‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 47 sur 127 · GENRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

GENRE TRENTE ET UNIÈME

MÉSODESME. Mesodesma (Oe-sh.)

Ll. 10. f. i3. 14.

caractères génériques. — Animal ovalaire ou trigune , aplati ; les lobes du manteau réunis postérieurement et pro-

longés en deux siphons, disjoints dans toute leur longueur ; siphon anal bordé d’une rangée de tentacules cylindracés , gros et courts, ce siphon se fermant par deux lèvres longitudinales ; siphon branchial , garni d’une série de tentacules branches , symétriques , inégaux et relevés en coupole au-dessus de l’ouverture. Pied comprimé, triangulaire, lancéolé; branchies inégales , larges , réunies postérieurement ; feuillet interne plus long , pointu en avant et interposé entre les palpes labiales ; l’externe, tronqué, de moitié plus petit, subauriculé ; palpes labiales fort petites , l’externe entièrement soudée au manteau, si ce n’est par son bord supérieur, qui se continue avec la lèvre suj)érieure de la bouche ; cette lèvre, reployée en avant, formant une cavité avec une ouverture propre, située au-dessus de celle de la bouche.

Coquille ovale ou triangulaire, transverse, épaisse, close ou peu bâillante postérieurement ; charnière ayant sous le crochet une fossette étroite et profonde pour le ligament , et de chaque côté, une dent oblongue et simple; impression palléale offrant une très petite échancrure postérieure , quelquefois entière.

SYNONYMIE GENERIQUE. — Mija^ Chcmnitz , Schrœter, Spengler, Wood , Gmelin. — Macira , Chemnitz , Schrœter, Poli , Bruguière, Gmelin, Dilhvyn , Lamarck, Schweigger, Turton, Audouin, AVood. — Tellina^ Gmelin. — Donax^ Montagu, Maton et Racket , Pennant, Dorset, Dilhvyn, Turton , Gerville, AVood, Fleming. — Paphia^ Lamarck, Roissy, Gray.

— Crassaiella^ Lamarck , Dufo , Delessert, Scacchi , AVood. — Amphidesma^ Lamarck, Payraudeau, Collard des Cherres, i\Iaravigna, Delessert. — Erycina^ Sowerby, Sowerby junior.

— Donadlla^ Lamarck (olim.), Philippi, d’Orbigny. — Mesoâcsma ^ Deshayes, Joannis, Quoy etGaimard, Müller, Anton , Hanley, Forbes , Lovon , Thovpe , Reeve , Gould , Gmy, Philippi.

LES MKSÜDESMIDES.

OBSERVATIONS. — Lgs coquilles' pour lesquelles nous avons créé le genre Mésodesine ont été singulièrement, ballottées de genre en genre par les conchyliologucs qui nous ont précédé. Cbemnilz en connut deux espèces ; il comprend l’uno dans le genre Alye, l’autre parmi les Madrés. Il est imité par Schrœter etGmelin , ce qui n'empôche pas ce dernier d'en introduire encore une espèce dans les Tellines. Poli découvrit dans la Méditerranée l’espèce commune aux mers d'Europe, et quoiqu’il en connût ranimai , il l'introduisit dans les Mactrcs.mais avec doute, car il avait remarqué la différence qui existe entre ces animaux L’ouvrage de Poli , peu répandu et trop peu consulté, ne servit pas à détruire les incertitudes des naturalistes à l’égard de^ coquilles qui nous occupent. Tandis que Bruguière les maintient parmi les .Madrés, Spengler les laisse parmi les Myes. Les opinions, comme on le voit, oscillent entre deux déterminations. En t80d, Montagu mentionna l'espèce de la Méditerranée qu'il retrouva sur les cotes de la Grande-Bretagne. Il est à présumer que cet auteur, ordinairement'' exact et scrupuleux , n'aura pas fait attention à la charnière , et , tro]) conliant dans les rapports queprésente la forme extérieure, il introduisit l’espèce dans le genre des Donaces, (luoiqu'clle n’en eût aucun des caractères fondamentaux. Presque tous les auteurs anglais conserveront dans le genre Donaciî cette espèce qui ne lui appartient pas, et, cordre leur habitude, ils abandonnèrent l'opinion de Gmelin qui , dans lu I édition du Systciwi naUirœ, l'avait comprise au nombre des Tellines. Au reste, à ce sujet , Gmelin avait accepté l'opinion do Scliroeler qui , dans son Essai d'une classification des coquilles de Linné, se servant d’un figure assez exacte de Lister, l’avait rangée au nombre des Tellines. Tandis que quelques autours , 'tels que DilKvyn, Turton cl Wooefj plaçaient une espèce flans le genre Donace, ils en rangeaient d’autres parmi les Mactros.

