GENRE QUARANTE ET UNIÈME
SOXACE. Donajc. bin.
PI. 14. f. 9, à i5; pl. i5. f. 1 à 3.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. — Animal tiigone , aplati, transverse 5 les lobes du manteau garnis de tentacules tronqués et dilatés au sommet, réunis à rextrémité postérieure; siphons
LES DOiNAClDES.
médiocres , grêles , inégaux , désunis dans toute leur longueur ; siphon branchial , plus gros- et de moitié plus court que Tanal , ayant son ouverture garnie de tentacules branchus et symétriques ; siphon anal terminé par une ouverture étroite surmontée d’un petit nombre de tentacules simples. Pied très mince et triangulaire; bouche petite ; palpes labiales étroites, triangulaires ; branchies inégales ^ larges , l’interne se terminant en avant en une pointe qui s'interpose entre les palpes labiales ; l’externe, étroite de moitié plus courte, est subtransverse.
Coquille transverse >- trigone , équivalve , inéquilatérale , le côté postérieur court et tronque. Charnière étroite , ayant deux délits cardinales sur chaque valve, soit sur une seule v une ou deux dents latérales, quelquefois avortées. Ligament extérieur court ; impression palléale ayant une sinupsitc postérieure peu profonde, semi-ovalaire et horizontale.
sa'künymik générique. — Tellina, Aldrovande, Lister, Adanson , Gualtieri , d’Argenville. — Cuneus^ Da Costa, Humphrey. — Peronea {pars). Poli. — Laiona , hecuba,, Schumacher. — Capsa,^ Lamarck, 1818 non 1801 nec , Brug. — Donax , Linné , Bruguière , Lamarck , Cuvier, Blaiuville , Defrance , Oken , Reeve , Menke , Swainson , Deshayes, Quoy, etc.
Nous trouvons le genre Donax inscrit pour la première fois dans la 1 0* édition du Sijstema naluræ; il est institué pour réunir des coquilles dispersées par les anciens naturalistes Belon, Rondelet, Aldrovande, et môme Lister, parmi les Tellines, les Cames, les Vénus, etc. La création du, genre par Linné date de 1 758 . mais cette fois il fut devancé par un illustre savant français qui, dès l’année précédente, avait jeté les bases de la classiGcation naturelle des animaux et des plantes , et qui a laissé dans son Voyage au Sénégal un monument remarquable de son génie pour l'observation et surtout pour la classification. Dans cet ouvrage célèbre , Adanson , plus heureux que Linné , non seulement le devance dans la création du genre , mais encore le caractérise plus complètement d’après la coquille et d’après l’animal dont il donne la figure.
En ïîarRctérisant son nouveau genre, Adansonne crut pas nécessaire de lui imposer un nom nouveau ; l'étude attentive, qu'il avait faite de nos premiers naturalistes , lui avait donné la preuve que le plus grand nombre des espèces deDonaces , connues d'eux, étaient comprises dans leurs Tellines , et dès lors voulant transmettre la tradition de ses prédécesseurs , il appliqua le nom de Telline à un groupe d’espèces dont les caractères furent définis rigoureusement, et ces caractères coïncident comme nous venons de lé voir, avec ceux des Donaces de Linné.
Pour être équitables et pour appliquer rigoureusement les lois de la nomenclature , les naturalistes auraient dû adopter l’opinion d'Adanson , et, malgré l'autorité de Linné, restituer aux Donaces le nom de Tellines. Si ce changement ne s’est pas opéré , il faut l’attribuer à ce respect si naturel , nous dirons même à l’enthousiasme que produisirent les ouvrages de Linné ; on voulut conserver la méthode de ce grand homme dans toute son intégrité, et c’est ainsique des travaux du plus grand mérite furent longtemps mis en oubli ou négligés , et nous voyons Linné lui-même dédaigner d’y aller puiser les plus utiles renseignements. Adanson a figuré l’animal d’une Donace , on a pu croire que Linné , au moment de publier la 1 0' édition du Systema naturœ , n'avaît pas eu connaissance du travail d'Adanson ; mais dans les ouvrages qui suivirent, tels que le Musœum Ulrice et dans la édition du Systema naturœ , Linné ne change rien à ce caractère banal , qu’il met à la tête de tous les genres des Mollusques bivalves , animal ïhétis. Assurément Linné, en répétant ces mots, pour tous les genres, leur donnait non plus une valeur générique , mais une valeur d’ordre et de famille , et il eût dû comprendre que pour caractériser des genres d'une moindre étendue , il aurait fallu en chercher les moyens dans les particularités des animaux en rapport avec les caractères de leur coquille. L’on doit être surpris que, trouvant dans l’ouvrage d’Adanson les moyens d’améliorer l’ensemble de sa méthode , Linné ne les ait pas saisis avec empressement ; il faut attribuer à cette négligence le peu d’importance que l’on attacha par la suite, à l’observation des animaux Mollusques.
