GENRE QUARANTE-NEUVIÈME
CTTHÉRÉE. Ciffl/eren. (Lamarck).
n. 1 8, f, 1 1 à 1 4, Pl. ig, f. 3 à g. PI. 20, f. i à 3,
CARACTÈRES GENERIQUES. — Animal ovale , tranSverse ou subtrigone , ayant les lobes du manteau désunis dans toute la longueur du bord inférieur, terminés en avant et en bas par un bord profondément plissé et chargés de tentacules le long du
LES CONOlîES.
bord postérieur. Deux siphons égaux en longueur, inégaux en diamètre , réunis jusque près de leur sommet ; leur ouverture garnie de tentacules simples et cylindratés ; pied robuste, assez épais, triangulaire; bouche médiocre, ovale, transverse. Palpes labiales , triangulaires , petites, subéquilatérales ; branchies larges, subquadrangulaires, inégales, plissées, réunies en arrière de la masse abdominale.
Coquille ovale , transverse, subarrondie ou trigone, épaisse, solide, le plus ordinairement lisse, couverte d’un épiderme corné transparent ; crochets plus ou moins saillants et inclinés au-dessus d'une lunule superficielle dans le plus grand nombre. Charnière portant trois dents cardinales inégales , divergentes et une dent latérale antérieure dans la longueur de la lunule. Deux grandes impressions musculaires ovales-obrondes ; impression palléale parallèle au bord ventral , se terminant en arrière en une sinuosité peu profonde , oblique , triangulaire ou subovalaire, réduite quelquefois à une simple inflexion.
SYNONYMIE GENERIQUE. — Pectuuculus ^ Listei*. — Tellina^ Lister. — Chama^ Rumphius, d’Argenville, Gualtieri , Adanson. — Vernis^ Linné, Schroeter, Gmelin, Chemnitz, Born, Pennant, Cuvier, Wood, etc. — Mereirix , Lamarck (o/m), Gray, Schumacher. — Callüia^ Callistoderma ^ Poli [pars], — Trigona^ Megerle , Schumacher, Gray. — - Aniigona^ Schumacher. — Circe ^ Schumacher, Sowerby, Gray. — Corbicula , Benson. — Dione^ Gray.
OBSEiïVATiONs. Dès SCS premiers travaux sur la conchyliologie, Lamarck sépara, sous le nom générique de Merelrix , celles des Vénus de Linné qui portent à la charnière une dent latérale antérieure. Quelques années plus tard, notre célèbre naturaliste à uu nom peu convenable substitua celui de Cythereaj qui depuis a été universellement adopté.
Inspiré par les travaux de Lamarck et de Cuvier, Koissy présenta, dans les Mollusques du Butfon de Soiinini, un arrangement méthodique dans lequel il sut tirer le meilleur parti des faits et des idées les
OÜINZIÈME FAMILi^E.
plgs récemment introduits dans la science. 11 rejeta les sous-genres de Cuvier, parmi lesquels se trouvait le genre Cythéréô de Lamarck , et il adopta le nouveau genre en lui conservant ses rapports naturels avec les Vénus. Quelques années plus tard , Lamarck créa la famille des Conques dans la Philosophie zoologique, dans laquelle, à côté dès Vénus , vinrent se ranger les Cythérées et les autres genres que ndus avons mentionnés en retraçant Thistoire de cette faniille.
Depuis sa création jusqu'aujourd’hui, le genre Cythérée a subi des changements analogues à ceux do la plupart des autres gepres de la classe des Mollusques. D’un côté, un certain nombre de zoologistes, entraînés par Texemple de Cuvier, conservent le grand genre de Linné , et se contentent de le partager en sous-genres qui, il faut l'avouer, sont loin d’ôtre égaux en importance. S’appuyant sur d’autres principes, les adeptes de l’école de Lamarck , exagérant les exemples du matlre, trahissent la malheureuse propension de diviser sans cesse les genres les plus naturels pour se créer le stérile mérite d’encombrer la nomenclature d’une foule de genres inutiles. Entre ces deux tendances, également nuisibles aux progrès de la science, il y a une juste mesure, une judicieuse appréciation des faits qui ramènent à cette philosophie si féconde par laquelle se sont laissé guider les grands zoologistes, phares lumineux destinés autant à attirer vers eux le navigateur inexpérimenté qu’à éclairer le pilote plus habile. Immobiliser la science, comme ont voulu le tenter l’école linnéenne d’Allemagne et celle d’Angleterre à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, ce n'est pas en fixer les principes ; une science qui sans cesse fait des progrès ne peut être longtemps réduite à l’immobilité sans en ressentir de graves dommages, tandis qu’elle profite toujours de la stabilité de ses principes, quel que soit l’esprit d’innovation qui la domine passagèrement. Au reste , nous ressentons le contre-coup de cette immobilité trop longtemps prolongée. par un mouvement trop rapide que quelques personnes pourraient prendre pour un progrès, mais qui au fond n’est qu’une agitation à la surface. Ou s'amuse à créer des méthodes, des nomenclatures, lorsqu’il y a tant de faits douteux à éclairer, tant de faits nouveaux à découvrir, lorsque l'ombre de l’ignorance couvre encore de vastes étendues de la science. Observons , comblons les lacunes qui existent partout, c’est le seul moyen d’éviter les deux écueils sur lesquels la science vient alternativement échouer, l’immobilité et l'agitation.
L’examen que nous avons fait des genres les plus considérables de la famille des Conques abrégera beaucoup ce que nous avons à dire des Cythérées en particulier. Nous avons fait comprendre le peu d’impor-
LES CONQUES
tance des caractères conchyliologiques des Vénus , des Pullaslra et des Cythérées, puisqu’ils se fondent insensiblement les uns dans les autres au moyen d’une série de modifications et de transformations graduées dans le plus grand nombre des caractères. H est résulté pour nous autrefois, et pour plusieurs autres conchyliologues, cette opinion que tous ces genres artificiels devaient rentrer dans le seul genre Vénus. Cette opinion ne peut subsister en présence des faits nouveaux dont l’histoire des Mollusques s’est enrichie , et ces genres , artificiels en apparence , sont zoologiquement naturels : nous l’avons démontré pour les Pullaslra et les Vénus , nous allons également en donner la preuve pour les Cythérées.