A l’égard du groupe de mollusques qui nous occupe, Lamarck n‘;i pas moins laissé de confusion dans la méthode que ses devanciers. Nous trouvons- dans, le système des animaux sans vertèbres ( 1 80 1 ) un genre Paphic, pour lequel l’auteur présente doux types, Tun est une Crassatelie, l’autre est un Mésodesme. Peu de temps après, Lamarck renonça à son genre Paphie, et le remplaça par celui des Crassatelles , dans lequel il confondit aussi les mêmes coquilles. Plus tard l’espèce dos mers d'Europe, rapprochée de coquilles de divers genres, devint l’occasion d’un genre />on«ci//a , inscrit dans les tableaux méthodiques, publiés en 1812, dans l’Extrait du cours. A cette époque, Lamarck ne donna aucune déGnition de ce genre nouveau ; seulement , on sut , par tradition, qu'il renfermait le Doyiax plebeia, de Montagu. Ce T. î. 'i* PARTIE.

genre Donacille, n’ayant pas satisfait Lamarck , il l’abandonna comme il avait fait des Paphies , et le remplaça par un genre équivalent, pour lequel il proposa le nom d’Amphidesme. Pour so convaincre que le genre Ampbidesme remplace exactement celui précédemment nommé Donacille, il sufiitde rappeler ce que Lamarck lui-même dit à ce sujet, dans les observations relatives au genre Amphidesme : « Depuis assez » longtemps, dit notre savant naturaliste , j’avais établi ce genre, dans » mes cours, sous le nom de Donacille {Extrait du cours, p. 107); » parce que l’espèce que je connus d’abord avait l’aspect d’une Donace. » {Animaux sans vertèbres, t. V, p, 390). Nous rappelons les paroles mêmes de Lamarck , pour que l’on sache bien que le genre Donacille n’avait plus aucune valeur. Ce n’était plus qu’un nom, auquel il n’était plus possible de rattacher aucun genre quelconque, abandonné qu’il était par son auteur. Ce qui prouve, au reste , que Lamarck n’avait pas d’abord considéré ce genre Donacille comme un type dans lequel le Donax plebeia aurait occupé la première place, c’est qu’il range cette espèce avec une autre, qui en est très voisine dans son nouveau genre Amphidesme; de plus, il confond les espèces les plus voisines de celles-ci, soit parmi les Mactres, soit parmi les Crassalelles. Cela donne la preuve la plus évidente, que le genre Donacille ne peut être l’équivalent de notre genre Mésodesme, puisque Lamarck n’en a pas reconnu les caractères distinctifs, et qu'il distribue dans trois genres des coquilles que nous réunissons en un seul. Les naturalistes contenlporains de Lamarck , Dilhvyn , ïurlon, Schweigger, Gerville, se conformèrent à l’opinion de Montagii ou à celle de Chemnitz. A peu près à la môme époque, M. Sbwerby, dans son Généra of sheîts, croyant retrouver dans le Donax plebeia et quelques autres espèces voisines les caractères du genre Erycine , de Lamarck , il les figura et les caractérisa sous ce nom ; mais cette erreur était facile à rectifier. Les auteurs qui suivirent, oublièrent on abandonnèrent les opinions, antérieures à celles de Lamarck; mais ils durent éprouver de l’embarras, pour savoir lequel des trois genres ils préféreraient, pour y placer les coquilles qui nous occupent. Serait-co des Mactres, des Crassatelles ou des Amphidesmes? Ce dernier genre, le plus mauvais de tous, celui dans lequel ces coquilles étaient le plus hors de leurs rapports, fut cependant préféré, uniquement parce que Lamarck y avait compris l’espèce des rtiers d’Europe, et que les personnes qui mentionnèrent le genre s’étaient plus spécialement occupées des Mollusques de nos mers.

