VICTOR MASSON, LIBRAIRE
17, PLACE DE l'ÉCOLE-I)E-MÉDECINE.
VlxNGT ET UNIÈME FAMILLE.
Cardiacés, plusieurs types de Mollusques , parmi lesquels on remarquait ceux de la famille des Tridacncs. Plus tard, ce savant naturaliste modifia ses premières opinions , et dans son Histoire des animaux sans vertèbres, il réduisit sa famille des Cardiacés aux cinq genres Cardium, Cardita , Cypricardia, Hiatella et Isocardia. Nous verrons bientôt que plusieurs de ces genres n’appartiennent pas à une famille naturelle. Nous avons vu, par exemple, le genre Hialelle rentrer parmi les Saxicaves ; les Cardiles ne se distinguent pas génériquement des Vénéricardes , et cependant Laraarck sépare ces deux genres en deux familles distinctes : c’est celui des Cardites qui doit sortir de la famille des Cardiacés. Latreille , dans ses Familles naturelles , a bien compris les rapports des genres Cardite et Vénéricarde ; mais , au lieu d'éliminer les Cardites de la famille des Cardiacés, il y ajoute les Vénéricardes, quoique Poli en eût fait connaître l’animal depuis longtemps et eût montré la différence profonde qui existe entre lui et celui du Cardium. La réforme que nous avons proposée a été adoptée par quelques conchyliologues, mais ü en est d’autres qui se plûrent à ajouter dans cette famille des genres qui n’en présentent aucun des caractères. M, Anton, par exemple , y joint les Gnalhodon , les Opis et les Cardites. Nous avons traité précédemment du pfemier de ces genres, et nous savons mainienant qu'il se rapporte à la famille des Mactracées. Le genre Opis , par sa charnière , se rapproche davantage des Aslartés et des Cardites. Dans la seconde édition de son Manuel de conchyliologie y M. Sowerby le jeune introduit un bien plus grand nombre de genres, parmi lesquels nous remarquons ['Hippopodium , le Mega~ lodon, le Cardilia , VHippagus, le Pachymya, et enfin le genre P/eurorhynchus. De -tous ces genres, le dernier que nous venons de mentionner serait seul susceptible de rester dans la famille des Cardiacés, s'il ne venait naturellement se ranger dans la section des Hémicardes dépendant du genre Cardium.
Nous n’examinerons pas ici la famille des Cardiacés, telle qu'elle a été instituée par Cuvier dans les deux éditions du Règne animal; le nombre des genres et la diversité de leurs caractères se refusant à constituer une famille naturelle. Aussi on doit la considérer plutôt comme un ordre que comme une famille , à moins d’apporter de profondes modifications dans la manière d’envisager la valeur des divers embranchements de la méthode. Aussi il n'est guère de zoologistes aujourd’hui qui , en présence des faits nombreux dont la science malacologique s’est enrichie, soient disposés à admettre des familles aussi étendues que celles de Cuvier. A côté de l’exagération que nous signa-
LES CARDUCÉS.
ions dans l’étendue des familles de l’immortel anatomiste , nous devons craindre aussi l’exagération contraire , celle par laquelle la famille des Cardiacés se trouverait réduite à un seul genre avec ses démembrements. Ce serait la tendance de M. d'Orbigny, qui réduirait la famille aux deux genres Cardium et Isocardia; ce serait également celle de M. Gray, car les divers genres qu'il inscrit dans sa famille des Cardiacés, ne sont, en réalité, que des démembrements du genre naturel Cardium , ainsi que nous le verrons bientôt lorsque nous en serons venus à l’exposition de ce genre.
Les animaux Mollusques que nous réunissons dans la famille des Cardiacés, possèdent des caractères communs qui les rendent faciles à distinguer, et au moyen desquels ils constituent une famille naturelle. Le manteau est ouvert depuis l’extrémité antérieure jusqu’à la postérieure; les lobes égaux se réunissent postérieurement dans une faible étendue de leur circonférence, et , si l'animal les contracte , ils semblent, percés de deux ouvertures médiocres et inégales, tandis que si l’animal les dilate, on les voit se prolonger en deux siphons courts, coniques et inégaux. Ces siphons peuvent se contracter et rentrer complètement dans l’intérieur de la coquille, quoiqu’ils soient dépourvus de muscles rétracteurs spéciaux , formant une saillie plus ou moins considérable dans l’inlérieur des parois du manteau. Le muscle orbiculaire, plus épaissi en arrière que dans les genres qui vont suivre, contient un appareil musculaire suffisant pour l’allongement et la contraction des siphons. Ces siphons sont quelquefois simples, comme dans les Cypricardes; ils sont, au contraire, garnis d'un très grand nombre de tentacules qui se dressent soit sur leurs parois, soit sur le bord, comme dans les Cardiums. Dans les Isocardes , enfin , les bords seuls sont lentaculifères.