Les Cythérées sont des coquilles do formes variables. La plupart sont ovales, transverses, inéquilatérales; celte forme se modifie peu à peu, passe à la triangulaire , qui persiste particulièrement dans un groupe dont le Cijtherea corbicula peut donner une juste idée , et dans lequel se réunissent un assez grand nombre d’espèces. De cette forme triangulaire on passe par degrés insensibles à une forme sublenticulaire. Le plus grand nombre des Cythérées sont lisses , polies , brillantes et ornées de couleurs aussi vives que variées. Leur surface extérieure est moins accidentée que celle des Vénus j il y a cependant des espèces , mais en petit nombre, qui sont, les unes striées, sillonnées ou lamelleuses transversalement ; les autres ont des stries ou des côtes longitudinales , divergentes et presque toujours bifides du côté postérieur. Le poli brillant qui se remarque sur le plus grand nombre des espèces do Cythérées est dû à l’existence d’un épiderme corné , transparent, au-dessous duquel la coloration conserve toute sa beauté. Il y a des espèces chez lesquelles l’épiderme est plus apparent; il est brunâtre, mais dans aucune il ne déborde le test. On peut dire d’une manière générale que dans les Cythérées les bords restent simples et sans crénelures; car il faut en excepter seulement le petit nombre de celles qui sont ornées de stries ou de côtes longitudinales. Ce fait n'est pas sans intérêt au point de vue de la paléontologie; car les crénelures des bords d’une coquille restent empreintes sur son moule intérieur , et dès lors il y a plus de raisons à ranger ces espèces fossiles à bords crénelés plutôt parmi les Vénus que parmi les Cythérées.
Quelques Cythérées sont bombées cl cordiformcs; celles-la ont les crochets assez grands. A mesure que les espèces s’aplatissent, les crochets diminuent, se rapprochent, s'opposent fun à l'autre, et dans les espèces lenticulaires ils se touchent , s’amincissent et se redressent. Toutes les Cythérées portent sur le côté antérieur une lunule plus ou
QUINZIEME FAMILEE.
moins f;rande, plus ou moins superficielle ; sa forme varie avec celle de la coquille: cordiforme dans les espèces bombées, elle est lancéolée dans les espèces aplalies. La surface interne n’est jamais nacrée; blanche dans le plus grand nombre des espèces, elle se nuance de violet , de pourpre , d’orangé, de brun dans celles des espèces qui ont cette surface colorée.
La charnière des Cythérées mérite une élude attentive, car c’est principalement d’après celte partie que le genre est caractérisé. Quoique cette charnière éprouve quelques modifications , elle est cependant constante dans le plus grand nombre des espèces : elle consiste en trois dents cardinales, divergentes, inégales, comme dans les Vénus, et de plus une dent latérale antérieure comprise dans la longueur de la lunule. Lorsque le paléontologiste n’a à sa disposition que des moules intérieurs , il est de la plus grande importance qu’il recherche dans les plis produits par l'empreinte de la charnière les traces de la dent latérale antérieure; c’est par sa présence qu’il peut décider du genre de l'espèce qu’il observe. II y a d’autres genres où il existe aussi une dent latérale antérieure , mais elle a une position et une forme qui ne permettent aucune erreur. Déjà, en traitant précédemment du genre Vénus, nous avons rapporté ce fait intéressant do la disparition graduée de la dent latérale antérieure. Dans une série d’espèces choisies dans ce but^ on voit la dent latérale diminuer peu à peu et disparaître complètement après avoir laissé sur les dernières espèces de la série de très faibles vestiges de son existence.
La dent latérale antérieure des Cythérées n’occupe pas toute la longueur de la lunule; elle est plus ou moins longue selon les espèces, quelquefois elle est comprimée, assez souvent elle est en cône, pointue au sommet; tantôt elle est tellement rapprochée des dents cardinales qu’elle semble se confondre avec elles, tantôt elle en est plus écartée. Les dents cardinales elles-mômes sont variables dans une certaine mesure. Ainsi il existe un groupe considérable d’espèces vivantes et fossiles chez lesquelles les deux dents antérieures de la valve droite sont très rapprochées et presque parallèles; la dent postérieure est alors épaisse et canaliculée. Dans un autre groupe d’espèces triangulaires , les trois dents cardinales sont égales et divergentes sur l’une et l’autre valve; dans quelques unes de ces espèces on voit apparaître en arrière, le long de la nymphe , un petit pli qui se transforme bientôt en une quatrième dent cardinale. C’est avec celte modification , qui n'est pas sans importance, que se présente la charnière du Cytherea corbicula et de plusieurs autres espèces voisines.
LES CONQUES
Les impressions musculaires sont généralement grandes ; elles sont situées aux extrémités du bord cardinal et inégalement distantes de- la charnière: l'impression antérieure est ovalaire ; la postérieure , plus grande , est subcirculaire. Dans les espèces aplaties , pour lesquelles Schumacher a établi son genre Circé , les impressions musculaires sont situées plus près de la charnière; elles sont plus oblongues que dans les autres espèces , et leur grand diamètre est perpendiculaire à Taxe transverso de la coquille. Nous ne parlerons pas des petites impressions que laissent les muscles rétracteurs du pied ; elles sont semblables à celles des Vénus et occupent les mêmes places.
La sinuosité de l'impression palléalé est variable chez les Cythérées de la même manière que chez les Vénus ; c'est-à-dire qu’elle se présente large et profonde dans certaines espèces , elle diminue peu à peu dans d’autres, et finit par disparaître entièrement dans le groupe des Circés de M. Schumacher. Il est bien important de constater ce fait dans l’intérêt des paléontologistes ; car ils ont l’habitude de rejeter des Vénus ou des Cythérées tous les moules qui présentent une impression palléale simple. 11 se pourrait cependant que quelques uns dépendissent des Cythérées ; mais pour s’en assurer, il faudrait avoir, en même temps que le moule intérieur, des impressions bien nettes de la charnière. La forme extérieure de la coquille ne laisse pas toujours prévoir l’étendue relative de la sinuosité palléalé. Les espèces ovalaires , par exemple , telles que les Cylkerea chione , erycina , maculala, etc., sont celles qui possèdent la sinuosité palléalé la plus grande. A côté de ces espèces , il semble que les meretrix , petechialis , lusoria , etc., ayant une forme ovale , trigone , intermédiaire entre ce groupe et le suivant , devraient avoir une sinuosité moins profonde; il n’en est rien : chez ces espèces la sinuosité a presque complètement disparu. Dans d’autres Cythérées beaucoup plus triangulaires, la sinuosité reparaît avec diverses modifications. De sorte que si Ton rangeait en deux groupes , abstraction faite de tous les autres caractères, toutes les espèces ayant un sinus palléal et toutes celles qui n’en ont pas, les mêmes formes extérieures S0 retrouveraient dans l'une et l’autre série , et le fait deviendrait plus évident encore, si aux especes vivantes on joignait les fossiles.