Quand même nous aurions voulu conserver le nom de Donacille au ffenre que nous nous proposions d’établir, nous ne l’aurions pu , sans

LKS MESODESMIDES.

Gütraîner une confusion fâcheuse dans la nomenclature : puisqu'en effet à ce nom do Oonacille se rallnchait , do l’aveu do Lamarck lui* même, l’idée d’un genre conslilué, comme celui qui porto actuellement le nom d’AmpIiidcsme. Or, notre genre Mésodesme, destiné à réunir des coquilles distribuées dans trois des genres de Lamarck, ne devait pas plus porter le nom de Donacille que celui de Mactre ou de Crassatelle. Si , en réformant le genre indigeste des Ampliidesmes de Lamarck, les conchyliologues avaient consenti à prendre pour type VAmphidesma donacîUa, il aurait fallu tellement modifier le genre en question, qu il n’aurait plus répondu aux caractères essentiels que Lamarck lui imposa. Il fallait donc, de toute nécessité, en réunissant en un genre des coquilles, dont les caractères étaient méconnus, lui donner un nom nouveau , car il n’en existait aucun dans l’ancienne nomenclature qui pût lui être appliqué sans inconvénient. Au reste , si un nom approprié se fût trouvé dans les ouvrages de Lamarck, le genre aurait été constitué , ce qui eût rendu le nôtre parfaitement inutile.

A l'exception de quelques uns , tous les ouvrages que nous venons de citer sont antérieurs à 1830, époque à laquelle nous proposâmes le genre Mésodesme, danslesecond volumede l'Encyclopédie méthodique. Ce genre a eu pour but de rassembler sous des caractères communs et parfaitement identiques des coquilles, qui avaient été distribuées, ainsi que nous venons de le voir. Elles avaient précédemment appartenu aux neuf genres suivants: Mya , Mactra ^ Teilina ^ Donax, Paphia^ D&iiaciUa , Crassatellaj Amphidesma , Erycina. Une fois rassemblées sous nos yeux, elles nous offrirent des caractères d'une telle identité, qu’il était impossible de ne pas reconnaître en elles un très bon genre, très différent de tous ceux dans lesquels les espèces avaient été dispersées. Aussi, à dater de celle époque, ceux des conchyliologues, qui eurent connaissance de notre genre Mésodesme , s'empressèrent de l’adopter. Nous citerons particulièrement MM. Quoy et Gaimard qui, au retour de leur second voyage de circumnavigation , nous communiquèrent avec une grande bienveillance l'animal de l’une des espèces qu’ils avaient recueillies dans les mers australes. Cette communication nous a permis de confirmer, pour les caractères de l’animal, la valeur de ceux présentés parles coquilles. Nous n’avons pu alors en donner une description détaillée, mais nous pûmes cependant apercevoir les différences qu’il offre avec les animaux des genres déjà connus.

M. Philippi, dans le premier volume de son Enumeralio inollusconm Sicüiæ, n’ayant pas connaissance de notre travail sur le genre Mésodesme, tenta de reconstruire le genre Donacille de Lamarck, lui don-

nantpour type ï Amphidesma donacilla de ce naturaliste. Mais depuis, il a abandonné ce genre Donacille, et il a adopté notre genre Mésodesme dans le second volume de l'ouvrage que nous venons do citer.