Tel qu’il est caractérisé par Adanson et par Linné , le genre Donace est très naturel En prenant l’une après Tautre toutes les espèces inscrites par ces auteurs , on n’en trouve qu’une seule ( Donax irus ) qui ne puisse rester dans le genre Aussi le genre Donace a été généralement adopté sans changement par presque tous les conchyHoIogues ; nous en excepterons cependant Da Costa. Ce naturaliste, dans sa conchyliologie de la Grande-Bretagne , a rangé le petit nombre d’espèces des mers d’Europe dans tin genre Cumm , dans hjquel il confond plusieurs Vénus, une
LES DDNACIDES.
Vénérupe avec les véritables Donaces. Reproduit plus tard par Humphrey, dans le Muséum coîonianum , ce genre Cuneus a été repris plus récemment par M. Megerle de Mühlfeld, mais en y introduisant d'autres caractères . de manière à former sous ce nom, déjà ancien et sans valeur, un genre démembre des Donaces, et dont nous aurons à parler plus tard.
Poli, comme nous l’avons vu , confondait les Donaces avec les Tellines, et il a proposé pourxes deux genres réunis le nom nouveau de Pero7ïea,
M. Schumapher, en 1 817-, ayant voulu démembrer le genre naturel des Donaces , en détacha les genres Iphigenia, Latona et Meroê\ Nous verrons bientôt le peu d'utilité de ces démembrements , lorsque nous étudierons dans leur ensemble les caractères du genre. Nous verrons aussi pourquoi il est nécessaire de rqjeler en même temps les Capses dé Laniarck , fondées sur des caractères d'une très faible importance. Adanson , Linné et tous leurs successeurs , ont caractérisé les Donaces , non seulement par la forme générale , mais encore par une charnière portant des dents latérales. Toutes les espèces de Linné offrent ce caractère des dents latérales; mais ’à mesure que le nombre d’espèces s’accrut dans les collections , on s’aperçut que les dents latérales étaient variables, à peu près comme dans les Tellines, et Lamarck , voulaiit séparer toutes les espèces qui ont des denté latérales de celles qui n’en ont point , proposa le genre Capse pour ces dernières , se laissant guider par des motifs semblables à ceux qui lui avaient iail distinguer les Tellinides dès Tellines. Comme nous le disions au sujet des Tellines , si les dents latérales de la charnière disparaissaient brusquement, et si cette disparition entraînait en même temps quelques légères modîQcations dans les autres caractères génériques , il faudrait assurément conserver les genres proposés par Lamarck; mais l’observation prouve qu’il n’en est pas ainsi. Dans les Donaces , aussi bien que chez les Tellines , les dents latérales disparaissent insensiblement , et cependant tous les autres caractères demeurent invariables ; il ne faut donc pas attribuer aux parties de la charnière , dont nous parlons , plus de valeur qu’elles ne méritent. C’est en appliquant , avec plus de rigueur encore les principes de Lamarck, que M. Schumacher en est venu à multiplier les genres bien au-delà des besoins; et en agissant ainsi , loin de porter la clarté dans la méthode, il y jette de l'incertitude, par rimpossiWlité où l’on est de placer dans un de ses trois genres, les espèces à' caractères ambigus et qui servent de transition entre eux.
Nous devons examiner maintenant comment les divers naturalistes
ont compris les rapports des Donaces avec les autres genres inscrits dans la méthode. Linné n'atlrihuait pas une grande valeur à la position du ligament; qu’il fût , à l’intérieur ou à l’extérieur, cela ne Tompêchait pas de rapprocher les coquilles d’après d’autres caractères , tels que ceux des dents latérales, par exemple. C'est ainsi qu’à la suite des Tellines, il range les Cardium, puis les Mactrcs, etenhn les Donaces , qui sont suivies des Vénus. Cet arrangement est invariablement adopté par tous les élèves et tous les successeurs de Linné , jusqu’au moment où Lamarck , introduisant de nouveaux éléments dans la classiQcation des coquilles, proposa une méthode nouvelle dans le premier volume des Mémoires de la Société à’ histoire naturelle de Paris. Dans cette première ébauche , Lamarck conserve les Donaces dans le voisinage des Vénus, et des Cythérées ; les Madrés , les Lulraires , lesCrassatelles , viennent ensuite. Dans une méthode, dans laquelle les familles ne sont pas encore créées, ces genres se suivent sur une seule ligne; il est impossible d’établir entre eux des rapports naturels. Deux années plus tard, Lamaick perfectionna sa classification, il y ajouta un assez grand nombre do genres , et les Donaces sont séparées des Madrés par les Pélricoles.