Nous connaissons les animaux de plusieurs espèces de Cythérées ils se ressemblent et diffèrent entre eux de la môme manière que ceux des Vénus, et les différences se rencontrent sur les mêmes organes. Le manteau est bordé à sa circonférence d uii muscle orbiculaire fort large et peu épais, qui s’attache à la coquille sur la ligne de l'impression palléalé. Ainsi que dans les Vénus, le manteau déborde le muscle en
SB partageant en deux bords distincts : le premier, plus court, ne dépasse pas le test, il s’applique sur lui, le sécrète ainsi que lepiderme; l’autre, membraneux, plus large, saillant au dehors, est découpé en larges lanières et contourné en plis profonds. Cette disposition rappelle tout à fait ce qui existe chez les Vénus. Chez le Cytherea cUione , en avant dans la longueur de la lunule , en arrière depuis l'extrémité du ligament jusqu’à l’origine des siphons, le manteau laisse échapper une double série de tentacules cylindracés, coniques, qui s’allongent graduellement. Dans le Cytherea venetiana , les tentacules dont nous parlons n'existent pas, le bord membraneux du manteau se continue a leur place. Les lobes du manteau sont désunis dans les Cylhérées de la môme manière quo dans les Vénus; ils laissent entre eux une large ouverture qui commence au bord inférieur du muscle antérieur et qui se termine à l’origine des siphons.
Les siphons sont plus ou moins considérables selon les espèces ; ils sont proportionnés à la grandeur de leur muscle rétracteur qui laisse sur la coquille la sinuosité palléale. Ainsi ces organes , dans le Cytherea chione Ql toutes les espèces du même groupe, sont grands, épais, et dans leur développement ils acquièrent une longueur égale aux deux tiers de celle de la coquille; ils diminuent dans leurs dimensions à mesure que leur muscle rétracteur s’amoindrit : cependant ces organes subsistent dans toutes les espèces , dans celles-là même qui n’ont plus de sinuosité palléale. Dans le Cytherea chione, les siphons sont joints dans toute leur longueur, si ce n’est à l'extrémité, où ils se désunissent dans un très court espace; dans d'autres espèces , cette disjonction s’étend davantage; elle s’étend au quart de la longueur totale. Nous ne connaissons pas d'espèce où celte disjonction soit plus étendue. Le point de la soudure des deux siphons se manifeste au dehors par une dépression longitudinale , de telle sorte qu’une section transverse représenterait un huit de chiffre. Le siphon branchial est toujours le plus gros ; il est aussi un peu plus long que l'anal, même dans les espèces où les deux organes sont joints jusque tout près de l’extrémité ; les ouvertures terminales restent parallèles , mais dans celles où la disjonction est plus profonde , les ouvertures s'écartent en formant entre elles un angle presque droit. Quant aux tenîacules qui garnissent les bords des siphons, ils sont simples, coniques, et ils varient eu nombre et en grandeur, selon les espèces. Ainsi, dans lo Cytherea chione, un rang de grands tentacules naît du bord interne du siphon branchial ; un rang de tentacules plus courts et plus grêles s’élève du bord externe du même siphon, et ces tentacules sont espacés de manière que deux des petits
LES CONQUES
occupent l'intervalle qui sépare chacun des grands. Dans le Cytherea venetiana, la disposition est à peu près la môme; il y a cette différence qu'un seul petit tentacule alterne avec les grands et que tous partent du môme bord, très mince dans celte espèce. Le siphon anal , chez le Cylherea chione , ne diffère pas de son congénère, seulement les tentacules sont plus petits sur une ouverture moins grande, tandis que dans ieCyth&'ea venetiatia le siphon anal est tout à fait semblable à celui des Vénus ; l'ouverture couronnée d'un rang de tentacules est prolongée en une calotte membraneuse percée au sommet.
Le pied est robuste chez les Cylhérées; il est triangulaire, linguiforme, comprimé de chaque côté. Ses parois épaisses et musculaires embrassent la masse des viscères et la contiennent comme dans un sac. Des faisceaux fibreux plus épais, situés en avant et en arrière , donnent naissance à deux muscles rélracleurs, dont le tendon bifurqué s’attache à la coquille aux points que nous avons déjà désignés.
La bouche est petite, Irausverse , accompagnée.de deux lèvres larges, mais courtes , qui se dilatent do chaque côte en une paire de palpes labiales triangulaires, fort longues, étroites, et présentant sur leur surface interne un petit nombre de lamelles peu saillantes, très écartées, et n’occupant que les deux liprs de celte surface; l’autre tiers formant un bord interne entièrement lisse.
Les branchies sont semblables à celles des Vénus. Les feuillets externes sont plus petits que les internes; ceux-ci remontent jusqu’au bord antérieur de la masse des viscères et se terminent en avant en une pointe courte et aiguë qui s’avance jusqu’à la bouche, en se glissant entre les palpes labiales. La surface des branchies est divisée régulièrement par un petit nombre de sillons obliques, peu profonds. En arrière les branchies dépassent un peu le bord postérieur de l'abdomen ; elles se joignent entre elles, et elles viennent se souder au pourtour membraneux de l’ouverture interne du siphon anal.
Trompé par l'apparence, Poli avait cru devoir réunir dans un même genre les Madrés et le Cytherea chione ; cette opinion , que l'on crut suffisamment fondée sur dos faits bien observés , trouva des approbateurs , et ce fut elle surtout qui contribua à détruire chez certains naturalistes l’importance des caractères empruntés à la charnière et à la position du ligament. Des observations plus complètes ont fait justice de l’erreur de Poli: il suffit aujourd'hui de comparer attentivement les animaux des doux genres pour reconnaître en eux les caractères qui les éloignent dans deux familles distinctes ; il aurait même suffi d’apprécier à leur juste valeur les différences que présentent les
organes branchiaux pour s’apercevoir que chez le Cytherea chione ils sont semblables à ceux du grand type des Vénus, tandis que chez les Madrés ceâ organes se rapprochent infiniment plus de ceux des Myes et de tous les autres mollusques portant de longs siphons.
Les caractères des Cythérées, tels que nous venons de les exposer, excluent naturellement de ce genre, non seulement lesDosinies de Scopoli ou Arthémis de Poli, mais encore quelques autres coquilles que Lamarck, à l'exemple de Linné, a conservées dans le genre. C’est ainsi, par exemple, que le premier nous avons fait voir que le Cytherea tigerina, Lam. (Fenus, Linné), est une véritable Lucine: cotte rectification a été adoptée depuis par tous les naturalistes. Il en est de môme du Cytherea leonina de M. Baslérot , voisine de la précédente ; elle doit faire partie du môme genre.
Les Cythérées sont des mollusques littoraux qui vivent de la même manière que les Vénus, et qui se trouvent avec elles dans les mêmes parages. Près de deux cents espèces sont inscrites dans les ouvrages de conchyliologie. Elles habitent particulièrement les régions chaudes de la terre; leur nombre diminue rapidement dans les régions tempérées, elles disparaissent complètement dans les pays septentrionaux. Aussi Ton peut dire d’un terrain tertiaire qui contient beaucoup de Cythérées , qu’il a été déposé pendant une température inlertropicalo.