Par un procédé très étrange, M. d’Orbigny, dans le troisième volume des termhis crétacés dosa Paléontologie française^ a l'occasion du genre Mésodesme , nous prête des opinions diamétralement opposées à celles que nous professons depuis longtemps. M. d'Orbigny pousse l'assurance jusqu'à citer la page de la nouvelle édition des Jn/moï/x sons vertèbres de Lamarck. dans laquelle il prétend que nous considérons l'ancien genre Donacille de Lamarck , comme équivalent de notre genre .Mésodesme, « On pourrait se demander alors , dit M. d'Orbigny, pour- » quoi M. Desliayes n’a pas conservé le genre Donacille , au lieu de lui )) donner un nom nouveau. Suivant les lois d'équité que je me suis im- » posées, je crois devoir revenir au nom de Donacille, donné par La- » marck. » On voit par ce peu de mots que l'auteur a voulu traiter d’une matière qui lui est parfaitement étrangère ; car, pour peu qu'il se fût donné la peine de lire la page de l’ouvrage, à laquelle il renvoie, il aurait vu que, loin de trouver semblables le genre Donacille et nos Mésodesmes, nous déclarons, de la manière la plus positive, que ces genres diiTèrent, autant que les Mactrcs, les Crassatelles, les Amphidesines , dans lesquels nous avons puisé les premiers éléments de notre genre. On voit , au rosie , à la manière dont iM. d’Orbigny a caractérisé le genre Donacille, qu’il en connaît fort peu l'animal, quoiqu'il ait cherché à en présenter les caractères. On pourrait même supposer qu'il ne connaît guère mieux les coquilles , puisqu’il les déclare inéquivalves , tandis qu'en réalité il n’en est pas une seule qui offre ce caractère. Ce qui prouverait la justesse de notre assertion , c’est qu’il ajoute que le ligament est interne et externe, que le ligament externe est court, puis, qu'il pénèb'e en dedans et se loge dans un largo cuilleron saillant. Or, dans tous les Mesodesmes , il n’existe qu'un seul ligament qui est interne, et ce ligament est toujours logé dans un cuilleron étroit et profond ; ce tlui est bien différent de ce que M. d'Orbigny en dit. Il est donc à croire que les espèces inscrites sous le nom de Donacille , dans la Paléonto logie française, n’appartiennent point à notre genre Mésodesme.

Il ne nous suffisait pas de créer un nouveau genre, il fallait encore rechercher ses rapports les plus naturels dans la méthode. A voir l’ensemble de ses caractères , ce genre nous a paru intermédiaire entre les Mactres et les Crassatelles, formant un chaînon, propre à rattacher deux genres qui , bien que placés dans la môme famille par Lamarck, offrent cependant, dans leur ensemble, des différences considérables.

LES MESUDESMIDES.

Les Mactres et les Crassalelles ont le ligament intérieur. Voilà la raison pour laquelle Lamarck les place parmi ses Mactracées. Les Madrés sont généralement des coquilles minces . avec des dents latérales ; tandis que les Crassalelles sont épaisses et toujours dépourvues de dents latérales. Les Mactres sont plus ou moins bâillantes; les Crassalelles, au contraire , sont parfaitement fermées. Mais il y a des caractères d’une plus grande valeur, qui semblent éloigner les Crassatellos de la faibille des Mactracées. Dans les Mactres, en effet, l’impression palléale est toujours sinueuse du côté postérieur; elle est simple et entière chez les Crassalelles. Il est donc évident que l’animal des Mactres est prolongé en arrière par des siphons ; il paraît certain , au contraire , chez les Crassatelles, que les siphons manquent ou qu’ils sont très courts.

Nous apercevions dans l’ensemble des caractères de notre genre Mésodesme des nuances insensibles entre les genres que nous venons de comparer, et c’était pour nous un motif de l’introduire entre eux, dans la famille des Mactracées. Nous trouvions, en effet, dans les Mésodesmes, des coquilles pins épaisses que les Mactres, mais conservant une charnière analogue à celle de ce genre. C’est ainsi qu'elles présentent un cuilleron médian , des dents latérales mais sans aucune trace de la dent cardinale en V, caractéristique des Mactres. Nous trouvions dans nos Mésodesmes des coquilles parfaitement closes comme les Crassatelles; et l’impression palléale nous montrait une diminution insensible et graduée de la sinuosité postérieure qui, disparaissant dans quelques espèces, établissait une analogie de plus avec les Crassatelles. Tous ces caractères transitoires, écrits si nettement sur les Mésodesmes, nous offraient les moyens d’une classification naturelle. Mais, pour établir définitivement les rapports entre les genres, il faut observer les animaux qui, souvent, présentant des caractères imprévus, dérangent les rapports que l’on avait conçus d’après les coquilles seules; et ceci nous est arrivé au sujet des Mésodesmes, lorsque nous eûmes observé l’animal vivant de l’espèce qui habile les mers d’Europe.

