‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 40 sur 127 · GENRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

GENRE VINGT-SIXIÈME

CAR1>ILIE. Cardilia^ (Deshayes.)

Pl. 8 bis, fig. 1 6 à ig.

CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal inconnu.

Coquille ovale oblongue, longitudinale, gonflée, cordiforme, à crochets saillants , inclinés obliquement en avant. Charnière étroite, portant dans le milieu un cuilleron profond, très saillant, dans lequel s'attache un ligament intérieur. Deux dents cardinales saillantes , courbées , séparées par une fente profonde sur la valve gauche et attachées au bord antérieur du cuilleron ; une seule dent étroite, courbée , sur la valve droite, destinée à se placer dans la fente qui sépare les dents de la valve opposée. Impression musculaire antérieure, ovale , obronde , aplatie, peu apparente; l’impression postérieure sur une lame saillante, horizontale, fixée sur la paroi; impression palléale simple. Test mince , fragile , blanc , sillonné sur le côté postérieur.

SYNONYMIE GENERIQUE. — /socartZm (semisulcata), Lamarck. — Cardilîa^ Deshayes, Gray, G. B. Sowerby. — Hemycyclosiera, Bronn.

LES OSTEODESMES.

OBSERVATIONS. — Nous avoüs observé autrefois ^ dans la collection de M. Michelin, une coquille fossile des environs de Senlis ; elle nous offrit des caractères si particuliers , que nous voulûmes constituer pour elle un genre distinct, que nous inscrivîmes , dans la collection de cet amateur distingué, sous le nom d' Uemicycîodonta. Lorsque nous eûmes connaissance du genre Periplome de M. Schumacher , nous pensâmes que la coquille fossile dont nous parlons devait en faire partie ; mais , à la même époque, M. de Hann nous ayant communiqué le dessin d’une valve d’une coquille vivante, ayant tous les caractères de l’espèce fossile des environs de Paris , nous reconnûmes enfin la nécessité do notre nouveau genre. M. Michelin se chargea de le faire connaître dans une feuille détachée, représentant quelques objets précieu.v de sa collection. Lorsque, en 1 835 , nous fîmes des additions à la Conchyliologie de Lamarck , noos retrouvâmes , sous le nom d'isocardia semisulcata , la coquille dont M. de Hann nous avait communiqué une figure. Et c’est alors qu’abandonnant notre premier nom générique , nous proposâmes celui de Car~ düia. II nous était devenu facile alors de le caractériser d’une manière plus complète ; etbientôtaprès.grâceauxcommunicationsd’un voyageur fort instruit , M. Martin, à celles de M. Barthélemy , le savant conservateur du musée de Marseille , et enfin à celles de M. Guming, dont le nom est toujours prononcé avec reconnaissance par tous les amateurs de conchyliologie , nous avons eu dans les mains des matériau:! suffisants pour mieux connaître encore le genre , et en confirmer les caractères en y ajoutant plusieurs espèces que nous avons décrites et figurées dans le Magasin de zoologie,

M. Michelotti, qui s’est occupé avec un soin scrupuleux de l’étude des fossiles du Piémont, et qui a publié à leur sujet quelques bons travaux, nous a communiqué une coquille fossile de l’Aslesan , à laquelle nous avons reconnu tous les caractères de notre nouveau genre. Nous y comptons actuellement 3 espèces vivantes et 2 espèces fossiles.