Cuvier avait d’abord oublié le genre Donace dans son Tableau élémentaire de l’histoire naturelle des animaux; il répara cette omission dans le tableau de classification qui accompagne le premier volume de l’anatomie comparée. Dans cet ouvrage, publié en 1800, ce savant zoologiste jette le fondement d'une classification naturelle , établie , non d’après les seuls caractères de la coquille , mais en y ajoutant ceux des animaux, ce qu’aucun zoologiste n’avait tenté jusqu’alors d*une manière aussi générale. Dans ce tableau , des groupes très étendus sont tracés ; on pourrait les considérer comme des familles , s’ils ne réunissaient souvent un trop grand nombre de genres , agglomérés au moyen de caractères trop générau.x. C’est ainsi , par exemple , que tous les Acéphales , dont le manteau est terminé en arrière par des siphons, sont rassemblés en un seul groupe, dans lequel on compte six genres seulement, soüs-divisés en seize sous-genres. Le genre Donace est compris parmi les six premiers ; on le trouve entre les Vénus et les Cames , et dans la série des sous-genres entre les Capses et les Cardites. Comme nous le verrons , ce n’est pas là que le genre Donace devrait se trouver ; il est incontestable qu’il ne peut s’éloigner des Vénus , mais il n’est pas moins incontestable qu’il est très différent des Cardites , puisque dans ce dernier genre les siphons manquent entièrement.
Dans plus d’une occasion , nous avons fait remarquer la sagacité avec laquelle M. de Roissy a établi la classification des Mollusques dans les
Ï.ES DONAClDES. 44^
deux derniers volumes de Thistoire des Mollusques , qui fait suite au Buflbn de Sonnini. Doué des plus précieuses qualités de l’observateur, il devançait quelquefois l'époque où il écrivait par la nouveauté et la justesse de ses aperçus. Pour ce qui concerne le genre Donace, M. de Roissy fut moins heureux que dans d’autres circonstances. Se laissant entraîner par l’opinion de Cuvier, il l’éloigna trop des Vénus, pour le rapprocher des Cardites , des Madrés et des Tellines.
Lamarck fut plus habile dans la classiGcatîon qu’il proposa dans le premier volume de la Philosophie zoologique. Les Mollusques , partagés en familles peu étendues , sont daiis des rapports beaucoup plus naturels que dans les élassifîcations précédentes. La famille des Conques est l’une des plus considérables des Mollusques acéphales ; elle contient neuf genres , parmi lesquels se trouvent les Donaces , placés entre les Cythérées et les Tellines. Cette famille n'est point naturellê ; le genre Vénéricarde la commence ; ce genre , comme nous aurons occasion de le prouver bientôt , ne se distinguant pas des Cardites , doit être confondu et reporté dans une autre famille , celle des Cardites. Les Tellines , les Lucines, appartiennent aussi à des types très distincts , et quoique les Capses aient été séparées des Donaces sur des caractères insuffisants, néanmoins Lamarck classe ce genre a la fin delà famille, l’écartant des Donaces par quatre genres très différents. Mais Lamarck luimême a senti rimperfection de ce premier essai d’une classification par famille , et si dans l’extrait du cours il l’a conservé sans changements considérables, il l’a profondément modifié dans son dernier ouvrage, V Histoire des animaux sans vertèbres. En effet, Lamarck sépare la famille des Nympbacées de celle des Conques ; tandis qu'il réduit cette dernière à sept genres, il accroît jusqu’à dix le nombre de ceux des Nympbacées. Il divise cette famille en Nymphacées solenaires et en Nymphaeées tellinaires , et ces dernières sont partagées elles-mêmes en deux groupes, selon que la charnière porte des dents latérales ou en manque. Les Donaces , ayant des dents latérales , sont comprises dans les Nymphacées tellinaires du premier groupe, tandis que les Capses commencent le groupe suivant. Ainsi, Lamarck répare judicieusement les défauts de sa première classiQcalion , et tout en conservant les Donaces dans le voisinage des Tellines, il les rapprociie le plus qu’il peut du type des Vénus; en cela notre célèbre naturaliste donne une preuve de plus de sa profonde sagacité.
