GENRE QUARANTE-TROISIÈME
FETJEUCOIÆ. Petrîcola, (Lamk.)
PL la. L 7. 10. 1 1. 12.
. CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal ovule , épais ; les lobes du manteau, à bords simples réunis, laissant entre eux en avant et en bas, une très petite fente, pour le passage d’un pied allongé, étroit, pointu; une expansion palléale assez épaisse se renversant sur les bords antérieur et inférieur de la coquille; les deux siphons postérieurs, réunis à la base, séparés au sommet; siphon anal ayant son ouverture garnie d’une série de tentacules simples et cylindracés ; siphon branchial plus gros et plus long , portant sur le bord de son ouverture des tentacules branchus inégaux et symétriques. Branchies courtes, sub-quadrangulaires , à peine réunies en arrière de l’abdomen.
Coquille subtrigonè ou transverse inéquilatérale , arrondie antérieurement , atténuée ou baillante du côté postérieur. Charnière ayant deux dents sur chaque valve ou sur une seule. Impression palléale placée très haut dans l’intérieur des valves très largement ouverte du- côté postérieur.
LES LITHOPHAGES.
■ SYNONYMIE tfKNÉHiQXT^. ™ if 2/z'z7t/..ç , Cheiïinitz , Schiœter, Gmelin, Dillwyn , Wood. — Tellina, Olivi , Poli,^ — Hypogœa, Poli.' — Rupellarîa, Fleuriau de Belleviie, de Roissy, Lamarck (olim). — Venv^ , Retzius , Gmelin, Brocchi. — 31ycL, Montngu. — Petricola , Lamarçk, Roissy, Cuvier, Rang , Menkn , Sowerby , Philippi , Anton . Gould , Swainson , Hanley', etc.
OBSERVATIONS. — Le gGiiro Pélricole a été proposé par Lamarck., en '1802, dans \e Sijsième des animanx sans vertèbres, pour rassembler diverses coquilles disséminées par Schrocter, Crmelin et Chemnitz, parmi les ÏVuws et les^ Mylihts. Sous cette dénomination générique , Lamarck comprenait deux sortes de coquilles. Les unes ayant trois dents à la charnière, les autres n’en ayant jamais que deux. Mais, d’après les exemples que Lamarck propose, le hasard a voulu qu’il citftt uniquement des espèces à trois dents cardinales. A peu près à la même époque , M. Fleuriau de Belleviie, dans son mémoire que nous avons précédemment cité, avec l’éloge qu'il mérite, a proposé un genre Rupellaire , coïncidant en partie à celui des Pétricoles de Lamarck, mais ne contenant que celles des espèces qui portent deux dents à la charnière. Ainsi. M. de Roissy avait raison d’adopter dans le Buffon de Sonnini, les deux genres Pétricole et Rupellaire. Lamarck lui-même les introduisit dans sa méthode, publiée en '184 2, dans l’extrait du cours. Mais bientôt après, faisant une revue des divers genres admis par lui dans sa famille des Lithophages, il distribua les espèces entre deux genres pour. lesquels il consacra définitivement les noms de Pétricole et Vénérupe. Dès lors les Pétricoles ne continrent plus que les espèces à deux dents cardinales sur chaque valve ; par conséquent ce genre correspond , avec la plus rigoureuse exactitude , aux Rupellaires de M. Fleuriau de Bellevue. Lamarck se serait montré plus équitable, si dans les changements qu'il a proposés dans la nomenclature, il avait conservé le genre Rupellaire, en consacrant le nom de Saxicave au genre que plus tard il nomma Vénérupe.
Dans le Règne animal, Cuvier conserva au genre Pétricole l’étendue que Lamarck lui avait d’abord imposée. Entraîné par les rapports évidents qui existent entre ce genre et le type des Vénus , Cuvier le laissa dans la môme famille , à la suite desCapsos. M. de Blainviiio, dans son Traité de malacologie , .n'SippoHa pas de modifications importantes à l’opinion de Cuvier; il joignit les Pétricoles aux Vénérupes, conserva
ce dernier nom générique, et l’introduisit dans la famille des Ghoncacées, dans une section parliculièrej comprenant les Vénérupes, les Coralliophages , les Clothos , les Corbules , les Sphènes et enfin , les Ongulines.
