‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 60 sur 127 · GENRE TRENTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

GENRE TRENTE-HUITIÈME

PSAMKOBIX:. psammobia. (Lamk.)

Pt. [3. flg. 4 à 10.

CARACTERES génériqces. — Animal ovale ^ transverse, peu épais, ayant les lobes du manteau désunis dans toute la longueur du bord ventral. Bord libre du manteau large et garni cl un seul rang de tentacules nombreux et coniques; valvule

palléale, étroite en avant, plus large en arrière. Deux siphoris très allongés , disjoints dans toute leur longueur, terminés par une ouverture tentuculée à tentacules simples. Pied robuste , long, triangulaire ; palpes labiales médiocres , triangulaires, plus longues que larges , fixées par une base étroite. Quatre feuillets branchiaux tombant dans la cavité palléale; la paire interne, grande, occupant toute la longueur du corps depuis les palpes jusqu’au siphon anal ; la paire externe, de moitié pliis courte , tronquée en avant.

Coquille ovale , oblongue , transverse , subéquilatérale , aplatie , médiocrement bâillante à ses extrémités ; crochets petits , peu saillants, peu inclinés. Charnière étroite, pourvue d'une ou de deux dents sur chaque valve ; ligament externe saillant le long du bord postérieur. Impressions musculaires grandes , presque égales ; impression palléale , éloignée du bord des valves, présentant un sinus profond, étroit, horizontal.

SYNONYMIE GÉNÉRIQUE. — Telliiia ^ Lister, Linné, Pennant, Boni, Da Costa, Schrœter, Gmelin, Poli, Spengler,Donovan, Wood, Montagu, Maton et Rackett, Dillwyn, Turton. — Tellina {pa7's]^ d’Orbigny. — Solen, Linné, Schrœter, Gmelin, Bruguière, Moptagu, Maton etRackett, Wood, Dillwyn, Lamarck, Turton, Gerville —Sanguinolaria^'Roi^^y, Sowerby. — Gari , Schninacher. — f Psavimobia , Lamarck , Férussac , Sowerby , Tuvton , Crouch , Collard-des-Cherres , Philips , Lesson , Menke , Bronn , Montpéreux , Q,uoy et Gaimard , Dujardin, Philippi, Forbes, Anton, Geini^,' S. Wood. — Luiricola^ Blainville. — Psammocola , Blainville, Keferstein, Rang , Dufo. — Psaminotea , Lamarck , Boudich , Sowerby, Crouch, Keferstein, Cuvier, Menke. — SoleieUina^ Blainville, Grateloup. — Psammosolen , Bronn. — Angulus , Megerle. — Gatan , Adanson.

OBSERVATIONS. — Linné connut deux espèces appartenant au genre Psammobie de Lamarck: l’une, figurée depuis longtemps par Aldrovande,

LKS PSAiMMUBlDKS.

/jo;

ost mentionnée parmi les Tellines ; la seconde , ayant exactement les mêmes caractères que la première , a été rangée parmi les Solens , lorsque Linné, dans son Manlissa pîantarum , donna un supplément aux diverses parties de son Systema naturœ. Les successeurs de Linné adoptèrent aveuglément ses opinions , partagèrent aussi les mômes espèces entre les Tellines et les Solens. Lorsque Bruguière, dans l’^'ncyclopèdie méthodique , commen.ça à réformer les genres de Linné, il laissa aux Solens une étendue trop considérable, ce qui lui permit d’y introduire les deux espèces dont nous venons de parler.

Bruguière aurait dû restreindre l’étendue du genre Solen, et créer un genre nouveau pour celles des espèces qui , ainsi que celles-ci , n’en présentent pas tous les caractères. Mais à cette époque , les zoologistes étaient aussi réservés sur ces sortes de créations ,■ qu'ils en sont devenus prodigues depuis. Pénétrés de l'esprit de Linné, ils aimaient à conserver aux coupures génériques une étendue considérable , ce qui leur permettait d'y introduire, par une sorte de tolérance , des espèces qui , sans en avoir tous les caractères, les possédaient en partie. Les coquilles qui nous occupent sont dans cette catégorie ; ayant des rapports avec les Tellines et avec les Solens , il no faut pas s’étonner si Bruguière les a entraînées dans ce dernier genre.