Quoique les paléontologistes aient eu le genre Vénus pour so débarrasser do toutes les espèces vénériformes qui les embarrassaient , ils ont cependant encore laissé un grand désordre parmi les Cythérées, et pour ce genre nous avons des nombres à peu près semblables à ceux des Vénus. Sur environ cent cinquante espèces mentionnées , et que nous avons examinées, nous eu conservons quatre-vingt-huit seulement, dont nous allons indiquer la distribution , et sur quelques unes desquelles nous aurons à faire quelques observations, Mais avant d’en venir à cette énumération, nous devons d'abord rappeler celles des espèces qui paraissent devoir être éliminées définitivement du genre.
Nous trouvons, dans le Catalogue de Keferstein, sept espèces de Cythérées citées autrefois par M. de Münster dans le terrain carbonifère. Ces espèces, à ce qu'il paraît, ont été abandonnées depuis par leur auteur, car nous les avons vainement cherchées dans les ouvrages paléontologiquesdu savant naturaliste que nous venons de citer; elles ne sont môme pas rapportées dans la synonymie d’autres espèces. M. do Münster aura reconnu plus lard leur genre, cardans le terrain carbonifère, il n’y a jusqu’ici aucune coquille que l’on puisse rapporter avec certitude aux Cythérées. Trois autres espèces du même auteur sont décrites et
LES CONOl^ES.
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figurées dans l’ouvrage de Goldfuss, sous les noms de Cytherea (tptycfms, lamellosa, laîiplexa. Ces coquilles proviennent du lias ,, mais elles ne dépendent pas du genre dont elles portent le nom ; elles appartiennent au genre Cardinta, dans lequel nous les retrouverons plus tard.
Parmi les espèces du lias, on cite encore le Cytherea trigonellaris de Voltz : d’une forme triangulaire , celte coquille se rapproche des cardinies, mais elle a le test plus mince, une lunule moins déprimée et non circonscrite. Nous avons reçu de Voltz lui-même, sous le même nom, un moule de celte coquille du lias supérieur de Gundershoffen ; nous y observons les plis de trois dents cardinales, la trace d'une petite dent latérale. Un sinus palléal triangulaire profond prouve indubitablement que le moule en question est bien celui d’uneCylhérée ; mais ce moule nous paraît provenir d’une espèce distincte de celle Ggurée par Goldfuss sous la dénomination de Cytherea trigonellaris. De celte dernière nous ne connaissons ni la charnière ni l’impression palléale; c’est pour cette raison que nous conservons du doute à son sujet.
11 existe dans les marnes supérieures du gypse, aux environsde Paris, une couche peu épaisse toute pétrie de coquilles bivalves très minces, Iransverses et subtrigones. M. Brongniart , qui le premier les a fait connaître, les introduit avec doute dans legenreCythérée, en ajoutantqu’ elles pourraient être aussi bien des ünio, des Crassines ou des Cyrènes ; ceci dénote l’incertitude du savant géologue. A force de soins et de patience nous sommes parvenu à dégager l’impression bien conservée d’une charnière do ces coquilles: elle porte trois dents petites et divergentes^ point de dents latérales. En comparant cette charnière à celle des Glauconomes, nous avons été entraîné à rapportera ce dernier genre les deux Cythérées des marnes supérieures au gypse de Paris. Par conséquent, ces espèces passant dans un autre genre , il deviendra possible de laisser des noms semblables à de véritables Cythérées.
Ainsi que nous venons de le voir, le genre Cythérée apparaît pour la première fois avec certitude dans le lias. L’espèce mentionnée précédemment n’est pas la seule qui se trouve dans ce terrain, Voltz en cite deux autres à Gundersholfen; elles sont aussi dans d'autres localités de l’Allemagne: ce sont les Cytherea lucinia et cornea. M. de Münster en ajoute une quatrième sous le nom de Cytherea deltoîdea; mais ce nom ne doit pas lui rester, puisque Lamarck, il y a plus de quarante ans , l’avait consacré à une espèce des environs de Paris. En conséquence, nous proposons le nom de Cytherea liasina pour l’espèce do M. Münster décrite et figurée par Goldfuss.
Jusqu’ici le genre Cythérée n’est représenté que par une seule es-
59» quinzième famille.
pèce dans toute la formation de Toolile inférieure , et encore cette espèce nous laisse des doutes, car nous n‘en connaissons pas !a charnière: c’est le Cytherea dolabra de M. Philips; elle pourrait être aussi bien une Aslarte qu’une Cythérée.
Nous avons une espèce non encore décrite du coral rag do Luc (Calvados): c'est une coquille lisse ayant une lunule ovale-lancéolée; sa charnière, entièrement dégagée, porte trois dents cardinales inégales et une dent latérale antérieure ; la forme générale de la coquille rappelle celle du Cijtherea nUidula des environs de Paris. Nous proposons pour cette espèce le nom de Cytherea velusta.
Une seule espèce est mentionnée dans les couches du terrain porilandien de l'Angleterre : c’est le Cytherea rugosa de Sowcrby. Le nom de cette espèce est mal choisi, à cause de la confusion qui s’est établie au sujet du Venus ritgosa et de toûtes les autres espèces auxquelles ce nom a été mal appliqué. Quelques-unes d’entre elles ont été rapportées aux Cythérées, et c’est de là que pourrait venir la confusion ; elle pour rait être évitée en substituant le nom de Cytherea Fütoni à celui de rugosa.
Les Cythérées sont beaucoup moins abondantes dans la formation crétacée que les Vénus; il arrivera probablement une répartition plus égale lorsque la charnière de toutes les Vénus sera mieux connue : un certain nombre passera probablement parmi les Cythérées. Dix espèces seulement sont connues dans la craie, sept sont propres à l’Europe; aucune h’est citée dans le terrain néocomicn, presque toutes sont du grès vert et de la craie cblorilée. Le Cytherea parva, Sow., passe du gault d’Angleterre dans le sable vert de l’Allemagne. Les Cytherea plana et suhroîunda existent à la fois dans le grès vert d’Angleterre, de France et d’Allemagne. Les Cytherea /mco/tï(aet truncata ne paraissent pas sortir des sables verts d’Angleterre; elles ne sont pas mentionnées par les paléontologistes du continent. Le Cytherea caperata de Sowerby est Tune des espèces les plus citées et des plus répandues dans la craie chloritée en Angleterre, en Allemagne et en France. M. d’Orbigny rapporte h cette espèce le Cytherea uniformis de M. Dujardin ; mais il commet une erreur, et nous pensons que l’une et l’autre espèce doivent être conservées. Le Cytherea caperata est une coquille suborbiculaire très voisine des Dosinies; la surface est couverte de groé sillons obtus réguliers. Le Cytherea uniformis est subtrigone, et ses sillons sont beaucoup plus fins, plus serrés, moins réguliers. A ces espèces de l'Europe nous ajouterons le Cythei'ea Herzogii d’Haussemann, trouvée dans la craie du cap de Bonne-Espérance , accompagnée du Cytherea râpe-
LES CONQUES
rata d’après Goldfiiss. Le Cytherea excœvala de Morton est propre à la craie de l’Amériquo septentrionale. En6n , le Cytherea analoga de Forbes provient de la craie de l'Inde, et elle aurait, d'après ce naturaliste, une très grande ressemblance avec le Cytherea nitidula du terrain tertiaire de Paris.