Les modifications , proposées par Lamarck dans la 'constitution de son genre Pétncole , furent adoptées par le plus grand nombre des conchyliologues. Ils reconnurent en lut un genre plus net, mieux circou' scrit , et prenant naturellement sa place dans le voisinage de la famille des Vénus , se distinguant très nettement des Saxicaves , qui doivent redescendre vers la famille des Tubicollées.
Les rapports du genre qui' nous occupe ont peu varié depuis sa création. Nous voyons, d’un côté , Lamarck le maintenir dans le voisinage des Tellines , et d’uri autre côté, Cuvier le rapprocher des Vénus. L’une et l’autre opinion ne sont pas tellement différentes qu’elles ne puissent se concilier, au moyen d’une opinion mitoyenne, par laquelle le genre prendrait sa place dans la famille des Lilhophages, que Ton mettrait en rapport plus immédiat avec celle des Vénus, en l’éloignanl, par conséquent , plus que ne l’a fait Lamarck de celle des Tellines. En effet, les animaux de ce genre offrent des caractères qui les rattachent au type des Vénus, ainsi que nous allons l’exposer bientôt.
Dans un mémoire, publié en 1846, dans la fîavue zoologique, M. Recluz s’est attaché à retracer minutieusement Thistoire de la famille des Lilhophages de Latnarck et de tous les genres qui s’y rattachent; soit qu’ils y fussent mentionnés par notre célèbre naturaliste, soit qu'ils fussent mentionnés par d’autres auteurs. Ce mémoire de M. Recluz est d’hne grande importance pour la connaissance exacte des genres dont il est question , et surtout des modifications que lui ont fait subir les divers c\lassificateurs. Nous ne suivrons pas l'auteur dans le développement qu’il croit nécessaire à son sujet ; nous ferons remarquer seulement qu'il propose une classification qui se rapproche -, à quelques égards, de celle de Cuvier, et plus particulièrement de celle que nous avons définitivement adoptée et que nous venons d'exposer en traitant de la famille des Lilhophages. Celle distribution des genres n’est pas celle que nous avions préférée en 1830, lorsque nous avons publié notre Tabieau de classification dans l'Encyclopédie méthodique. Obligé , à cette époque , de nous en rapporter au petit nombre de documents que possédait la science à l’égard des Mollusques lithophages, n’ayant pas sous les yeux les animaux de plusieurs espèces des genres Saxicave, Pétricole et Vénérupe , forcé de nous arrêter à des caractères extérieurs d’une faible importance, il nous semblait v<^ les trois genres so ratta-
LES LITHOPHAGES.
cher les uïis aux autres autant par les caractères de leur coquille que par ceux des animaux. Nous apercevions ce phénomène de Tagrandissement successif de l'ouverlure antérieure du-manteau depuis les Saxicaves jusqu’aux VénérupeS. Nous apercevions également de l’analogie dans la forme et la grandeur du pied et des siphons et de ces caractères trop généraux ; nous avons conclu au maintien intégral de k famille des Lithôphages. M. Recluz , par une série d’observations aussi justes qu’intéressantes , conclut, au contraire, à la séparation des Saxicaves des autres Lithôphages, et au rapprochement des Pèlriooles du type des Vénus. En cela , M. Recluz se trouve complètement d'accord avec nous , depuis que nous nous sommes éclairé par l’observation directe des animaux vivante des trois genres de la famille des Lithôphages de Latnarçk.
