‹ Traité élémentaire de conchyliologieChapitre 2 sur 54 · GENRE SOIXANTE-SIXIÈME · texte numérisé non relu

GENRE SOIXANTE-SIXIÈME

CTP&ICA&Bi:. Cypricardia^ Lamk.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. — Animal ovalc transverse, aplati ou subcylindracé , ayant les lobes du manteau réunis du côté postérieur et prolongés en deux siphons courts, coniques, inégaux, à ouverture simple ou ciliée. Pied médiocre, comprimé, linguifonne. Palpes labiales longues et étroites. Branchies lamelliformes, trè? inégales, striées, étroites, réunies en arrière du pied.

Coquille libre bu perforante, équivalve, inéquilatérale, transverse, close ou légèrement bâillante en arrière; deux ou trois dents cardinales rayonnantes ou obliques, une dent latérale postérieure à Fextrémité du corselet. Impressions musculaires subcirculaires , grandes , surtout la postérieure ; impression palléale simple, plus large postérieurement. Ligament externe, allongé , étroit.

SYNONYMIE GÉNÉRIQUE. — Chanta^ Linné, Chemnitz , Schrœter, Gmelin , Dillwyn , Wood. — Mytilus , Chemnitz , Schrœter, Gmelin, Dillwyn. — Venus ^ Olivi. — Cardiia^ Bruguière, Swainson. — -Libitina^ Schumacher. — Coralliophaga^ Blainville, Rang, Menke, Cuvier, Swainson. — Trapezium [in parie) , Megerle.

Observations. Les auteurs qui ont précédé Lamarck ont connu quelques unes des espèces rangées dans le genre Cypricarde. Linné en connaissait une ; il la confondait avec les autres espèces d’un genre

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assez indigesle auquel il donna le nom de Came. Le genre et le nom spécifique furent conservés par les auteurs systématiques de la fin du dernier siècle. Chemnilz ajouta une seconde espèce à celle de Linné: mais y trouvant des rapports de forme avec la Modiole Uthodome , il la rapporta au grand genre Mytilus. Bientôt après, Bruguière, dans les planches de l’Encyclopédie, démembra le genre Came de Linné, et rassembla, sous le nom de Cardite, non seulement les coquilles qui nous occupent, mais d’autres encore qui se distinguent par des caractères constants. Le genre Cardite était donc peu naturel , ainsi que nous le verrons bientôt , et l'on doit approuver Lamarck, qui , à son tour, y apporta de sages réformes. Parmi les coquilles que le savant naturaliste retira des Cardites , se remarquent celles dont nous venons de parler tout à l’heure , et pour lesquelles le genre Cypricarde fut institué. Depuis sa création, ce genre, adopté par presque tous les conchyliologués , a presque toujours été rapproché soit des Cardites, soit des Bucardes. A l’époque où Lamarck caractérisait son nouveau genre et le publiait dans son Histoire des animaux sans vertèbres , M. Schumacher en reconnaissait également les caractères , et le proposait sous la dénomination de Libitîna , dans son Nouvel Essai d'une classificalion des coquilles.

Parmi les espèces de Cypricardes de Lamarck , il en est une qui a des mœurs particulières ; elle perfore les calcaires tendres et les madrépores. M. de Blainville crut nécessaire de créer un genre nouveau pour cette espèce : il lui a donné le nom de Coralliophage. Trompé sur les véritables rapports de ce Mollusque , il l’éloigna des Cypricardes , et l’introduisit dans sa grande famille des Conchacés , dans le voisinage des Pétricoles et des Vénérupes. Quoique dépourvu de caractères fondamentaux, le nouveau genre fut cependant adopté par un certain nombre de conchyliologues qui suivirent en même temps l’ordre méthodique proposé par M. de Blainville. II faut cependant en excepter Cuvier qui, dans la seconde édition du Bègne animal, se rapprochant de l’opinion de Chemnilz , entraîna lés Coralliophages dans la famille des Mytilacés.