La masse abdominale est épaisse ; elle se prolonge en avant et en bas en un pied dont la forme présente deux modifications principales. Dans les Isocardes et les Cypricardes , ce pied , coudé dans le milieu , est aplati , linguiforme , à peu près comme celui des Vénus ; dans les Bucardes, au contraire, il devient cylindracé : il se termine en avant en un cône aigu , au moyen duquel l’animal creuse le sable rapidement , et s*’y cache à une assez -grande profondeur. En avant de la masse abdominale se trouve une ouverture buccale Iransverse garnie de lèvres membraneuses, prolongées de chaque côté en une paire de palpes labiales étroites , triangulaires , très longues et attachées au manteau ou à la paroi abdominale par le côté le plus court. La surface interne de ces organes est couverte de fines lamelles , ainsi que cela a lieu dans tous les autres Mollusques acéphalés.
VINGT ET UNIÈME FAMILLE
Les organes branchiaux se présentent , dans la famille des Cardiacés , sous. deux formes différentes : chez les Cypricardes et les Isocardes, ils sont formés de deux lames inégales, larges, minces, Finement striées et s’étendant, de chaque côté du corps, depuis la base des palpes labiales jusqu’à la région du siphon anal où elles se soudent entre elles et s’attachent en même temps au pourtour intérieur du siphon. Dans les Cardium , les branchies sont plus Iransverses : elles sont épaisses , très inégales; elles tombent presque perpendiculairement dans la cavité du manteau : l’antérieure est beaucoup plus grande que la postérieure , elles sont séparées l’une de l’autre par un sillon profond et une large commissure membraneuse qui sert à les réunir en arrière de la masse abdominale. Leur structure n’est pas tout à fait semblable à celle des branchies des autres genres. Leur surface est profondément découpée par des sillons qui séparent deux ou trois lamelles branchiales formant entre elles un petit groupe séparé du voisin par le sillon dont nous venons de parler. Les feuillets postérieurs se joignent aux antérieurs , et forment à ces organes une extrémité pendante qui se place au-devant de l’ouverture du siphon anal et se soude à son pourtour membraneux.
Les coquilles contenues dans les trois genres que nous réunissons dans la famille des Cardiacés, présentent des formes très diverses. Parmi ces formes , la globuleuse prédomine ; elle caractérise particulièrement les genres Isocarde et Bucarde. Cependant ce dernier genre présente deux sortes de transformations fort remarquables : on voit la la forme globuleuse s'allonger insensiblement et devenir longitudinale. Celle forme , par des degrés également insensibles, devient peu à peu transverse , et nous connaissons des espèces fossiles qui sont presque soléniformes. Une troisième modification s'ajoute à celles que nous venons de mentionner. Le côté postérieur de la coquille globuleuse devient obscurément anguleux : cet angle , de plus en plus aigu , finit par devenir saillant, et, à mesure qu’il s'accroît, il devient de plus en plus médian , et finit par partager la surface de la coquille en deux parties presque égales. Alors , la forme générale commence à s’éloigner beaucoup de celle des autres Bucardes : la coquille s’aplatit d’avant en arrière ; elle s’élargit de chaque côté, et prend enfin la forme d’un cœur do carte à jouer. Aux formes iransverses des Bucardes sê rattachent celles des Cypricardes. Aussi les deux genres ne sont plus séparés que par de faibles caractères : tantôt les coquilles de celte famille sont parfaitenwnt closes, comme cela a lieu dans celles des genres Isocardes et Cypricardes et dans une partie assez considérable des Bucardes. Mais , parmi ces dernières, il en est un certain nombre qui sont bâillantes en
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arrière et il en est quelques unes qui le sont également en avant.
La charnière , dans les Cardiacés , n’est pas moins variable que dans les autres grandes familles de Conchyfères. Dans le seul genre des Cardium nous verrons une série de coquilles passant de la charnière la plus simple et sans dents jusqu’à celle qui est le plus fortement armée; nous verrons, par conséquent, se reproduire le phénomène remarquable que nous venons de signaler dans les Lucines. De simples modU fications de la charnière conduisent par degrés vers, celle des Cypricardes , qui conserve néanmoins des caractères propres. Par leur charnière, les Isocardes s’isolent davantage des deux genres que nous venons de citer. Elles se rattacheraient plus naturellement à celle des Cyprines , et il serait possible , par la suite , lorsque l’anatomie des animaux de ces genres sera complètement faite , de les rapprocher en un groupe naturel. Dans les trois genres constituant la famille des Cardiacés, les valves sont réunies par un ligament extérieur. Ce ligament est’ toujours apparent au dehors : il n'est point entièrement ou presque entièrement caché par le bord du corselet, ainsi quo cela existe dans les Dosinia, dans les Lucines, etc. II est ordinairement court, subitement tronqué en arrière , comme dans presque tous les Cardium ; il est plus allongé et moins épais dans les Cypricardes ; enün , il s’allonge encore davantage dans les Isocardes. Dans ce dernier genre, il se bifurque en avant, ainsi que Lamarck l'a fait remarquer le premier, et il se continue jusqu’au sommet des valves. Ceci résulte du mode d’accroissement de la coquille et de la grandeur de ses crochets. Un phénomène semblable se montre dans les Cames, ainsi que dans d’autres coquilles bivalves à crochets grands et contournés.