Depuis Bruguière jusqu’au moment où Lamarck publia le cinquième volume des Animaux sans vertèbres ^ les deux espèces de Linné et toutes celles qui furent découvertes depuis, restèrent incertaines entre les Tellines et les Solens; en effet, on no trouve dans les précédents ouvrages de Lamarck aucun genre qui pût recevoir ces coquilles. Cependant celte incertitude aurait pu cesser beaucoup plus tôt si les conchyliologues n’avaient pas oublié le grand ouvrage de Poli , ouvrage dans lequel ils auraient puisé dès 1791 des renseignements précis, qui les auraient guidés dansda classification des coquilles qui nous occupent. Ils auraient appris, par les figures de Poli, que l'animal des Psammobios ■a les caractères extérieurs des Tellines, et dès lors ils n'auraient pas Iiésité à faire rentrer dans ce genre toutes les espèces voisines, du Tellina Gari.

Lamarck ne se contenta pas de créer le genre Psammobie; sur un caractère de la plus faible valeur, il proposa son genre Psammotea. L’un d’eux était inutile, ainsi que nous l’avons fait comprendre depuis longtemps , et si nous avons conservé celui des Psantmobies , c’est parce qu’il renferme le plus grand nombre d’espèces et celles entre autres qui furent connues de Linné. Les Psammotées ne diffèrent pas plus des Psammobies que les Tollinides des Tellines. Les Psammobics ont deux

DUITZIEME FAMlLLli.

dents à le charnière, les Psammotées n’en ont qu’une d’un côté et deux de l’autre , ou une seule de chaque côté : caractère insignifiant , car on le voit s’établir par des degrés insensibles. Guidé, soit par l’ouvrage de Poli , soit par une étude plus approfondie des coquilles , Lamarck rejeta l’opinion de Bruguière, et entraîna ses nouveaux genres dans le voisinage des Tellioes et dans la môme famille qu’elles.

M. de Blainvillc ne voulut accepter ni les genres de Lamarck, ni.sa famille des Nymphacées; il repoussa également son opinion sur la place que doivent occuper les Psammobies dans la Méthode. Ce zoologiste créa un genre Psammocole, qu’il divisa en trois sections : les deux dernières correspondent aux genres Psammobio et Psammotée de Lamarck ; la première était inutile, car elle est faite avec une des principales espèces des Psammobies. Envisageant les coquilles seules, M. de BlainvÜle vit s’établir des relations entre les Solens et les Psammobics par rintermédiaire des Solecurtes et des Solelclünos ; mais si , au lieu de créer ce dernier genre, M. de Blainville l’avait rapproché des Psammobies , il aurait trouvé entre eux assez d’analogies pour les confondre , et alors il n’aurait pas hésité à rapprocher les Psammobies des Tellines , plutôt que de les entraîner dans le voisinage des Solens. Nous le répétons, pour adopter une semblable opinion, il fallait oublier l’ouvrage de Poli.

Cuvier, contrairement à- son habitude d’emprunter des documents à l’ouvrage de Poli, ne l’ayant pas consulté au sujet des Psammobies, adopta l’opinion de M. de Blainville dans la seconde édition du Règne animal y et rapprocha ce genre, des Solens.

Les naturalistes qui , depuis , eurent occasion do parler des Psammobies , soit pour les introduire dans des systèmes méthodiques , soit pour y ajouter de nouvelles espèces , se partagèrent entre les deux opinions principales que nous venons d’exposer; cependant, en examinant tous leurs travaux , on voit que. le plus grand nombre se range à l’opinion de Lamarck, en acceptant le changement que nous avons faitsubir au genre, en y ajoutant les Psammotées de Lamarck et les Soletollinesde M. de Blainville.

En traitant du genre Telliiw^ nous avons rapporté l’opinion de M. d'Orbigny qui, par une exagération sans fondement de la manière de voir de Lamarck, réunit les Psammobies aux Tellines, H est évident que pour en venir à un arrangement comme coIui-Jà, il a fallu oublier tout c-e qui a été écrit sur ce sujet depuis 17DI jusqu’eji 4 845; il a fallu aussi examiner imparfaitement les coquilles elles-mêmes, car si l'on trouve moyen de séparer le genre /jrcopt/ym des l'eltines, à plus

LES PSÂMMUBIDES.