Quoique l’on ait des exemples chez les Mollusques acéphalés d’animaux d’un même genre , dont les uns vivent librement , tandis que les autres sont perforateurs , on peut cependant soupçonner à priori que des mœurs différentes accusent des modifications plus ou moins profondes dans l'organisation des animaux qui les manifestent. La création du genre Coralliophage peut donc se justifier jusqu’au moment où l'animal étant connu , il sera possible de s'assurer s’il constitue en réalité un

LES CAUDIACÉS.

type d’organisation particulier. L’examen bien attentif des coquilles pourrait faire prévoir le résultat de l'observation de l'animal. En effet, tous les caractères principaux sont ceux des Cypricardes , et l’impression du manteau elle-mème, à laquelle M. de Blainville, le premier, a attaché une grande importance, ne présente en arrière aucune sinuosité, d‘où l'on peut conclure, en s'appuyant des principes de M. de Blainville lui-même, que le genre Coralliophage n'a point d’analogie avec ceux près desquels il est placé dans le Manuel de malacologie.

Nous avons observé vivant l’animal du Cypricardia coralliophaga de Laniarck , et il nous a offert la plupart des caractères des Bucardes , ce qui nous a confirmé dans l’opinion que nous nous en étions faite autrefois et sur la nécessité de l’admettre définitivement dans la famille des Cardiacés. Nos observations renversent définitivement , non seulement l’arrangement méthodique de M. de Blainville, mais viennent encore à l'appui de notre opinion sur l’inutilité du genre.

L’animal des Cypricardes est ovale-oblong, Iransverse et très inéquilatéral : il est plus ou moins épais , selon les espèces ; il en est où il est presque cylindrique. Les lobes de son manteau sont simples : iis sont désunis dans toute la longueur du bord inférieur ; ils se joignent en arrière, et, de ce côté, ils se prolongent en deux siphons très courts, coniques, réunis à la base, à parois très minces et membraneuses , et terminés l’un et l’autre par une petite ouverture circulaire sur le bord de laquelle s’élève un rang de très fins tentacules. Le siphon anal est un peu plus court que l’autre : tous deux sont dépourvus des nombreux tentacules qui sont épars à la base et sur la surface des siphons des Cardium. Le pied est petit, aplati; quoique plus court eu proportion que celui des Cardium , il est cependant coudé au milieu , et il est , en général, plus épais que ne l'est le pied des Vénus et de la plupart des autres lamellibranches. La bouche est assez grande, ovale-transverse ; les lèvres qui la garnissent sont courtes et peu épaisses : elles se prolongent de chaque côté en une paire de palpes triangulaires, allongées et étroites. Les branchies sont constituées par deux feuillets très inégaux; l’interne est le plus grand; il est étroit, subtrapezoïde ; l’externe commence beaucoup plus en arrière et il vient se terminer avec son congénère au-dessous de la masse abdominale ; ainsi réunis, ces feuillets rencontrent, dans la ligne médiane , ceux du côté opposé , se soudent avec eux , et ils viennent au-devant de l'ouverture interne du siphon anal. Elles servent de cloison entre la cavité de ce siphon et celle du manteau.