Les terrains tertiaires contiennent un grand nombre deCytbérées: c’est ainsi que nous en comptons quarante et une dans l’étage inférieur de ces terrains; et ce qui est très remarquable, c'est qu’il n’y en a au^ cune qui passe en identique dans l'étage moyen , quoique le contraire ail été souvent annoncé. Nous-méme avions admis autrefois une seule exception , nous avions cru retrouver à Dax et à Bordeaux le Cytherea fîuberycinoides du bassin de Paris; nous avons reconnu depuis des ca-raclères constants qui séparent en deux espèces ce que nous avions pris pour des variétés locales d'un même type.
Lorsque, en 1830, nous avons publié nos tableaux des espèces analogues vivantes et fossiles des terrains tertiaires de l’Europe, nous avons considéré comme contemporains des couches inférieures du bassin de Paris de très vastes dépôts nummulitiquos des Pyrénées et des Alpes. A cette époque, le terrain nummulilique en question était classé dans la craie par tous les géologues. Guidé par les faits que nous avait révélés l'étude des fossiles et de leur distribution, nous avons persévéré dans notre opinion , certain que nous étions qu'elle serait jusUliée lorsque l’étude de ces terrains serait plus avancée. Depuis quelques années la géologie a répandu de nouvelles lumières sur la question , et à me sure quePexamen s'approfondit, on reconnaît l’exactitude de notre opinion ; les terrains crétacés ont été reconnus et limités avec plus de précision, et pourtant on les trouve nettement séparés des terrains nummulitiques qui les recouvrent. Aujourd’hui les faunes des deux terrains sont mieux connues, et leur comparaison en démontre la profonde séparation. Nous Pavions annoncé, au reste, en afûrmant alors, comme acluellernent encore , qu'aucune espèce crétacée ne passe en identique dans le terrain tertiaire inférieur. Les Cythérées des terrains nummuiitiques sont différentes de celles de la craie , et cependant elles ne sont pas semblables à celles du bassin de Paris. Elles sont au nombre de trois: ce sont les Cytherea rabica et ciistugensis de M. Leymerie, et VerneiiilU de M, d’Ârchiac. Les deux premières caractérisent les terrains nummulitiques des corbières, la troisième ceux de Biaritz.
En ajoutant aux espèces que nous avons décrites celles qui ont été découvertes depuis la publication de notre ouvrage sur les fossiles des environs de Paris, le nombre des Cythérées fossiles s’élève actuelle-
OinXZIEME FAMILLE.
ment à vingt-neuf. Plusieurs d’entre elles méritent une mention particulière.
I” CyUwrea obliqua, Desh.
M. Sturt a constaté un fait bien remarquable pendant son voyage à la Nouvelle-Hollande. Il a recueilli des fossiles d'un terrain tertiaire, et parmi eux il s’en est trouvé plusieurs identiques avec ceux du bassin de Paris , entre autres le Cytherea obliqua, qui se montre en même temps dans les sables inférieurs du Soissonnais, dans l’argile de Londres et à la Nouvelle-Hollande.
2° Cytherea pusiîla, Desh,
Celte petite espèce ne se rencontre jamais dans le bassin de Paris, hors des couches des sables inférieurs d’Âbbecourt, de Laon et du Soissonnais; elle a été récemment découverte dans les argiles de Barton en Angleterre. M. Nyst la mentionne aussi en Belgique, d’après M. Galeolli, qui lui-même no la cite qu’avec doute.
3® Cytherea elegaiis, Lamk.
M. Pusch mentionne celte espèce parmi les fossiles de laPodolie; nous soupçonnons une erreur dans la détermination. Cependant M. Grateloup la cite aussi dans le bassin de Bordeaux; nous l'avons vainement recherchée dans les collections les plus complètes : nous y avons vu une espèce voisine , mais toujours distincte. Le véritable Gy i/terea clegfuîis commence avec le calcaire grossier et remonte dans les grès marins moyens ; elle existe également dans le bassin de Londres.
4° Cytherea semisulcata, Lamk.
Celle-ci se trouve à la fois dans le bassin de Paris , dans celui de Valogne, ainsi qu’aux environs de Londres. M. Pusch la trouve aussi en Podolie, mais nous n’admettons ce fait qu’avec la plus grande réserve.
5” Cytherea tellinarîa, Lamk.
Elle est commune aux bassins de Londres et de Paris. M. Nyst la retrouve avec doute en Belgique ; enûn M. Grateloup la mentionne à Saucats, près de Bordeaux. Nous ferons à son sujet la même observation que pour l’espèce précédente; nous ne l’avons jamais vue de cette localité.
6” Cytherea sulcataria, Desh.
Il est évident pour nous que deux espèces ont été confondues avec la nôtre. Nous avons eu sous les yeux le seul exemplaire connu de l’espèce belge décrite et figurée par M. Nyst; elle est très différente de celle de Paris, M. Hébert , qui s’occupe avec un soin louable des fossiles des sables supérieurs du bassin de Paris , a reconnu avec nous les caractères distinctifs des deux espèces , et a proposé de donner le
LES CONOdCS-.
nom de Cytherea BosquetÀ, ou sulcataria de Nyst. Quant à la coquille figurée sous le même nom dans l’ouvrage de Goldfuss . elle est tellement différente de celle de Paris, qu'il faut supposer de la part du savant naturaliste une erreur matérielle que nous ne pouvons nous expliquer. A celle espèce de Goldfuss nous proposons d'appliquer le nom de Cytherea sukifeï'a.
T Cytherea suberijcinoUks^ Desh.
Les observations que nous venons de faire sur l'espèce précédente pourraient s’appliquer à celle-ci ; car le Cytherea siiherydnoides de M. Goldfuss est une espèce différente de celle de Paris. Nous n’avons pas la même certitude à l’égard de celle de U. Nyst; elle est au moins une variété à sillons plus gros. Le Cytherea suberycinoides se trouve en Angleterre r en Belgique et aux environs do Paris ; elle passe des calcaires grossiers dans les grès marins moyens, où elle rencontre une -espèce voisine que nous considérions autrefois comme une simple variété. La constance de ses caractères nous détermine à la séparer sous le nom de Cytherea Heberti. L’espèce de -Westphalie , figurée par Goldfuss , devient pour nous le Cytherea corriigata.
8” Cytherea poîita ^ Lamk.
Espèce intéressante qui se trouve dans les sables inférieurs du Solssonnais , passe dans le calcaire grossier et remonte dans les grès marins moyens; elle existe aussi à Valognes et en Belgique. MM. Dubois de Montpéreux et Pusch ont cru retrouver cette espèce en Podolie; mais d'après la figure du premier de ces naturalistes, nous croyons qu’ils ont pris pour elle de jeunes individus du Cytherea affinis.
