‹ Traité élémentaire de conchyliologieChapitre 10 sur 54 · C. roDOLïcüjt, Desh · texte numérisé non relu

C. roDOLïcüjt, Desh

En terminant celle seconde liste des doubles emplois que nous avons reconnus dans la nomenclature du genre Cardium , nous serions heureux de pouvoir ajouter : la table est nette, nous n'avons plus rien à y éplucher. Il n'en estrien malheureusement; il y a d'autres rectifications à faire, d'autres doubles emplois à découvrir moins faciles à mettre au jour, car ils ont rapport à des espèces qui portent plusieurs noms, mais différents. Pour celles-ci , nous serons quelquefois obligé de donner quelques explications sommaires , et nous les menlionnefons à mesure qu'elles nous passeront sous les yeux , en indiquant leur distribution dans les formations.

Les premières espèces créées du genre Cardium sont petites et peu nombreuses ; douze espèces seulement sont distribuées dans le terrain silurien. Six de ces espèces, rapportées aux JS'dmoïic/ta ou aux Cardiamorpha, sont de l’Amérique septentrionale,- des couches signalées sous le nom de Trenton Imestone, par M. Hall et les géologues américains. Les six autres se trouvent en Europe, en Angleterre, en Suède, en Allemagne. Parmi elles il y a les Cardium margînalum et subincerlum qui passent du terrain silurien dans le dévonien. On prétend qu’il en est de même des Cardium carpomorphum de Dalman , et Murchisoni de Munster. Ce dernier a été rencontré en Bavière, en Bohême et en Russie.

Par un phénomène des plus remarquables et que nous aurons rare- T. II. 4

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ment à constater, le genre, en franchissant la limite des couches silu- Tiennes pour passer dans les dévoniennes, prend un développement très considérable, car nous y comptons 79 espèces, et 81 ou 8â en y comprenant les deux ou trois espèces siluriennes qui viennent se mêler à elles. Si toutes ces espèces conservent un médiocre volume ou restent petites, c’est parmi elles que l’on rencontre des modifications singulières dans la forme pour lesquelles deux genres ont été établis, l’un par M. de Munster sous le nom de Lumtlacardiim, l’autre par M. Broun sous celui de Conocardiim; presque en même temps M, Phillips l’instituait aussi sous la dénomination de Pîeurorhynchus, Nous avons déj.à parlé de ces deux genres, et nous nous sommes attaché à faire voir comment, se liant l'un à l’autre, ils dépendent cependant du grand genre Carditm,

Grâce aux persévérantes recherches des savants allemands, les terrains dévoniens qui s’étendent dans les provinces rhénanes, en Bavière, en Westphalie, en Saxe, se sont enrichis de nombreuses espèces de Cardium proprement dits. Noqs en constatons 48 dans les ouvrages de M. de Munster principalement, ainsi que dans ceux de MM. de Verneuil etd’Archiac, Rœmer, Goldfuss, etc. A ces espèces nous devons ajouter tous les Lunulacardium dé Munster, au nombre de dix, et presque tous les Conocardium connus, douze environ. Il est vraiment sans exemple de trouver réunis, dans un si petit espace, un aussi grand nombre d’espèces d’un même genre et autant diversifiées dans leurs formes et leurs autres caractères extérieurs. Un autre fait important ne doit pas être oublié; toutes ces espèces dont nous parlons ne sont connues jusqu’ici que sur le petit espace où elles ont été observées, se présentant en cela à l’œil de l'observateur dans des conditions bien différentes des autres êtres des mêmes couches qui jouissent pour la plupart de la propriété de l’ubiquité.

Il y a cependant un petit nombre d’espèces qui font exception ; elles se répandent sur une plus grande étendue, et leur présence sur divers points sert à constater la contemporanéité des couches qui des recèlent. Nous citerons d’abord le Cardium tenuistriatum de GoIdfusS : il se trouvé à la fois en Bavière et dans la Russie septentrionale; le Cardium gîabrum de Bavière s'arrête en Bohême. Le Cardium clathratum de M. d'Orbigny est jusqu’ici propre aux Asturies.

Le terrain dévonien rend au carbonifère un nombre d'espèces égal à celui qu’il a reçu du terrain silurien. Ces espèces, qui remontent dans des couches plus élevées, sont par conséquent au nombre de quàtrê. L’une d’elles, qui nous était connue depuis longtemps par celte pro-

LES CâU1>1âCÉS.

priété exceptionnôlle de passer d’un terrain à un autre, jointe à quelques autres de là classe des Brachxopodes qui sont dans le môme cas, nous a fait soutenir dès 1 837 une opinion actuellement partagée par ceux-là même qui la combattaient le plus chaudement. A celle époque,- M. Murèhison venait de compléter la série d’observations si remarquables et si nouvelles qu’il a consignées depuis dans son grand et important ouvrage sur la géologie des terrains les plus inférieurs de l’Angleterre. Ce savant, l’un des premiers géologues de notre époque , avait alors l’opinion que les faunes silurienne, cambrienne, dévonienne et carbonifère étaient entièrement distinctes et ue possédaient aucune espèce commune. La paléontologie nous fournissait des preuves contraires, et M. de Yerneuil lui-même , qui depuis a si puissamment contribué par ses belles recherches à confirmer l’opinion que seul nous soutenions, partageait la manière de voir de M. AJurchison. Nous avions raison de faire un appel à un avenir prochain, à un moment où les observations seraient plus complètes et plus multipliées. 11 a paru fort extraordinaire aux géologues qu’un zoologiste sédentaire, s’appuyant sur les lois peu connues alors de la distribution des êtres dans les couches de la terre, se permît de contredire les résultats acquis par l’observation de la superposition. Cependant ce zoologiste, à l’aide du Cardium alœfornie de Sowerby et de quelques brachiopodes , a prouvé combien avait de valeur la zoologie dans l’étude de la géologie. Les trois autres espèces qui passent du silurien au dévonien sont les Cardium retroslriatum de M. dé Buch, minax de Philippi, et hibernicum de Sowerby. De ces ttois espèces la première existe en Westpbalie, en Bavière et dans la Russie septentrionale ; la seconde se montre en Allemagne et en Angletèrre; la troisième enfin est répandue en Angleterre, en Irlande, en Allemagne et en Belgique. Les espèces du terrain carbonifère à nous connues sont au nombre de vingt, et de vingt-quatre si nous ajoutons les quatre dévoniennes communes aux deux terrains. Parmi ces espèces nous en remarquons un assez bon nombre empruntées au genre Cardiomorpha, de M. de Koninck; elles proviennent toutes de la Belgique, dé Visé et de Tournay. D'autres espèces sont en Irlande et en Angleterre ; il en est une plus spéciale à la Russie et qui a été nommée Cardium uraîicum par M. de Yerneuil. La forme particulière des Lunulacardium a disparu complètement dans les couches dévoniennes ^ il n’en est pas de même dé celle des Conocardium. Outre les trois espèces déjà méntionnées passant d’un terrain à l’autre, il y en a sept autres dans le carbonifère ; Vuralicum que nous venons de citer, \'m[latum et le eduliforme M’coy d’Irlande , les slrangulatum et Kouincki de Visé ; le

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rostratum de M. de Koninck est en Angleterre, en Russie, en Bohême et en Belgique; le trigonalis^ enfin, qui est cité en Angleterre seulement.

C'est dans le terrain carbonifère que l’on trouve en plus grande abondance cette coquille singulière, décrite par Sowerby sous le nom de Cardium hibemicunif Sow.

Cardium hibemicum, Sow .

PI. 25. f. 10.

Card, hibernicum. Sow. Min. conch. pl. 8a. f. la. et pl. 55a. f. 3.