Les coquilles du genre Cypricarde sont oblongues, ovales et trans-

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verses. Toutes celles que l’on connaît jusqu’ici, soit vivantes, soit fossiles , sont très inéquilatérales. Elles sont généralement épaisses et subcylindracées : toujours très court , le côté antérieur vu de face est cordiforme. La surface extérieure est ordinairement revêtue d’un épiderme peu épais , et qui persiste seulement vers les bords. Cette surface ne présente jamais de côtes longitudinales; ce qui, au premier aspect , distingue ces coquilles de celles du genre Cardite. La plupart des espèces sont blanches ; quelques unes sont teintées d’un beau violet à l’intérieur. Les bords sont simples et tranchants : iis sont parfaitement clos; les crochets sont assez protubérants, ils se contournent en avant et sont presque terminaux. Ils dominent un espace lunulaire dans lequel la lunule est à peine circonscrite. Le côté postérieur est presque toujours tronqué , et , dans le plus grand nombre des espèces , il est limité par un angle décurrent qui s’étend obliquement des crochets à l’angle inférieur et postérieur des valves. La surface interne est lisse, polie, ordinairement blanche et non nacrée. On y observe deux grandes impressions musculaires très écartées , subcirculaires; l’antérieure est toujours plus petite que la postérieure; elle est' un peu creusée dans l’épaisseur du test, et elle est située tout près du bord à une faible distance de l’angle antérieur et inférieur. L’impression musculaire postérieure est située au-dessous de l’extrémité du bord postérieur ; elle est toujours superhcielle , et la surface qu'elle occupe est au moins le double de celle de l’impression antérieure. L’impression palléale se détache du muscle antérieur, se place tout près du bord ventral , le suit parallèlement, et. parvenu à l’extrémité postérieure des valves, elle remonte vers l’impression musculaire postérieure, en laissant de ce côté un espace plus large. Il arrive môme , ainsi que cela se voit dans le Cypricardia coralUphaga , que l'impression palléale rentre légèrement sur elle-même , et produit une très faible sinuosité. C'est en observant avec soin les impressions des muscles et du manteau dans la coquille nommée Byssomya Guerini par Payraudeau , que nous en avons reconnu les véritables caractères génériques , et que nous l’avons rapportée au genre Cypricarde, parce qu’en effet on ne trouve dans celte coquille aucune sinuosité palléale, ce qui l'éloigne naturellement des Saxicaves et des Pétricoles.

Si l’on s’attache uniquement à l’examen des espèces vivantes des Cypricardes , on reconnaît dans leur charnière des caractères constants qui subissent unjpeiit nombre de modifications à mesure que la coquille change de forme. Mais , si l’on joint à ces espèces celles qui sont fossiles dans les divers terrains , on voit les modifications de la charnière se

LËS CAUDUCÉS.

continuer et s’accroître à ce point que les dents cardinales ont entièrement disparu. On ne peut alors rapporter ces espèces dans leur genre que par l’analogie des formes extérieures , et surtout par les impressions musculaires et du manteau. Les crochets étant presque terminaux, la charnière elle-mème se trouve transportée à l’extrémité antérieure de la coquille. Elle est supportée par une lame cardinale étroite et peu épaisse; elle se compose, sur la valve de droite, de trois dents divergentes , dont l’une s'incline vers le bord antérieur, tandis que les deux autres, presque parallèles entre elles, se portent en arrière dans la direction du bord dorsal. La valve gauche présente le même nombre de dents ; seulement la dent moyenne devient plus épaisse pour remplir la fossette triangulaire assex large qui sépare la dent antérieure de la valve droite. En arrière, à l’extrémité de la nymphe qui supporte le ligament sur la valve gauche , s'élève une dent latérale postérieure étroite et saillante qui se croise avec celle de la valve opposée et s’enfonce dans une fossette creusée à la base de cette dent. Telle est la disposition normale de la charnière des Cypricardes. C’est ainsi qu'elle se montre dans les Cypricardia oblonga, undulata^ rostrataj etc. Mais déjà dans des espèces plus aplaties , telles que le Cypricardia vellicata , la dent antérieure a disparu presque entièrement , et les deux dents postérieures elles-mêmes se sont déjà sensiblement amoindries. Dans les espèces allongées et étroites , telles que le Cypricardia corallipliaga , il ne reste plus que les deux dents postérieures , fortement inclinées et parallèles ; la dent latérale, très visible dans le jeune âge , disparaît à mesure que la coquille vieillit. Les modifications de la charnière ne s’arrêtent pas là. Dans la Gypricarde de Guérin , la valve gauche ne porte plus qu'une seule dent cardinale et un faible rudiment de la seconde. Dans une autre espèce confondue , dans la plupart des collections , avec les Modioles, la coquille étant très mince v et le bord cardinal lui-même participant au peu d’épaisseur du test, la charnière se trouve réduite à deux très petits rudiments de dents cardinales à peine saillants sur chaque valve. La dent latérale est complètement effacée. Aussi , si nous introduisons cette coquille parmi les Cypricardes. c'est parce que , indépendamment de sa foripe générale et des rudiments de sa charnière, elle possède de très grandes impressions musculaires et. une impression palléale simple, comme celle des autres espèces du genre.

