MOLLUSQUES
MOLLUSQUES ACÉPHALÉS.
CARACTERES. — Auimaux mous, inarticulés, toujours fixés clans une coquille bivalve, sans tête et sans yeux, ayant la bouclie cachée , dépourvue de parties dures et pourvues de chaque côte d’une paire de palpes lamellaires, un manteau ample, enveloppant tout le corps, formant deux lobes libres ou réunis postérieurement; deux feuillets branchiaux entre le corps et le manteau. Circulation simple, un ventricule aortique et deux oreillettes. Anneau nerveux très étendu, embrassant toute la masse viscérale.
Coquilles toujours bivalves; les valves presque toujours articulées en charnière et tenues réunies par un ligament élastique.
OBSERVATIONS. — Après avoir conçu la division des Mollu.sques à'peU“près de la même manière que nous l’avons présentée, Lamarck, dans .ses derniers travaux, revint à une autre opinion et proposa d’établir, pour les Mollusques acéphales, une classe dans lerègne animal, ayant la même valeur que celle des insectes, des crustacés, etc. 11 donna aux animaux de celte nouvelle classe le nom de Conchifères, réservant le nom de Mollusques pour ceux de ces animaux qui ont une tête et qui sont pourvus d’une coquille univalve. Nous avons développé les motifs qui ont déterminé la plupart de zoologistes etnous-méme à rejeter celte nouvelle manière de voir de Lamarck et à adopter celle qui a servi de base à ses premières méthodes.
MOIxrSQüES DYMÎAIRES.
Ce que nous avons dit px'écédemment sur l’organisation des Mollusques acéphalés, nous a conduit à les diviser en trois ordres principaux :
jo Mollusques dimyaires.
2° Mollusques monomyaires.
V Mollusques Bracluopodes.
MOLLUSQUES ACÉPHALÉS.
MOLLUSQUES DIMYAIRES.
CARACTÈRES. — Animal régulier , symétrique, ayant les lobes du manteau tantôt réunis postérieurement, tantôt désunis dans toute leur circonférence, ayant toujours deux muscles principaux adducteurs des valves, Tun antérieur, l’autre postérieur. Une coquille presque toujours libre et régulière , quelquefois irrégulière et fixée. Un pied de formes diverses, soit pour ramper, soit pour filer un byssus.
OE.<iERVATiONS. — Cette première sous-classe, établie par Lamarck , doit être conservée, et nous avons dit pourquoi. Seulement les limites que le savant auteur des animaux sans vertèbres lui avait données n’étaient pas exactes, et une nouvelle étude de cette partie principale des Mollusques acéphales nous a fait voir de quelles familles et de quels genres celte première sous-classe devait être composée. Nous la partageons en deux ordres, d’après ce caractère important de la réunion ou de la désunion des lobes du manteau et chacun de ces ordres est lui-mémepartagé en deux sous-ordres , d’après ce caractère facile à observer de la régularité ou de l’irrégularité de la coquille.
Nous avons cherché autant qu’il nous a été possible à former des familles naturelles et le tableau de classification qui est placé
rH£m£l\£ VA3I1LLE. — LES XUBICOLES. 5
à la fin des considérations générales sur les Mollusques indique Tordre que nous allons suivre dans Texposition des l’aniiiles.
Les Tubicolés.
CARACTÈRES. — Animal allonge, clavilbnne, tronqué antérieurement, enveloppé d’un manteau épais dont les deux lobes sont soudés dans toute leur longueur et prolongés postérieurement en deux siphons réunis eu une seule masse charnue, une fente antérieure dans la troncature du manteau; branchies étroites, allongées, flottantes dans lesiphoii branchial; un pied petit, rudimentaire, dirigéen avant.
Un tube calcaire dans lequel est contenue une coquille bivalve, ou qui est insérée en tout ou en partie dans sou épaisseur. — Coquille régulière, bâillante, à chaimièrc linéaire simple, sans cuilleron dans les crochets.
GENRES. — ^érrosoiry Cla^>agelle'y Gastvochhae.
OBSERVATIONS GÉNÉRALES. “ La faïuille dos Tubicolés a clé créée par Laniarck, dans son dernier ouvrage. Trompé par la valeur trop exclusive qu’il donnait à Texistence d’un tube calcaire indépendant des valves, ou en partie complété par elles, Lamarck avait réuni dans Tordresuivant six genresdans cette faniilledesTubîcolés.
Arrosoir^ Cla^a^elle^ Flstulane y Cloisonnai’re ^ Teredine , Tarct,
Lamarck avait entrevu depuis long-temps les rapports de ces divers genres, plusieurs avaient été rapprochés par lui dés 1808, dans les Annales du Muséum, lorsque, dans divers mémoires, il traita des coquilles fossiles des environs de Paris. Fondée sur un caractère trop exclusif, cette famille parut très naturelle à la plupart des auteurs, et elle fut adoptée par eux, sans éprouver de changemens notables. Parmi ces auteurs , nous citerons M. de Férussac (^Tableau Syst» des MolL^ et M. Laircillo [Fam. nal.
FRIMliRE FAMILLE.
du rêgn* an,). Cuvier n’avait point adopté l’îngénieux rapprochement de Lamarck , des arrosoirs et des clavagelles, Latreiile crut bien faire d’imiter en cela rauleur du Règne animal, et rejeta les arrosoirs de la classe des Mollusques pour les placer dans les Annelides tubicoles, non loin des Amphitriies; M. de Blainville sentit bien que l’on devait séparer en deux séries, les genres introduits dans la famille des Tubicoles. Mais n’ayant pu sans doute , étudier leurs caractères d’une manière complète, il laissa entre eux quelque confusion. C’est ainsi qu’il transporta les Gastrochênes, les Clavagelles et les Arrosoirs dans sa famille des Piloridés et les genres Teredine , Taret, Fistulane et Cloisonnaire , avec les Pholades , dans la famille des Adesmaccs.