Goldf. Petrif, Gertn. I. a, p. ai3. pl. i4i. f. fi.

De Koninck, Rech. sur les foss. de Belg. t. i. pl. 4. f. i3.

Phillips, Geol. of Yorks. pl. 5. f. a6.

Desh. dans Lamk. Au. s. vert, a® éd, l. 6. p. 417, n*^ 14. ^

Braun, Petiv zu Bayreutb, p. 57.

Conocarâimn hibernicum Agassiz. trad. de Sow. p. ia3. pl. 60. f. i, 2, 3.

Id. Bronn, Ind. pal. p. 3a5.

Phurorhynchus kibernicus. Morris. Cal. of Brit. foss. p. 99.

Cette coquille est l'une des plus grandes du groupe des Conocardium. Elle ressemble à un Hémicarde par la forme générale ; son côté antérieur est aplati ; dans les individus bien conservés, l’angle de la circonférence se prolonge en une. lame mince tranchante et concave; en avant, le côté postérieur est conoïde ; il se prolonge en haut en un bec assez long par lequel devaient passer les siphons de l'animal. Le bord cardinal est droit, et il se prolonge en avant, à la place même de la lunule, en un long tuyau cylindrique fort grêle dont la longueur égale le grand diamètre de la coquille. Un individu entier avec ce prolongement de plus de 40 millimèlrcs de long et d’un diamètre de 3 millimètres a été recueilli aux. environs de Dublin , et le moule en plâtre nous en a été communiqué auti'efois par M. Sow^erby.

Avec le terrain carbonifère s’éteignent entièrement toutes les espèces au nombre de cent onze contenues dans le grand ensemble des terrains paléozoïques. Dans le Zechstein, aucune espèce deCardium n’est connue ; il paraît que le genre tout entier a disparu avant le commencement d’une autre grande formation, de celle du trias. Quoique riche en mollusques acéphales, le muschelkaik ne contient, à ce qu’il paraît, qu'une seule espèce de Bucarde. Citée par Alberti, elle a été ttientionnée par Goldfuss dans Dechen. Ni M. Klipstein, ni M. de Munster n’en ont décrit parmi les nombreuses espèces de SainUCassian. Parmi les espèces

LES CARDIACÉS.

du muschelkalk de la Lorraine, nous ne remarquons aucune forme que l’on puisse rapporter avec certitude au genre Cardium. M. d’Ôrbigny cependant transforme une Cardile de M. Klipstein en Cardium. Nous ignorons le motif de ce changement.

Les espèces de Cardiums du lias sont peu nombreuses ; nous en comptons 9 seulement, et toutes, sans exception, sont différentes de celles des terrains sous-jacents. Ce sont les lias d’Allemagne qui contiennent le plus grand nombre de ces espèces. Dans la liste que nous avons précédemment exposée , nous avons fait remarquer un double emploi au sujet du Cardium multicostatum. Ce nom, imposé par Brocchi à une espèce tertiaire, a été employé depuis par M. Phillips pour une espèce du lias d’Angleterre qui , ainsi qu'on peut le croire, n’a pas la moindre ressemblance avec celle de Brocchi. M. d’Orbigny, dans son Prodrome de paléontologie, a donné à l’espèce de Phillips le nom de submulticostatum, comme si en changeant de nom l’espèce devait aussi changer do qualités. Goldfuss a cru retrouver en Allemagne l’espèce de Phillips; mais il est évident qu’il s’est trompé, et la figure qu'il en donne le démontre suffisamment. Ce Cardium constitue une espèce distincte de toutes les autres, et nous lui avons imposé le nom de Cardium, quadratum à cause de sa forme quadrangulaire.

M. Phillips a fait connaître sous le nom de Cardium truncalum une coquille du lias du Yorkshire, qui passe dans les oolites inférieures. Goldfuss a commis pour elle la même faute que pour la précédente ; il faut donc donner un nom à l’espèce du savant allemand, et nous proposons celui de Cardium transpositum.

Deux espèces ont été récemment découvertes en Italie par M. de Collegno ; M. d’Orbigny les a fait connaître dans son Prodrome de paléontologie sous les noms de Cardium Collegno et de Cardium erosne.

Dans la série des couches de l’oolite inférieure, nous trouvons moins d’espèces que dans le lias : cinq seulement sont mentionnées par les auteurs , et encore faudra-t-il peut-être distraire l’une d’elles, Cardium incertum, Phillips, pour la ranger parmi les Lucines. Presque toutes proviennent de l’Angleterre; Tune d'elles, le Cardium cognatum, Phillips , est également connue en Allemagne. Au sujet de ce cognatum, nous relèverons encore une erreur de Goldfuss, semblable aux précédentes. Il a cru retrouver l’espèce de Phillips dans une coquille d’Allemagne qui en est très voisine, mais qui en est parfaitement distincte; nous proposons de lui donner le nom de Cordiitm novatum.

Le Cardium globosum de M. Beau est différent de' celui de Rœmer. Nous lui donnerons le nom de V. Beaiù, et nous le signalerons comme

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ane des espèces caractéristiques du cornbrash, c’est-à-dire des couches supérieures du terrain oolilique inférieur. Nous devons eocqre ajouter le Cardium citrinoideum^ Phillips, qui, après s’être montré dans la grande oolitè, remonte dans le cornbrash et passe d’Angleterre en France.

Douze espèces sont actuellement connues dans la grandçoolit^. Sept sont distribuées en France : elles ont été signalées pour la première fois par M. d’Orbigny dans son Prodrome de paléonlologie. parmi elle^ nous remarquons un Carilhm minutum^ d’Archiac, qui, en appliquant ce nom, a oublié que Lamarck l’avait employé depuis longtemps pour une espèce vivante. M. d’Orbigny, qui paraît avoir pour les changements de noms un système particulier de nomenclature , n’a pas m^qué de Iç désigner par le nom de subminutum, II a fait de môme pour le Cardium striatuîum, Sowerby ; il l a nommé substriatulum. Les cinq autres espèces sont communes entre l’Angleterre et la France, ou bien prop|:es è l’Angleterre seulement. Ce sont les Cardium pes bouts, Beaumonti, semiglabrum, substrialulumQi cognatum. Parmi les sept premières espèce? dont nous avons d’abord parlé , nous devons particulièrement citer Iç Cardium jurense d’Orbigny, qui passe du Fuljers-earth dans la grandç ooIite, et qui, d’après quelques débris que nous avons vus, remonte jusque dans le cornbrash.

Dans le terrain oxfordien, la faune est fort riche, comme le savent les paléontolog^tes. Néanmoins les Cardium sont peu abondants; nous en trouvons six. Quelques uns méritent une mention spéciale. Nous trouvons d'abord le double emploi relatif au Cardium dissimiîe de Phillips, dissemblable de celui de Sowerby, publié antérieurement. M. d'Orbigny, par suite du même système et pour s’éviter sans doute la peine de chercher un nom, se contente de nommer subdissimUe le Cardium de Phillips. Cette espèce passe d'Angleterre en France sans changer d’horizon géologique. Nous mentionnerons encore le Cardium concintium de M. de Buch; il sq répand sur un bien plus grand espace que ses congénères de la même formation : il a été trouvé en Russie, aux environs de Moscou ; en Angleterre, à Brora , à Minchinhampton; en France, à Trouville. Enfin deux espèces, l'une nommée Cardium cyreniforme^ par M. Buvignier danssa Géologie de la Meuse, franchit la limite de TOxford et remonte dans le coral-rag inférieur ; l’autre , le Cardium intextum de Munster, l’accompagne dans les deux formations, et de plus se trouve à la fois en Allemagne, en Suisse et en France.