En nous appuyant sur les observations précédentes , nous avons pu rapporter aux Cypricardes des coquilles fossiles appartenant à presque toute la série des terrains de sédiment , et chez lesquelles quelques au-

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1res modifications s’ajoutent à celles que nous avons déjà mentionnées dans les espèces vivantes. Ce sont les espèces observées dans les terrains les plus anciens qui offrent la disparition complète des dents cardinales et de la dent latérale postérieure. Si le zoologiste n’était conduit à rattacher ces espèces fossiles aux vivantes par les dégradations successives que nous venons d’exposer, il lui aurait été presque impossible de rapporter à leur véritable genre ces coquilles édentées qui sont répandues en assez grande abondance dans la série des terrains paléozoïques; mais il sufüt d’avoir vu quelques unes de ces coquilles à l’intérieur et d’avoir reconnu les caractères qu’elles portent de ce côté, pour être assuré que toutes celles qui ont une forme analogue dépendent également^d’un même genre. Dès lors, il ne faut pas être surpris de l'embarras où se sont trouvés la plupart des paléontologistes qui, pour pouvoir mentionner des espèces abondantes et caractéristiques , les ont distribuées dans un assez grand nombre de genres auxquels elles ne peuvent appartenir. L’examen, auquel nous allons nous livrer, de ces espèces fossiles, va démontrer ce que nous venons d’avancer.

Les Cypricardes sont des coquilles marines. Presque toutes habitent les rivages : les unes s’enfoncent dans le sable ou dans la vase, les autres aiment le voisinage des rochers ou les fonds rocailleux; enfin , il en est quelques espèces qui perforent les pierres tendres ou les madrépores , et leur coquille fragile se trouve ainsi à l’abri des dangers. Il arrive assez souvent dans ces dernières espèces que des individus s’emboîtent les uns dans les autres, une jeune coquille venant se loger dans le trou creusé par un individu plus vieux et mort en place. Nous avons trouvé jusqu’à trois générations ainsi renfermées l’une dans l’autre, et contenues toutes trois dans l’intérieur d’une Modiole lithophage morte dans sou trou. Le nombre des espèces vivantes est peu considérable. M. Reeve en inscrit treize dans la Monographie qui fait partie de son ^7oïic/*o/ogm icomca . L’une d’elles, Ctjpricardia serrata^ doit être renvoyée parmi les VénériTpes dont elle a tous les caractères. A ces douze espèces , on peut en ajouter cinq , que M. Reeve n'a point connues ; ce qui porte à dix-sept le nombre des espèces du genre.

Les espèces fossiles sont beaucoup plus nombreuses : nous en comptons quatre-vingt-huit; le genre, au lieu de s'accroître depuis les couches anciennes jusqu’aux plus nouvelles, présente un phénomène inverse, c’est-à-dire que le nombre des espèces s'augmente à mesure que l’on descend dans la série des terrains.

Nous avons fait remarquer, dans plusieurs des genres qui précèdent, un assez grand nombre d’espèces fossiles qui leur ont été attribuées ,

LKS CARDIACÉS.

quoique leurs caractères n'aient pas été suffisamment constatés et reconnus. Parmi ces genres, nous avons particulièrement signalé celui des Sanguinolaires, dans lequel une quarantaine d’espèces ont été introduites; et cependant, pas une seule ne doit y rester. De ces espèces, un certain nombre, par leurs caractères, appartiennent aux Cypricardes. M. d’Orbigny partage notre opinion sur un petit nombre d'entre elles. Dans son Prodrome de paléontologie j il range la plupart des autres dans son genre Lyomia. Nous ignorons sur quels faits sc fonde l’opinion du naturaliste dont nous parlons ; nous ne trouvons rien qui la justifie , soit dans les coquilles elles-mêmes que nous avons étudiées en nature, soit dans les figures et les descriptions de ceux des auteurs qui les ont fait connaître dans leurs ouvrages. Nous avons exposé précédemment les caractères du genre Lyonsia; nous avons donné une figure exacte de l’espèce - type , et nous prions ceux des lecteurs qui ont à leur disposition celles des espèces de Sanguinolaires de Goldfuss placées parmi les Lyonsia par M. d’Orbigny, de les comparer comme nous et de chercher à y retrouver les caractères génériques que M. d’Orbigny leur- attribue. Par leur forme, et surtout par les impressions des muscles et du manteau , ces espèces dépendent du type des Cypricardes,