9” Cytherea nüidula ^ Lamk.
Elle a. été l’occasion d’un assez grand nombre d’erreurs. D’abord Lamarck, Defrance, et nous-môme avons confondu avec elle une espèce du calcaire grossier toujours plus mince et plus bombée. Nous lui qyons donné le nom de CythoxHi parisiensis. L’espèce de Paris , ainsi rectifiée , se rencontre depuis les sables inférieurs jusque dans les sables marins moyens ; elle existe aussi à Valognes, en Belgique et. en Angfeterre, mais elle n’est pas aux environs de Bordeaux, comme l'ont cru MM. Bastérot et Grateloup ; ils ont pris pour elle de joimes individus d'une coquille à laquelle M. Agassiz a donné le nom de Cytherea Lamarckîi. Le Cytherea nitidula de Goldfuss est très différente de toutes celles de Paris et de l’espèce de Bordeaux ; elle doit donc recevoir un autre nom , et nous proposons celui do Cytherea decipiena. Ce naturaliste commet une autre erreur en rapportant, dans la synonymie de son espèce, le Cytbei'ea transreraa de Sowerhy, parfaitement distincte par T. l. ‘1^ PAhTIK. ^8'
r> cj/f 0 U 1 N / 1 È M K F A M I M. E .
tous ses caractères. Dan.s sou mémoire sur les fossiles des environs de Magdebuurg,- inséré dans la Pakeonlographica de Meyer, M. Philippi cite aussi un Cytiierm nitidida. Mais ost-ce une espèce distincte de louLes les autres? ou bien à laquelle des nilidula devra-t-on la rapporter? Il est à présumer qu'elle appartient à l'espèce de Goldfuss. Enfin M. Pusch mentionne aussi le nilidula dans les terrains tertiaires de la PodoÜe; mais celte citation n’étant accompagnée ni de la description ni do la figure de la coquille, nous ne pouvons avoir d'opinion à son sujet ; cependant nous devons observer que Jusqu'ici le nilidula véritable ne s'est pas rencontré dans l'étage tertiaire moyen ‘auquel appartient le terrain tertiaire de la Podolie.
■10® Cylherea lœvigala^ Lamk.
Celle-ci réclame aussi une attention toute spéciale , car elle a été mentionnée dans deux terrains tertiaires, quoique par le fait elle dépende uniquement du plus ancien de tous, de celui de Paris. Elle y est répandue avec une extrême abondance, depuis les sables inférieurs jusque dans les sables siiporiours de Fontainebleau. En passant des couches inférieures aux moyennes et aux supérieures, elle a éprouvé des variations remarquables. Ainsi, dans les sables inférieurs de Brachcux. d’Abbecourt , de Guise-Ia-Molhe , de Soissons, etc., elle est petite, étroite et irrégulièrement sillonnée; dans le calcaire grossier, elle reste étroite, mais acquiert un volume beaucoup plus considérable; en passant dans les grès marins moyens , elle s’épaissit et s'élargit sensiblement, surtout du côté antérieur; enfin, parvenue dans les sables de Fontainebleau, elle s’élargit davantage encore et devient plus ovalaire; c’est avec cette dernière variété que M. Mérian a fait son Cylherea sptendkla. Pendant ces transformations la charnière reste constamment la môme; la lunule, lancéolée, circonscrite par une strie étroite, ne se modifie pas; les impressions musculaires conservent leur forme et leurs rapports ; la sinuosité palléale, étroite et obtuse au sommet, est presque toujours obliquement tronquée dans les individus des sables supérieurs, mais cette troncature se retrouve , quoique plus rarement, chez les individus des autres couches. La distribution géographique' du Cylherea lœvigala n’est pas moins intéressante. Elle Se trouve à Valognes, dans le bassin de Londres, dans celui de la Belgique; elle se rencontre aussi en Westphalie, à Bunde, à Alzey près de Mayence; enfin, elle est citée dans le sud de la Nouvelle-Hollande par M. Sturt. Brocchi a racnlionrié respôco dans le terrain subapennin ; mais il a été reconnu par nous et par M. Sismoiula, que' l’espèce du Plaisantin est très différente de celle de Paris : elle a reçu le nom de Cylherea BonellH.
LES CÜN(JÜES.
1 1'^ Cytherea citneaUi, Desh.
Petite espèce qui caractérise la partie supérieure du calcaire grossier au moment où il commence à se môler aux premières couches des grès moyens. Goldfuss la cite aux environs de Cassel; mais, d’après la figure môme de ce naturaliste , l'espèce qu’il nomme ainsi est différente de la nôtre: nous proposons pour elle le nom de Cytherea cunetformis.
Indépendamment des vingt-neuf espèces qui existent dans le bassin de Paris, il y en a encore dix autres qui appartiennent à d’autres bassins du même âge. Sept d’entre elles ont été découvertes à Bunde, à Cassel, à Kreusnade, à AIzey, à Kleinspauwen , dans des sables fossilifères qui paraissent correspondre au grès de Fontainebleau ; quant aux trois autres, ce sont les Cyllurea Solandri, iransversa et lenuislria de Sovverby. Elles sont propres au bassin de Londres.
L’étage tertiaire moyen est de beaucoup moins riche en espèces de Cythérées que le précédent ; nous en comptons douze seulement, parmi lesquelles quatre passent dans Fétage supérieur , et de plus nous appellerons l’attention sur une de ces espèces qui, sans se montrer dans l’étage supérieur, a encore son représentant dans la nature actuelle. Nous aurons aussi à présenter quelques observations au sujet de quelques unes des Cythérées qui caractérisent les couches dont il est question.
I® Cytherea Daboisii, Andrzej.
M. Dubois, dans son ouvrage sur la Wolhynie et la Podolie, avait considéré comme analogue au Cytherea chione de Lamarck une espèce qui en est effectivement voisine. M. Grateloup, en inscrivant la même espèce dans son Catalogue zoologique j l’attribue aussi au Cytherea chione. M. Pusch lui trouve plus de ressemblance avec le Cytherea erycinoides., et il assimile les deux espèces. Le fait est que la coquille de Podolie et de Bordeaux so distingue très bien de toutes ses congénères : c’est ce que M. Andrzejouski a bien compris, et il lui a donné le nom de Cytherea Duboisii , qui devra être conservé.
Cytherea a//ims, Duj.
Espèce très rapprochée du Cytherea chione, mais qui en reste toujours distincte. Nous pensons que c’est elle qui a été découverte en Podolie par MM. Dubois et Pusch, et qui en ont décrit les jeunes individus sous le nom de Cytherea polila. Si cette supposition n’est pas fondée, l'espèce de Podolie devra recevoir un nom nouveau; car elle n’est pas le poJita de Lamarck, comme nous l’avons déjà dit.
V Cytherea nitem, Andrzej.