Les Cardilies sont de petites coquilles minces , blanches, longitudinalement oblongues . par là elles avoisinent quelques coquilles de la famille des Cardiacés ; elles sont bombées , cordiformes , et , par cette forme extérieure, elles se rapprochent soit des Bucardes, soit des Isocardes; cette forme seule justifie l’opinion de Lamarck. Si une espèce est lisse , les autres présentent des sillons réguliers et élégamment crénelés sur le côté postérieur. Les crochets sont grands et proéminents ; ils sont inclinés en avant, contournés en spirale à la manière de ceux des Isocardes ; les bords sont simples dans l’espèce lisse ; ils sont pourvus de crénelures dans toute la partie de leur circonférence où

viennent se terminer les côtes rayonnantes de l’extérieur. Jusqu’ici , n'ayant vu que des valves délacliées et jamais un seul individu entier, il nous a été impossible déjuger, si les valves sont égales comme dans les Bucardes , ou si elles sont inégales ainsi que dans les Anatines et les autres genres de la môme famille.

l.a surface intérieure est lisse , très concave; on y aperçoit difficilement l’impression musculaire antérieure , commençant au dessous de la charnière et s’allongeant le long du bord antérieur. Cette impression est ovale, étroite , plus large à son extrémité inférieure qu’à la supérieure. Une impression palléale , à peine marqftée , so détache de l’extrémité inférieure du muscle , se place aune faible distance du bord , en suit la circonférence, et vient aboutir à une impression musculaire postérieure dont la forme et la disposition sont tout à fait particulières au genre qui nous occupe. Nous verrons plus tard , dans les Cucullées , l'impression musculaire postérieure s’appliquant en partie sur une lame saillante dans l’intérieur des valves. Mais, dans les CardiÜes , cette impression est en totalité sur une lame horizontale , mince , triangulaire , qui . parlant du sommet intérieur des crochets , vient se terminer à peu près au tiers supérieur du bord postérieur delà coquille. On remarque sur cette lame des stries d’accroissement, semblables à celles que l’on rencontre dans les autres impressions musculaires. D’ailleurs, on chercherait vainement au dessus de cette lame les traces de l’impression musculaire; la ligne étroite de l’impression palléale se continue sans interruption jusqu’à la lamelle en question. Il est donc certain que c’est sur elle que s’attache le muscle postérieur. Par sa présence et par sa position , cette lame donne à ce muscle beaucoup plus de force, sans en augmentër le volume ; car ses fibres , plus courtes , sont d’une égale longueur ; elles s’insèrent sur un plan perpendiculaire à leur direction , au lieu de le faire sur le plan très oblique que présenterait sans cela la surface postérieure do la coquille, sur laquelle le muscle s’attache ordinairement.

La charnière est extrêmement singulière ; elle ne ressemble en rien à celles des autres genres connus ; il semblerait que toutes les parties d’une charnière pliis,étendue ont été concentrées et réunies sur un seul point ; car les dents cardinales, au lieu de sortir du bord cardinal luimême , sont insérées sur le bord antérieur du cuilleron. Cette charnière se compose principalement d’un cuilleron interne, saillant, à la manière de celui des Anatines ou des Lutraires. La surface se divise en deux portions bien distinctes, par une petite crête oblique, La portion postérieure reçoit un ligament interne, tandis que l’antérieure donne insertion à une ou deux dents cardinales, saillantes, courbées en crochet, et dont

LES OSTÉODESMES.

‘lO'A

Tuiieest quelquefois bifide. Sur la valve gauche, les deux dents cardinales sont séparées par une fente étroite et profonde, dans laquelle se place une dent médiocre de la valve opposée. La structure insolite de cette charnière se refuse à une description bien complète , d’autant plus que chaque espèce offre quelques modifications. Il est à présumer que cette charnière ne portait en elle aucune pièco accessoire, comparable à celle des Analincs , des Lyonsies ou des Thracies. Celte absence des pièces détachées de la charnière devrait faire ranger le genre Cardilie de préférence dans la famille des Mactracées. Cependant , par la structure du test , par son peu d’épaisseur , nous préférons mettre les Cardilies à côté des Anatines , en avouant toutefois, que ce genre n’est pas plus à sa place dans une famille que dans l’autre.