Plus attaché aux idées de Linné, Cuvier, dans la première édition du Règne animal , institue une famille des Cardiacées , dans laquelle il rassemble tous ceux des Mollusques acéphales qui ont deux ouvertures
postérieures au manteau , plus ou moins prolongées en arrière par des siphons complètement séparés l’un de l’autre. Cette famille commence par les Cames, se termine par les Mactres, réunissant dix grands .genres, assez comparables par leur étendue à ceux de Linné. Les Donaces se trouvent entre les Bucardes et les Cÿclades , trop éloignées des genres avec lesquels elles ont le plus d’analogie.
Lamarck a conservé au genre Donacé l’étendue que lui avait donnée Linné ; nous pensons (pie pour rendre le genre plus naturel , il faut y adjoindre les coquilles avec lesquelles le genre Capse à été constitué. Malgré la diversité de leurs formes extérieures , on remarque, dans cet ensemble d’espèces, un certain nombre de caractères communs au moyen desquels elles constituent un genre véritablement naturel. L’un des caractères extérieurs prédominants des Doriàces consiste en leur forme triangulaire , ainsi que dans la brièveté du côté postérieur. Cependant cette forme n’est pas absolument constante : il y a des espèces subéquilatérales , comprimées , telles que le Do7iax ^feroëûe Lamarck ; d’autres également subéquilatérales, sont plus bombées et se distinguent par une cliarnière pins simple , ce sont les Capses. Kous examinerons successivement les caractères de ces trois groupes , nous les comparerons et nous nous assurerons par là s’ils appartiennent à un seul et mémo genre.
Les espèces du premier groupe sont ovales , transverses , triangulaires, très inéquilatérales ; le côté postérieur, qui est le plus court, est tronqué , souvent aplati et presque toujours diversement orné selon les espèces. Dans le second groupe les coquilles sont plus ovalaires, moins inéquilatérales ; l.e côté postérieur,, plus oblique, porte un corselet profondément creusé; enfin, les coquilles du troisième groupe, en conservant une forme triangulaire, dèviennent plus transverses, plus équilatérales, et le çôtè postérieur eèt moins tronqué que dans les espèces des deux groupes précédents. Si l’on s'arrête à ces formes extérieures, on les voit se nuancer et passer des unes aux autres par un grand nombre d’intermédiaires ; mais pour apercevoir celte transition, il faut rassembler le plus grand nombre possible d^espèces et c’est alors qu’elle se manifeste le plus évidemment. Nous devons ajouter, néanmoins, que le groupe qui a pour type le Donax Meroë , s’isole davantage des deux autres, et il faut recourir a la charnière pour retrouver en lui quelques uns de ces caractères des Donaces.
La plupart des espèces des Donaces sont lisses à l'extérieur; un certain nombre sont striées longitudinalement, et quelques unes seulement ont des stries transverses. Les couleurs sont variables ; cependant il est
T.KS DONACIDES.
à remarquer que, dans rènsemble du gehre, c’est la couleur violette qui domine, surtout à l’intérieur des valves. Toutes les Donaces sont revêtues d'un épiderme plus ou moins épais, plus ou moins apparent; cet épiderme est subcorné, semblable à une couche de vernis assez également répandu sur la surface. Cet épiderme dépasse à peiné le bord des valves.
Lorsque les valves sont rapprochées , elles sont exactement fermées sur toute la circonférencé; Il existe , cependant , quelques espèces chez lesquelles sé trouve un léger écartement à l'extrémité postérieure delà coquille. Les Donaces sont des coquilles dont le test est assez épais, plus solide que celui des Tellines: elles sont aplaties , cunéiformes , et l’on pourrait les partager en deux séries. Dans les unes, en effet, les bords sont simples ; dans les autres , les bords sont finement dentelés. Le côté antérieur est variable dans sa forme ; arrondi dans un certain nombre d’espèces , il est plus aigu dans un certain nombre d’autres ; il est toujours plus obtus que le coté postérieur. Le côté postérieur est court, tronqué; quelquefois aplati et circonscrit, soit par un angle, soit par des stries ou d'autres ornements qui lui sent propres. Les crochets sont généralement petits, rapprocliéà, opposés ou à peine inclinés. Le corselet est grand : dans les espèces tronquées, il en occupe tout le côté postérieur; dans celles du deuxième groupe, il est profondément creusé; il est étroit èt semblable à une lunule ; il est à peine indiqué dans les espèces du troisième groupe. En haut du corselet , et immédiatement au dessous des crochets, se montre un ligament externe très court et peu épais. Ce ligament, peu puissant, paraît disproportionné à la grandeur des coquilles ; mais, en compensation de sa petitesse, il jouit d’une grande ténacité et de beaucoup d'élasticité. Des nymphes assez épaisses, médiocrement saillantes, reçoivent le ligament et lui fournissent une adhérence solide. Chez les espèces du troisième groupe, les ÇapSes de Lamarck, le ligament est en proportion un peu plus long et un peu plus épais que dans les Donaces proprement dites.