Les coquilles du genre Pétricole sont ovales , transverses inéquilatérales , subcunéiformes , quelquefois allongées et subcylindracées ; elles sont généralement peu épaisses , par conséquent fragiles ; elles offrent souvent des irrégularités, qui résultent de leur manière de vivre, se trouvant quelquefois gênées dans les trous des pierres qu’elles se creusent. Les valves sont bâillantes en avant et en arrière ; les bords en Sont simples et tranchants. La surface externe tantôt lisse, tantôt striée, soit en long, soit en travers, est presque toujours dépourvue d’épiderme. Cependant il est des espèces chez lesquelles un épiderme mince et transparent recouvre une partie plus ou moins considérable de la surface extérieure de la coquille. La charnière est très simple, elle consiste en deux dents cardinales sur chaque valve; ces dents sont presque égales., recourbées en crochets, et l'imo d’elles, l’antérieure de la valvë gauche , la postérieure de la valve droite , est bifide au sommet.
Lamarck a fait connaître sous le nom de Petrioola p/to/adi/bmîs une coquille fort singulière , près de laquelle se rangent aujourd’hui cinq ou six autres espèces très analogues. Nous avions pensé d’abord que ce groupe devait constituer un genre particulier, mais ayant pu comparer l’animal de celle espèce avec celui de nos Pétricoles de la Méditerranée, nous avons reconnu ridentitéde leur caractère générique, etdèslors nous avons laissé , à l’exemple de Lamarck , iQ Petncolaphoîadiformis dans le genre Pétricole. La charnière de cette coquille nous offre des différences assez considérables avec celle des autres espèces du même genre. Sur un bord cardinal très étroit, les deux dents cardinales se contournent, en partant sous la forme de petites côtes du sommet intérieur des crochets. Si ces dents étaient plus détachées , elles auraient la plus grande analogie avec le cuilleron intérieur que l’on voit dans l’intérieur des
QÜATOKZiEME FAMILLE.
P holades. C’est en nous aidant des particularités remarquables de cette charnière , que nous avons cherché à expliquer le cuilleron saillant des Pholades, en le considérant comme une dent cardinale entièrement détachée du bord dorsal , libre dans toute son étendue et plongée dans l’épaisseur des viscères de l’animal, Ici, plus rapprochée du bord , la dent cardinale s’y est soudée par une de ses surfaces , et elle est venue présenter son extrémité saillante au niveau du bord dorsal , de manière à se mettre en contact avec la dent semblable de la valve opposée.
Un ligament extérieur, peu épais, s’allonge sur une partie du bord dorsal postérieur, il stittache sur des .nymphes médiocres, étroites, et séparées par un sillon profond , dans lequel est reçue sa tunique fl hpouse externe. Les impressions musculaires sont médiocres , l'ant érieure est ovalaire ; elle se place obliquement de hauten bas et d'avant en arrière dans toute la hauteur du bord antérieur de la coquille. L’impression musculaire postérieure est située à égale distance de la charnière et de Pexlrémilé postérieure de la coquille. Elle est circulaire et à peine modifiée par une petite impression située vers son bord supérieur, et sur laquelle s’attache le muscle retracteur postérieur du pied. L’impression pailéale présente, dans les Pétricoles, des caractères générique.s d’iineassez grande valeur; elle se détache de l’extrémité inférieure du muscle antérieur, et elle descend obliquement d’avant en arrière, en se rapprochant insensiblement du bord inférieur des valves. Parvenue vers le milieu de la longueur de ce bord , elle s’infléchit sur ellemême et vient tracer dans l’intérieur des valves une large sinuosité, qui remmite jusqu’à une ligne qui tomberait perpendiculairement de la charnière sur le bord ventral. L'ouverture de cette sinuosité est extrêrmcmenl large , et l’on reconnaît qu'elle doit recevoir un muscle rétracteur puissant, dont la base doit embrasser toute Iji largeur des siphons réunis. Dans le Petricola pholadiformis et les autres espèces du même groupe, l'impression pailéale a subi quelques modifications intéressantes ; elle est plus courte, remonte moins haut dans l’intérieur des valves et son ouverture postérieure est moins élargie; mais dans ce groupe, ainsi que dans le précédent, persiste ce caractère particulier au genre d’une échancrure p2\Iléale, courte, triangulaire, largement ouverte en arrière , ayant son extrémité ventrale moins avancée que celle qui aboutit à l’impression musculaire postérieure.