forte raison peut-on trouver celui de distinguer les Psammobies d’après la coquille seule. Ce qui tend à prouver riiicertitude. de M. d’Orbigny, au sujet de Tenseinble des Psanamobies , des Tellines et des Sanguinolaires, c'est ^quo, après avoir joint une partie des Sanguinolaires aux Tellines , il fait reparaître cependant ce genre sous le nom de Capse de Bruguière, pour y ranger quelques espèces de véritables Psammobiçs, Si M, d’Orbigny voulait restaurer le genre Capso de Bruguière, ce qui n’est pas impossible , il aurait fallu qu'il s'expliquât sur sa composition , attendu que dans ce genre se trouvent deux sortes de coquilles, des Tellines et une Sanguinolaire de Lamarck. Auxquelles de ces espèces M. d’Orbigny veut-il consacrer le nom de Capse? Il eût été nécessaire que ce naturaliste le déclarât, car, encore une fois, nous avons la preuve que les espèces introduites dans son genre Capso sont de véritables Psammobies.

L’animal des Psammobies n’était pas suffisamment connu; la Ijgure de Poli nous apprend que le manteau est garni sur toute la circonférence do tentacules triangulaires, qui imitent assez bien des dents de Scie. En avant, Tanimal fait sortir un pied comprimé, triangulaire, comparable à celui des Tellines. En arrière, le manteau se prolonge en deux siphons longs et grêles, séparés dans toute leur longueur , et terminés l'un et l’autre par une ouverture tentaculée.. Ces organes sont en proportion plus gros que ceux des Tellines; mais, comme on le voit, rien n'indique dans ces caractères extérieurs, que l'animal des Psammobies diffère beaucoup do celui des Tellines. Il fallait donc étudier cet animal jusque dans ses caractères zoologiques, pour faire cesser toutes les incertitudes, relatives à la place qu’il doit occuper dans une méthode naturelle.

Les Psammobies sont des coquilles ovales , Iransverses , à valves {>Iates , et en cela se rapprochant beaucoup des Tellines ; elles sont subéquiJatérales , un peu bâillantes en avant et en arrière ; toutes sont lisses et revêtues, surtout sur les bords, d’un épiderme généralement mince et caduc ^ mais qui se prolonge en dehors au-delà du bord de la coquille de manière à couvrir et à protéger un large bord du manteau* Les valves-sont jointes au moyen d’un grand ligament externe, très convexe et fort saillant, solidement attaché sur desnymphes, quelquefois saillantes en dehors. La charnière est très simple ; sur un bord cardinal étroit , s'élèvent au-dessous du crochet deux petites dents divergentes sur chaque valve. Dans un certain nombre d’espèces , ces dents sont égales et bifides; dans d’autres, l’une des dents diminue graduellement et linit par disparaître ; dans d'autres enfin , cette dis-

4lO

parition a lieu également sur les deux valves; alors il né reste qu'une seule dent à la charnière, et c'est de ces espèces à la charnière simplifiée que Lamarck a formé son genre Psaminotée. Si nous examinons les impressions musculaires , nous les trouvons peu éloignées de la charnière et également distantes ; Panlcricure est ovale-oblongue , la postérieure est arrondie ; l’impression palléale se place très haut dans l’intérieur de la coquille ; elle est parallèle au bord inférieur, et, parvenue au bord postérieur du muscle , elle s’infléchit et produit une sinuosité postérieure assez jirofonde et horizontale. Cette sinuosité a la forme d’un ellipsoïde tronqué à Tune deses extrémités. Les Psammobicsn'ont jamais la lunule nettement circonscrite, et si dans quelques unes le côté postérieur est limité par un angle apparent, cet angle est toujours symétrique, c'est-à-dire semblable sur chaque valve; il n’olfro jamais celte inflexion irrégulière qui caractérise les Tellines.

Par l’ensemble de ses caractères , l’animal des Psammobtes est plus voisin des Donaces et des A'^enus que des Tellines. Cependant il tient aussi de ces derniètes par les longs siphons complètement séparés qui terminent son manteau. Cet animal a une forme semblable à celle de sa coquille; il est aplati, ovale, transverse, et le manteau qui revêt l intérieur' des valves est mince, transparent, épaissi sur son pourtour par un muscle orbiculaire , assez étroit, présentant un double rebord, sur l’un desquels s’élève une rangée dô fins tentacules coniques rapprochés, serrés , et qui diflèrenl constamment de ceux des Tellines , car ils ne sont ni tronqués, ni dilatés au somrfiet. Les deux lobes du manteau laissent entro eux une graude ouverture; qui s’étend depuis l’extrémité inférieulre du muscle adducteur antérieur des valves jusque près de l’extrémité postérieure de l’animal. C’est à ce point que leur jonction s’opère, au moyen d'une commissure consolidée par deux petits muscles. Nous avons vu dans les Tellines une valvule s'élever à partir dé l’ouverture intérieure du siphon branchial et se continuer le long du bord interne du muscle orbiculaire. Cette valvule n'existe pas dans les Psam^ niobies.