Il est a regretter que les naturalistes de- la Russie n'aienl pas complété l'ouvrage de M. Dubois. Beaucoup d’espèces sommairement décrites auraient besoin d’être soigneusement figurées; ainsi le Cytherea superha de M. Eichwald, d’après la courte description qu’il en donne, paraît la môme que le Cytherea nilens d’Andrzejowski. Mais comment s*assurer si ces espèces sont identiques ou différentes en Tabsence de documents suffisants?
4° Cytherea undala, Bast.
Jusqu’ici nous ne connaissons cette espèce que dans le bassin de Bordeaux. M.Goldfuss a cru la retrouver à Bunde, mais il s’est trompé. La figure qu’il donne de sa coquille le prouve; l’impression palléale est fort différente. Celte widala de Goldfuss devra donc recevoir un autre nom , et nous proposons celui do Cytherea intermedia.
5® Cytherea Lamarch'iij Agass.
C’est cette espèce de Bordeaux et de Dax que M. Bastérota confondue avec le nitidula des environs de Paris, erreur que nous avons relevée précédemment. M. Agassiz en commet uneautre que nous croyons utile de signaler. Ce savant naturaliste croit que c’est là la coquille de Bordeaux rapportée par Lamarck au Cyprina islandicoides , mais il n’on est rien. La coquille de Bordeaux citée par Lamarck est beaucoup plus grande, et nous la rapportons au Venus umbonaria; elle n’est pas du genre Cythérée.
Nous aurions encore à mentionner deux espèces dans l’étage tertiaire moyen. L’une d’elles a son analogue vivant et ne passe pas dans les terrains quaternaires ; c’est le Cytherea erycina\ l’autre a également son analogue vivant , mais elle remonte dans l’étage tertiaire supérieur. Toutes deux seront citées un peu plus tard.
Le crag d’Angleterre et de Belgique renferme sept espèces. Les Cy~ therca filosa et lenticula , S. Wood, sont propres au crag d'Angleterre ; le Cytherea chionoideSj Nyst, ne se trouve qu’en Belgique; deux autres espèces, sulcala et trigona, sont communes aux deux pays; enfin, les deux autres espèces, Cytherea chione etrudis, passent dans les terrains supérieurs, et ont leur analogue vivant. Elles seront comprises dans une liste spéciale.
Neuf espèces seulement nous sont connues dans les terrains tertiaires supérieurs de l’Europe. Quatre de ces espèces sont éteintes et n’ont plus de représentants dans la nature actuelle : ce sont , les Cytherea Bunellii^ pedemontanaj fragilis et puello. Les trois premières sont
LKS CONOUKS, 5j)7
de rUalie, les deux autres sont de la Sicile. Nous avons maintenant à examiner celles des espèces dont les analogues vivants nous sont connus.
r Cytherea erijcma, Lamk'.; ÎVnws, Lin.
Vivante dans les mers de l’Inde, à Java , à Amboine, la Nouvelle- Hollande, etc.
Fossile à Bordeaux, à Dax. en Piémont, à Asti. M. Nyst la cite avec doute en Belgique.
Dans les tableaux-que nous ayons publiés à la fin des Principes de géologie de M. Lyel!, réédition, nous avons regardé comme parfaitement analogues les Cytherea erycina et cri/cîno/des de Lamarck ; un nouvel examen sur un plus grand nombre d’individus vivants et fossiles nous confirmé dans notre première opinion. Il semble que Lamarck, en imposant aux individus fossiles un nom particulier [Cytherea enjcinoides)y a voulu en faire une espèce à part; mais on serait<ians l’erreur. Au contraire, Lamarck considère les fossiles de Bordeaux et d’Italie comme parfaitement analogues à l’espèce vivante. M. Defrance ne paraît pas avoir partagé la manière de voir de Lamarck, puisqu’il propose pour les individus de Bordeaux le nom de Cytherea burdiyalensis. M. Agassiz a étudié de nouveau la question dans son mémoire intitulé : Jcouo(/mp/tîe des coquilles tertiaires réputées identiques avec les espèces vivantes , etc. Nous regrettons que M. Agassiz n’ait point étendu ce travail utile et consciencieux; il estfAcheux qu’il Tait entrepris loin d’un grand centre scientifique, tel que Londres ou Paris : il aurait eu à sa disposition des matériaux qui lui ont souvent manqué et par l’étude desquels il aurait modifié son jugement. Pour nous borner, quant à présent, à l’exemple qui nous est utile, nous voyons M. Agassiz conserver les deux espèces ; cependant il avoue qu’elles ne diffèrent en rien dans leurs caractères les plus essentiels, cliarnière, impression musculaire, impression palléale, accidents extérieurs, lunule, corselet, ligament, sillons, etc. Mais, ajoute cet observateur, il y a de légères différences dans la forme générale, et c’est d’après cela sans doute que le savant naturaliste conserve les deux espèces : l’une est un peu plus ovoïde que l’autre, et c’est tout. Mais cela est-il suffisant pour maintenir deux espèces? Nous disons non ; et notre négation repose sur des faits et sur des analogies. Si nous consultons l’analogie, nous devons d’abord poser cette question : Quelle est l’importance de la forme générale comme caractère spécifique? Nous l’avons déjà dit, et nous le répétons, ce caractère n’a de valeur qu’autant qu’on le trouverait invariable, que tous les individus d'une même espèce conserveraient exactement la même forme. Celte fixité absolue existet-elle? Nullement. Plus vous assemblez d’individus, plus vous recon-
ODINZIEME FAMILLE.
naissez de variations dans la forme générale. Cette variation ne dépasse pas certaines limites, mais elle est tellement incontestable que nous ne connaissons pas dans le type des Vénus une seule espèce qqi soit soustraite à celte loi générale de variation, dans la forme. Or la nuance à laquelle M. Agassiz s’arrête se trouve justement comprise dans cette limite <les variations spécifiques. Aussi pour nous, quand mémo nous n’aurions. sous les yeux que les individus figurés par M. Agassiz , nous n’hésiterions pas à les réunir en une seule espèce. Dans une discussion comme celle-ci, il ne nous suffisait pas do nous arrêter aux inductions par analogie; nous avons consulté les faits, et ils sont venus confirmer notre manière de voir. Et, en effet, les formes varient aussi bien dans, les coquilles vivantes que dans les fossiles, et tendent à se confondre par une double série de modifications.
2° Cytherea albina ? Lamk.
Vivante au Sénégal , fossile à Bordeaux, à Dax et dans les faluns de la Touraine.
Nous avons du doute sur Tidenlité de notre espèce avec celle nommée Cytherea albina par Lamarck. Celte dernière a cependant été figurée par M. Delesserl dans son précieux recueil ; mais dans la figure le sinus palléal est simple, tandis que dans notre coquille il est étroit et profond. Nous ne trouvons non plus aucune mention de notre espèce à l’état fossile; et comme elle est très commune à Saucats, il est à présumer qu’elle est du nombre de celles qui ont été confondues avec d’autres, car M. Grateloup n’aurait pas manqué de l’inscrire dans son Catalogue zoologique. Quoi qu’il en soit, le fait important que nous voulons signaler, c’est la parfaite identité qui se montre èntre l'espèce vivante du Sénégal et les individus des localités que nous avons citées précédemment.