L'animal des Pétricoles offre des caractères qui le distinguent bien nettement de tous les autres genres connus et qui l’éloignent à la fpis du type des Tellines , dont Lamarck l’avait rapproché , et de celui des Saxicayes vers lequel M. Reeve l’avait entraîné. La forme de la coquille
LES LiTHÜPHÀüES.
reproduit exactement celle de l’animal; il est subtrigone et cunéiforme dans nos espèces des mers d’Europe; il est pins allongé, subcyliadrique dans les espèces du second groupe , qui proviennent des mers du Chili et du Pérou.
Un manteau , beaucoup plus épais que celui des Tellines , enveloppe l'animal et revêt la surface interne des valves. La circonférence de net organe, contient un muscle orbicùlaire, large, assez, épais, dont l’insertion trace sur la coquille la portion de l’impression palléale qui occupe la circonférence. Les bords du manteau sont simples, et dépourvus de tentacules; cet organe se dédouble sur les bords comme dans tous les autres Mollusques acéphalés ; la duplicature interne reste attachée aux bords de la coquille et en suit exactement le contour. L'autre bord qui, dans les Tellines par exemple, est tentaculifère , acquiert dans les Pétricoles une étendue et une épaisseur inusitées ; aussi il se renverse en dehors sur les bords des valves elles revêt depuis la moitié du bord antérieur jusque, vers l’extrémité. du bord postérieur ventral. Cette portion exsertile du manteau a une apparence particulière ; elle est lisse , jaunâtre , opaque , et lorsque l'on vient à en faire la dissection , on reconnaît en elle cette structure granuleuse qui est propre à J,oas les organes sécréteurs des Mollusques acéphalés. La substance parenchymateuse de l’organe est creusée de canaux nombreux , irréguliers , qui paraissent dépourvus de parois propres et qui vont constamment en grandissant vers les bords libres. Il y a plus; l’organe situé entre le? parois de ce bord saillant du manteau se continue entre les fibres du muscle orbicùlaire et vient s'étendre entre les parois de la portion .mince du manteau; de sorte que dans les animaux dont il est question , cet organe spécial acquiert un développement dont nous ne trouvons d’analogie que dans le manteau des G&strochènes et des Saxicaves.
Le long de la ligne médiane et ventrale j les deux lobes du manteau sont réunis, et par cette réunion, forment une zone assez large, en avant de laquelle se montre une ouverture ovalaire, en forme de boutonnière, et dont rétendue est à peine, d’un sixième de la longueur du bord inférieur. Cette ouverture est destinéè à donner passage au pied. En arrière, le manteau se prolonge en deux siphons , réunis à la base dans, une très petite portion de leur étendue. Ces organes méritent une attention particulière, car ils concourent à fournir au genre des caractères distinctifs d’une grande valeur. Les siphons sont inégaux, et, comme à l'ordinaire, c’est le siphon branchial qui est le plus gros et le plus, allongé; il .est subcylindracé et il se termine par une ouverture circulaire, sur le bord
de laquelle s’élèvènt de nombreux tentacules , découpés en arbuscules et disposés ayec la plus grande symétrie. Ces tentacules ne sont pas égaux, un plus petit s’interpose entre les plus grands, et ordinairement ranimai les incline au-dessus de l’ouverture, qui se trouve ainsi obstruée par des organes d'une exquise sensibilité. Ces tentacules varient selon les espèces, par la forme, la grandeur et le nombre. Le siphon anal est conoïde;^ son ouverture terminale est beaucoup plus étroite que sa base , et cette ouverture est garnie d’un seul rang de tentacuîes simples èt cylindracés.
On muscle rétracteur, triangulaire et assez épais embrasse la base des deux;sipTions , sê glisse entre les deux membranes du manteau, et vient s*attacher à l'intérieur de la coquille où il laisse l’échancrure pailéale dont nous avons parlé.