Outre les deux espèces que nous venons de mentionner, le coral-rag en contient sept autres. C’est parmi elles que s’en trouvent dqux fort remarquables par la saillie que fait ? l’intérieur l’impression musculaire

LES CARDIÀCËS.

postérieure qui , à cause de cela , laisse sur le moule une rainure profonde semblable à celle des Cucullées : ce sont les Cardium septiferum et striatum de M. Buvignier, qui tous deux se montrent dans toute l’épaisseur des couches coralliennes. Ce dernier se rencontre même jusqu’à la partie supérieure des calcaires à Astartés. Il est certain que le, nom de stria/um devra être changé, puisque plusieurs autres espèces portaient déjà ce nom avant celui donné par M. Buvigniçr. Aussi nous saisissons cette occasion pour rappeler les services rendus par M. Buvignier à la science et consacrer à l’espèce le nlgn de ce savant distingué. Nous avons ]e septiferum de la Meuse et des environs d’Alençon, et le J5uuignieri de la Meuse et de Saint-Claude en Franche-Comté. Il y a en Angleterre le Cardium lobatum, qui est propre à ce pays comme le Cardium obscurum l’est à l’Allemagne. Il y en a un autre incertain pour nous, le peclinatum de Klôden , qui devient le Klodeni à cause du Cardium pectinatum de Linné, espèce vivante qui conserve le nom par droit de priorité.

Les couches jurassiques supérieures s'appauvrissent encore de Cardiums; une espèce seulement est citée parRœmer: o est Veduli forme ^ auquel nous joignons avec doute deux espèces du même auteur, les Venus acüliroslris et isocardioides qui, d'après les figures, nous paraissent plutôt des Càrdiums que des Vénus. D'autres espèces viendront s’ajouter plus lard à celles que nous venons de citer lorsque les travaux zoologiques sur les terrains supérieurs du Jura seront plus avancés; nous espérons beaucoup des travaux entrepris par la grande association paléontologique d'Angleterre, M. Thurman, ce savant géologue qui s'est pour ainsi dire identifié avec le Jura, tant il a mis de persévérance dans les précieuses observations qu'il y a recueillies , donnera probablement aussi la description des nombreux fossiles qu’il a rassemblés, et enrichira, nous n’en doutons pas, les couches jurassiques, supérieures d'espèces intéressantes du genre qui nous occupe. La Meuse possède aussi plusieurs espèces des Kimmeridges; nous en connaissons deux de Mauvages découvertes par un amateur plein de zèlq, M. Moreau, bien connu de tous les amis de la science par la belle collection qu’il possède et qu’il ouvre généreusement à tous ceux qui ont besoin de s'éclairer.

Ici encore se présente le phénomène de l’extinction, de la disparition d’une autre série d’espèces moins nombreuse que celle des terrains paléozoïques, mais importante, puisqu’elle caractérise un ensemble de couches d’une épaisseur et d'une étendue considérables. Ce nombre si restreint de quarante-sept espèces de Càrdiums dans toute la série des terrains jurassiques est destiné sans doute à subir une augmentation

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notable à mesure que se produiront des travaux plus complets sur les régions les moins connues.

Dans les terrains crétacés , le genre Cardium prend une nouvelle importance par l'accroissement du nombre de ses espèces. Nous soupçon* nons qu'un trop grand nombre en a été établi par les divers auteurs. Les doubles emplois que l’on remarque assez fréquemment parmi elles annoncent d’une manière certaine que les naturalistes n’ont pas suffisamment contrôlé les ouvrages déjà existants, et souvent aussi l’absônce de matériaux suffisants leur aura fait prendre pour nouvelles des espèces déjà connues et publiées. Le seul moyen de porter remède à un état de chose si fâcheux serait de réunir en une seule collection toutes les es- . pèces publiées et nommées par les auteurs eux-mémes ; leur comparaison deviendrait facile, et il serait aisé de faire disparaître les espèces superflues.

Le terrain néocomien contient douze espèces. Quatre d’entre elles, décrites par M. Forbes, sont propres à l'Angleterre: ce sont les Cardium sphœroiàeum, Ibbetsoni^ BenstedieiAusteni. Parmi les espèces décrites par M. d’Orbigny, cinq se rencontrent spécialement en France et se trouvent à peu près sur tous les points où le terrain néocomien existe. De cès cinq espèces , une seule remonté dans le gault,’ c’est le Cardium Voltzii] Leymerie. Deux autres espèces, les Cardium Comuelianum et subhülanum^ sont à la fois en France et en Angleterre. Enfin, le Cardium peregrimsum de M. d'Orbigny se trouverait en Amérique, en France et en Angleterre, dans la m^e position géologique. Cette coquille est très voisine du Cardium hillanum , et a été prise pour lui par M. Leymerie. Les légères diCférences qu’elle présente sont-elles suffisantes pour les distinguer comme espèces?

En y ajoutant l’espèce qui passe du néocomien au gault, ce dernier terrain ne comprendrait que quatre espèces : leS trois autres ont été décrites pour la première fois par M. d’Orbigny dans sa Paléontologie: ce sont les Cardium Raulinianumj Dupinianum et Cpïisfafitrt. La première a été trouvée par M. Raulin dans les Ardennes, la seconde est d’Ervy, la troisième est de Novion.

En acceptant comme bonnes toutes les espèces mentionnées dans le grès vert, il s’y en trouverait douze. Nous en devons signaler quelques unes à l'attenlion des paléontologistes. D’abord le Cardium produclum, Sow., au sujet duquel s’est introduite une fâcheuse confusion. Plusieurs noms lui ont été successivement donnés. M. Reuss, dans un ouvrage, très utile du reste et fort bien fait, sur la craie de Bohême, le prend pour une espèce nouvelle, lui donne le nom de Cardium allernum, quoique ce

LES CARDIACÉS.

mot ait déjà été employé antérieurement par M. de Munster pour une autre espèce. Comme l’espèce a été figurée autrefois par Faujas dans son ouvrage sur VÊistoire naturelle de la montagne de Saint-Pierre de Maëstricht, M. Des Moulins a cru rendre hommage à l’auteur de l'ouvrage en question en proposant postérieurement à Sowerby le nom de Cardium Faujasi. M. Malheron, qui en a vu une variété dans la craie chloritée de Provence, l’a également pris pour une espèce nouvelle et lui a imposé le troisième^nom de Cardium Goldfussiù M. d'Orbigny veut encore faire rentrer dans le Cardium produclum deux autres espèces de M. Matheron , les Cardium guttiferum et inœgwfcostatum. Nous avons quelques doutes sur le premier, mais nous ne partageons pas l’opinion de M. d’Orbigny à l’égard du second; il offre des caractères spécifiques différents, et nous croyons devoir le maintenir dans la liste des bonnes espèces. Ces rectifications une fois faites, nous devons ajouter que le Cardium produçtum commence à se montrer dans la partie inférieure des grès verts , qu’il remonte dans la craie chloritée , où il se répand en assez grande abondance. II se trouve à la fois en Bohême et ^en Silésie^ en Allemagne, en Belgique dans le Tourtia, en France dans tous les principaux bassins crétacés; enfin M. Brongniart l’a trouvé dans les Alpes, parmi les fossiles de la célèbre localité des Fis. Cette espèce peut donc être considérée comme l’un des fossiles caractéristiques de cette portion considérable des formations crétacées.