3® Cytherea chionc, Lamk.; Kenws, Linné.
Espèce commune dans l’Océan européen, dans la Manche, dans toute la Méditerranée et au Sénégal.
Fossile en Italie, en Sicile, en Morée, en France, à Perpignan et dans le crag d’Angleterre.
Cette espèce , comme le Cytherea erycina , a été le sujet de quelques erreurs. Il est certain, par exemple, que l’espèce de Wolhynie à laquelle M. Dubois donne ce nom méritait d'être distinguée, ainsi que Fa fait M. Andrzejouski. 11 y en a une autre à laquellle M. Agassiz propose d’imposer le nom do Cytherea lœvis. C'est à celle-là qu’il rapporte le chione de Brocchi, insinuant par là que le véritable chione ne se trouverait pas dans le terrain subapennin. Nous pensons que pour cette espèce, ainsi que pour l’erycma, M. Agassiz n’a pas eu à sa disposition des matériaux
LES (;o>;l>les.
suffisants; car sur huit à dix individus du Ctjtfwrca chione de la Méditerranée, mais recueillis dans des lieux différents, il y en aura au moins un, quelquefois plusieurs, qui offriront tous les caractères du Ctjtherea iœvis, c’est-à-dire qu’ils auront sur le côté antérieur ou sur le postérieur des sillons distants plus ou moins saillants. Quant aux autres caractères empruntés à la charnière, aux impressions des muscles et du manteau, il y a une ressemblance exacte entre tous les individus vivants, et si l'on compare entre eux un grand nombre d'individus fossiles, on leur trouvera les mêmes variétés; enlin, la comparaison des deux séries prouvera qu'elles appartiennent à un seul type spécifique, conservant son unité dans sa variabilité assez restreinte.
Quelques naturalistes ont cité le Cytherea chione dans les mers du Brésil et sur les côtes de la Martinique. Nous avons des individus de ces localités : ils diffèrent peu en apparence du chione^ mais ils s’en distinguent constamment par la charnière , la grandeur et la forme de la sinuosité palléale. Ainsi, le Ctjtherea chione est une espèce européenne , qu'on la considère à l’état vivant ou à Télat fossile. Elle a été mentionnée dans les étages moyen et supérieur du terrain tertiaire. Elle existe en effet dans le crag , d’après M. S. Wood; néanmoins son abondance dans l’étage tertiaire supérieur la rend propre à le caractériser. Il existe dans les environs de Bordeaux et dans les faluns de la Touraine une espèce très voisine de celle-ci. M. Dujardin a reconnu entre elles des différences constantes, et il a désigné l’espèce en question sous le nom de Cytherea affims. Si les observations précédentes sont fondées, nous ne devons pas accepter le Cytherea chione tel que l’admet M. Bronn dans son Lethea geognostica; une partie de la synonymie doit être rejetée, et la distribution de l’espèce subit par là une modification importante, car elle reste dans les terrains supérieurs, et ne descend plus dans l’étage moyen.
4® Cytherea rudis, Poli (venetiana ^ Larak.).
Vivante dans toute la Méditerranée.
Fossile en Sicile, eu Italie , en Touraine et dans le crag d’Angleterre et de Belgique.
Actuellement confinée dans la Méditerranée, cette espèce occupail autrefois une bien plus vaste étendue ; elle s'avançait beaucoup plus vers le Nord, puisqu’elle est fossile en Belgique et en xVngleterrc. Ce fait, ainsi que plusieurs autres qui ressortent des renseignements que nous inscrivons dans cet ouvrage, prouve que la température était plus élevée qu’aujourd'hui dans les lieux où sont actuellement déposés les crags d'Angleterre et de Belgique.
«jüiNziEMK Famille.
Nous l’estiliiuiiri à celle espèce son premier nom, que Lamarck n’aurail pas di\cbaugef, et nous ajoutons à sa synonymie le Gytherea cycladiformts do M. Nysl: nous avons sous les yeux cette dernière espèce, et elle ne diffère en rien de son type vivaht.
0“ Cijlherca minima, Montagu. ‘
Vivante dans l’Océan d’Europd, la Méditerranée.
Fossile en Sicile, en Podolie et dans le crag d’Angleterre.
Sous le nom que nous venons d’inscrire, Montagu a décrit le premier cette petite espèce de CytEérée. M. Scacchi, en la découvrant dans le golfe de Naples , la crut nouvelle , et lui imposa le nom de Cylherea Cyrilli, qui fut presque géncraleiïient adopté*. Entin M. Andrzejouski, Payant observée à l’état fossile dans les sables de la Podolie , crut voir en elle une Aslarté à laquelle il donna le nom d'Astarte Puschii. M. Philippi, dans le premier volume de son E numération molluscorum Siciliœ, la crut également nouvelle, et la nomma Gytherea apicalis, nom qu’il a abandonne depuis.
6“ Cylherea multilamella, Lamk.
Vivante.... dans la Méditerranée*?
Fossile eu Sicile, en Italie, à Pile do Rhodes, en Céphalonie, dans 1 étage tertiaire supérieur.
A Vienne, en Podolie, dans l’étage tertiaire moyen.
Nous possédons l’analogue vivant du Cytherea multHamella de Lamarck; malheureusement nous ne savons do quelle mer il provient ; nous le soupçonnons de la Méditerranée, parce que l’espèce se retrouve jusque dans les terrains les plus récents sortis de cette mer.
Nous avons vu, dans notre examen du I Vnus ruyosa^ la confusion qui s'est établie au sujet de cette espèce. Cette coquille, portant à la charnière une dent latérale antérieure, doit venir se ranger parmi les Cythérées, et le premier nom qu’elle a reçu est celui que lui a imposé Lamarck, et qui devra lui rester. Nous avons sous les yeux des échantillons de toutes les localités que nous citons , et nous avons par là la preuve de l’apparition de l’espèce dans Pétage moyen des terrains tertiaires, de son passage dans Pétage supérieur, et de sa persistance dans la nature actuelle. Au reste, plusieurs des espèces mentionnées précédemment se trouvent dans de semblables conditions,
7" Cytherea gigantea, Lamk.
Vivante dans le golfe du Mexique.
Fossile dans les terrains tertiaires du sud de l'Amérique septentrionale.
LES CONQUES. 6oi
Nous' n'avons pas vu des individus fossiles de celle espèce, nous la rapportons ici d’après les indications de M. Morton.
Un assez grand nombre d’espèces de Cÿlhérées ont été signalées dans les terrains tertiaires de l’Amérique septentrionale. Nous en relevons quatorze ; il y en a probablement davantage. Nous ne connaissons pas leur distribution dans les couches dans l'ordre de leur superposition.