Ne connaissant pas la charnière de quelques coquilles fossiles dont la forme se rapproche de celle des Cypricardes , Lamarck les introduisit dans ce genre. Plus heureusement servi par le hasard , nous découvrîmes les véritables caractères de ces coquilles qui dûrent se ranger au nombre des Aslartes. Quelques autres espèces ont été également admises parmi les Cypricardes par quelques naturalistes; un nouvel examen les fait sortir de ce genre ; les unes pour rentrer dans celui des Modioies, tels que les Cypricardia semisulcata de Sowerby; et orbiculata de M. d'Archiac; d’autres, tels que le Ct/pWoardia j)/«rckfsonn et le Cypricardia amygdalina de Sowerby, doivent rentrer, la première , dans les Cardites ; ja seconde, parmi les Cucullées. Nous ne rappellerons pas la singulière opinion de M. Leufroi .qui rapportait aux Cypricardes VAvictUa socialis. Deux espèces ont été mentionnées autrefois par M. Hœninghaus. Insuffisamment caractérisées, elles n’ont point été reproduites depuis, et doivent passer au rang des incertaines.

Les Cypricardes apparaissent au nombre de sept dans les terrains paléozoïques inférieurs (silurien inférieur). Les unes sont de l’Amérique septentrionale, les antres sont de la Russie; une seule a été signalée en Angleterre. Parmi les espèces d’Amérique, celle nommée modîoian's , par M. Emmons , devra changer de nom pour éviter toute

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confusion avec ie modioîaris de Lamarck , quoique cette dernière passe dans te genre Astarle.

Dans le terrain silurien supérieur nous comptons douze espèces provenant des mêmes régions que les précédentes. Six sont des États-Unis d*Amérique , et ont été décrites par M. Hall , dans son grand ouvrage sur la Patéontologie de l'Etat de New-York;, cinq sont d’Angleterre, et , parmi ces dernières , nous devons signaler le Cypricardia impressa de Phillips qui passe des couches siluriennes dans le terrain dévonien. Enfin, la dernière espèce, le Cypricardia inflata d’Eichwald, qui a d'abord été trouvée en Russie, a été revue en Belgique et en Angleterre dans la même position zoologique..

Le terrain dévonien est celui qui possède le plus grand nombre d’espèces de Cypricardes. Nous y en trouvons vingt-deux, parmi lesquelles figurent neuf des espèces de Sangui notaires de Goldfuss. Ces espèces se distribuent en Amérique, en Russie, en Allemagne et en Angleterre. Plusieurs espèces , telles que les Cypricardia cymbæformis et rhombea, par exemple, sont communes à la Russie et à l’Angleterre. Nous n’en voyons aucune franchir l’Océan et passer de T Amérique en Europe, comme cela se voit pour des espèces d’autres genres. Le Cy~ pricardia striata [Sanguinolaria striata, Munster) remonte du terrain dévonien dans le terrain carbonifère, et se trouve à la fois dans l'Eifel et à Visé en Belgique. Nous trouvons deux espèces sous le nom de Cypricardia undulatà : l’une a été nommée en ^ 845 par M. Forbes ; elle est du terrain néocomien ; la seconde, publiée en \ 847 par M. Conrad, a été reproduite par M. d’Orbigny dans son prodrome de paléontologie. C'est cette dernière dont le nom doit être changé, et nous proposons pour elle le nom de Cypricardia Conradi. Nous trouvons dans l’ouvrage de M. Roëmer sur les fossiles du Hartz une coquille sous le nom de Cyprina velusla. Le moule présente les impressions musculaires des Cypricardes, et néanmoins M. d’Orbigny range l’espèce dans le genre Magaiodon. Si des observations ultérieures prouvent que celte coquille se rapporte au genre Cypricarde, elle devra changer de nom, puisque déjà il y a un Cypricardia vetusta fait avec le Solen vetustus de Goidfus, lequel a été publié longtemps avant l’ouvrage de Roëmer. Treize espèces sont connues aujourd’hui dans le terrain carbonifère. Le plus grand nombre ont été découvertes en Belgique, à Tournay et à Visé, et ont été décrites et figurées par M. de Koninck dans son important ouvrage sur les fossiles de Belgique. Quatre espèces sont propres à l'Angleterre et à l’Irlande, mais il en est trois qui méritent une attention spéciale, parce qu’elles passent de Belgique en Angleterre : ce sont les Cypricardia paraliella

LES CARDIACÉS.

et sguamifera ; la troisième est commune aux deux mêmes pays et de pliis à la Russie; c’est le Cypricardîa rhombea.