II faut se le rappeler, chez les Mactres, le manteau se prolonge en arrière en doux siphons réunis dans toute leur longueur. Dans les Mésodesmes , ces organes sont complètement di.sjoinls, et ce caractère lui seul suffit pour séparer les deux genres , qui doivent appartenir à deux familles différentes. M Gray la bien senti , quand , en I 840 , il a proposé la famille des Mésodesmides dans son Synopsis du Musée hùtan- 7nqiie. Les observations que nous avons faites sur l'organisation du Mésodesme Donacille, nous ont donné la preuve de l utilité de la famille, proposée par M. Gray, et nous l’adoptons ici pour la première fois.

Dans l’ordre naturel , la famille des Mésodesmides ne devrait pas se trouver à la suite de celle des Mactracées ; on peut dire, pour la caractériser en quelques mots, que les mollusques qu’elle renferme sont des Donaces à ligament intérieur. 11 faudrait donc, pour bien comprendre les rapports naturels de cette famille, que les genres fussent arrangés sur des embranchements, marchant parallèlement entre eux , de manière à pouvoir placera la môme hauteur, au môme niveau , d’un côté les Donaces et de l’autre les Mésodesmes. L’arrangement qu’il est possible de réaliser dans un tableau méthodique devient impossible , quand il faut exposer dans un ouvrage une série de familles et de genres.

La forme dominante des coquilles du genre Mésodesme est la triangulaire ; en cela , elles ressemblent aux Donaces , à ce point que l’on pourrait confondre les deux genres , si l’on s’en rapportait uniquement à ce caractère de la forme extérieure. Toutes sont transverses, et si , dans le plus grand nombre , le côté postérieur est subitement tronqué , il en est quelques espèces chez lesquelles ce côté s’allonge , la tronca ture disparaît insensiblement, et la coquille devient presque équilatérale. La forme générale, insensiblement modifiée , est devenue régulièrement ovalaire, do trigone que nous l’avons vue d’abord. Tous les Mésodesmes, sans exception , sont équivalves , inéquilalérales ; le côté postérieur étant toujours plus court que l'antérieur. La surface extérieure est généralement lisse; elle est revêtue d'un épiderme corné, luisant , assez solide ; il dépasse peu le bord des valves ; mais le long du Ix)rd dorsal, en avant et en arrière des crochets, il passe d’une valve à l’autre, et contribue ainsi à les clore de ce côté. L’épiderme, implanté le long du bord dorsal , s’épaissit quelquefois avec l’âge, au point de simuler un ligament externe fort allongé; mais il est impossible de se méprendre sur la nature de ce faux ligament, puisqu’il se montre indistinctement de chaque côté de la charnière. Dans les coquilles, telles que les Amphidesmes, par exemple, chez lesquels il existe en réalité un double ligament , le ligament externe est toujours situé du côté postérieur, implanté sur des nymphes plus ou moins apparentes. Nous trouvons la preuve de l’absence du ligament extérieur chez les Mésodesmes, non seulement parce que Fépiderme qui le simule s’étend , comme nous l’avons vu, en avant et en arrière , mais encore par l'absence de nymphes ou de callosités propres à recevoir un véritable ligament.

Aucune espèce de Mésodesmes, actuellement connues, ne nous a offert de côtes longitudinales. Quelques unes seulement ont des stries trans-

LES MESODESMIDES.

verses ; toutes les autres sont lisses ; presque toutes les espèces connues sont blanchâtres , grisâtres ou légèrement transparentes comme de la corne. Une seule espèce, celle de POcéan d'Europe , est ornée de couleurs vives et variées. Les bords des valves sont simples, minces et tranchants; ils s’épaississent assez subitement vers l’intérieur; ils se joignent exactement dans toute la circonférence; ils ne présentent jamais ces fines dentelures que Ton rencontre dans presque toutes les Donaces. Les crochets sont généralement médiocres et peu saillants ; placés en arrière, dans le plus grand nombre des espèces, ils sont opposés , rapprochés et à peine inclinés en avant. Le côté postérieur est toujours le plus court , dans toutes les espèces sans exception ; mais dans celles qui ont une forme triangulaire, ce côté se raccourcit beaucoup , et dans Tune d’elles , il fait un angle droit avec Taxe transverso de la coquille. Les Mésodesmes ne nous offrent ni lunule, ni corselet nettement circonscrits. La surface interne est lisse, blanche , et l'on aperçoit très nettement empreintes les impressions des muscles et du manteau.