Le Cardium genliamm doit prendre la place du Moutonianum de M. d’Orbigny. L’espèce a d’abord été établie sous le nom de Cardita tuberculata; mais lorsque M. Sowerby donna l’explication de la table du Minerai Conchology, il reconnut les caractères génériques de cette espèce ; et comme il existait déjà un Cardium tuberculaiim^ il substitua celui de gentianum^ que son antériorité doit rendre préférable à celui de M. d’Orbigny. Cette espèce, voisine de la précédente, se trouve avec elle dans les sables verts en Angleterre et en France, dans les bassins crétacés méditerranéens et de la Touraine. Il remonte des grès verts dans la craie chloritée, et sa présence dans ces deux couches contredit l’assertion de M. d'Orbigny, qui prétend ne trouver aucune espèce commune entre elles.

Le Cardium dissimile , si nous en croyons ceux des paléontologistes qui en ont parlé, se trouverait en Angleterre d’après M. Sowerby, dans le sable vert du Portugal d’après M. Sharpe, et enfin dans le Brandebourg d'après M. Klôden. Il faudrait avoir sous les yeux en môme temps les échantillons de ces trois localités, pour être bien assuré qu’il ne s’est produit aucune erreur de spécification à son sujet.

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M. Matheron fait connaître trois espèces dans les grès verts de la Provence; M. Sharpe en ajoute deux autres du Portugal, et enfin M. d’Archiac, dans son rapport sur les fossiles du Tourtia, en a décrit trois autres espèces. Jusqu’ici ces coquilles paraissent attachées auf localités où elles se trouvent, et ne se répandent pas, comme beaucoup d'autres, sur une grande surface.

La craie chloritée est celle de toutes les couches crétacées qui renferme le plus d’espèces de Cardium. En effet , nous y comptons vingtcinq espèces : les unes sont localisées , les autres se distribuent sur de plus grandes surfaces ; dans ce nombre ne sont pas comprises celles des espèces qui remontent du sable vert dans la craie chloritée. Nous aurons quelques observations à faire au sujet des espèces mentionnées parles paléontologistes; ainsi le Cardium inierniedîum de M. Reuss, par exemple, n’est autre chose qu’une variété de Cardium btspinosum de Dujardin. Ce rapprochement prouve que l’espèce se rencontre à la fois en Touraine et en Bohême. Le Cardium decussatum, Goldf., est très probablement une espèce différente de celle de Mantell, puisque cette dernière est une véritable Pholadomye; mais comme nous ne pouvons apprécier la valeur de ces espèces que d’après les figures, nous conservons de l’incertitude, et nous ne voulons pas nous hasarder à trancher la question lorsque nous n’avons pas dans les mains les matériaux nécessaires pour le faire en toute assurance.

Il nous a paru, toujours d’après les figures de Goldfuss, »|üe son Cardium tuhuîiferum pourrait bien être une variété du Cardium allernatum de M. d'Orbigny, c’est-à-dire de notre iniercostatum. En effet , nous avons figuré sous ce nom, dès 1834, une coquille nommée ainsi dans notre collection par M. Dujardin. Elle présente tous les caractères de la coquille nommée Cardium altematum par M. d'Orbigny dans sa Paléontologie française, et pour plusieurs raisons ce nom de Cardium ctllérnafum doit disparaître, puisque déjà une espèce vivante portait ceqom; il est donc tout naturel que par droit de priorité l’espèce reprenne sa première dénomination.

LES CARDIACÉS.

Bucarde intercostulée. Cardium inter cQstaium^ Duj.

PL 26. fig. 6. 7.

C, testa ovato-ohîongâ, snbœf^uilaterq^ crassâ^ ponderosa^ longitudinal Vuer suîcatâ; sulcis depressis, interstitiis qngustis ahernatim seriaïUer tuberculosis ; marginibus intits incrassatis^ serratis; cardine incrassato. dente laterali antico obsoleto.

Cardium alternatum, d’Orb. Pal. franc, ter. crét. l. 3. p. 3o, pl. 246.

An eadem species ? Cardium tubuliferum, Goldf, Petrif. Germ. t. a, p. 22Z. pl. 144. f. 7.

Id. Rœmer, Nordd. Kreidg. p. 74, n® 6.

Id, Millier, Monog, Petrif, p. ai, n® i.

Id, Geinitz, Grund. p. 4a3.

Id. Bronn, Ind. paU t. i. p. 237,

Cette coquille se trouve en meme temps dans les sables verts de tichaux, près de Saint-Paul-Trois-Chàteaux , aux environs de Sainte-Maur^ (Indre-et-Loire), à Vaucluse, à Mondragon; et si Tony doitjoiudr^ le tuhuliforme , elle existerait également en Silésie, en ^Vestphalie et en Bohême.

Le Cardium scabrum de M. Reuss serait la même espèce quç le Cardium semipapillatum , d’après M. Bronn. Nous avons vu que dans tous les cas le nom de scabrum ne pouvait pas rester à Tespèce, puisque Philippi l’avait autrefois appliqué à une petite espèce vivante de Sicile.

Il est à présumer que le Cardium asperum de Munster, dont les figures sont fort différentes dans les ouvrages de Goldfuss et de M. Geinitz, n’est qu'une variété du Cardium bispimsum de Dujardin. Ce soupçon ne pourrait se changer en certitude que par la comparaison directe des individus figurés par ces trois naluralislès. Nous avons fait remarquer un Cardium uentn'cosum de M. d’Orbigny, auquel un autre nom doit être appliqué, puisque Bruguières avait déjà donné ce nom dans V Encyclopédie à une espèce vivante. Nous proposons pour l’espèce fossile le nom de Cardium insufikttum. Le Cardium killanum de Sowérby est une coquille fort intéressante , très répandue dans toute la craie chloritèe ; elle est facile à reconnaître par les sillons longitudinaux qui occupent tout le côté postérieur, tandis que toute la surface est striée transversalement. Ce caractère se retrouve, comme nous Pavons vu, chez un certain nombre d’espèces crétacées et tertiaires, pour lesquelles M. Beyrich a proposé le genre Protocardia, Ûne variété de cette coquille

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a été nommée Cardium Marticense par M. Matheron , et peut-être en est-ce une autre que le même naturaliste a baptisée sous le nom de Cardium Requienianum. M. Forbes a retrouvé cette espèce parmi celles rapportées de rinde par M. Kaye. Cela prouve la constance des espèces dans une étendue aussi considérable des mers de cette époque que des mers actuelles , car le Cardium hillanum est cité dans toutes les craies chlorilées de ^Europe.

Nous avons dû rectifier encore une faute de nomenclature échappée à M. Forbes, relative à son Cardium concenlricum pour lequel nous proposons le nom de Cardium Klôdeni , parce que M. Klôden, déjà depuis plusieurs années , avait appliqué ce nom à une espèce fort différente du Brandebourg.

Douze espèces, dont nous n'avons pas à citer les noms, ont été décrites par M. d’Orbigny et par M. Matheron; elles sont répandues dans les craies chloritées de la France.

Sept autres sont plus particulièrement dans les terrains de l’Allemagne, et surtout dans les terrains de Bohême etde Westphalie; on en trouvera la description dans les ouvrages de MM. Reuss, 6^einitz et Goldfuss. Enfin il en a été rencontré quelques unes en Angleterre, et celles-là nous venons de les citer, parce qu’elles sont de celles que l’on rencontre dans un grand nombre de lieux.