En effet , si l'on examine les caractères que nous avons inscrits en tête de la famille des Ostéodesmes , si l’on examine aussi ceux de la famille suivante , des Mactracées , on s’apercevra que notre nouveau genre se soustrait à l’applicalion rigoureuse des caractères distinctifs de ces familles. Dans cette circonstance , il eût été peut-être préférable de créer une famille à part, pour placer un genre si différent de tous ceux que nous]connaissons : mais il nous a semblé; que les documents que possède la science ne sont pas encore assez complets pour permettre une création de ce genre. Lorsque l’animal des Cardilies sera connu , on aura le moyen de porter un jugement sur sa valeur et sur la place qu'’il doit occuper dans la série.

Tous les animaux des deux familles dont nous venons de parler sont terminés en arrière par doux siphons tantôt réunis, tantôt disjoints dans toute leur longueur. L’existence de ces organes est constatée par la présence , sur l'intérieur de la coquille , d’une inflexion plus ou moins profonde dans fimpression du manteau. Dans les Cardilies, l’impression pal léale reste simple; elle est simple aussi dans les Bucardes, et cependant , chez ces animaux les deux siphons existent encore, mais, il faut le dire , excessivement raccourcis. Si , maintenant , nous portons notre comparaison sur les genres d’un autre groupe, nous verrons que les Erycines , par exemple , qui ont aussi l’impression palléale simple, ont cependant le manteau perforé , et ces perforations ont môme la propriété de s’allonger un peu au dehors, sous la forme de siphons. Dans les Lucines , l’impression palléale simple ne laisse pas deviner l’existence dans l'animal vivant d'un seul siphon, prolongeant l’ouverture anale du manteau. Ainsi , il se pourrait que notre genre Cardilie , compris aujourd’hui par nous dans la famille des Ostéodesmes, en sortît plus lard, pour rentrer dans la famille des Erycines, lorsque l’animal sera connu.

La lame saillante , destinée à recevoir le muscle postérieur , peut bien servir de caractère générique, mais ne peut être d'aucune utilité pour déterminer les rapports du genre Cardilie avec ceux qui sont déjà connus. Celte disposition de l’impression musculaire peut se présenter dans dos groupes extrêmement différents. Nous avons cité l’exemple des Cucullés , et plus lard nous verrons dans les coquilles tubuleuses des Rudisles, les deux impressions musculaires , également proéminentes sur la valve supérieure. On comprend , en effet , que ce moyen de donner plus de force aux organes qui meuvent les valves d’une coquille, peut se reproduire dans des groupes fort différents, sans que, cependant, l’organisation ait subi des changements importants. Nous pourrions citer encore les genres Came et Dicérate , chez lesquels les impressions musculaires, et surtout la postérieure, s’épaississent à un point considérable et tendent à former entre elles des plans parallèles dans des coquilles très concaves.

Les Cardilies sont des petites coquilles qui, jusqu'à présent, ne se sont trouvées que dans les mers chaudes de Sumatra et des Philippines. Les voyageurs, qui parcourront cos mers, rendront un véritable service à la science , en recherchant l’animal d'un genre aussi curieux et en donnant sur sa structure les détails qui nous manquent.

Nous, connaissons actuellement cinq espèces de Cardilies : trois vivantes et deux fossiles. De ces dernières, l’une appartient aux terrains tertiaires supérieurs de l'Italie, l'autre est du bassin de Paris. Toutes sont très rares.

Cardilie demi -sillonnée. Cardilia aemisulcata. Desh.

PI. 8 bis. fig. 16 à 19.

Testa ovato-oblongâ , cordiformi , alhâ , transUicidâ ; umbonibas magnis cordiformibtis oppositis ; latere antico hevigato , postico regiilarlter suîcato; margirte posticè dentato ; vnlvâ oblique striata.

Isocardia semisulcata. Lam. Anim. saus vert. t. 6. ,p. 3a. n” 3.

Cardilia semisulcata. Desh. dans Lam. Anim. saus vert, a* éd. t. 6, p. 45o.

Id. Desbayes. Magas. de zool. 1844. pl. 99.

Habite le détroit de Malacca.

