‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 39 sur 127 · GENRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

GENRE VINGT-CINQUIÈME

MTOCAME. Myochama. (Stulchbury.)

Pl. 3 bis, fig. 12. x3.

CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal irrégulier, ayant les lobes du manteau très inégaux , soudés dans Une grande partie de leur circonférence et prolongés en arrière en deux siphons courts, égaux, complètement séparés dans toute leur longueur. Deux tentacules très courts , opposés sur le bord du siphon branchial , quatre tentacules également très courts sur le bord du siphon anal.

Coquille adhérente, irrégulière, inéqui valve, subéquüatérale

la valve droite adhérente par toute sa surface, aplatie ou convexe , selon la forme des corps sur lesquels elle s* appuie ; valve gauche, grande, profonde, en forme de cabochon; deux impressions musculaires, écartées; Tantérieure plus grande ovalaire, la postérieure circulaire; impression palléale terminée postérieurement eu une sinuosité peu profonde et assez large. Charnière constituée sur la valve droite en une fente profonde, triangulaire , contenant le ligament , à la surface interne duquel est attaché un osselet trigône ; sur la valve gauche un cuilleron triangulaire, renversé dans la cavité du crochet donnant insertion au ligament.

OBSERVATIONS. — G’est avcc quelques doutes que nous introduisons ce genre singulier dans la famille des Ostéodesmes ; nous y sommes entraîné par la présence d’un osselet cardinal , détaché dans le ligament, ainsi que par la sinuosité postérieure du manteau et la présence de deux siphons, séparés dans toute leur longueur. Tous les autres caractères tendraient à repousser ce genre de la famille où nous le plaçons provisoirement.

Le genre Myocame a été institué par M. Slutchbury, dans le 5* volume du Zoological Journal. Ce naturaliste en expose brièvement les caractères et en donne une Bgure de grandeur naturelle, qui laisse à désirer une connaissance plus exacte de la charnière. Trois exemplaires seulement d’une seule espèce de ce genre étaient connus dans les collections de l’Angleterro et n'en sont point sortis. Aussi la figure de M. Slutchbury a été successivement reproduite par M. Sowerby dans son Gênera of shells , par M. Reeve dans son Conchologia iconica^ et enfin par M. Sowerby le jeune dans son Mamwl de Conchyliologie. Ces auteurs répétèrent avec non moins de scrupule les caractères du genre, tels que leur auteur les publia pour la première fois ; de sorte que contrairement a ce qui a Hou le plus ordinairement dans la science, les publications successives dont nous venons de parler n’ont rien ajouté la connaissance du gonro. Déjà nous nous proposions de nous servir de ces matériaux incomplets, lorsque M. Cuniing nous communiqua un exemplaire très bien conservé du Myochayna anomioides. Les valves de cet exemplaire étaient maintenues fermées par la contraction de l'animal. Voulant en étudier les caractères intérieurs , mais dans la crainte de briser les moindres parties, nous le fîmes macérer dans de l'eau , et

LES OSTEODESMES.

nous eûmes le plaisir de retrouver des parties assez considérables de l’animal, qui, ramollies, nous présentèrent les caractères que nous avons exposés. Nous ne pûmes découvrir aucune trace des branchies, des palpes labiales et même du pied ; mais les muscles adducteurs étaient dans leur intégrité, ainsi que les siphons, les muscles fétracteurs de ces organes et une portion assez considérable du bord postérieur du manteau. Si le pied eût été épais et fibreux , ainsi que cela a lieu dans les Venus, par exemple , nous en aurions probablement trouvé des restes ; car il est à remarquer que ce sont principalement les parties fibreuses de l’animal qui ont été conservées. D’ailleurs les personnes, qui reçoivent des mollusques desséchés dans leurs coquilles, savent très bien, que le pied est une des parties qui so conservent le mieux.