Les siphons acquièrent une très grande longueur ; ils ont quelquefois deux ou trois fois celle de la coquille ; ils sont en proportion plus gros que dans les Tellines ; ils sont presque égaux , cependant le siphon anal est toujours un peu plus court et un peu plus grêle que son congénère Ces organes sont susceptibles d’une contraction considérable; cette contraction s’opère en partie a l’aide de deux muscles rélracteurs , dont la forme coïncide exactement avec celle de la sinuosité palléale i qui se trouve à l’intérieur des valves. L’ouverture du siphon anal est simple ,

LES l'SAMMüHIDES.

celle du siphon branchial est garnie d’une série de tentacules allongés , simples et coniques. L’ouverture intérieure du siphon branchial est semblable à celle des Tellines; elle n’est point couverte par une valvule comme dans les Mactres et quelques autres genres.

Le pied est en proportion plus gros quo dans les Tellines ; en cela il se rapproche de celui des Solecurtes, quoiqu’il reste d’un volume bien moins considérable. Lorsque l'animal le sort de sa coquille , il se pré-»sente sous la forme d’une langue triangulaire, pointue, ayant le bord supérieur obtus et le bord inférieur tranchant. Par sa base , il se continue avec une masse abdominale comprimée , et lorsque l'animal le contracte, il est séparé de l'abdomen par un sillon oblique, profond , qui s’étend de la bouche à l'angle inférieur et postérieur de la masse abdominale.

. La bouche est assez grande , ovale , Iransvcrse ; elle est cachée par deux lèvres membraneuses, larges et simples, qui , en aboutissant de chaque coté du corps, se transforment en une paire de palpes labiales , triangulaires, mais longues et étroites, et très différentes par leur forme et leur étendue de celles des Tellines.

La surface extérieure de ces organes est lisse , mais la surface interne est chargée de plis membraneux d’une grande régularité.

La palpo interne est attachée au corps , tandis que l’externe est fixée sur les parois minces du manteau; de sorte qu’en rejetant en dehors le manteau , on entraîne la palpe externe et on la détache de sa congénère.

Les -muscles adducteurs des valves sont variables dans leur forme selon les espèces; mais, sans exception, ils sont situés dans la région dorsale de l’animal et plus rapprochés de la charnière que dans les Tellines. Le muscle antérieur est le plus souvent ovalaire ; alors il est arqué dans sa longueur et accompagne le bord antéro-supérieur. Dans d’autres espèces , ce muscle est subcirculaire , et , en cela , il ressemble au muscle postérieur, qui affecte celte forme et qui devient quelquefois semilunaire.

Les organes de la respiration sont très différents deceux des Tellines ; ils ressemblent beaucoup plus à ceux des Donaces et des Venus; doux feuillets sont de chaque côté du corps; ils sont inégaux, les feuillets internes sont les plus longs; ils commencent en une pointe aiguë, qui s’interpose entre les palpes labiales ets’avancejusqueprèsdela bouche. Ce feuillet , appliqué le long du corps , s’élargit rapidement vers le bord dorsal et descend obliquement de haut en bas et d'avant en arrière. Très larges, ses deux surfaces sont couvertes d'un grand nombre de

petites côtes régulières , dont les. interstices coïncident aux cloisons sous-branchiales. Le feuillet externe no -se ren\'erse pas vers le dos , ainsi que cela a lieu chez les Lavignons et chez les Tellines. S’appliquant sur son congénère , il tombe avec lui dans la cavité du manteau ; il est de moitié plus court; son bord antérieur est tronqué , en suivant une ligne perpendiculaire, qui partirait do la région cardinale , pour aboutir vers le milieu du bord ventral. Le bord inférieur est parallèle à celui du feuillet branchial interne, et le bord postérieur s’incline fortement de haut en bas et un peu d’avant en arrière. Comme on voit, ce feuillet branchial est triangulaire et de moitié plus petit que le feuillet interne. Nous avons vu une disposition semblable dans les Mésodesmes, et nous la retrouverons bientôt cliez les Donaces et dans d’autres genres.