Les impressions musculaires sont assez grandes , presque égales ; toutes deux situées dans la région dorsale de la coquille , à peu près à égale distance de la charnière. Dans les espèces triangulaires, la postérieure se rapproche davantage du point cardinal , que dans les espèces ovales ou oblongues. L’impression antérieure est ovalaire-subtrigone ; elle est située de manière à diviser, à peu près en deux parties égales, la longueur du bord dorsal antérieur. Très rapprochée du bord, son extrémité supérieure se prolonge au-dessous de lui, et cette prolongation est due h la présence, sur ce point, de l’împression du muscle rétracteur antérieur du pied. L’impression postérieure est ovale ou subcirculaire; elle est située au-dessous et à l’extrémité du bord cardinal. Dans les espèces triangulaires , elle descend un peu plus dans la région ventrale que chez les espèces ovalaires. Ces impressions sont creusées profondément dans le lest ; en cela , elles ressemblent à celles de la plupart des Crassatelles; l’impression paliéale elle-même, habituellement superficielle, laisse une empreinte profonde qui se découpe nettement sur la surface interne des valves. Il est des espèces chez lesquelles on reconnaît la différence d'organisation des deux parties du manteau. Tout ce qui est en dedans de l’impression, correspondant par conséquent à la portion mince de l’organe , est d’une couleur un peu différente de celle des bords et des impressions musculaires. On retrouve donc ici, d’une manière bien évidente, la preuve que le manteau, en exerçant les fonctions d'organe sécréteur de la coquille, les accomplit un peu différemment sur les deux parties avec lesquelles il est èn con

MiUVlEMK FAMILLE.

tact. L’impression palléale s’éloigne du bord des valves et se porto à l’intérieur ; au côté antérieur, elle s’inflécliit en dedans et laisse une partie du bord beaucoup plus large que dans le reste de son étendue; elle descend obliquement do haut en bas et d'avant en arrière, pour gagner le bord ventral , après avoir quitté l'extrémité inférieure de l’impression musculaire antérieure. Cette disposition se manifeste particulièrement dans les espèces les plus triangulaires, comme le Meso~ dcsma donacilla. Dans les espèces ovalaires,, l impression reste plus exactement parallèle au bord ventral; parvenue vers le niveau de l’impression musculaire postérieure, elle rentre sur elle-même et forme une sinuosité postérieure, variable selon les espèces, mais généralement petite, étroite, assez souvent subtriangulaire. C'est dans le Mesodesma donacilla que la sinuosité palléale est plus grande; elle est presque nulle dans le Mésodesnio trigone, ainsi que dans le Chemnitzii ; mais nous avons deux espèces ovalaires , à test plus mince, et chez lesquelles la sinuosité palléale, très étroite, s’avance en suivant Taxe transverse, jusqu’au niveau de lu charnière.

La charnière , tout en conservant de l'analogie avec celle dos AJaclres et des Crassatelles , en ditîère suffisamment pour caractériser le genre. Elle SC compose , immédiatement au-dessous du crochet, d’un cuilleron étroit et profond , dont le bord est plus ou moins saillant dans l’intérieur des valves. Sur ce cuilleron s’implante un ligament intérieur, étroit et épais. En avant do cette fossette s'élève, sur chaque valve, une dent cardinale, plus ou moins épaisse selon les espèces, simplCj oblique, quelquefois légèrement bifide à son extrémité. II est des espèces chez lesquelles cette dent cardinale est réduite à l'état rudimenluiro. Dans toutes les espèces que nous connaissons, nous en retrouvons au moins les traces ; il y a même des espèces, chez lesquelles nous observons aussi le rudiment d’une dent cardinale postérieure, s’élevant le long du bord postérieur du cuilleron. Outre les dents cardinales, s’élève de chaque côté de la charnière une dent latérale, épaisse et solide, tantôt courte et simple, comme dans le Chemnitzii^ tantôt plus allongée et finement striée, comme dans le Jciwmn de M. Johannis. Cette dernière espèce est l’une de celles qui se rapprochent le plus des Madrés, tout en conservant cependant les caractères des Mésodesmes.

