangulaire, transverse: c’est celle de la bouche. Elle est garnie, en dessus et en dessous, de petites lèvres très minces, étroites, que l’on voit se diriger de chaque coté de la masse abdominale , s’élargir un peu , et se terminer en une paire do palpes labiales, longues et étroites , libres dans la plus grande partie de leur étendue. La masse abdominale est courte, et se termine en une sorte de lame longue , triangulaire , de chaque côté de laquelle viennent se placer les branchies. Celles-ci la dépassent bientôt et viennent se prolonger dans la cavité postérieure du manteau jusqu’àl’origino du siphon. Ces branchies ne sont pas comme cellesdes autres Acéphales lamellibranches ; on ne peut les comparer exactement qu’à uneplume dontlesbarbes^eraienl égales de chaque côté. Ces barbes sont librès et flottantes comme celles de la plume, et elles s’attachent aux vaisseaux branchiaux qui forment l’axe de chaque paire de branchies. C’est vers l’extrémité postérieure,, et entre les deux paquets branchiaux , au-dessus du muscle adducteur postérieur, que l’anus vient déboucher. Le muscle adducteur antérieur est aplati, forme la partie épaissie du manteau, audessus de la bouche et derrière le pied, et il s’insère sur la coquille dans le voisinage du bord dorsal. Le muscle adducteur postérieur est cjlindracé, et il vient s’insérer sur la coquille , immédiatement derrière les ciiillcrons de la charnière. Par une anomalie des plus singulières, la charnière, dans les Solemjes, au lieu d’étre située à l’extrémité antérieure de la coquille et de correspondre , comme cela a lieu ordinairement, à la position de la bouche, est placée à l’exlrémilé postérieure , ce qui n’avait pas été remarqué jusqu’à présent. Cette position de la charnière se trouve tout-à-fait inverse de celle des Solen vagina, Sillqua^ etc., chez lesquels la charnière est toujours lerminale et antérieure.

La coquille des Solemyes est très reconnaissable, non-seulement par ses caractères extérieurs, mais encore par ceux de sa charnière. Elle est ovale, oblongue, équivalve et inéquilatérale. Le côté antérieur est extrêmement long, le postéi’ieur est au contraire très court. Toute la coquille est mince et fragile; son tôt, blanchâtre en dedans , paraît ne contenir que peu de matière calcaire. Il est revêtu, à l’extérieur, d’un épiderme épais, d’un brun

TROISIÈME FAMItLE.

foncé. Cet épiderme déborde constamment la coquille, et, par son étendue, auf^nienle au moins d’un tiers la cavité intérieure. Les impressions musculaires sont peu apparentes ; on les distingue cependant en faisant jouer obliquement la lumière sur la surface inlerno des valves : l’antérieure est allongée, étroite le long du bord dorsal; la postérieure est arrondie. Une ligne peu profonde s’étend d’une impression à l’autre en suivant le contour du bord, et celte ligne est produite par l’insertion du manteau. Elle n’est point échaucrée postérieurement, et l’on conçoit qu’un siphon aussi court, terminant postérieurement l’animal, n’a pas besoin d’un muscle rétracteur très étendu pour rentrer dans la coquille. La charnière présente des caractères plus particuliers. Chaque valve porte , à sou extrémité postérieure, un ctiilleron oblique redressé, laissant entre lui et le bord, un sillon triangulaire profond, dans lequel vient se placer un ligament large, peu épais, et dont une partie serait découverte, si elle n’éiait revêtue de l'épiderme qui s’étend sur toute la coquille. On ne connaît encore que trois espèces appartenant à ce genre. L’une est de la Méditerranée, l’autre est des mers méridionales de l’Amérique , et la troisième provient des mers australes.

ESPÈCES

Solcmye méditerranéenne. Solemya ?nediierranea» Lamk. pi. 3. f. i5. i6. 17.

s. testa ovalo-ohlongâ J iransversd ^ inequiîateraÜ , iertui , fragilisslmâ , epi-^ dermidc fusco iogatà , lincis pallidiovibns , longitudinalibus oniatd j nymphis Ugamenii subinteniUy bvcvîbusy obliquis.

Poli. Test. Q.p. 43. et vol. i. tab, i5. f. ao.

Soleii. EQC)d, pl. 225, f. 4.

Sow. Gen, of sbells, 7, f. 2.

Desb. Eucycl. mélh.vers. l. 3. p. 957.

Desb, Lamk. An. s. v. 2® éd, t, 6. p. laS. 2.

Dette Cliiaje, Mèm. divers sur les animaux invertébrés des mers de Naples, t. 4. pl. G2. f. 10. II.

Habile la Méditerranée.

Nous nous sommes servi de l’animal de cette espèce pour la description du genre; nous n’avons rien à ajouter à son sujet. Quand on pourra lui comparer ceux des autres espèces , il sera possible

LtS SOLANACÉES.

sans cloute cio généraliser davantage les caractères que nous en avons lires. Quant à la coquille, elle se' distingue , par plusieurs bons caractères, des deux autres espèces du môme geni’e.

Elle est ovale, oblonguc, étroite, obtuse aux deux extrémités; elle est très incquilatérale. Le côté postérieur est extrêmement court , la charnière étant située à-peu-près sur le quart postérieur de la longueur totale. Les valves sont minces, aplaties et très fragiles. Le tôt est revêtu, à fextérieur, d’un épiderme épais, dVm brun marron foncé, interrompu par de petites zones longitudinales rayoniianlos des crochets vers les bords. Ces zones sont d’un brun plus pâle, et elles résultent d’un amincissement assez notable dans l’épiderme. Cet épiderme déborde considérablement les valves, et constitue au moins un tiers de la capacité totale de la cocjuille, lorsque l’animal y est contenu. Les crochets ne sont point proérainens ; cependant, au-dessous d’eux, le diamètre de la coquille commence à diminuer, et bientôt les bords s’arrondissent pour former rcxirémité postérieure. La surface intérieure des valves est d’un blanc brunâtre terne, et l’on remarque , à chaque extrémité, vers le bord dorsal, une impression musculaire arrondie; la postérieure est plus petite que l’antérieure. Une ligne rugueuse, très voisine du bord inférieur, en suit le contour, et elle est produite par l’insertion du manteau. La charnière est singulière. Si l’on en croyait Lamarck, les deux valves seraient soudées entre elles en ce point ; mais il n’en est rien. Les valves se séparent naturellement, et sans aucune fracture du tôt, lorsque l’on vient à rompre le ligament. Celui-ci n’est pas non plus interne, comme Lamarck l’avait supposé; il a toute la structure des ligamens extérieurs , comme ceux des Solens , par exemple; seulement il est plus court et en proportion plus épais. La nymphe , qui , dans les Solens, est portée à l’extérieur, est ici rentrée obliquement dans l'intérieur dej valves, et le ligament s’y insère de la même manière que dans les autres genres delà môme famille. 11 y a cependant celte légère différence, c’est que le rebord du corselet se relève à-peu-près à la haïUeiir du bord des valvesj et forme, avec la nymphe, tth sillon triangulaire dans lequel le ligament est inséré et eu partie caché. Nous verrons par la suite une disposition analogue dans un grand nombre de genres appartenant à diverses familles.

Les grands individus de celle espèce ont 1 5 millimètres de long et 5o de large.

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