Nous avons vu remonter le Cardium productum jusque dans la craie supérieure de Maëstricht; nous insistons fortement sur ce fait parce qu'il sert à appuyer cette opinion que nous défendons depuis longtemps, que l'ensemble des terrains crétacés est lié non seulement par des espèces qui passent d'une couche inférieure à une couche immédiatement superposée, mais encore par plusieurs autres qui, ainsi que celles-ci, ont joui de la propriété de persister plus longtemps et de s’accommoder a des changements qui n'ont pas eu assez d’importance pour détruire une faune tout entière. Encore une fois des faits conime ceux-là démentent de la manière la plus formelle les opinions de M. d’Orbigny, d'après lesquelles chaque couche de la craie aurait une faune particulière. Il faut bien que M. d’Orbigny ait lui-même reconnu son erreur, puisqu’il admet la coquille de Maëstricht dans sa synonymie du Cardium productum. Dans la craie supérieure cinq autres espèces ont été récemment mentionnées par M. Joseph Muller dans sa Monographie des fossiles de la craie des environs d'Aix-Ja-Chapelle. La sixième vient également de la craie de Maëstricht ; elle a été nommée Cardium propinquiim par M. de Munster.

Outre le Cardium hillanum, dont nous avons déjà parlé, M. Forbes a

LES CARDIACÉS.

Gi

déjà signalé dans les craies de l’Inde, des environs de Pondichéry, de Trinquinopolis et de Verdachellum, cinq autres espèces de Cardhm qui sont nouvelles et qui conservent cependant les formes que l'on est habitué à rencontrer dans les espèces crétacées. Il est bien à présumer que les couches d’où elles proviennent correspondent, soit à la craie chlorilée de l’Europe, soit à la craie supérieure de Maëslricht. Enfin, nous ne devons pas oublier parmi les espèces crétacées celle que M, d’Orbigny a rencontrée aux environs de Santa-Fe de Bogota, et qu’il décrit sous le nom do Cardium coîumbianam. Quant au Cardium tumidum de M. Klôden, qui se trouve en Prusse, aux environs de Postdam, sa figure est tout à fait insuffisante pour s’assurer si en effet cette coquille dépend du genre où elle ^a été placée, ou si elle doit y constituer une espèce tout à fait distincte.

Dans la série des terrains tertiaires, nous allons trouver autant d’espèces de Cardium qu’en renferment tous les terrains que nous venons d’explorer. Ce n’est pas sans avoir accepté bien des doubles emplois que la nomenclature de ces espèces s’est établie; mais du moins les rectifications deviennent plus faciles, les caractères des espèces étant plus nettement accusés, d’une conservation généralement plus parfaite que dans celles des terrains secondaires. Nous avons fait remarquer précédemment combien les formes subissent de changements dans la série des terrains les plus inférieurs. Aux Conocardium se joignent, un peu plus lard les Lunulacardium, Ces deux formes s’éteignent dans les terrains paléozoïques et ne se montrent dans aucune autre formation. Des formes analogues, mais éloignées cependant, se rencontrent dans la nature actuelle sous la forme des Hémicardes. Une modification intermédiaire apparaît dans les terrains tertiaires inférieurs , dans le calcaire grossier, mais rien dans les terrains jurassiques ne fait suite aux deux sous-divisions que nous venons de rappeler. La forme de nos Cardium actuels se môle dès le commencement avec celle des deux autres sousdivisions. C’est celle-là qui se continue dans la série secondaire, et qui parvient jusqu’à l'époque actuelle en passant à travers toute la série des terrains tertiaires.

A peine dessables marins ont-ils été déposés dans le bassin de Paris qu’ils ont contenu plusieurs espèces de Cardium : les sables inférieurs d’Abbecourt et de Bracheux, ceux de Brimont, do Châlons-sur-Vèle et autres lieux sur les confins de la Champagne, si bien décrits par M. Hébert, sur lesquels M. Melleville a également fait un travail pour y rattacher, les couches du même âge du Soissonnais et des environs de Laon, renferment en même temps une grande espèce que nous avons

VINGT ET UNIÈME FAMILLE

nommée Cardimi hybridum dans notre Description des coquilles fossiles des environs de Paris, et auquel M. Melleviile a donné le nom de Car- 3tum fragilè; il est accompagné du Cardium semigranulosum et des premières variétés du Cardinm porulosum.

Bucardéporuleuse. Cardium porïilosum^ Brander.

PL 26. fig. 1. 2. 3.

C. testa cordato-turgidâ, subcequUaterâ) margine dentibus ïigtdati's serrato; costis angustis , carinatis, crenuiatis^ basi poruîosi’s.

^bnchites striis elcpatis, basi perjoratis, Linné, Mus. Tessin. p. 9a. pl. 5. f. 10.

Cardium porulosum, Brander, Foss. hant. n* 9g, pî, 8. f. 99.

Seba, Mus. t. 4* pi* 106, fig, 47 à 5o.

Lamk. Aou. du Mus. l. 6. p. 342, n® a. et t. 9. pl. 19. L 9.

Sowerby, Min. cônch. pl. 346. f. 2.

Lamk. Au. S. vert. l. B. p. 4i4. n® 4,

Desh: Cbq. foss. de Paris. (. i. p. 169. u® 7. p!. 3o. f. r, 4. i3esb. Cbq. caract. p. 22. pl. 5. f. 7; 8.

Broun, Letli. Geogu. l. 2. p. 944. pl. 38, f. 8.

Galeotti, Géol. du ferab. p. Î56. pl. 3. f. i^.

NyU et West. Nouv, rech. p, 10. n® 22.

Pot. et Mich, Cal. des moIL de Douai, t. 2. p, i83.

Nyst, Coq. foss. dé la Bèlg. p. 188. pl. 14. f, 4.

Pusch, Pol. Pal, p. Bfi.

Morris, Cat. of Brit. foss. p. 82,

Geini(2, Grundr. p. 4a4* pl* 19. f* 3.

Broun, Ind, pal. p. 235,

Grateloup, Cat. zoo!, p, 63. n* 9.®

La synonymie que nous venons de rapporter constate conibifeii cette espèce est répandue ; elle passe du bassin de Paris dans cèlui de la Belgique. M. Pusch la cite en Pologne. Elle abonde dans le bassin de Londres , surtout à Bracklesham , et M. Grateloup la mentionne dans les calcaires inférieurs de la Gironde. Est-il bien certain que la coquille vue par M. Grateloup soit la même que ta nôtre?

Après avoir peuplé en grande abondance les sablés inférieurs du Soissonnais , \e Cardium porulosum remonte dans le calcaire grossier, où il se mêle en non moins grande abondance avec leS' autres espèces qui sont propres à ce grand dépôt marin.

LES CÂRDUCÉS. 03

Les èspèces du calcaire grossier sont au nombre de quatorze. Quelques unes remontent dans les sables moyens marins , et particulièrement lé Cardium porulosumt qui y acquiert tout son développement. Il s’y trouve avec un petit nombre d’espèces nouvelles qui jusqu’ici ne se sont jamais rencontrées ailleurs. Parmi toutes ces espèces, nous devons rappeler le Cardium verrhcosum^ qui se trouve dans le calcaire grossier èt que M. Brongniart, ayant découvert à Ronca , a nommé a&perulum , quoiqu’il y eût déjà un asperu/um, Lamk., qui en est très différent. Le Cdrâîum semislriatum existe en même temps dans le calcaire grossier de Paris, dans les argiles de Londres, ainsi que dans le terrain nummûlilîqué des environs dé Nice. C'est à lui que doit se rapporter une partie dès coquilles confondues par M. Sowerby sous le nom de Plumsteadianum. 11 paraît que le Cardium nitens de M. Galeotti en serait également une variété, ët alors l’espèce se trouverait de plus dans le bassin de là Belgique.

Bücardé aviculaire. Cardium aviculare ^ Lamk.

PL 25. fig. 7. 8, 9.

