‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 46 sur 127 · GENRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

GENRE TRENTIÈME

GK'ATHODOlff. Gnalhodon. (Gray.)

CARACTÈRES gènériqxtes. — Animal ovale-trigone , épais d’un blanc laiteux uniforme , revêtu d’un manteau mince , à lobes égaux , réunis en arrière dans le tiers de leur longueur, ayant les boz'ds simples et dépourvus de tentacules. Deux siphons courts, réunis dans toute leur longueur, terminés par une ouverture simple et sans tentacules. Bouche petite , ovale, entre deux lèvres larges et ridées. Palpes labiales grandes, triangulaires, très pointues en arrière : l’interne soudée au corps dans la moitié de son étendue ; l’externe attachée au manteau. Pied assez épais, triangulaire, linguiforme, pointu, surmontant une masse abdominale ovoïde et épaisse. Une paire de feuillets branchiaux lisses, inégaux, tombant de chaque côté du corps dans la cavité palléale et se prolongeant, après s’être soudés, en arrière de la masse abdominale; le feuillet externe le plus court et le plus étroit , prolongé en haut par un bord membraneux.

Coquille ovale-trigone , épaisse, solide, ventrue , subcordiforme en avant , à crochets grands et écartés ; toute la surface externe revêtue d’un épiderme brun-olivâtre ; valves parfaitement closes, blanches en dedans, à bords simples et trancliants. Charnière présentant au-dessous du crochet une cavité profonde, se continuant en un canal fermé jusqu’au sommet des valves et contenant un ligament interne. Sur la valve gauche une petite dent cardinale, ployée en V, et en avant une grosse dent pyramidale, à laquelle vient aboutir la dent latérale antérieure. Deux petites dents divergentes sur la valve droite et à côté une fossette conique pour la grosse dent de la valve opposée. Sur chaque valve une dent latérale antérieure courte , une dent latérale postérieure très allongée , l’une et l’autre striées perpendiculairement ; impressions musculaires subcirculaires ;

LES MACTRACEES.

yy J

impression palléale très courte, remontée dans rintérieiir des valves , et pourvue d’une sinuosité postérieure courte et triangulaire.

SYNONYMIE GENERIQUE. — Rauyia , Desmoulins.

OBSERVATIONS. — Le genfc curieux dont nous allons nous occupcv a été institué par M. Gray. Signalé par ce savant à M. Conrad , naturaliste américain, il fut publié d'abord dans le journal de Silliman. Peu de temps après, M. Desmoulins de Bordeaux reçut aussi cette coquille curieuse , et proposa pour elle un genre sous le nom de Jiangia , voulant consacrer dans le domaine de la science le nom de M. Rang, savant marin français, qui , par ses recherches et ses travaux, a contribué à Tavancement de la conchyliologie. Ce double emploi dans la dénomination du genre est d’autant plus pardonnable, qu’il était matériellement impossible à M. Desmoulins de savoir que le genre venait d’être publié en Amérique.

Lorsque, en 1837, M. Gray fit paraître son travail sur la famille des Mactracées dans le MagaMn d'histoire naturelle, il introduisit son nouveau genre dans la famille que nous venons de mentionner. En cela, il prouva qu’il avait étudié avec un soin minutieux les caractères do son genre, et qu’il en avait saisi les rapports. Il était cependant difficile de se défendre de certaines préoccupations , à la suite desquelles quelques naturalistes avaient la pensée que le genre Gnalhodon devait constituer un type à part, intermédiaire entre les Mactres et les Cyrènes. M.Gray fut guidé par la connaissance de l’animal, ou du moins par quelques renseignements, obtenus à son sujet ; car il est à croire que ce savant en aurait donné une description détaillée, s’il l’avait eu sous les yeux. Nous reconnaîtrons même quelques erreurs dans le peu de paroles qu’il en a dites. Depuis les premiers travaux que nous venons de mentionner, les conchyliologues ont adopté le genre de M. Gray, et presque tous l’admettent dans la famille des Mactracées.