Lamarck avait pris lé côté postérieur des Donaces pour leur côté antérieur; aussi il disait que dans ce genre le ligament est contenu dans la lunule'; mais îl est facile de rectifier cette erreur, en considérant la direc-lion do la sinuosité palléale, qui indique la position des siphons et qui sert à distinguer facilement le côté antérieur du postérieur. Dans le genre qui nous occupe , il y a peu d'espèces où l’on ne puisse reconnaître facilement une véritable luhule. La lunule, comme on le sait, est située en avant des crochets; et elle occupe une portion plus ou moins étendue du côté antérieur. Lorsqu'elle existe dans les Donaces, elle éSt
TBEIZIÈME FaMIU.E.
Miroite, lancéolée et plus ou moins bien circonscrite, selon les espèces.
La surface interne est toujours lisse ; elle est ornée de couleurs diverses , mais le plus ordinairement rougeâtres ou violettes. Sur cette surface interne des valves, on trouve deux impressions musculaires principales, qui se rattachent Tune à Tautre au moyen de l’impression palléale, creusée en arrière, d'une sinuosité peu profonde.
Les impressions musculaires sont d’une médiocre étendue ; elles sont écartées, très voisines du bord l’antérieure est ovalaire, située obliquement le long du bord antérieur et supérieur; l'impression postérieure est subcirculaire; elle est située entre la charnière et l’extrémité du bord postérieur; elle semble quelquefois se prolonger en un anglesupérieur, mais cet angle est produit par l’impression du muscle rétracteur postérieur du pied.
L'impression palléale part de l'extrémité inférieure de l’impression musculaire antérieure ; si l’impression palléale se continuait à travers ce muscle, elle le partagerait en deux moitiés égales dans sa plus grande longueur. L'impression palléale descend le long du bord ventral , en prenant une position oblique, de manière que l’espace qu’elle laisse est plus large en avant qu'en arrière, ainsi que cda a lieu dans les Mésodesmes, par exemple, et nous ferons remarquer que les caractères que nous venons d’indiquer dans l'intérieur des valves se montrent dans les espèces des trois groupes et peuvent, déjà servir à les rattacher les uns aux autres. Parvenue vers l'extrémité postérieure des valyes, l'impression palléale se rapproche des bords de la coquille, et elle vient se terminer en un élargissement peu étendu , produit par l’insertion des petits muscles du manteau , servant à consolider la commissure postérieure et croisés en X. A partir de ce point, l’impression palléale, rentrant sur elle-même, circonscrit une sinuosité d’une médiocre profondeur, qui ne dépasse jamais une ligne perpendiculaire, qui tomberait delà charnière au milieu du bord ventral. Cette sinuosité mérite une attention particulière ; car elle est constante dans les espèces des trois groupes principaux. Au moment où l’impression se renverse en dedans, une petite portion se confond avec la ligne ventrale; après un court trajet fait en commun, elle s’en détache en formant un angle très aigu ; elle se recourbe dans le limbe des valves, se dirige de nouveau d'avant en arrière , et vient aboutir à l’impression musculaire postérieure , comme si elle voulait la traverser dans son diamètre antéro-postérieur. Nous avons vu dans d’autres genres l'impression palléale gagner la circonférence de l’impression musculaire, comme la tangente d'un cercle. C’est ce qui a lieu aussi pour un très petit nombre de Donaces,
LES DONàCIDES.
et il est à remarquer que dans ces espèces, la sinuosité, au lieu d’avoir les bords parallèles, comme dans les premières, est légèrement dilatée, tout en conservant cependant la position horizontale , particulière à toutes les espèces du genre. Les espèces du groupe ayant pour type lo Donax Méroë ont ta sinuosité palléale ditîérente; elle se détache entièrement du bord ventral ; elle est en proportion plus petite , et son axe n’est plus horizontal mais incliné de bas en haut et d’arrière en avant.