Les siphons sont petits, complètement séparés; ils sont d’un beau jaune orangé, et quoique contractés, ils ont à peu près le quart du diamètre antéro-postérieur de la coquille. Le siphon branchial est un peu plus large que l’anal, mais il est de la même longueur ; il reste du même diamètre dans toute sa longueur; son ouverture est large, simple, surmontée de deux tentacules très courts , opposés , à base large. Le siphon anal se termine en un sommet obtus, en une sorte de calotte, percée au centre d’une petite ouverture, sur la circonférence de laquelle s'élèvent quatre tentacules très petits et obtus. Les lobes du manteau sont circonscrits par un muscle orbiculaire extrêmement mince; ils so réunissent et laissent en avant une fente courte et étroite pour le passage d’un pied, probablement réduit à l’état rudimentaire.

A voir la coquille , on la prendrait pour une petite Anomie à valve supérieure très convexe ; mais lorsqu’on vient à étudier cette coquille , on s’aperçoit bien vite qu’elle s'éloigne très considérablement des Anomies par tous ses caractères. Elle est très inéquivalve, subéquiJatérale ; la valve droite est aplatie ou convexe, ou concave, selon la forme du corps sur lequel elle adhère; elle s’attache plus particulièrement et par une prédilection singulière à la surface des Trigonies ou des Pétoncles. Par conséquent, s’appuyant sur une surface convexe, cette valve est concave en dehors et convexe en dedans. A l’exception du bord cardinal, elle est adhérente par toute sa surface; elle prend l’empreinte dos moindres accidents de la coquille à laquelle elle adhère, et ces accidents se répètent fidèlement sur la surface de la valve gauche. Ce phénomène se reproduit dans les huîtres et plus particulièrement chez les Anomies. La valve gauche est très profonde et elle ressemble a un petit cabochon dont le sommet rentrerait vers le bord. Le crochet de cette valve est grand, protubérant, courbé sur lui-même, et son sommet s’incline vers Tinté-

rieur de la coquille. Les bords des deux valves sont minces, tranchants, irréguliers, de manière à s’adapter au contour des corps étrangers sur lesquels vit l'animal. L’intérieur des valves est nacré; on y remarque deux petites impressions musculaires, inégales ; l’antérieure occupe presque toute la longueur du bord antérieur ; elle est ovale , tandis que la postérieure, plus petite, est circulaire. Une impression pailéale fort courte se détache de l’impression musculaire antérieure, s’avance parallèlement au bord ventral et produit en arrière une petite sinuosité triangulaire , dont l’extrémité supérieure vient aboutir au muscle postérieur.

La charnière est étroite , le crochet de la valve droite est fortement incliné en dessous, et le bord cardinal est fendu dans toute sa hauteur à peu près de la même manière que dans le genre Sphœnia de Turton ; seulement cette échancrure est plus profonde, et les bords en sont plus épaissis et plus larges. Le ligament est contenu dans cette fente et il porte sur sa face interne un petit osselet triangulaire , semblable à un coin , remplissant la fente qu’il a faite. La valve gauche présente au dessous du crochet une impression, comparable à celle de la même valve des Myes, une surface triangulaire, dont le pourtour est circonscrit en une sorte de petit cuilleron , destiné à recevoir le ligament.

Par les observations que nous venons de rapporter, nous possédons quelques moyens de plus, pour juger le genre et déterminer ses rapports. Dans tous les animaux que nous connaissons et dépendants de notre famille de Mésodesmes , les lobes du manteau sont réunis dans presque toute leur circonférence ; chez la plupart d’entre eux , les siphons sont désunis et ordinairement assez courts. Le seul genre Anatine, d’après les faits rapportés par M. Mitre , a des siphons réunis de la même manière quo les Myes et les Lutraires ; par conséquent le petit nombre de caractères connus de l’animal du genre Myocame ne s’oppose pas à son introduction dans la famille des Osléodesmes ; mais il faut ajouter, que d’autres caractères plus importants nous sont inconnus, et qu'il se pourrait faire, qu’ils fussent d’une telle valeur, qu'ils rendissent nécessairés la c,réalion d'une petite famille pour le seul genre Myocame. Cette famille se trouverait egalement juslifiée par cette singularité si remarquable d’un mollusque acéphalé dimyaire, adhérent, irrégulier et pourvu de deux siphons. Nous verrons plus lard d’autres genres appartenant à la même classe; mais chez les uns , tels que les Cames, le manteau ne fait plus saillie en dehors de la coquille, il est simplement perforé. Dans un autre genre, celui des Elhéries, on trouve aussi un animal dimyaire dans une coquille adhérente et irrégulière ; mais chez lui les deux lobes