Quelques uns n’hésilèrent pas à l’introduire dans la famille des Cycladées , correspondant assez exactement à celle des Conques fluviatiles do Lamarck. C’est là l’opinion de MM. Potiez et Michaud. M. Swainson n'adopta pas l’arrangement proposé par M. Gray. Ce naturaliste, dans son Traité de malacologie, institua sous le nom ôeCyclina une sous-famille, dans laquelle les genres sont jetés au hasard ; c’est ainsi qu’aux genres Cyclas , Cyrena et Galathée , il joint les Cumingia , les Erycines et les Gnathodons. Assurément cet arrangement ne pourrait prévaloir quand

ÜUiriEMK FAMILLE.

mémo la coquille seule donnerait les moyens de décider de ses rapports. L'opinion de M. Anton , qui place le Gnalhodon dans la famille des Gardiacées, ne sera pas non plus acceptée; rien no la justifie à nos yeux. Tous les genres de cette famille ont le ligament externe; elles ont des dents latérales, mais de formes bien différentes de celles du Gnathodon. Dans les Cardiacées, l’impression palléale est simple et non échancrée, comme dans les Gnathodons; il n’y a donc rien dans ce genre qui le rapproche des Isocardes et des Cardium.

On ne connaît jusqu’ici qu’une seule espèce appartenant' au genre Gnalhodon. Très commune dans les eaux saumâtres du lac Pontchartrain, non loin de la Nouvelle-Orléans, elle était connue des naturalistes américains, mais confondue par eux dans le genre Cyrène de Lamarck, parce que , en effet , elle a les caractères extérieurs des coquilles de ce genre. Cette coquille est ovale-lrigone ; elle est épaisse, très inéquilalérale et subcordiforme ; ses crochets sont grands et saillants; ils se contournent on avant, restent fort écartés, laissant entre eux un espace profond, comparable jusqu’à un certain point à celui des Arches. La surface extérieure est lisse ou irrégulièrement striée par des accroissements; cette surface est revêtue d’un épiderme brun, verdâtre ou jaunâtre. La présence de cet épiderme, comparable à celui des coquilles d’eau douce , Thabilation delà coquille dans un lac d’une eau pou salée, étaient des circonstances propres à favoriser l’erreur des naturalistes américains. Mais il suffît d’ouvrir la coquille et d'en voir la charnière, pour être convaincu qu’elle ne peut se rapprocher de la famille des Conques fluviatiles. A l’intérieur, cette coquille est blanche; les bords sont entiers , tranchants et assez subitement épaissis. Les valves étant rapprochées, elles se ferment très exactement et elles ne laissent aucun bâillement , même du côté postérieur.

La charnière est de^ plus singulières; elle présente immédiatement au-dessous des crochets et dans une direction oblique du haut en bas et d'avant en arrière une fossette profonde, en cuilleron, destinée à contenir un ligament interne; mais cette fossette est différente de celle de la plupart des Madrés , car vers le bord dorsal elle est entièrement couverte par le bord cardinal, de cette manière changée en un vrai canal complet qui remonte jusqu’au sommet des crochets. Dans les individus bien frais et bien entiers, particulièrement dans ceux qui sont jeunes, les crochets, conservant leur intégrité, ne présentent aucune trace de la cavité du ligament. Mais chez les individus vieux, altérés par celte espèce de carie, dont on observe si fréquemment les traces sur les coquilles qui habitent les eaux douces , on retrouve très faci-

LKS MACTKACEKS.

lement le canal du ligament , dans lequel il est resté en place , et cette disposition peut être comparée à ce qu'on voit dans un certain nombre de Spondyles. 11 y a même des Mactres , tel que le MactraSpenglerl , par exemple , qui offrent une disposition analogue ; seulement le canal, destiné à renfermer le ligament, reste ouvert en gouttière dans toute sa longueur , tandis que chez d’autres Mactres , ainsi que chez les Gnathodon , le canal du ligament se ferme en partie, et il aboutit à la cavité en cuilleron, qui forme la partie la plus large du bord cardinal. En avant du cuilleron s’élèvent deux petites dents cardinales, divergentes ; l’antérieure s’élève d’une base triangulaire. Dans les jeunes individus , la dent cardinale postérieure est bifurquée à la manière de la dent en V, très comprimée de quelques Lutraires et de quelques Mactres. Sur la valve gauche , les deux dents cardinales se réunissent au sommet, en formant entre elles un angle presque droit, et par là elles ressemblent bien plus encore à la dent en V des Mactres et des Lutraires. Sur cette valve , il existe en avant une grosse dent conique , sur laquelle vient se joindre le commencement d’une dent latérale antérieure. Sur la valve droite, celte dent conique est reçue dans une fossette d’une grandeur proportionnée, En6n la charnière est complétée par des dents latérales; la dent latérale antérieure est courte , la postérieure est, au contraire, très allongée ; toutes deux sont épaisses et striées perpendiculairement de chaque côté. L’une et raiitrc de ces dents ont des courbures différentes pour s’adapter au contour des valves.