La masse abdominale des Pétricoles est courte et épaisse ; ses parois fibreuses, fort minces, se continuent, en avant, en un pied petit, à base triangulaire et aplatie et so prolongeant en avant en une pointe aiguë. Entre le bord antérieur de l’abdomen- et la face interne du muscle adducteur antérieur se trouve une petite bouche transverse, garnie d’une paire de lèvres membraneuses courtes et étroites. Ces lèvres aboutissent de chaque côté de l’animal à une paire de palpes labiales, petites , triangulaires , dont la surface interne est couverte de très fines lamelles. Ces palpes sont égales , elles sont attachées par leur bord supérieur; la palpe externe se continue par sa base "avec le manteau.
Les organes branchiaux sont très différents de ceux Ses Saxicaves, et surtout de ceux des' Tellines ; ils ressemblent beaucoup plus à ceux des Vénus ; ils se composent de deux feuillets inégaux, appliqués l’un sur Tautre , ayant dans leur ensemble une forme ovalaire , ils descendent obliquement de chaque côté de l’anima! de haut en bas et d’avant en arrière. La paire interne est d’environ un tiers plus large que la paire externe; ces Organes, assez régulièrement plissés dans leur largeur, sont fort minces , et si on examine leur surface à un grossissement suffisant, on trouve un nombre considérable de stries transverses, coupées en angles droits par des stries longitudinales. Ces stries sont produites par des vaisseaux capillaires d'uno extrême ténuité, qui couvrent toute la surface de l’organe, reçoivent le sang et le mettent en contact avec le liquide ambiant. Par leur base , les feuillets branchiaux sont attachés de chaque côté du corps et s’élèvent jusque dans la région du cœur, avec les oreillettes duquel ils se mettent en continuité. La brièveté dè la masse abdominale permet aux branchies de se réunir sur la ligne médiane dans un très court trajet , suffisant cepen-
LES LITHOPHAGES.
dant pour se placer devant l'ouverture du siphon anal et se souder a son pourtour ; aussi dans ce genre, comme dans tous ceux que nous avons examinés jusquMcî, la cavité du siphon anal, complétée par l’organe branchial , n’a aucune communication avec la grande cavité du manteau. *
L’extrémité antérieure du feuillet branchial interne se rétrécit assez subitement en un bec aigu, que l’on voit se prolonger jusque vers la bouche, en se plaçant entre les palpes labiales.
Nous avons fait remarquer dans d'autres genres la disposition particulière des valvules du manteau et de celles qui forment plus ou moins complètement l’ouverture intérieure du siphon branchial. Dans les Pé- Iricoles, la valvule' palléale n’existe pas, mais une valvule très large, circulaire et percée vers le centre , couvre l'ouverture interne du siphon branchial; lorsque l’on parvient à examiner, sur l’animal vivant, les mouvements quelquefois rapides de cette valvule, iis peuvent se comparer à ceux de la pupille de l'œil des animaux vertébrés.
Cette description abrégée que nous venons de présenter de l’animai des Pétricoles s’applique exactement à nos espèces de la Méditerranée et de l’Océan, européen. Nous avons retrouvé de semblables caractères dans les espèces allongées et cylindriques qui proviennent des mers de l’Amérique méridionale. Mais nos observations faites sur des animaux , plongés sans précaution dans une liqueur alcoolique, nous laissaient le désir de voir des Bgures de ces animaux vivants. Nous espérions les voir dans l’ouvrage de M. d'Orbigny, Pot/age dans V Amérique méridionale; mais noos avons été singulièrement déçu , en ne trouvant dans cet ouvrage que des figures d’une malheureuse insuffisance. Il semble que les animaux, observés par M. d’Orbigny, ont été découpés par la nature dans le métal le plus dur; il semble aussi qu’on n'oserait les toucher sans être blessé par leurs contours tranchants ou piquants ; aussi le scalpel de l’auteur, arrêté sans doute par une résistance inaccoutumée, a à peine détaché un petit lambeau du manteau-, pour laisser apercevoir quelques portions des organes que cache celte enveloppe générale. Il est résulté de cette timidité de la dissection, que les figures de M. d'Orbigny n'apprennent rien de plus que ce que l'on savait déjà.