Les Mésodesmes sont des coquilles d’une médiocre grandeur; quelques unes pourtant deviennent assez grandes ; elles ont une épaisseur (jui les rapproche des Crassatelles. Nous en connaissons acluellemenl vingt-trois espèces, distribuées dans toutes les mers, mais plus particulièrement dans les mers tempérées des deux hémisphères. Ce sont des

LES MÉSODESMIDES. H 1 !>

coquilles littorales, elles peuplent en abondance les plages sableuses où elles s’enfoncent, à une petite profondeur, en se servant d’un très long pied linguifornie qui . sortant par l’extrémité antérieure de la coquille , creuse aisément le sal)le , au moyen d’un mouvement vermiculaire très rapide. Nous avons fréquemment trouvé l’espèce de la Méditerranée sur une petite plage peu éloignée de la station d’Hiver , au-dessous du fort’ génois , à quelque distance de Bone Ce petit mollusque habite particulièrement la région de la plage battue par la lame, mais qui , dans les temps calmes , est susceptible de rester à sec pendant plusieurs jours. Néanmoins , ce Mésodesme ne change pas de place ; plongé dans un sable humide, on peut marcher, sans s’en douter, sur des milliers d’individus. Au reste , ce mollusque ne se creuse pas une demeure bien profonde. On lo trouve à quelques centimètres de la surface, et en jetant du sable sur un tamis ou un filet a fines mailles, il est possible de recueillir un grand nombre d’individus. L’animal ne se montre jamais à l'ardeur du soleil ; mais si le ciel est couvert, on le voit fréquemment faire sortir leurs siphons à travers lo sable et les épanouir à sa surface. Ayant eu des individus vivants sous les yeux pendant plusieurs jours . nous avons pu nous assurer, que c’est surtout pendant la nuit, que se meuvent le plus les Mésodesmes de la Méditerranée; ils changent souvent de place, et, pour cela, ils sortent de leurs trous et se laissent emporter par le Ilot qui les entraîne à une petite distance; là, ils s’arrê- Uml et creusent assez rapidement une nouvelle demeure, pour ne pouvoir plus être entraînés par le flor qui succède à celui qui les a mis en mouvement. Quelquefois, au lieu de descendre sur la pente de. la plage , ils y remontent, poussés par le flot qui s'avance. La facilité qu’ils (iiit de remuer le saWe, leur permet de se creuser des galeries obliques et de reparaître à la surface, assez loin du point où ils s’étaient enfoncés.

Jusqu’ici nous ne connaissons aucune espèce de Mésotlesme à l’état fossile dans les terrains tertiaires. M. d’Orbigny eu mentionne deux dans les terrains crétacés ; mais nous avons bien des raisons de croire que ces espèces n'appartiennent pas au genre en question. D’abord M. d’Orbigny en a jugé d’après des moules, et déjà pour l’une des espèces [Mesodesma compressa), elle n’est certainement pas du genre dans lequel elle est placée; car, dans tous les Mésodesmes, la charnière est épaisse et puissante ; elle est fortement accusée sur le moule , comme on peut le voir dans les moules artificiels de M. Agassiz. Or, sur celui (iguré par M. d’Orbigny, le bord cardinal ne présente aucune trace de c-cttc forte charnière. Les impressions des muscles et du manteau, si nettement imprimées dans les Mésodesmes vivants, ainsi que dans le

NEÜVIKMK FAMILLE.

moule artificiel , ne se montrent pas . dans l’espèce de M. d’Orbigny. Quant à la seconde , elle est plus bombée qu’aucune de celles connues ; ses croche! s sont trop infléchis pour laisser la place des cuillerons; et nous n’apercevons , sur le côté antérieur, aucune trace de la dent latérale; au reste, dans le genre qui nous occupe, le côté postérieur est toujours le plus court; c'est le contraire dans le Douaci7/a Couîoni de M. d’Orbigny ; nous sommes donc autorisé à déclarer que, dans notre persuasion , aucune, espèce de Mésodesme ne s’est encore rencontrée à l’état fossile. M. Dunker, dans le Paleontographica , qu’il publie avec M. Meyer, décrit et figure une coquille du Lias , sous le nom de Mesodesma Genmri. Cette espèce a une forme qui la rapproche du Mesodesma cornea ; mais pour l’admettre dans le genre , il faudrait que la charnière eût une' fosselte médiane pour le ligament et des dents latérales , et ces parties essentielles , les figures ne les montrent pas.

Page 1