Les impressions musculaires sont d'une médiocre étendue; elles occupent toutes deux la région supérieure de la coquille ; elles sont subcirculaires et l'antérieure est un peu plus petite que l’autre ; elle est également beaucoup plus rapprochée de la charnière. L’impression palléale est très courte ; elle ne laisse pas sur la coquille cette double ligne que l’on trouve chez des Mactres ; mais elle remonte très haut dans l’intérieur, laissant entre elle et le bord une large zone , qui annonce une largeur égale dans le muscle orbiculaire du manteau. Dans presque toutes les autres coquilles, l’impression palléale prend naissance, soit du bord antérieur du muscle, soit du milieu de son bord inférieur ; mais ici le muscle reste complètement en dehors, et c'est de son bord interne que prend naissance l’impression palléale ; elle descend parallèlement au bord ventral , produit en arrière une petite sinuosité triangulaire, et rejoint ensuite l’impression musculaire postérieure.

L’animal des Gnathodons n’a pas été décrit jusqu’ici. M, Gray se contente de dire, qu’il a les siphons courts et séparés , et que les lobes de son manteau sont réunis en arrière. Mais ces renseignements peu précis

HLITlKMt l AMlLLb.

sont tout à fait insuflisants, pour établir définitivement les rapports naturels du genre qui nous occupe. Un jeune voyageur , plein de zèlo et d intelligence, M. Salé, voué par goût à la recherche des objets d’histoire naturelle, a recueilli quelques exemplaires de l’animal du Gnathodon, et il a bien voulu nous en faire l’abandon dans l’intérêt de la science. Il nous a donc été possible d'en présenter les caractères d’une manière complète et d'offrir ici les observations que nous avons faites à son sujet.

Cet animal a une forme semblable à celle de sa coquille ; il est ovale- Irigone , épais et d’unecouleur uniforme , d’un blanc laiteux, Il est enveloppé d’un manteau mince, transparent, à la circonférence duquel existe un large muscle orbiculaire, qui diminue subitement de largeur, au moment où il vient se joindre aux muscles adducteurs des valves. Les lobes du manteau restent désunis , depuis le muscle antérieur jusque vers le tiers postérieur de leur longueur. Là ils se joignent et forment un véritable cul-de-sac, terminé en arrière par les siphons; on n'apergoit sur toute la circonférence de cet organe aucune trace de tentacules. Les siphons sont courts et inégaux ; loin d'être désunis comme le suppose M. Gray, ils se joignent dans toute leur longueur. Le siphon anal est si court qu'il ressemble plutôt à une perfoiation du manteau qu’à un siphon véritable. Le siphon branchial est plus étroit ei plus allongé, et l’un et l'autre sont terminés par une ouverture simple , sur les bords de laquelle on n'aperçoit aucune trace de tentacules. L'ouverture intérieure du siphon branchial est garnie , comme dans les Madrés , d’une valvule membraneuse , et comme dans les Madrés aussi le manteau est pourvu de deux longues valvules, parallèles au bord et se continuant dans toute la longueur de la commissure postérieure.

Le pied est assez épais , linguiforme, triangulaire , il ressemble tout à fait à celui des Madrés; par sa base, il se continue avec une masse abdominale épaisse et ovalaire.