Voilà donc cinquante-quatre espèces de Cypricardesqui se répandent en grand nombre d’individus dans les premiers sédiments déposés à la surface de la terre. Il est peu de genres de l’ordre des Dimyaires qui présentent un développement semblable , ce qui nous porte à croire que ce nombre s’accroîtra encore à mesure que l’on étudiera avec plus de soin les nombreuses coquilles bivalves qui restent incertaines entre plusieurs genres et qu’il est impossible de classer définitivement, parce que leur charnière et leurs autres Wactères intérieurs se sont soustraits à l’observation.

Il est probable cependant que c’est ici que viendront s’ajouter ces grandes et belles coquilles des terrains paléozoïques de l’Australie, découvertes par M. Mitchell et par M. Strzelecki, et décrites dans les ouvrages de ces savants voyageurs par M. Sovverby sous les noms de Megadesmus, Pachydomus, Orthonota, Euridesma et Allorisma. Ces coquilles ont la forme des Cypricardes, et le rapprochement que nous proposons s’appuie sur l’identité des impressions musculaires et du manteau. Frappé de l’épaisseur du ligament, JI. Sovs^erby a saisi ce caractère pour les distinguer; mais cet organe est développé en raison de la grandeur considérable de la coquille, et, par sa forme et sa position, il n’offre rien qui justifie les genres nouveaux proposés.

Le genre -s’interrompt presque subitement avant d’avoir traversé toute la série des terrains paléozoïques. Le zechstein ne contient plus qu’une seule espèce : c'est le Cypncardia hicarinata de M. Keyserling.

Le muschelkalk, ordinairement si riche, est également très pauvre en Cypricardes. M. d'Orbigny en admet quatre dans son Prodrome de paléontologie. Nous en admettons une seulement qui nous est suffisamment connue, c’est le Cypncardia gregaria. Jusqu'ici nous n’avons pu découvrir sur les autres espèces les caractères du genre auquel M.d’Orbigny les attribue. '

Le nombre des espèces s’accroît dans la série des terrains jurassiques , mais leur nombre est bien loin d’égaler celui des terrains sousjacents. En effet, nous trouvons dix-neuf espèces seulement dans toute la série de ces terrains. A ce nombre nous pourrions en ajouter trois qui n’onl point encore été mentionnés dans les ouvrages publiés jusqu'ici. Six especes sont propres aux lias; presque toutes sont de France et d’Allemagne. Le Ct/prtcardïa Nepluni, par exemple, se trouve à la fois en Allemagne et en Lorraine. Le Cypricardia lerea, jolie espèce découverte par M. Terquem, paraît propre au lias de la Lorraine.

VlNr.T ET UNIÈME FAMILLE.

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Sept espèces se rencontrent dans l’oolite inférieure. Deux sont d’Angleterre, une est d’Allemagne, les autres sont de France. Parmi ces dernières nous devons signaler notre Cypricardia cordiformis , qui se distribue sur une surface assez considérable pour caractériser le terrain dans lequelle elle se trouve.

Cypricarde cordiforine. Cypricardia cordiformis^ Desh.

PL 24, fig. 12. 13.

C, testa ovato-transversâ^ lœvigcé^^ incsquilaterâ^ turgldâ , cordi* formiy posticè angulatn; umbonibus magnis ohliquis^ recurvis ; car* dine hidentato^ dente laterali magna; margine integra posticc snbsinuato,

Desh., Fncy, méth. Vers, t, 2, p. 44. 11® 3.

Id, dans Lamk, An, s, vert, 2' éd. t. 6. p. 441. n° ro.