C, testa siibc'ordiformi, clepressiusciiUi , trigonâ^ inceqüaliter carina laterali dentaln, bipartitâ; laCere antico breviore^ subcruncato^poste~ riorc aîœfonniy dcpresso; margine cardinaVi rectc spirii/ero ; vaiyiiîis ancice sttlcato-muricatis ^ postice plano-sulcatis.

An Cardium lithocurdiiwi, Gœel. p, 3246. u" 5ü?

Cardita avicuiaria, Lamk. A.nu. du Mus. t. 6. p. 346, et t. 9. pl. 19. f. 6, a, ù.

Eacycl. méth. pl. 3oo. f. g. a. b,

Cardium aviculare. Desh. Coq* foss, de Paris. U x . p. 1 7Ô. pl. 29, f. 5, 6.

Desh. daus Lauik. An. s. vert. 2^ éd. t. 6. p. 4xÛ. 10.

Hippopus? aviailaris^ Sow, üeuera ot shell», f. 2.

Lè Cardium aviculare est cette espèce dont nous parlions tout à l’heure; il conservé quelques rapports éloignés avec les Coiiocarâium. II se rapproche également des Hémicardes par la troncature dé son côté antérieur. La singularité de sa forme et la modiQcation qui en résulte pour sa charnière ont fait penser à M. Sowerby qu’il devait appartenir au genre Hippope ; mais pour faire ce rapprochement , M. Sowerby a omis une seule observation bien simple : c’est que dans les Hippopes il n’existe jamais qu’une seule impression musculaire subcentrale, tandis que dans le CaMium dont îl est question , les deux impressions mûscu-

VINGT ET UNIÈME FAMILLE

laires sont à la place où elles doivent se trouver dans toutes les coquilles du genre. Cette coquille , fort intéressante, ne s’est jamais rencontrée ni au-dessus, ni au-dessous du calcaire grossier; elle est donc propre à le caractériser. Nous pourrions encore y ajouter le Cardium asperulum ; mais les autres espèces, telles que le Cardium gralum^ par exemple, se trouvent à Paris et dans le terrain nummulitique des environs de Nice.

Il en est de même du Cardium gigaSj qui, dé plus, a été cité en Belgique par M. Galeolli.

Le Cardium discors est dans le même cas que le précédent. D’autres espèces sont connues en Angleterre , et sont contemporaines du calcaire grossier. Ce sont, par exemple, le Cardium turgidurrij et une partie des Plumsteadianum. M.Klôden prétend que ce premier, ainsi que le nitenSj se retrouve aux environs de Polsdam, en Prusse ; ils s’y rencontreraient ayec une espèce nouvelle, nommée concmlricum par l’auteur. La formation tertiaire inférieure contiendrait donc , dans une région où on ne l'y soupçonnait guère, trois espèces de Cardîum , dont deux auraient leurs analogues dans le bassin de Londres. Les sables marins moyens reçoivent plusieurs des espèces du calcaire grossier, en particulier les Cardium obliquum, poruhsum et granuîosum. Ces espèces ne remontent pas plus haut : on n’en remarque aucun vestige dans les sables marins supérieurs, plus connus sous le nom de sables de Fontainebleau. Ici se présente une autre population, dans laquelle Bgurent cinq espèces, parmi lesquelles nous remarquons particulièrement le Cardium cingulatum de Goldfuss. Sous celle dénomination spécifique , l’auteur que nous venons de citer confond deux espèces bien distinctes; l’une, toujours plus grande et plus épaisse que l’autre , et chez laquelle d'autres accidents se montrent, dans la charnière et dans l’aspect extérieur ÿ nous lui avons donné le nom de Cardium Nystii, voulant ainsi profiter de cette occasion pour témoigner à l'auteur des Fossiles tertiàires de la Belgique la reconnaissance que lui doivent les amis de la science pour les travaux importants qu’il a entrepris ; l'autre espèce rentre naturellement dans le Cardium temisulcatum dé Nyst, espèce publiée dès 1835, c’est-à-*dire plusieurs années avant' le cm^ulatum de Goldfuss. 11 se trouve pon seulement à Klein -Spawen , mais encore à Jeure, près d’Èlampes, ainsi qu’en Westphalie, à Bünde et à Alzey. Brocchi avait imposé le nom de striatulum à une espèce du Plaisantin. Goldfuss a cru la reconnaître dans une des coquilles de l’Allemagne; cependant.il est facile d’apercevoir les caractères qui les séparent : nous proposons le nom de Cardium alveolatum pour cette espèce de Goldfuss; c’est à elle que se rapporte le Cardium striatulum de Nyst et de Philippi. Cette

LES CARDIACES.

espèce se trouve à Cassel , à Klein-Spawen et à Alzey. Les sables qui recèlent ces espèces, sur lesquels les géologues allemands sont encore incertains, s’étendent, à ce qu'il paraît, jusqu’aux environs de Magdebourg, où M. Philippi a observé une espèce nouvelle, qu’il a nommée Cardium Hausmanni. II est à présumer que c’est encore à ces mêmes sables que doit se rapporter une partie assez considérable des espèces nommées et décrites par M. Philippi dans son Essai sur les terrains tertiaires des environs de Cassel. C'est donc a la suite des cinq espèces précédentes que devra se ranger le Cardhim piilchellum. Nous avons moins de certitude encore sur la position géologique d'une espèce que M. Andrezjowski a fait connaître sous le nom de Cardium verrucosum , espèce très différente de la nôtre, et qui est très voisine du papillosum de Goldfuss. L’auteur la rapporte au calcaire grossier, et prétend avoir trouvé en même temps \q Cardium porulosum. Ce sont la des faits intéressants sur lesquels nous appelons toute l’attention de ceux des géologues qui peuvent aller visiter les lieux où les espèces en question ont été recueillies.

D'après M. Conrad , les terrains tertiaires inférieurs seraient représentés, dons l’Amérique septentrionale, par une faune qui a, en effet, la plus grande analogie avec celle du bassin de Paris. Cinq espèces de Cardium y ont été reconnues : le dirmum, par exemple, a la plus grande ressemblance avec Ïq semistrialum , tandis que le vîcksburgensis pourrait être pris pour une variété du Cardium obliquum de Lamarck. Enfin, il paraît, d’après M. Sowerby du moins, que M. Darwyn aurait rapporté de l’Inde un Cardium ambigiium du terrain tertiaire inférieur ou terrain nummulilique : il est du Beioochislan.

Après avoir rectifié cette partie de la nomenclature des Cardiums fossiles , les espèces propres à l’étage du tertiaire' inférieur se réduisent au nombre de trente-deux, sans y comprendre huit ou dix espèces nouvelles tant du terrain nummulilique que des autres couches. Nous ajouterons qu’aucune de ces espèces ne passe en identique dans le terrain tertiaire supérieur.