Cette petite espèce se distingue facilement ; elle est ovale-oblongue , plus longue que large; ses crochets, grands et cordiformes, sont tour-

HUITIÈME FAMILLE. — LES MACTRAGÉES. a55

nés en spirale, mais ils sont beaucoup moins écartés que dans les Isocardes ; ils sont opposés , très rapprochés et un peu inclinés sur le côté antérieur. Tout le côté postérieur est occupé par des sillons longitudinaux, peu profonds, étroits, dont les trois premiers sont les plus profonds et les plus larges; ceux qui suivent vont graduellement en s’amoindrissant. Tout le côté antérieur reste lisse; on y remarque seulement de très fines stries transverses d’accroissement. La lunule n’est point circonscrite; mais il y a un large corselet ovale-lancéolé , limité par le premier sillon postérieur, et sur lequel on remarque des plis obliques, que l’on peut comparer à ceux des Mactres, Mactra stultorim, par exemple. Le bord antérieur est mince et simple , une partie du bord inférieur et postérieur montre de petites dentelures, qui diminuent graduellement et qui correspondent aux sillons postérieurs.

Les grands individus de cette coquille ont 20 millimètres de longueur, 1 4 de largeur et 1 8 d'épaisseur.

lies Hact racées. Lâmarck.

cARAcriREs. — Animaux ovalaires ou subtrigones, transverses, les lobes du manteau réunis au moins dans les deux tiers de leur longueur, et laissant en avant une ouverture médiane pour le passage d’un pied comprimé et triangulaire 5 siphons plus ou moins allongés et épais , réunis dans toute leur longueur, revêtus d’une couche épidermique, et ayant leur ouverture terminale garnie de tentacules tantôt simples, tantôt branchus. Palpes labiales allongées, triangulaires.

Coquilles ovales,. trans verses ou subtrigones, presque toutes bâillantes de chaque côté. Charnière offrant au milieu une fossette ou un cuilleron pour un ligament intérieur ; en avant deux dents divergentes , et une dent latérale en avant et en arrière. Impression palléale sinueuse en arrière.

GENRES. “ Lxtfraire, Mactre , Gnafhodon^ Aiiaiinelle.

La famille des Mactracées a été instituée depuis longtemps par Lamarck dans la classification, proposée en 1 809 dans la P}ii{o$ophie zoologique. Cinq genres réunis dans celte famille semblent avoir de l’analogie, à ne considérer que les caractères des coquilles; cependant un examen plus approfondi aurait pu faire découvrir entre ces genres des différences assez grandes , pour les ranger dans d'autres groupes. Aujourd’hui les conchyliologues, mieux éclairés sur la valeur des caractères des coquilles, séparent , sans difficulté, les genres queLamarck réunissait, et il nous suffira de les citer pour justifier notre opinion. Ces genres sont disposés dans l’ordre suivant : Erycine, Onguline, Crassatelle, Lutraire, Mactre.

Nous aurons bientôt à décrire l'animal du genre Erycine, et la moindre comparaison démontrera de combien il diffère des Alactres et des Lutraires. La coquille seule pouvait faire préjuger cette différence, puisqu'elle n’offre aucune trace d’intloxion à l’impression palléale, inflexion qui existe toujours dans les Lutraires et les Mactres.

Lamarck a mal apprécié les caractères des Ongulines , dans toute la série do ses travaux. II crut voir, à la charnière de cette coquille, deux ligaments; mais il n’y en a qu’un , et ce ligament ressemble en tout à celui d'un groupe assez considérable de Lucines. En effet, les impressions des muscles et du manteau ne diffèrent en rien de celles des Lucines. Ce qui , depuis longtemps, nous a fait dire qu’il fallait, non seulement retirer les Ongulines de la famille des Mactracées , mais même supprimer totalement le genre en le réunissant aux Lucines.

Nous conservons encore du doute à l’égard du genre Crassatelle. L’animal est incomplètement connu , et la coquille offre des caractères différents do ceux des deux genres précédents et de ceux qui suivent. Néanmoins il faudra peut-être l'éloigner beaucoup des Mactres ou des Mésodesmes.