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du manteau sont désunis dans leur circonférence, ce qui lui donne infiniment de ressemblance avec celui des ünio et des Anodontes.

Si l’on voulait suivre à la rigueur les principes de la classification qui ont guidé Lamarck et d’autres conchyliologistes , on devrait faire du genre Myocame non seulement une famille, mais même un ordre, de manière à rendre symétriques, en quelque sorte, les diverses parties de la classification et introduire dans la longue série des mollusques acéphalés, ayant les lobes du manteau réunis , deux divisions principales ; l’une contenant ceux h siphon; l’autre contenant ceux à perforation, et dans l’un et l’autre de ces ordres, on établirait deux sous-ordres ; l’un pour les coquilles régulières , et l’autre pour les coquilles irrégulières. De cette manière le genre Myocame serait aux mollusques siphonés ce que les Cames sont pour les mollusques à manteau perforé. Mais avant de décider cette question, il est nécessaire de poser bien nettement la limite entre les doux ordres que nous venons de désigner, et il est nécessaire également de connaître plus complètement l'organisation de l’animal du genre dont nous venons de nous occuper.

Pendant longtemps on ne connut qu’un petit nombre d’individus d’une seule espèce appartenant au genre Myocame. Des recherches qui se sont faites dans les mers australes y ont fait découvrir deux autres espèces; c’est à M. Cnming que nous devons la communication de ce fait intéressant. Jusqu’ici on ne connaît aucune trace de ce genre à l’état fossile.

Myocame anomioïde. Myochama anomioides ^ Stutchbury. PL 8 bis. fig. 12, 13.

M. testa roscâ^ 'vcl poUide fiavâ^ tenui frngili ^ costis prorninentiùus radianùbus àichotornis ornatâ^ valvâ 'valdh convexâ; um-

bone extra apicem 'valvœ alterœ prodiicto^ epidermide tenuiindntâ.

Slutchbury. On Iüw ucwgener. Zool. jourii. t. 5. j». 75, pl. suppl. 4^» f. I à 4*

Sowerby, Gen. of sbells. n* 3a. f. i à 4.

Id. Coiich. man, p. 196. f. 7?. 74*

Reeve, Coueb. syst. t. i. p. 57. pl. Sy,

Callow. Coneb. nomencLp. la.

Tout ce que nous avons dit jusqu’ici du genre est emprunté à cette seule espèce connue. Nous n’avons donc presque rien à ajouter pour qu’elle soit caractérisée. La valve gauche très concave est ornée de côtes

longitudinales et rayonnantes, qui se bifurquent à une petite distance du crochet. Ces côtes peu régulières sont rayonnantes; comme la coquille est fort, mince, elles so répètent à l’intérieur principalement vers le bord, et les interstices des côtes sont occupés par une ligne d*un rose plus intense. T a surface est revêtue d'un épiderme mince et transparent . probablement caduc; dans les figures publiées nous n'en apercevons aucune trace. La valve droite paraît beaucoup plus lisse que la valve gauche ; c’est à peine si l’on distingue quelques traces des côtes très prononcées , qui sont sur la valvè gauche. D’après la figure de M. Stutchbury, le plus grand individu de Myochama a 20 millimètres de long et 25 de large,

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