Ce que nous venons d’exposer de l’animal des Pétricoles , nous donne la preuve que ce genre constitue en réalité un type bien distinct parmi les Mollusques de la même clasâe. Si le manteau est épais , comme dans les Saxicaves, il déborde la coquille, et par là il diffère de tous les autres genres connus. Son ouverture antérieure, un peu plus grande que dans le genre que nous venons de citer, est beaucoup plus petite
QüATüUZlÈaiE FAMILLE.
que celle des Vénèrupes et des Vénus, et plus petite aussi que celle des Tellines , des Donaces , dés Psammobies. Si , dans une classiGcation on voulait uniquement s'attacher à la progression qui so manifeste insensiblement dans l’étendue de l'ouverture palléale , les Pétricoles devraient descendre très en arrière des groupes précédents, pour se placer dans le voisinage des Solens et même des Saxicaves. Maismne classification naturelle ne peut s’établir d'après un caractère exclusif, elle doit se fonder sur l’ensemble de l’organisation, et c’est alors que le zoologiste doit , non seulement compter les analogies , mais peser la valeur de chacun dos caractères , empruntés à toutes les séries des organes. Si le manteau exclut les Pétricoles de la place où nous proposons de les mettre , les autres organes contre-balancent ce caractère de peu de valeur, et c’e^t d’après eux que nous nous sommes déterminé. En effet , la petitesse de la bouche, la forme et la grandeur des palpes labiales, la nature des branchies, leur forme, leur position, leur étendue , rapprochent les Pétricoles des Vénus , dont elles restent distinctes par la forme et la grandeur du pied , ainsi que par la forme de la valvule du siphon branchial. Nous verrons bientôt , en traitant des Vénérupes , en quoi les animaux de ce genre diffèrent de celui des Pétricoles.
' Les Pétricoles sont des coquilles d’un taille médiocre , vivant dans l'intérieur des pierres, presque toujours dans l’obscurité; elles sont dépourvues de toute coloration extérieure. Quelques espèces , et particulièrement celles de l'Amérique méridionale, sont teintées à l’intérieur d’un brun pourpré plus ou moins intense; presque toutes ces coquilles deviennent irrégulières par la ,gêae qu’elles éprouvent dans les trous quelles habitent; presque toutes sont striées longitudinalement; quelques unes seulement ont des lamelles transverses.
Il esta présumer que le nombre des espèces s’accroîtra considérablement, à mesure que l'on explorera avec plus d’attention les roches calcaires qui forment les rivages des divers continents. Nous comptons aujourd’hui trente et une espèces vivantes de Pétricoles, elles proviennent dos mers qui ont été étudiées avec le plus de soin. 11 y en a sept e.spèces dans les mers tempérées de l’Europe. AI. Fieuriau de Belleviie a le premier appelé l'attention des naturalistes sur plusieurs espèces de La Rochelle ; quelques unes passent do l’Océan dans la Méditerranée ; il est à présumer que l’on en découvrira sur la cote occidentale de l’Afrique. M. Krauss en a trouvé une au cap de Bonne-Espérance. Quatre espèces sont citées. dans les mers de T Amérique septentrionale, ■et nous en avons fait connaître trois autres provenant des mers de Californie. M. Sowerby, dans les procès-verbaux de la Société de zoologie
LES LITHOPHAGES.
de Londres, en a fait connaître une espèce de Panama , une autre des îles Nicobar et une troisième des Gallopagos. Laniarck a inscrit, parmi les espèces du genre^ colles qui ont été rapportéos de la Nouvelle-Hollande par Pérou; elles sont au nombre do trois. De toutes los régions , la plus riche en Pétricolesest sans contredit les cotes du Pérou et du Chili. Le Pérou , visité par M. Curaing , a fourni neuf espèces à cet habile observateur, ces mômes espèces ont été retrouvées plus tard par M. d Orbigny qui, à son tour, a enrichi nos catalogues d'une espèce de la Patagonie,
Les espèces fossiles sont moins nombreuses ; nous aurons quelques observations à présenter sur plusieurs d’entre elles. II est très douteux que les deux espèces décrites par M. Sowerby, dans Touvrage de M. Fitton , appartiennent au genre; leur forme les éloigne de toutes leurs congénères , et les caractères empruntés à la charnière ne s’accordent guère avec ceux des espèces vivantes ; ces deux espèces , citées par les paléontologistes dans les terrains Crétacés ne doivent y être admises qu’avec une extrême réserve.