La charnière des Donacesest variable; elle est généralement courte, supportée par un bord cardinal d’une médiocre largeur, bornée à Pangle supérieur de la coquille. Sur la valve gauche s’élèvent deux dents cardinales divergentes, courtes et obtuses; sur la valve droite, il y a une seule dent médiane, assez épaisse, circonscrite de chaque côté par une fossette, destinée à recevoir les dents de la valve opposée ; de chaque côté de celle charnière se montre, en avant et en arrière, une dent latérale, ordinairement étroite , allongée, quelquefois plus courte' et plus épaisse, surtout celle du côté postérieur. La charnière que -nous venons de décrire appartient au type des Donaces, tel quo M. Schumacher a proposé de le restreindre. Deux dents cardinales sur une valve, une sur l’autre, deux dents latérales, tels seraient, d'après cet auteur, les caractères du genre Donace. Mais si Ton examine un grand nombre d’espèces, on voit la dent latérale antérieure diminuer peu à peu et ühir par disparaître complètement , sans qu'on puisse remarquer la moindre altération dans les autres caractères génériques. Le môme phénomène a lieu pour la dent latérale postérieure, très grosse dans le Donax scoc~ tum, par exemple; elle est déjà très réduite dans le Donax trxmcuîus^ et n’est plus que sous la forme d'un simple rudiment dans le Dona.T rôtgens. Nous connaissons une série d’espèces triangulaires et subtronquées postérieurement, chez lesquelles les dents latérales n’existent pas et dont les animaux sont cependant tout à fait semblables à ceux des autres Donaces. Le genre Capse de Lamarck se rattache à cette série d'espèces, et cependant, dans la plupart d’entre elles, la valve droite présente encore un rudiment des dents latérales. Dans le Donax Méroë et les autres espèces voisines , il y a deux dents cardinales à chaque valve, une dent latérale antérieure, et jamais de dent Uitérale postérieure. Il serait donc possible de les détacher des Donàces et de conserver lé genre ' Méroë, proposé par Schumacher; mais avant de radmetlre, il faudrait en connaître les animaux. Par les impressions qu’ils laissent dans leurs coquilles, on pourait préjuger qu’ils sont, si ce n’est identiques, du moins voisins de ceux des autres Donaces, et peut-être plus rapprochés T. ! 3* PARTIE. 29*
45 O TREUIÈME FAMILLE.
des Cylhérées. Dans tous les cas , si le groupe des Capses doit reulrer dans les Donaces, celui des Méroe devra en sortir.
Sous le nom de Donax irregularis^ M. Basterot a fait connaître une coquille très singulière, pour laquelle M. Desmoulins a proposé le genre Grateloupia. Nous avions pensé d’abord à rapprocher cette coquille des Donaces, mais un nouvel examen nous fait partager Topinion de M. Gray, qui transporte les Graleloupies dans le groupe des Cylhérées. C'est en, traitant de la famille des Vénus que nous aurons a nous en occuper.
Toutes les Donaces sont des coquilles essentiellement marines, vivant loin des eaux douces, sur les plages basses et sableuses ; elles se propgb gent en très grande abondance. Vivant de la môme manière que les Mésodesmes, elles creusent le sablo avec rapidité et s’y enfoncent perpendiculairement. Pour se mouvoir, elles emploient les mêmes mouvements que les autres Mollusques, qui, habitués à vivre dans le sable, s'y creusent une demeure au moyen de leur pied. Ce sont, en général, des coquilles d'une taille médiocre, dont la forme, aplatie en coins, est très propre à favoriser les mouvements de l’animal dans les lieux qu’il habite.
Le nombre des espèces fossiles est peu considérable, car il faut déh-; uitivemeut rejeter du genre toutes ces Douacites dos paléontologistes; elles se distribuent aujourd’hui dans des genres très dilVérents dos véritables Donaces. Les unes, de Brongniart et de plusieurs' autres géologues, sont des Pholadomyes; les autres, de MM. Schlotheini, Hermann, Zenker, etc., sont des Trigonies; enün, à l'exception d'une seule, constatée dans le Lias par MM. Dunker et Meyer, toutes les espèces mentionnées dans les terrains inférieurs aux terrains tertiaires doivent être déBnitivement ri^etées du genre Donax.