D’Orb, Prodr. de Pal. p. 278, n® 3o2.

Bronn, Ind. Pal. U r. p. 386 ; t. 2. p, 3o2.

Elle a été recueillie en' Normandie, en Lorraine, aux environs de Niort et de Guéret; elle existe également en Angleterre. De taille assez grande, elle est cordiforme ; ses crochets, grands et obliques, s’inclinent sur un côté antérieur court, large et obtus. Un angle aigu prend naissance au sommet, i! descend obliquement en arrière et se rend à l'angle inférieur et postérieur des valves; toute la coquille est lisse.

Une espèce a été découverte par M, d'Orbigny à Luc, dans cette partie du système oolique qu’il nomme terrain bathonien. Deux autres espèces, Cypricardia Phidias et suôobesa, de M. d’Orbigny, passent de Toolite moyenne dans la partie inférieure du terrain oxfordieo. Nous soupçonnons que ce Cypricardia Phidias n'est autre chose qu'une variété un peu plus étroite de notre cordiformis, si nous en jugeons d’après un individu de notre collection dont les caractères correspondent à la courte description de M. d’Orbigny. Trois espèces sont citées dans le terrain oxfordien ; l’une d'elles se rapproche des Isocardes par sa forme extérieure. II a fallu en découvrir la charnière pour la rapporter à son genre. M. Buvignier l’a découverte à Vieux-Saint-Rémi, localité précieuse pour l’étude des fossiles de cet étage géologique, parce qu'ils s’y trouvent isolés et détachés comme ceux des terrains tertiairei. 'Nous connaissons deux espèces dans le coral-rag. Le savant dont nous venons de parler, M. Buvignier , les fera connaître dans son ouvrage sur la géologie du département de la Meuse.

LES CARDIACES.

Les terrains crétacés paraissent très pauvres en Cypricardes. M. d’Orbigny n’en mentionne aucune dans sa Paléontologie française. Cependant nous avons de la Touraine le moule intérieur d’une coquille qui a toutes les apparences d’une Cypricarde. Nous avons aussi des Tourlias de Belgique une coquille qui appartient incontestablement au genre qui nous occupe. Enfin M. Forbes a fait connaître sous le nom û’undulata une espèce trouvée dans le terrain néocomien d’Angleterre.

Les terrains tertiaires sont également très pauvres en Cypricardes. Il y en a quatre dans le terrain tertiaire inférieur. Si l’on admet dans ces terrains celui des environs de Magdebourg, dont les espèces ont été décrites et si bien figurées par M. Phüippi dans le Palœonlographica de M, de Meyer, è cette espèce de Magdebourg s’ajoute le Cyprkardia peclinifera , que l’on rencontre également à Barion et en Belgique. Les deux autres espèces sont propres ao bassin de Paris. Il devient nécessaire de changer le nom de l’une d’elles. En effet, une espèce vivante connue de Linné et nommée par lui doit conserver le nom de Cypricardia oblonga. Nous proposons pour la nôtre celui de Cypricardia parisiensis. Mais peut-être ce nom ne restera-t-il pas à l’espèce si par une étude ultérieure on vient à constater son identité avec le Cyprkardia cyclopea de Brongniart, qui provient des terrains du Yicenlin.

Cypricarde parisienne. Cyp'icardia parisiensis , Desh.

PI. 24. f. 8. 9.

C. testa transversd ^ angnstâ y de pressa ^ oblonga ^ lœvigntâ, incequUa* telari; latere antico brevtori^ angt^stîore ^ obtuso; postico rotundato^ non angniato; cardine angusto , tridentato , dente laterali obsoleto,

Cypricardia oblonga, Desli. Coq, foss. dc Paris. l. i. p. i85, pl. 3i. f. 3, 4.

Fosdle aux environs de Paris, à Relheuil, sables inférieurs, à Cliaumonl, Pâmes, Mouchy, etc.: calcaire grossier.

M. Brongniart a comparé un seul individu fermé de la coquille de Ronca à celle de Paris, et il a reconnu des différences. Elles sont peu importantes , et c’est pour celte raison qu'il serait bon de renouveler celte comparaison avec des matériaux plus considérables.