Nous appelons spécialement l’attention des zoologistes sur ces différences profondes qui se remarquent dans les organes dé la respiration , dans des genres qui paraissent tellement voisins que tous les classificateurs les ont compris dans la môme famille. Tous les zoologistes attachent une grande valeur aux modifications d’un organe aussi important que celui de la respiration; la classification do Cuvier est en grande partie fondée sur les caractères que présentent ces organes. Sans vouloir leur accorder une valeur excessive, il faut cependant les faire entrer pour quelque chose dans la classification , quel que soit d'ailleurs le rang qu’on leur accorde dans la subordination des caractères. Si la modification des organes branchiaux était la seule qui se montrât dans les Psammobies, elle suffirait, sans aucun doute, pour séparer ce genre des Tellines ; mais celte modification en entraîne d’autres, non seulement dans les parties extérieures do l’animal, mais encore dans son organisation profonde. C’est ainsi que les tentacules du manteau , la grandeur et la forme des palpes labiales , la grosseur proportionnelle du pied , sont déjà des indices des changements survenus dans l’ensemble de l’organisfttion. Les organes de la digestion ont onx-mômes subi des modifications qui les distinguent de ceux des genres environnants. Le système nerveux lui-même, conservant une grande uniformité , présente cependant dans les Psammobies un ganglion palléal antérieur que l'on ne retrouve dans aucun autre mollusque de la même classe. Nous avons donc eu raison do séparer la famille des Psammobides ; elle constitue , en réalité , un famille naturelle.

En arrière du bord postérieur du pied, les branchies de chaque côté se réunissent sur la Ligne médiane. Elles s’avancent sur la surface interne du muscle adducteur postérieur des valves , et elles rencontrent de chaque, côté un petit pli saillant du manteau , qui se continue sur le pour-

LKvS PSAMMOBIDES.

tour de louverlure interne du siphon anal. Labranchie s’attache solidement à ce pli, et, contrairement à ce qui a lieu dans la plupart des mollusques de la môme classe, cette soudure persiste après la mort de l'animal , de sorte que, dans ce genre, on acquiert facilement la preuve que l'extrémité postérieure de labranchie est réellement destinée à compléter la cavité du siphon anal et à la séparer de la grande cavité du manteau.

Le plus grand nombre des Psammobies sont des mollusques littoraux ; elles vivent comme les Tellines , enfoncées dans le sable des rivages à quelques brasses^ de profondeur. Le pied puissant dont la nature les a pourvues leur permet de déplacer des graviers d’un plus gros volume, que d'autres mollusques dont le pied est plus grêle et plus petü.

Le nombre des espèces n’est pas très considérable ; Lamarck en a inscrit dix-huit , auxquelles il faudrait joindre huit espèces de Psammotées , ce qui ferait un total de vingt-six espèces j mais plusieurs doivent être retranchées; les Psammobia cayaneusis^ lœvigata, galatea, les Psammotea pellucida et candida , sont des Tellines et doivent rentrer dans ce genre. Le Psamniobia anranlia dépend d’un genre curieux , auquel M. Turton a donné le nom de Gateoma. Le Psammotea violacea ést pour nous une Sanguinolaire , et enfin le Psammobiit tarentina est un double emploi du Petricola ockroteuca de Lamarck , et il doit , par conséquent, rentrer dans la synonymie du FragiUa fragilis Voilà donc huit espèces qu’il faut retrancher des Psammobies do Lamarck; mais il faut y ajouter les Sdelellines de M. de Blainville, trois des espèces de Sanguinolaires de Lamarck , et enlin , un grand nombre d’espèces nouvellement découvertes et décrites par Sowerby, llanley, Cî^iy, Lesson, Quoy et Gaimard, et quelques autres conchylioIogistes.Après avoir contrôlé les espèces du genre , après avoir réuni toutes celles qui sont connues, nous en comptons quarante-quatre de vivantes, distribuées dans presque toutes les mers. L'Océan d’Europe en possède quelques unes , parmi lesquelles nous en signalerons plusieurs qui se répandent sur de grandes surfaces. M. Cuming en a rapporté quelques espèces des mers chaudes de l'Inde; en en connaît d’aatros provenant de la Nouvelle-Hollande et des deux Amériques.