Le Donax securiformiSy de M. Dunker, présente tous les caractères d’une Donace^ il est tronqué postérieurement , son côté antérieur est. étroit et cunéiforme, le ligament était petit , .ailaebé à des nymphes courtes., la charnière est celle des Donaces proprement dites, car cll^ porte des dents latérales. Les impressions musculaires sont celles des Donaces, mais malheureusement les figures ne représentent pas i’impressiou palléale. Voilà donc une espèce, de Donace dans la formation basique, et depuis son apparition dans les couches inférieures du terrain jurassique le genre disparaît dans toute l’énorme série des, terrains ju-; rassiques et crétacés, ,pour apparaître de nouveau avec les terrains, tertiaires inférieurs , se propager en petit nombre dans les terrains moyens et supérieurs, et, enlin, prendre dans la nature actuelle un dé-; yeloppement qu'il n’avait jamais eu auparavant. Cependant M. Kc^emer
LES DONACIDES.
admet deux espèces dans la craie de l’Allemagne, mais toutes deux nous paraissent douteuses, étpnt connues par un -moule mal. caractérisé. On cite aussi dans la craie du nord un Donax arenacea de Nilson, que figure M. Hisinger dans son Lethœa suecica : c’est aussi un moule triangulaire ne montrant aucune des impressions qui pourraient.le caractériser; il dépendrait aussi bien du genre Maçtre.
Parmi les espèces admises dans les terrains tertiaires, il y en a- quelques unes qui doivent sortir du genre ; le Domx obliqua de Lamarck, ayant l’impression du mapteau simple, doit passer dans le genre Astarte. Le Donax tellinella^ du même auteur, après nouvel examen, est incontestablement une Telline. Elle prendra place dans ce genre, mais son nom devra être changé. Lg Donax irregularis de Basterot devient le type du genre Grateîoupia , que nous retrouverons dans le voisinage des Cytliérées ; le DonaX difficilis du même. auteur est une Cythérée. Quant au Donax sulcala deBrocchi . c’est unq véritable pétricole.
Dans ses fossiles tertiaires de la Belgique, M. Nyst inscrit quatre espèces de Donaces; deux d'entre elles, Strialêlla et Fj'afjiîis nous semblent plutôt des Tellines que des Donaces, à en juger par les figures; la Striatelîa surtout a l’impréssion palléale des Tellines ; quant au Fragilisa il y avait déjà une autre espèce nommée de la même manière par Conrad.
Après avoir subi les réformes que nous venons d’indiquer, il reste encore vingt-deox espèces fossiles- de Donaces , on renfermant dans ce nombre celles qui ont leur analogue vivant; cea espèces se distribuent de la manière suivante :
Cfnq dans le terrain tertiaire de Paris, les unes passant des sables inférieurs jusque dans les calcaires grossiers; les autres propres aux grès moyens; le Donax nîtid<i existe à la fois dans le bassin de Paris et dans eeUti de la Belgique.
Les terrains tertiaires moyens comptent sept espèces ; trois à Bordeaux, une en Touraine et trois des terrains du midi de la Russie, et que nous empruntons à M. Eichwald. L’une des espèces do Bordeaux était confondue, à titrer de variété, avec le Donax analinum , elle s’en distingue aussi bien que de la Venusla de Poli, avec laquelle elle a également des rapports. Dans nos tableaux comparatifs, qui font partie de la première édition de la Géologie de M. Lyell, nous avons cité parmi les espèces fossiles de Bordeaux, qui ont leur analogue vivant, le Donax clongata , qui vit au Sénégal ; de nouvelles recherches nous ont fait apercevoir quelques légères différences entre les individus vivants et fossiles; fangle postérieur est plus émoussé dans les fossiles, mais le 29*
TREl/JEMK FAMILLE.
caractère distinctif, qui nous avait échappé, consiste en une sinuosité paüéale, plus détachée et plus oblique dans les fossiles. 11 devient donc nécessaire d’instituer l’espèce fossile sous un nom particulier, et nous proïX)sons celui de Dmtax affinis.
Quatre espèces se répartissent dans le Crag, trois eh Angleterre, une en Belgique. Parmi ces espèces Tune d’elles a son analogue vivant , c'est le Donax tnmcuhis.
Nous connaissons quatre espèces en Italie et en Sicile; une seule, le Donax exilis, Defr,, n’a pas son analogue vivant; les trois autres sont:
Donax variegata^ Desli. D. complanata^ de Montagu. Vivante dans toutes les mers d’Europe et dans toute la Méditerranée.