Les deux derniers genres Lutraire et Mactre ont , entre eux, les plus grands rapports. Ils doivent constituer les types généraux de la famille des Mactracées. Il faudra y joindre cependant un genre propre à l’Amérique, et que M. Gray a nommé Gnathodon.

En 1813, en publiant l'extrait du cours, Lamarck n'apporta aucun changement à la famille des Mactracées , mais il la modifia en 1 81 8 dans le cinquième volume de son Histoire des animaux sans vertèbres ; il l’augmenta des deux genres Solémye et Amphidesme , et distribua les

LKS MACTftACÉES.

sept genres en deux groupes principaux. Dans le premier, le ligament est uniquement intérieur ; dans le second, le ligament est double. Le premier groupe est lui-méme sous-divisé, selon que la coquille est bâillante ou complètement fermée. La première section contient les genres Lutraire et Mactre; la seconde, les Crassatolles et les Érycines. Enfin, le second groupe, celui dont les coquilles ont deux ligaments, selon l’opinion de Lamarck, réunit trois genres: Onguline, Solémye, Amphidesme. Nous connaissons actuellement les Solémyes, qui doivent se rapprocher des Solons; nous avons indiqué les rapports naturels des Ongulines ; il nous reste à dire quelques mots des Amphidesmes. Nous devons prévenir d’abord que ce genre, tel qu’il est dans l'ouvrage de Lamarck est des plus artificiels. Nous y avons déjà trouvé une Lyonsie, des Thracies, et sur les 1 6 espèces que l'on y compte , il a fallu un certain artifice pour en conserver une comme type du genre qui , ainsi modiBé, a conservé le nom d'Amphidesme.

Lamarck ayant fondé sa famille des Mactracées sur les caractères empruntés aux coquilles seules, on pouvait , à juste titre , la considérer comme à peu près artificielle. Cuvier, qui a fondé la classification des Mollusques sur d’autres principes, puisés do préférence dans les caractères des animaux , suivant en cela l'exemple de Poli , Cuvier, disonsnous, rejeta les familles de Lamarck et construisit de grands groupes, principalement d’après l’ouverture du manteau et les caractères extérieurs des siphons. 11 résulte de là une distribution très différente des genres dont nous venons de parler. Cuvier ne les admit pas tous ; les seuls que l’on trouve dans la première édition du Règne animal , sont les Mactres et les Lutraires, et encore ces deux genres, malgré leur analogie, appartiennent à- deux familles diiïéreutes. Les Mactres dépendent de la famille des Cardia'cées et la terminent à la suite des Venus et des Corbules. Les Lutraires sont considérées comme le premier sousgenre des Myes, et commencent la famille des Enfermés. Les faits que nous allons exposer démontreront que Cuvier, dans l’arrangement des deux genres qui nous occupent, s'est laissé diriger par des caractères d’une faible valeur. Plus tard, notre grand zoologiste ne reconnut pas leur insuffisance, et en 1830, dans la deuxième édition du Règne animal, tout en adoptant quelques uns des genres de la famille des Mactracées de Lamarck, conserva aux Madrés et aux Lutraires les rapports que nous venons de rappeler.

Dans l'espoir do concilier les diverses méthodes publiées jusqu'à lui, Férussac conserva les groupes de Cuvier, il en fit des ordres, dans lesquels il introduisit, on les modifiant , la plupart des familles de Lamarck.

La famille des Mactracées est la septième de l’ordre des Cardiacées; elle contient cinq genres qui, même à l’égard des caractères de coquilles, ont peu do rapports entre eux. Ce sont les Érycines, les Madrés, les Ligules, comprenant une partie des Amphidesmes de Lamarck, les LavignoDS genre de Cuvier proposé pour la Chama piperata des anciens naturalistes et Onguline, mais avec doute. Le genre Lutraire commence la famille des Myaires qui, elle-mèmo, est la première de l'ordre des Enfermés. Férussac conserve les rapports généraux ; il diffère de Cuvier par des détails d’une moindre importance.