Nous partageons les espèces en plusieurs sections. Dans la première nous réunissons des espèces allongées, transverscs, ayant des nymphes grosses et saillantes pour un ligament puissant; la sinuosité palléale, longue et étroite, s’attache à la portion ventrale de l’impression palléale ; ce sont peur la plupart les Solelellines de jM. de Blainville, elles se rapprochent des Tellines par la sinuosité du manteau.

nOÜ7.lKME FAMILLE.

Dans la spoonde section, nous, rassemblons les espèces à nymphes plus petites et. ayant, une sinuosité palléale plus courte , horizontaie , niais ovalaire et en partie détachée de la portion ventrale de l’impression du manteau. Les Psammobies et les Psammotées de Laniarck offrent les caractères que nous venons de mentionner et font partie de notre seconde section.

Enfin, nous ajoutons une troisième section pour une espèce qui, ptobahlement , deviendra le type d’un nouveau genre; nous voulons parler du Soicn orbicuîatus de Wood » dont nous avons donné une description détaillée dans le Magasin de zoologie. Pour établir un genre avec celte espèce , il faudrait en connaître i’animal , et dans le cas où il serait différent de celui des Psammobies , on pourrait lui imposer le nom générique à-'Orbicularia.

Les espèces fossiles du genre Psammobie sont peu nombreuses ; elles commencent d’une manière certaine dans les terrains crétacés , et elles se continuent dans toute la série des terrains tertiaires. Les paléontologistes ont cité plus d’espèces que nous n’en admettons, parce qu'ils ont compris dans le genre des moules mal caraclérisos ou des coquilles entières fermées et dont les vrais caractères génériques sont absolument inconnus. Si l'on s'en rapportait aveuglément aux renseignements des paléontologistes , les Psammobies auraient paru dans les terrains les plus anciens. M. Sowerby en cite deux du terrain silurien dans Pouvrage do MAI. Sedgwich et Murchisson ; mais la figure n’accuse aucun des caractères des Psammobies , et cette espèce pourrait aussi bien se rapporter aux Cypricardes. Nous admettons plutôt parmi les Psammobies quelques ef^ces deM. Philips, rapportées par lui au genre Sanguinolaire. A l'égard des Sanguinolaires fossiles, ils!y est introduit une si déplorable confusion , que sur plus de quarante espèces que nous avons relevées dans les ouvrages des paléontologistes, pan une seule n’appartient en réalité à ce genre , soit qu'on le restreigne toi que nous le faisons actuellement , soit que l'on accepte celui de Lamarck, beaucoup plus étendu. Après avoir exercé notre patience à recueillir toutes les espèces fossiles des trois genres Psammobie , Capse et Sanguinolaire, après les avoir étudiées, après en avoir contrôlé la synonymie défectueuse et la nomenclature , nous avons comparé toutes les espèces et nous en avons tenté une nouvelle distribution. Nous nous sommes assuré du genre de toutes celles dont nous avons vu la charnière : toutes les autres sont douteuses pour nous.

Dans la distribution de toutes ces espèces si peu connues , il en est quelques unes qui nous semblent plus voisines des Psammobies , et

LES rSAM^iOBlDES.

quo nous TÎterons dans ce genre , en conservant, un doute motivé sur l’ignorance où nous sommes des véritables caractères génériques. N'ayant pas d'autres moyens , nous nous sommes laissé guider par les caractères empiriques de la forme extérieure; tous les observateurs savent combien on peut y être trompé.

Nous aurions pu nous abstenir do mentionner toutes ces espèces qui portent le doute avec olles . mais nous avons dû considérer que ce doute est relatif au genre et non à l'espèce. Le genre, on le sait , est une conception artificielle , destinée à rassembler tous les êtres qui ont de nombreux caractères communs; l’espèce est une création de la nature dont nous devons constater l’existence : elle existe indépendamment du genre , et si par ses caractères extérieurs nous la reconnaissons assez nettement pour la distinguer de toutes les autres, nous devons l’admettre dans nos catalogues , surtout lorsque , devenue fossile , elle acquiert un nouvel intérêt par les rapports qu’elle a avec les couches de la terre qui la recèle. Néanmoins, aussi longtemps que le moindre doute subsiste au sujet. d’un certain nombre d'espèces, nous devons inviter tous les observateurs à tenter de nouveaux efforts pour découvrir leurs caractères actuellement inconiiua ; ils rendront par là de nouveaux services. à deux sciences qui s’éclairent mutuellement, la zoologie et la géologie.