Les impressions musculaires sont peu variables dans les trois genres de la famille des Cardiacés. Elles sont généralement obrondes : l’antérieure est un peu plus petite que la postérieure ; cette dernière reste superficielle, tandis que l'antérieure est ordinairement approfondie. L’impression palléale est toujours simple; elle est généralement peu profonde et assez éloignée du bord inférieur dont elle suit le contour pour se rendre d'une impression musculaire à l’autre. Il existe dans la mer Caspienne des coquilles minces, comprimées latéralement, bâillantes en avant et on arrière, se rattachant par tous leurs caractères au genre Cardium , et chez lesquelles cependant se montre un sinus palléal assez profond. Les animaux de ces espèces ne sont malheureusement point connus. II serait bien important de s’assurer si, en effet, ils dépendent du genre Cardium comme nous le supposons , ou s’ils doivent se rapporter au genre Panopée , ainsi que le croient quelques conchylidogues.
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A part cette exception , toutes les coquilles comprises dans la famille qui nous occupe , ont l’impression palléale simple.
Pour placer la famille des Lucines , nous avons été obligé de rompre le tronc principal delà classification et d’éloigner des familles qui doivent se toucher dans l’ordre naturel. Nous avons vu les animaux des Conques fluviatiles présenter des caractères intermédiaires entre les familles précédentes et celle qui nous occupe actuellement. Ces rapports se montrent dans la plupart des organes : ainsi, dans les Cyclades, comme dans les Cardium , les lobes du manteau sont réunis en arrière et terminés par deux siphons courts dépourvus de muscles rétracteurs spéciaux. L’organe locomoteur, linguiforme dans les conques marines, s’est allongé et est devenu presque vermiforme dans les Pisidium; il a par là emprunté plusieurs caractères de celui des Cardium. Les coquilles elles-mêmes présentent des analogies incontestables : elles ont le ligament extérieur, et la charnière porte des dents cardinales, ainsi que des dents latérales. Les impressions musculaires sont placées de la même manière, elles ont les mêmes rapports de grandeur. Enfin , Timpression palléale est simple dans les deux familles , par conséquent elles se lient par leurs caractères principaux. On ne peut donc chercher ailleurs la place de la famille des Cardiacés : elle fait suite à celle des Cyclades , parce que nous considérons la famille des Lucines comme un embranchement latéral qui ne doit pas intervertir les rapports des deux familles que nous venons de comparer. Notre manière de concevoir les rapports de la famille des Cardiacés diffère sensiblement, comme on le voit, de celle des conchyliologues qui nous ont précédé. Depuis Cuvier surtout, on a trop rapproché les Cardiacés du type des Vénus. Le savant anatomiste comprenait dans la même famille les Cardium et les Cames , les Donaces , les Tellines . etc., et même les Corbules et les Mactres. Tout récemment M.r Gray, dans sa nouvelle classification, a bien compris les rapports des Cardium et des Cyclades, mais il fait suivre la famille des Cardiacés de celle des Mactres. Il est évident, d'après tout ce nous avons exposé jusqu’ici , que les rapports naturels sont rompus , car les Mactres et les Lulraires , comme nous l'avons prouvé précédemment , appartiennent à un type forl différent de Mollusques conchyfères, à caqse de la grandeur et de l’importance de leurs siphons. D’ailleurs ces animaux portent en arrière un muscle rétracleur puissant qui laisse sur la coquille une profonde sinuosité qui indique bien une différence considérable dans l'organisation. Nous nous rencontrons plus heureusement avec la classification suivie par deux zoologistes anglais, MM. Forbes et Hanley. Dans leur excellent ouvrage sur les Mollusques de la Grande-
LES CXRDUGES.
Bretagne , conduits par des faits semblables à ceux que nous avons nous-môme observés, ces zoologistes arrivent aux mômes conséquences que nous , et tout nous porte à croire que leur opinion se conGrmera à mesure que le nombre des observations se multipliera.