Retzius a fait connaître une espèce de la Méditerranée , sous le nom de Venus lithophagu,. Poli a figuré la même espèce sans la décrire, la mentionnant seulement dans Pexplication des planches sous le nom de Telline. Brocchi a trouvé cette même coquille à l’état fossile dans les terrains subapennins , il y ajoute , à titre de variété , une espèce très distincte dont il donne une excellente figure. Lamarck en a fait son Petricola chamoides»
Le rttpeslris de Brocchi est une véritable Pélricole ; elle a
quelques ressemblances avec le Venerupisdecmsata de Philippi ; elle est facile à reconnaître et à distinguer. M. Sowerby, dans son Généra of shells , figure sous le même nom une espèce qui nous paraît spécifiquement différente de celle de Brocchi , l’une est couverte de stries treillissées; l’autre, celle do Sowerby, est lisse. Nous proposons d’imposer à cette dernière le nom du naturaliste anglais. Dans son Synopsis-dés invertébrés fossiles du Piémont ^ M. Sismonda rapporte au Petricola îamellosa de Lamarck , ce Venus rupestris de Brocchi. Quand même l’identité de ces espèces serait reconnue, ce qui est contestable, le premier nom proposé, celui de Brocchi, devrait rester à l’espèce par droit de priorité.
Le Tellina fragilîs de Linné était rangé par Lamarck parmi les Pétri-* coles , sous le nom do Petricola ochroleuca. On trouve à l’état fossile plusieurs espèces très voisines de la vivante, et les auteurs qui les ont mentionnées , ayant partagé l’opinion de Lamarck, les ont comprises
49^1 QUATORZIÈME FAMÏLtE,
danfî le même genre ; il faut actuellement les en retirer, ce qui diminue d’autant les Pétricoles. Do ce nombre , sont le Petricola abbreviata , Dujardin, des faluns de la Touraine, et très probablement le Petricola peregrina^ de Bastérot, des environs de Bordeaux.
N’ayant pas sous les yeux le Petricola rupeslris , de M. Dubois de Montpéreux , nous ne pouvons constater son identité avec celle de Brocchi , on peut dire qu’elle s’en rapproche beaucoup , mais les stries paraissent beaucoup plus fines , la charnière plus étroite , l’impression , palléale plus courte; ces différences, que nous apercevons d’après la figure, sont probablement suffisantes pour séparer l'espèce de Wolhynie de celle d’Italie , dans le cas où ces coquilles seraient en réalité distinctes, nous proposerions pour celle de Wolhynie le nom du natuliste qui le premier Ta fait connaître .
En admettant les réformes que npus venons de proposer, le nombre des espèces . fossiles se réduirait à onze, et toutes seraient propres aux terrains tertiaires.
Il yen a deux seulement dans le bassin de Paris, l’une se loge dans les madrépores qui sont/dans les calcaires grossiers , l’autre s’enfonce dans les pierres tendres ou les polypiers des grès marine de Valmondois. Nous comptons quatre espèces dans l’étage tertiaire moyen , une aux environs de Bordeaux , la seconde en Touraine , la troisième dans le bassin de Vienne et la quatrième en Wolhynie.
•Une seule espèce , Petricola laminosa , Sowerby, est cminue dans le crag, et elle se trouve à la fois en Angleterre et en Belgique.
Quatre espèces sont .actuellement connues dans les terrains tertiaires supérieurs de ITtalie; l’une d’elles , Pëtriçoîa lühophaga, très voisine et peut-être identique avec le Petricola striata , est vivante dans la Méditerranée.
Possile en Italie et en Sicile.
Les terrains tertiaires d'Amérique sont peu riches en Pétricoles, une seule est mentionnée par M. Conrad , c’est le Petricola centenaria.