Si la connaissance du genre n'est pas d’une nécessité aussi absolue que celle de l’espèce, cependant il est d’une très grande utilité de reconnaître exactement à quel genre appartiennent les espèces fossiles; c’est le seul moyen que nous ayons de savoir, par analogie, b quelle époque des périodes géologiques ont commencé les divers types des corps organisés, et il n'est pas indifférent de constater, avec exactitude, l'apparition de tel genre plutôt que de tel autre , puisque, les genres nous désignent des degrés particuliers d’organisation ; et pour revenir plus particulièrement aux genres qui nous occupent dans ce moment , il serait utile de savoir avçc précision si dans la nature ancienne les ani maux du type des Tellines vivaient, comme aujourd’hui, associés à ceux du type des Psammobies qui , quoique voisin en apparence , s’en éloigne par des caractères considérables de l’organisation. Le fait est seulement probable dans l’état actuel de nos connaissances, cette probabilité peut fort bien ne pas se réaliser.

Npus n'avons pas à nous occuper ici de là discussion de toutes les espèces introduites dans les Sanguinolaires par les paléontologistes ; cette discussion trouvera sa place dans le genre Sanguinolaire lui-même ; nous nous contenterons de mentionner celles de ces espèces que nous

4 iC) DOU/iÈMK FAMIIXK.

rapporterions de préférelice aax Psammobies, tout en conservant dn doute à leur sujet.

Nous avons huit espèces de celte dernière catégorie , toutes se répartissent dans les couchés moyennes et supérieures des formations les plus anciennes, désignées, il y a quelques années, par les géologues sous le nom de terrain de transition.

Quatre proviennent des couches dévoniennes de rAllémagne et de TAngleterre : ce sont les Sanguinolaria soleniformû , Goldfuss ; Sanguinolaria lyrata, Philips;

^ Sanguinolaria Rœmeri, Verneuil , qui se trouve à la fois en Russie et en Allemagne. M. de Verneuil a été forcé de changer le nom d'elliptica que primitivement M. Rœmer avait imposé à cette espèce, parce que M. Philips, dans ses Paîœozoic fossils , plusieurs années auparavant, avait employé cette dénomination pour Pe^èce suivante, très différente de celle-ci :

Sanguinolaria elliptica , Philips.

Dans le terrain carbonifère nous comptons aussi quatre espèces : ce sont les Saiigumo/nna obovala^ Munster; angu&talaj Philips. M, Goldfuss a donné le même nom à une espèce qui no nous paraît pas identique à celle du paléontologiste anglais. I.e Sanguinolaria transversa , Portlock , est une belle espèce dont la forme rappelle celle du Psammohia nallowuysii du terrain tertiaire; enfin, le Sanguinolaria attenuata, Portlock. Ces buit espèces de Sangoinolaires deviendront définitivement des Psammobies, ou seront rejetées de ce genre. lorsque Poil aura découvert leurs caractères génériques. Il serait possible aussi qu’elles constituassent un genre nouveau ou qu'elles rentrassent dans le type des Cypricardes,

Voici encore deux espèces du Lias qui pourraient appartenir aux Psammobies, mais dont on ne connaît pas encore la charnière : Sanguinolaria etegans et vetnsta de Philips , Géologie du Yorckshire , tome I**".

' Entre le Lias et les terrains crétacés , le genre Psammobie n’est point interrompu ; nous en avons plusieurs espèces dans POxford-Clayet dans le terrain kimméridien, mais ces espèces ne sont pas encore décrites.

‘ Nous connaissons cinq espèces dans la craie , en comprenant dans ce nombre les deux Capses de M. d’Orbigny, Gapsa.elegans et discrepans, toutes deux des craies sableuses de la Touraine. Le Psanimobia graciîis de M. Fitlon est des sables verts d’Angleterre , et le Semkostata de M. Rœmer est répandu dans le grès vert de l’Allemagne. Nous avons une empVeinte du Néocomien de Neüchâtel qui nous paraît de la môme espèce. La cinquième espèce est douteuse, c’est le Psammobia

Page 1