Dans la première édition du Règne animal, Cuvier n’avait point admis le rapprochement des genres qui font partie de la famille des tubicoles de Lamarck. Quelques-uns de ces genres sont introduits dans l’ordre des Enfermés, dans le voisinage des Solens et des Pholades, et les Arrosoirs, comme nous venons de le dire, font partie des Annelides tubicoles. Dans la seconde édition du même ouvrage, Cuvier ayant eu l’occasion d’examiner un animal d’Arrosoir rapporté de la Mer-Rouge par M. Ruppell, abandonna sa première opinion, rapprocha les Arrosoirs des Fislulanes et des Tarets, sans adopter cependant la famille des Tubicolés.
Nous pensons que la réforme tentée par M. de Blainville d’une manière insuffisante et incomplète , doit être actuellement continuée et nous nous appuierons, à cet égard, de plusieurs considérations importantes.
Les mollusques acéphalés qui produisent un tube calcaire, accessoii'e à leurs valves et destiné h les protéger se présentent sous deux formes différentes: dans les uns, la coquille, plus ou moins bâillante a les crochets prolubérans ; la charnière est sans dents cardinales, elle est dépourvue de ligament, et l’on trouve constamment dans l’intérieur des valves partant du sommet, des appendices osseux, recourbés, plus ou moins longs qui s’enfoncent dans les parties molles de l’animal .Ces appendices, intérieurs communs à plusieurs genres, tiennent à une organisation qui leur est propre. Dans les autres tubicolés , ces appendices u’existent jamais; les coquilles sont bâillantes, mais elles ont un autre aspect et l’animal qui les habite a aussi des caractères particuliers. Le tube calcaire, servant d’enveloppe aux animaux des genres que nous avons mentionnés , est lui-même' lin accident de peu d’im-
LES TUBIOOL^S*
portance, puisqu’il existe ou n’existe pas dans certaines espèces selon les circonstances d’habitation. Ce tube ne peut donc être pris pour caractère essentiel et prédominant; aussi, pour nous, les caractères des animaux, traduits par ceux do la coquille, sont beaucoup plus imporlans et nous les avons préférés. Ce sont ces motifs qui nous ont fait réserver trois genres seulement dans la famille des tubicolés et d’après lesquels nous avons rejeté les autres dans la famille des Pholadaires qui suit immédiatement.
Les genres qui appartiennent à la famille des tubicolés ont certainement un gi*and intérêt pour l’élude. Nous voyons en effet le tube singulier des Arrosoirs présenter des caractères en apparence absolument étrangers à ceux des autres acéphalés. Il fallait toute la sagacité do Lamarck pour mettre ce genre à sa véritable place. Le savant professeur avait remarqué, vers la couronne des Arrosoirs, une impression tout-à-fait semblable h celle que produirait une petite coquille bivalve parfailement régulière et dont le contour aurait été soudé dans l’épaisseur de la paroi commune. Dans les Clavagelies, dont Lamarck ne connut qu’un petit nombre d’espèces et justement celles qui, par leurs formes, s’éloignent le plus des Arrosoirs, il trouva une valve incrustée dans l’épaisseur du tiibe et l’autre libre dans la cavité intérieure, articulée en charnière avec la première et maintenue en place au moyen d’uu ligament. Depuis, les rapports des deux genres ont été pleinement justifiés non-seulement par la découverte d’espèces vivantes de Glavagelles, mais encore par laconnaissanced espècesfossilesproduisant de grands tuyaux claviformes et couronnés semblables à ceux des Arrosoirs. Ce qui caractérise les tubes de ces deux genres, c’est qu’ils sontcouronnésparunesortedecorolledont le bord aigu donnenaissance àun grand nombre de peliis tuyaux, à travers lesquels passent desappendices de la partieantéi’ieuredumanleau.Dansles Arrosoirs, ces tubes sont simples, ils sont branchus dans les Clavagelies couronnées; le troisième genre rapporté à la famille des tubicolés 'a été autrefois connu de Spcngler et caractérisé par lui , sous le nom de Gastrocliène. Ce genre a des rapports évidens avec les Clavagelies par certaines espèces qui se font un liibe libre, en massue, mais toujours dépourvu des épines tubuleuses propres aux deux premiers genres que nous avons cités. Dans ce genre gaslrocliene la coquille bivalve est complètement libre, c’est-à-dire q.ae les deux valves égales et très bâillantes sont contenues dans la cavité intérieure du tuyau et ne sont jamais soudées à une partie quelcon-
I^K^MIÈUE t'AMlLLE.
que des parois. On peut donc observer dans ces trois premiers genres celte série si remarquable de modifications des deux* valves insérées dans l’épaisseur du tube des Arrosoirs, une seule dans le tube des Clavagelles et enfin les deux valves libres dans les Gastrocbènes.
IN^ous terminerons par une dernière observation qui n’est pas sans intérêt, c’est que l’animal de l’Arrosoir, enveloppéd’un manteau épais, ouvert à ses deux extrémités, a en réalité par cette disposition et celle des organes intérieurs , une certaine analogie avec les Sa/pa, et dans l’ordre méthodique que nous avons adopté, il doit commencer la grande série des Mollusques acéphales.