De tous les terrains tertiaires, celui dont la faune est le moins bien connue, est certainement le terrain tertiaire moyen, qui cependant a été le sujet d‘un grand nombre de travaux entrepris isolément et sur des régions éloignées. Ces travaux n'ont pas toujours ce cachet de la certitude propre à inspirer au naturaliste une confiance entière; on y voit trop souvent des espèces identiques porter des noms différents et des espèces dissemblables réunies sous une même dénomination. Une confusion, quelquefois, déplorable, s’est introduite peu à peu. Pour recti-

T. II

VINGT ET UNIÈME FAMILLE

fier tous les doubles emplois'el rétablir à toutes les espèces une bonne syno^mie, il faudrait, ainSî que nous l’avons déjà dit, réunir dans une seule collection toutes les espèces décrites ou mentionnées. Quniqu nous ne soyons pas parvenu à rassembler tous les matériaux nécessaires à ce grand travail, nous en possédons cependant une suffisante quantité pour rectifier les erreurs principales et indiquer du moins la roule qu’il faut suivre pour perfectionner un pareil ouvrage. Après avoir opéré toutes les reclificalions possibles, dans l’état actuel des choses , d’une centaine d’espèces citées dans les terrains tertiaires moyens, nous en avons réduit le nombre à soixante neuf ; parmi elles, il en est encore de do\iletises, surtout celles qui ont été nommées par M. Eichwald, à peu près en même temps par M. Andrezjowski, et peut-être une troisième fois par M. Partsch. Nous devons à l’obligeance de M. Joseph de Hauer une connaissance plus étendue des espèces du bassin de Vienne ; ce savant , plein de zèle pour la science , ayant compris le but de nos recherches , nous a communiqué une collection considérable des espèces de celte région importante pour ! étude des terrains tertiaires. Nous devons ajouter aussi que le genre Cardium a subi, pendant cette période des temps géologiques, des modifications très importantes, telles que celles que nous avons fait remarquer dans les espèces de la Crimée, dont le gisement ne peut se rapporter qu'à l'époque dont il est question. On comprend qu’il a été facile de prendre de simples variétés locales pour des espèces distinctes , et d’augmenter ainsi , sans le vouloir, la confusion déjà existante. Dans les listes que nous avons précédemment dressées, nous avons fait remarquer un certain nombre de doubles emplois sur lesquels nous n’aurons pas à insister beaucoup ; mais il en est d'autres qui réclament une rectification : ce sont cëllés-Ià surtout qui vont nous occuper,

M. "Baslerot avait confondu avec le Cardium edule , à titre dè variété, une coquille qui en est parfaitement distincte et qui nous paraît très analogue à une espèce de (a Touraine, et à laquelle M. Dujardin a donné le nom de Cardmm arceda; néanmoins des différences subsistent entre elles, et nous consacrons à celle de Bordeaux le nom du savant qui le premier l’a fait connaître.

11 existe, dans les terrains des environs de Bordeaux , une grande et belle coquille , à laquelle Lamarck a conservé le nom de Burdigalimm : elle a quelques variétés, lorsqu'elles sont jeunes surtout . qui se distinguent à peine du Cay'divm ringens, qui vit actuêllement au Sénégal. C'est avec doute que, dans nos tableaux des espèces vivantes et fossiles, nous avons mentionné cette espèce parmi les analogues. M. Bronn est

LES CARDIACÊS.

allé beaucoup plus loin que nous : non seulement il a supprimé nos points de'fioulc, mais iV rapporte encore à la même espèce les Ca^dium mdicttm, Lamk., et hiansàe Brocchi. Cependant rien n’est plus distinct que ces espèces, rien n'esl plus constant que leurs caractères. Il faut doncaclueilement séparer le Cimliiim Burdigalinum du Cardium ringens, et conserver comm(? distinctes ces deux espèces. Cette rectification n’est pas sans importance; car le Burdigalinum caractérise particulièrement l’étage moyen tertiaire, tandis que le Cardium hiansesi beaucoup plus répandu dans les terrains tertiaires supérieurs Nous aùrons plus tard occasion de parler encore de celte dernière espèce.

Bucarde différente. Cardium discrepans ; Bast.

PI. 26. ffg. 4. 5.

C, testa magna ^ ovato-cordatâ ^ tumidâ ^ soUdâ ^ unticè transversim obliqué sulcatâ^ posticé longitudinaliter striata; sulcis anterioribus subimbricatis,

Bast. Foss, de Bord. p. S3. pl. 6r f. 5.

Gral. Cal. zool. p. 6a, 683.

Desh. dans Lonik. Au. s. vert, a® éd. t. 6. p. 418.

» Sism. .Syn. ped. foSS. p. rg.

Mich. Ter. mioc. de Ttl. p. 109.

Duj. Fuss. de Tour, p 26a, n® a.

Card, anomale. Malh. Cat. méth. p. 194. pl. 3a. f. ii, xa.

Card. spondyloides. Hauer, Foss. von Korod nat. habl. p. 354. pl. t3. f. 4» 5, 6.

Bronn,Iud. pal. p. a3o.

Le Oardmni discrepans de Bastérot est également une espèce très intéressante: on l'a confondue autrefois avec le Cardium peclinalum de Linné [Æoîicum de Born). Llle constitue un type tout à fait à part qui reste confiné dans l'étage tertiaire moyen, où elle se rencontre presque partout; aussi elle est de celles qui ont reçu plusieurs noms. M. de Hauer fils en a trouvé de très grands individus dans la localité de Korod , rendue célèbre par l’ouvrage de Fichlell ; il lui a donné le nom de Cardium spondyloides ; nous avons des faluns de la Touraine des exemplaires au moins aus.si grands que ceux de Korod , et leurs caractères ne les distinguent point du type de l’espèce. Une variété de cette coquille, rencontrée à Carey, par M. Matbéron , a été prise par lui pour une espèce particulière; il lui a donné en conséquence le nom de Car-

VINGT ET UNIÈME FAMILLE

dium anoinale. Il résulte des renseignements que nous avons recueillis au sujet de ce Cardium discrepans qu’il se trouve à la fois à Superga, près ^e Turin , dans les terrains tertiaires moyens de la Provence , à Bordeaux, en Touraine, et à Korod en Transylvanie.

Dans un premier travail sur les Brachippodes et les Acéphales du Piémont, M. Michelotti avait désigné une espèce ^us le nom de Cardium sülcatum. M. Sismonda ne tarda pas à s’assurer que ce nom avait été plusieurs fois employé : en conséquence , il proposa le nom de Cardium trigonum; mais celle rectification ne peut être acceptée, puisque avant qu’elle fût faite , il y avait un Cardium trigonum dans Goldfuss. Il devient donc nécessaire d’attacher un nom définitif à celte espèce, et nous ne croyons mieux faire que de lui consacrer celui du savant naturaliste qui l’a fait connaître le premier. Nous l’inscrirons sous le nom de Cardium Michelotti.

Dans notre Mémoire sur les fossiles de Crimée, rapportés par M. de Verneuil , nous avons fait connaître une vingtaine de Bucardes , et dans celle partie de notre travail nous avons adopté quelques noms que nous aurions dû rejeter, puisqu’ils avaient été employés avant nous. Mais alors nous n’avions pas encore complété le dépouillement général des auteurs de conchyliologie, auquel nous avons travaillé depuis avec ardeur, comprenant combien cela était important pour éviter à l’aven ir de pareilles fautes. Nous avons indiqué les changements de noms devenus nécessaires dans la liste que nous avons précédemment mise sous les yeux du lecteur. Nous trouvons , provenant des mômes régions, d’autres espèces décrites par M. Eichwald , et comprises dans les sousgenres Adacna, Monodacna et Didacna. Parmi ces espèces, nous remarquons le Cardium intermedium , qui n’a pas le moindre rapport avec le Cardium intermedium de Sowerhy ; nous proposons pour lui le nom de Cardium monodacna. Le Cardium protractum d’Eichwald a été l’occasion de plusieurs doubles emplois ; cependant nous ne lés croyons pas aussi nombreux que le ferait croire une synonymie un peu hasardée de M. Broun , dans son Index palœonlologicus. D’après lui, cette seule espèce’ aurait reçu six noms ; mais en rapprochant les descriptions et les figures, la plupart médiocres , nous pensons que M. Bronn a lui-même exagéré les rectifications , et que trois espèces seulement: le îithopodo- Jkum de Dubois de Monlpéreux, le Cardium obliquum d’Andrezjovvski , et peut-être le pusütum du même auteur, seront les seuls qui devront rentrer dans la synonymie du protractum. Nous avons encore le Cardium simula7is de M. Partsch , qui ne paraît pas différer du Cardium latisulcatum de Munster. Cette espèce est intéressante , parce qu’elle