M. de Blainville, dans sa Méthode pom la partie des Alollusques dont nous avons à nous occuper, propose un arrangement peu différent de celui de Cuvier. Les "Mactres, placées entre les Cyprines et lesÉrycines, font partie de l’immense famille des Conchacés, tandis que les Lulraires, sous le nom de Lutricoles. sont entraînées loin de là dans la famille des Uyloridcs. Ces deux familles, dans leur ensemble, se rapprochent beaucoup de celles nommées Cardiacés et Enfermés par CuVier. Comme on le voit, le savant auteur du TraHé de malacologie s’est laissé guider par des principes analogues à ceux que Poli et Cuvier ont mis en pratique dans leurs ouvrages.

Lorsqii'en 1830, nous publiâmes la suite du Diclionnaire des vers de r Encyclopédie méthodique, nous cherebions à concilier deux faits qui semblent se repousser, et dont l'un eût pu être contesté dan$ sa valeur, si nous avions eu alors, comme aujourd'hui, les moyens d’en -vérifier roxactitnde. D'un côté, nous voyions, delà manière la plus évidente, Velablir une transition insensible entre les Mactres et les Lutraires, et i! nous semblait impossible de déterminer la limite nette et tranchée <los deux genres. D’uii autre côté, nous plions obligé d’admettre, avec Poli. Cuvier, de Blainville. l’analogie qui existe, plus en apparence i[u'en réalité, entre les animaux des Mactres et celui du CytHerea rhione. Nous apercevions cette contradiction choquante d’un animal , ayant des rapports avec un groupe , tandis que sa coquille en a de non moins certains avec un autre groupe. Nous avons été entraîné par là à considérer les .Mactres comme un genre transitoire formant un embranchement latéral entre le type des Venus et celui des Myes; et néanmoins, dans l’ordre linéaire, nous préférions rapproclier les Mactres des Lutraires, et comprendre ces deux genres dans la famille des Mactracées, Aujourd'hui s’effacent les difficultés que nous éprouvions alors. Nous avons ou vivants le.s animaux des Mactres et des Lutraires; nous avons fait l’anatomie des uns et des autres, et nous avons reconnu entre eux beaucoup plus d’analogie qu'on ne l’avait cru autrefois; nous nous

LKS MACTRACEES.

sommes ainsi aperçu que Poli et ceux des zoologistes qui se sont appuyés sur son opinion, se sont laissé surprendre par des rapports plus apparents que réels. Ainsi les Lutraires et les Mactres constituent , en réalité, un groupe naturel, auquel il faut joindre le genre Gnathodon, comme nous venons de le dire.

M. Gray, dans un article très court, mais qui témoigne de l’attention toute spéciale que ce savant zoologiste a mise à l’examen des coquilles de la famille des Mactracées, a proposé de diviser les Mactres en plusieurs genres , et, ainsi que nous, d'en rapprocher les Lutraires et les Gnathodons pour en constituer la famille des Mactracées. M. Gray voit comme nous une transition insensible entre les Mactres et les Lutraires, mais comme il ne se place pas au même point de vue que nous , pour déterminer la valeur des genres, il en propose plusieurs, qui marquent les degrés qu’il aperçoit entre les deux types principaux. Pour nous, les mêmes faits nous conduiraient plutôt a" proposer la réunion des Lutraires et des Mactres.

Nous n’avons pas à nous occuper des travaux de ceux des naturalistes qui ont admis , sans examen l’opinion de Lamarck ou celle de Cuvier, en y introduisant des modifications quelquefois prématurées, en ce sens qu’ils ont rapproché des Mactres des genres incomplètement connus. (I fallait, én elfet, pour fonder définitivement la famille des Mactracées, que l’organisation des animaux des genres ce fût plus approfondie, qui permettrait de reconnaître enfin les caractères communs qui les réunissent.

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