Fossile en Sicile et en Italie. >
Nous avons dû rendre k cette espèce son premier nom; elle a été nommée TelUna vcuiegala parSchrœter et parGmelin, longtemps avant qu’elle fût connue de Montagu. En la faisant passer dans le genre auquel elle appartient, elle doit emporter avec elle le premier nom spécifique qu’elle a reçti .
Do7iax seinislriata, Poli. Vivante dans la Manche et dans la Méditerranée.
Fossile en Sicile. ^ ‘
3" Donax venusta^ Poli. Vivante dans la Méditerranée.
Fossile on Sicile.
A ces diverses espèces fossiles, nous devons en ajouter deux de VAmérique septentrionale mentionnées par Conrad et par Morton, mais que nous ne connaissons pas.
En réunissant, comme nous l’avons dit , les Capses do Lamarck aux Donaces, on compte dans le genre plus de soixante espèces vivantes; on les trouve clans tontes les mers et à presque toutes les latitudes; leur nombre est plus considérable dans les mers chaudes. Nous n’en connaissons plus au-delà du cercle polaire arctique. En réunissant aux espèces vivantes les fossiles , on compte actuellement quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-dix espèces dans le. genre ponax,
LES DONACIDES.
1, Donace bec-de-flûte. .çco?Vï/în , Linné., , .
PI. ]4. f. 12. 13. 14. 15.
/>, testa ovato-trxgonu , transvenà , tumidâ posticè oblique truncatâ , acutè angulatâ, in medio posticèque transversim sulcacâ; stnis temii’> bas longitudinalibtis decussatâ; latere antico ohtuso lamellis distantibus et striis longitudinalibus clathrato ; latere postico cordiformi , piano 'vel excavato ^ lœvi^ angiilo suhmutico 'vel squamulis arnato circumdato ; lùnulà magna ovato-îanceolatâ; intus violaceâ extàs albogriseâ; apicibus violaceis.
LÎDné, SysL nat. éd. 10. p. 6S6. n"* io3.
Linné, Mus. TJlric. p. 493. n° .^8.
Linné, Syst. nat. éd. 12. p. ttad.
Lister, Concli. pl. 377. f. aao.
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D'Argenv. Concli. pl. ai. f. L.
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Habite les mers de Tliide.
Très répandue dans les collections , cette espèce est connue de tous les conchyliologues ; elle est un des meilleurs exemples que l'on puisse
TUEÏZIÈME FAMILLE.
donner du genre ï>ohace, à cause de la qharnière qui en offre tous les caractères ; elle est beaucoup plus renflée que ses congénères ; ovale , trigono j.son côté postérieur, tronqué, présente une surface lisse , cordiforme , aplàtio, circonscrite par un angle aigu, quelquefois simple, le plus souvent armé d’écailles obliques plus ou moins longues, selon les individus. Linné a fait une espèce distincte [ Donax pubescens) ^ouv la variétéj à écailles longqes ; les autres variétés rentrent dans le Donax scorlum; le coté antérieur est le plus allongé, il est obtus ; le. postérieur so termine en un angle inférieur et postérieur aigu , saillant , rétréci vers la base par une légère inflexion. Le corselet occupe toute la surface plane du côté postérieur j une lunule très longue lancéolée, toute lisse, est nettement circonscrite dans tonte . la longueur du bord dorsal antérieur. Les crochets sont grands, opposés, à peine inclinés. La surface externe peut se diviser en deux régions, l’une antérieure sur laquelle s’élèvent de courtes lamelles transverses, écartées, aiguës ; après avoir parcouru le tiers de la surface externéj ces lamelles se changerit subitement en côtes obtuses , entre chacunes desquelles s’interposent de une jusqu’à quatre côtes nouvelles, de sorte que la seconde région qui occupe le reste de la Surface jusqu’à l’angle 'postérieur est couverte de petites côtes serrées et régulières. Indépendamment de ces côtes et de ces lamelles transverses, toute la surface montre des stries longitudinales fines et rayonnantes qui descendent des crochets vers les bords. Sur la valve gauche, la charnière présente deux dents courtes inégales , divergentes , et deux grandes dents latérales triangulaires , également distantes ; sur la valve droite , il ÿ a une seule dent cardinale simple et deux fossettes profondes pour recevoir les dents latérales de la valve opposée. A l’intérieur, celte coquille est d’un beau violet , si ce n’est vers les bords qui restent blancs; à l’extérieur, elle est d’un gris violacé vers les bords; la lunule et le corselet sont violets ; les crochets sont aussi de cette couleur.