La bouche est petite, ovalaire, accompagnée de deux lèvres assez larges , membraneuses , ridées , et la lèvre supérieure est creusée en une cavité peu profonde, destinée probablement à contenir la matière alimentaire avant d’être ingurgitée. Ces lèvres se continuent de chaque côté en une paire de palpes labiales , grandes , triangulaires , couvertes à leur surface d’une multitude de lamelles très fines et très régulières. Ces palpes vont nous offrir une disposition très propre à caractériser le genre. En effet , la palpe interne , au lieu de rester libre, ainsi que dans les Madrés , se soude aux parties latérales du corps dans la moitié supérieure de sa surface. La palpe externe , plus libre et plus détachée, est fixée par sa base à la paroi interne du manteau.

LES MÀCTKACEEb. 3y9

Les branchies sont tout à fait semblables à celles des MacLres. Deux feuillets inégaux descendent de chaque côté du corps; l’interne est le plus long et le plus large ; son extrémité antérieure , terminée en pointe , s'avance vers la bouche entre les palpes labiales. La branchie externe, plus étroite, commence plus en arrière, et son bord externe se prolonge vers le dos en un petit feuillet’membraneux, destiné à compléter le canal aquifère sous-branchial. En arrière de la masse abdominale , les feuillets branchiaux se réunissent, se prolongent; leur surface inférieure présente une double série d'ouvertures, circonscrites par un petit bourrelet, sur lequel se soude un pourtour membraneux du manteau, qui s’élève autour de l’ouverture intérieure du siphon anal.

Ce que nous venons d'exposer de l’animal du Gnathodon donne la preuve qu'il se rapproche considérablement de celui des Mactres; il lui ressemble par la plupart des caractères fondamentaux. La bouche, les lèvres, la grandeur des palpes labiales, le pied , et surtout les branchies , présentent des ressemblances incontestables. Mais les Gnathodons diffèrent des Mactres par la brièveté des siphons , l’absence des tentacules à l’ouverture de ces organes, et enfin par la réunion des lobes du manteau, qui s’opère un peu plus haut que dans les Mactres. En appréciant à leur juste valeur les caractères de la coquille et de l'animal, on peut conclure, avec M. Gray, que le genre Gnathodon appartient en réalité à la famille des Mactracées , et que c’est là qu’il doit rester dans une méthode naturelle.

Gnathodon cunéiforme. Gnathodon cuneatiis ^ Gray.

PI. 10. %. 9 à 12.

G, lesta ovato-trigonà ^ cunei/ormi ^ antice cordiformi ^ Iccvigatâ epidennide Jusco^olivuced indntà; uinhonibns magnis distantihus.

Gray et Conrad. Silliman journal.

Ratifia cjrenoides. Des Moul, Act, de la Soc, linn. de Bord. I. 5. p. 58,

pi. ..

Gnathodon cnneatus, Süw, Généra of .vhells, n® 30.

Rang, Nouv. Ann, du. Mus, d’iiisl, ual. I. 3.

Gray, Mag. of nal. hisl. Nouv. sér, r. i. p, 77. f, 34,

Gray. Arch. fiir. Nat. I. 4, p, 87,

Anton. Verz, der Coiich. p, lo.

Swaiiison. Trea!. on Malac. p. 370.

Keeve Couch, syst, t. i, p. 62, pl. 43.

Sow. Jun, Coneh. mau. p, i54. 1'. 83.

3oo

}laiil(‘y. DesiT.-cal, 1. i. p. 35,

Polif.z et Miel), Gall, des Moll. t. 2. p, 194.

('atlow. Conch. oonienc, p, i5,

Wood. Ind. Test, 2* snp. pl. 10. f, 22.

Ainsi que nous le disions précédemment, une seule espèce de Gnathodon est connue; ce que nous avons dit du genre se rapporte donc à Tespèce et peut servir à la faire reconnaître. Nous nous trouvons par là dispensés d'on reproduire une description détaillée; nous ajouterons seulement que cette coquille est d’un médiocre volume, elle est épaisse et solide; sa surface est lisse, quelquefois un peu onduleuse par des dépressions transverses, produites parles accroissements. Tous les individus adultes que nous avons observés sont corrodés sur les crochets de la même manière que les Unio et les Cyrènes. Ces érosions , dont la cause est inconnue, altèrent quelquefois la forme des crochets, qui sont plus courts et moins courbés qu’ils no devraient l’êlro. Les jeunes individus sont mieux conservés, et c'est d'après eux que Ton peut bien juger de la forme générale de l’espèce.