M. Grateloup, dans son Catalogue zoologique , indique deux espèces dans le] terrain tertiaire moyen de Dax et de Bordeaux : Tune que nous avons signalée le premier sous le nom de Cyprkardia affinis, ne s’est pas rencontrée ailleurs; l’autre aurait, d’après M. Grateloup, \Son repré-

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sentant vivant dans le Cypricardia coralliophaga ; mais nous n’avons pu vérifier l’exactitude de ce fait. Une espèce a été mentionnée dans les terrains tertiaires moyens de l’Amérique septentrionale, par M. Conrad, c’est le Cypricardia ar ata.

Trois espèces sont connues dans le terrain tertiaire supérieur, et toutes trois ont leur représentant dans les mers actuelles.

'1° Cypricardia coralliophaga, Lamk., vivante dans la Méditerranée. Fossile en Italie et en Sicile, aux environs de Bordeaux et de Dax, d’après M. Grateloup.

2® Cypricardia Mediterranea, Desh., espèce voisinede la précédente, mais toujours plus large etplus courte. Elle estlithophage et on la trouve fossile en Italie et aux environs de Navarin ; elle a été découverte dans cette dernière localité par M. Jeangerard, dont le nom est une des gloires de la marine française.

3“ Cypricardia oblonga, Chaîna pbîonga de Linnée, Chama Guinaica de Chemnitz; vivante dans la mer Rouge et dans l'Océan de l’Inde.

Fossile dans les terrains tertiaires récents de l’Égypte.

Le genre Cypricarde , comme nous venons de le voir, est de ceux dont l’existence n’a pas été interrompue pendant la longue série des âges géologiques, et se continue dans la nature actuelle. Contrairement à ce qui se manifeste le plus ordinairement, c’est peu après sa première apparition que se développent ses plus nombreuses espèces. Il semble s'éteindre à la limite des terrains paléozoïques, et depuis cette époque jusqu'à nos jours le nombre des espèces est très restreint dans chacune des grandes formations. Les terrains tertiaires eux-mêmes , ordinairement si riches en espèces d’autres genres, participent à la pauvreté de ceux qui les ont précédés. Dans la nature actuelle, cette pauvreté se continue, et il est remarquable de ne trouver que dix-sept espèces vivantes dans un genre qui en possède quatre-vingt-huit fossiles.

Cypricarde anguleuse, Cypricardia angulata, Lamk.

PL 24. f. 10. 11.

C, testa elongato-transversâ , incequilaterali , compressa^ irregiiîariter stri(UO‘decussatà, albo-îutescentèy intüs albâ^ posticè violaceâ ; latere antico brevi, oblique obtnso, postico tnlncaCo,^ angulato; margine superiore cum iuferiore paralleh.

Chaîna oblonga, Var. Cheran. Coiich. t. a. pl. io3. f. tggS, 1994. Cypricardia angulata, Lamk. An. s. vert. t. 6, p. a8, n® 2.

LES CARDIAGÉS.

Desh. dans Lamk. An. s. vert, a® éd. t. p. aS. n“ 2.

Hauley, Descr. cat. p. 149. ,

Catlow, Conch. nom. p. 47.

Reeve, Gonch. Icon. pK i. f. 2.

Habite les mers de la Nouvelle-Hollande.

Coquille transverse, oblongue, étroite, aplatie, très inéquilatérale, ayant le côté antérieur très court, oblique et obtus. Le côté postérieur est plus large, tronqué perpendiculairement. Un angle obtus, .parlant obliquement en arrière du crochet, descend jusqu'à Tangle inférieur et postérieur des valves, èt ''circonscrit un très grand corselet. Le bord dorsal est droit, le ventral l est également, et tous doux sont parallèles; l'impression musculaire postérieure est ovale, obronde et très grande. La surface, externe est chargée de rides transverses irrégulières, croisées par un petit nombre de fines stries longitudinales. Sous un épiderme Jaunâtre, la coquille est blanche, elle est de la même couleur en dedans, et elle porte sur le côté postérieur une tache violette plus ou moins intense et plus ou moins étendue, selon les individus.

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