Celle coquille est tellement abondante dans le lac Pontebanrain , que les sauvages en ont fait des plate-fornies, pour dresser leurs tentes et les élever au-dessus du mouvement des eaux du lac. On nous a assuré qu’elle se trouve fossile dans les terrains récents do la région méridionale de l’Amérique septentrionale ; elle est longue de 5o millimètres, haute do 48 et épaisse de 35.

fies IVIcsodesmides. (Gray.)

CARACTÈRES. — Animal comprimé, ayant les lobes du manteau réunis en arrière et prolongés de ce coté en deux siphons courts, séparés dans toute leur longueur; le siphon anal garni de tentacules simples , le siphon branchial terminé par des tentacules branchus ; pied allongé , comprimé ; palpes labiales , courtes, dont Tune est soudée au manteau; branchies très inégales.

LES MESODESMiDES.

3ol

Coquille épaisse, solide, parfaitement close, équivalve, iiiéquilatérale; impression palléale simple ou faiblement sinueuse en arrière; charnière épaisse , portant un ligament interne, pourvue de une ou deux dents cardinales, et quelquefois de dents latérales.

Genre Mésodesme.

La famille des Mésodesmides a été proposée pour la première fois par Gray, daus le Synopsis du Musée britannique, publié en 1840. Quelques années après, ce savant zoologiste la reproduisit dans le Catalogue des mollusques et des coquilles de la Nouvelle-Zélande. En instituant cette famille, M. Gray y introduisit un seul genre, celui que nous avons créé en 1830, sous le nom de Mésodesme. En 1847, M. Gray fit paraître , dans la 15' partie des Procedings de la Société zooîogiquc de Londres , un travail considérable sous le titre de Liste des genres des mollusques vivants, avec leur synonymie et l’indication de leurs types. Ce n’est pas ici qu’il est convenable d’examiner ce travail très utile et do rechercher les principes de la classification adoptée par l’auteur; il nous suffira de dire que M. Gray n’a pas conservé la famille des Mésodesmides ; il la remplace par celle des Papliiadœ , dans laquelle il introduit les trois genres Paphia, Anapa^ et avec doute Ervilia. Nous n’adoptons pas ce nouvel arrangement. Avant de le rejeter, recherchons d’abord ce que c’est que le genre Paphie, qui remplace celui des Mésodesmes , et qui devient ainsi le type de la nouvelle famille.

Le genre Paphia a été institué par Lamarck, en 1 801 , dans le système des animaux sans vertèbres. En même temps et dans le même ouvrage , ce naturaliste proposait le genre CrassateUe , c’est-à-dire un genre dans lequel il rangeait des espèces à caractères identiques avec celles dupremier. Lamarck ne tarda pas à s'apercevoir que l’un des deux genres était inutile , on conséquence il abandonna celui qui porto le nom de Paphia J et fit rentrer sans exception toutes les coquilles qu’il renfermait dans le genre conservé.. Ainsi , si le genre Paphie, dès son origine, contenait deux sortes de coquilles, le genre CrassateUe les reçut aussitôt que le genre Paphie fut rejeté par son auteur. Des deux espèces que Lamarck indique comme type de son genre Pap/na, l’une est une CrassateUe, M. Gray, lui-méme, le reconnaît ; l'autre appartient à notre genre Mésodesme [Paphia glabrata).

En essayant de rétablir le genre Paphia , M. Gray s’est trouvé dans la nécessité de choisir arbitrairement entre les deux espèces pour en faire le type du genre. Rien no justifie l’opinion de M. Gray ; car nous

NEdVlÈME FAMILLE.

pouvons prétendre, avec autant de raison , que l'autre espèce constitue également le type du même genre. On comprend les difficultés de trancher de pareilles opinions , surtout pour un genre abandonné par son auteur, et que personne ne peut reprendre sans jeter une fâcheuse confusion dans la nomenclature. Il faudrait, d’ailleurs, contester à un naturaliste le droit qu’il a , de changer lui-même les noms des genres qu’il propose, et d’améliorer, par ce moyen , la nomenclature qu’il introduit dans ses méthodes. Le genre PapMa , abandonné par Laraarck , doit être considéré comme non avenu , comme une chose qui n’oxisle plus. D'ailleurs le genre Crassatelle le remplace d’une manière si exacte, qu’H contient, confondues, les espèces appartenant aux deux types, que dans l’origine Lamarck avait imposés a son genre Paphia. Il résulte donc de ces observations que le nom de Papliie ne peut être emploj^ comme équivalent , soit des Crassalelles, soit des Mésodesmes. Nous ne voulons pas dire par là . que le nom de Phaphiadés, choisi par M. Gray, ne puisse rester à une famille de mollusques acéphalés. Mais comme ordinairement le nom de la famille est emprunté à celui du genre principal qu'elle renferme, ce nom serait une espèce de non-sens , puisque lo genre Paphie ne peut pas exister.

Au genre Paphia M. Gray joint un genre Anapa, qu’il crée pour une espèce du genre Erycine , tel qu’il a été réformé par M. Récluz. Nous verrons , en traitant de ce genre , que l’espèce qui en est détachée par M. Gray lui appartient bien et doit y rester.

Quant au genre Erviliaj il a incontestablement des rapports avec les Mésodesmes : mais il en a plus encore avec les Corbules , surtout avec ce groupe si particulier, caractérisé par le Covhula nmliterranea. Ces rapports nous ont fait penser depuis longtemps , que le genre Ervilia devait entrer dans les Corbules ou se placer à leur suite.

En adoptant le nom de Mésodesmides , proposé par M. Gray, nous restreignons , comme il l'a fait autrefois, la famille au seul genre Mésodesme. Nous voyons s’établir des rapports insensibles d'un côté entre les coquilles des Mésodesmes et des Mactres, et de l’autre avec les Crassatelles. Nous savons aujourd'hui par M. d’Orbigny que les Crassatelles doivent être définitivement retirées du voisinage des Mactres et transportées dans celui des Cardites. D’après ce naturaliste, qui caractérise ranimai dans le 3® volume de sa Paléontologie française, ce mollusque aurait les lobes du manteau aussi complètement désunis que celui des Cardites et des ünios. Nous devons regretter, dans l'intérêt de la science, de ne pas trouver dans l’ouvrage de M. d’Orbigny une description plus complète, plus détaillée d’un animal recherché

LES MESODESMIDES.

depuis longtemps. Les zoologistes n’onl pas toujours été d’accord sur la place que ce genre doit occuper dans la méthode, et cette divergence dans leurs opinions provient de l'absence de tout renseignement sujet de ranimai.

Les coquilles du genre Mésodesme ont incontestablement des rapports avec celles des Mactres. La charnière porte une cavité médiane, , pour recevoir un ligament intérieur ; des dents latérales plus épaisses dans un genre que dans l'autre; une impression palléale médiocrement échancrée en arrière ; tels sont les caractères communs qui les rapprochent. Les Mésodesmes diffèrent des Mactres par l’absence de ia dent cardinale en V ; elles en diffèrent par la forme générale, par leur épaisseur et par la petitesse de la sinuosité postérieure de l’impression du manteau. Ces différences, qui justifient la séparation des genres, seraient insuffisantes pour les classer dans deux familles distinctes, si les animaux n’avaient présenté entre eux des dissemblances profondes. Tl a donc fallu créer une famille particulière pour le seul genre Mésodesme. M. Gray, guidé, soit par les renseignements incomplets de M. d’Orbigny, soit par des faits particuliers, puisés dans l’observation de l'animal, a proposé une famille spéciale pour le genre Crassatelle , et il la rapproche à la fois des Aslartées et des Cardites.

Si nous cherchons actuellement les rapports généraux de la famille des Mésodesmides , il sera facile de s’apercevoir qu'elle ne peut venir à la suite de celle des Mactres , si ce n’est dans un arrangement linéaire. Mais , dans un tableau où les genres peuvent être placés sur des lignes parallèles, la famille des Mésodesmides doit être en avant des Alactres , et parallèlement à celle des Donaccs. L’extrême ressemblance qui existe entre les animaux des Donaces et des Mésodesmes justifie noire opinion ; elle sera problablement adoptée par ceux des conchyliologues qui auront étudié, ainsi que nous, les animaux des genres dont il vient d’être question.

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