LES CARDIACES.

se rencontre presque partout dans le bassin tertiaire de l'Autriche et des pays circonvoisins. Ces espèces ne sont pas les seules qui méritent d’attirer l’attention du naturaliste ; nous devons en ajouter plusieurs qui, par leur distribution , sont propres à caractériser l’ensemble de l'étage tertiaire moyen. M, de Bastérot a fait connaître , à litre de variété du Cardiim echinulutum , une coquille fort commune aux environs de Bordeaux. Elle a, en effet, la plupart des caractères de l'espèce vivante qui porte ce nom ; cependant elle reste constamment plus petite, elle est toujours plus arrondie, moins oblique , et ses différences constituent une très forte variété; et peut-être paraîtraient-elles suffisantes à quelques personnes pour les engager à les séparer comme espèces. Cette coquille se retrouve à une très grande distance, en Wolhynie et en Podolie. M. Andrezjowski l’a prise pour le Cardiumciîiare, et elle porte le nom de Cardium Deshayesii dans la collection de M. de Hauer. C’est, en effet, à celle dernière espèce que M. Bronn la rapporte dans son Index paJœontologicus , mais elle n’en dépend pas. Elle conserve des traces de sa première coloration, et, à cet égard, les individus de Bordeaux et du bassin de Vienne sont parfaitement identiques. Leur identité n’est pas aussi parfaite à l'égard des côtes : leur nombre reste le même , mais elles s’élargissent aux dépens des intervalles qui les séparent dans les individus de la Wolhynie et de la Podolie. Nous ne connaissons dans les terrains supérieurs aucune variété du Cardium echinulatim qui se rattache à celle-ci.

Le Cardium mutlicostatum de Brocchi présente une distribution ana logue à celle du précédent dans les terrains tertiaires moyens; il y est peut-être plus universellement répandu , car il se trouve dans les faluns de la Touraine, et à la Superga, près de Turin; il est du petit nombre de ceux qui, remontant dans le terrain tertiaire supérieur, s’y mêlent à une nouvelle population. Nous l’y retrouverons bientôt.

Le Cardium cypria, Hauer ( Venus cypna., Brocchi), apparaît également dans l’étage tertiaire moyen , pour remonter dans l’étage supérieur. Le Cardium hians présente le même phénomène : tous deux se sont rencontrés aux environs de Vienne ; nous ne les connaissons pas sur d’autres points du terrain miocène. Une seule do ces espèces, le Cardium hians, a son analogue vivant dans la Méditerranée. Nous allons retrouver ces espèces dans l’étage supérieur.

pne petite espèce a été prise par M. Andirezjowski pour le Cardium Pallasianum de Bastérot; elle en est très différente, ce que M. Bronn a parfaitement reconnu. Ce naturaliste la rapporte au Cardium exiguum de Gmelin, avec lequel elle a réellement de la ressemblance; mais à ce

VLNGT ET IIINIEME EAMILLE.

ro

nom d'exiguum, plusieurs espèces sont attachées, et la seule qui doive le couservei* est celle que M. Peyraudeau a nommée Cardium Poliî. Or l’espèce de Podolie n’est point l’analogue de celte dernière; elle doit donc recevoir une autre dénomination ; elle a son analogue vivant dans la Méditerranée, .c'est peut-être le Cardium subangulaium de Scacchi : dans le doute, etM. Scacchi p'ayant donné aucun moyen de -le faire cesser, nous proposons pour celle espèce le nom de ce naturaliste. Ce sera le Cardium Seocchii.

Nous avons toujours eu soin de noter séparément les espèces recueillies dans le crag d'Angleterre et d'Anvers. Dans notre opinion, depuis longtemps publiée, celle portion très intéressante des formations tertiaires est intermédiaire entre l'étage moyen et l’étage supérieur, se rapprochant cependant plus du dernier que du premier par le nombre de ses espèces analogues. Nous comptons neuf e.'^pèces dans le crag ; parmi elles, l'une des plus connues et la plus caractéristique est le Cardium Parkinsoni; il se rencontre abondamment en Angleterre et en Belgique. M. Nyst a fait connaître, sous le nom &elegqns, une espèce dont le nom devra être changé, parce que plusieurs années auparavant M. de Munster avait employé cette dénomination pour une espèce du terrain paléozoïque : nous proposons d’attacher le nom d'eleganlulum à celle de M. Nysl ; elle est propre au crag d’Anvers , elle n'est point citée ailleurs. Le Cardium ednlinum est encore au nombre des espèces qui passent de l’Angleterre sur le continent; elle est citée à SultQn et aux environs d’Apvers. Nous trouvons cité dans l’ouvrage de M. Nyst, parmi les espèces du crag d’Anvers , un Cardium obfongum , dont ii donne la ûgure : la figure et la description sont d’accord, l’espèce est parfaitement caraclénsée; mais est-ce le véritable Cardium obfojigum? telle est la question. Pour nous, nous pensons que ce n’esl pas iuj, mais bien l’espèce la plus voisine, propre aux mers d'Europe, et qui se trouve surtout dans les parties septentrionales de ces mers; c'est, en un mot, le Cardium woriüegfîcum de Spengler. Il est intéressant de voir apparaître dans des terrains déjà anciens une espèce de nos mers, dont l’identité ne peut être sérieusement contestée. Deux autres espèces , les Cardmn grocniandicum de Chemnilz elnodosum do TurLon, sont, comme l’espece précédente, vivantes dans les mers d'Europe, et fossiles dans le crag d’Angleterre.

Dans un mémoire, d'un très granl intérêt, récemment publié dans le Quarterly Journal de la Société géologique de Londres, MM. Heniker et Georges Sowerby ont fait connaître une .suite très importante de fossiles recueillis à Saint-Domingue, et qui , par leur nature et surtout

LES CARDIACÉS.

par le nombre assez considérable d’espèces perdues , paraissent appartenir à l'étage tertiaire moyen , tout en conservant des analogies considérables avec la faune actuelle des Antilles. Parmi ces espèces, un seul Cardium est mentionné sous le nom de Tfaïlense ; par sa forme, il rappelle un peu le Cardium medium de Linné, mais il en est parfaitement distinct par le nombre des côtes et par les autres caractères spécifiques.

C'est peut-être aussi à la même époque qu'il faudra rapporter une espèce extrêmement abondante que l'on trouve sur la côte du Chili , et à laquelle M. d’Orbigny, en 1843, a appliqué le nom de Cardium aculî^ costatum. Ce naturaliste, ordinairement rigide obs'ervaleur de la loi de priorité, a oublié sans doute que, dès 1 834, M. de Munster avait également un Cardium acuticoslalum. L'espèce d'Amérique ayant été rapportée pour la première fois par M. Cléry, nous proposons de consacrer le nom de cet observateur à la coquille en question. Parmi les espèces rapportées dans les catalogues des géologues américains , il y en a probablement quelques unes qui ont été recueillies dans le terrain tertiaire moyen ; mais , comme il existe encore de la confusion relativement à la limite de ces terrains , nous devons suspendre notre jugement jusqu’au moment où de nouveaux documents auront été inscrits dans les fastes de la science : il est à présumer cependant que le Cardium subUneatum de Conrad provient des terrains tertiaires moyens d’Amérique.

L’étage tertiaire supérieur est beaucoup moins abondamment pourvu d'espèces de Cardium que le précédent : nous y comptons trente espèces seulement. Nous les diviserons en deux catégories: dans la première, se rangent toutes les espèces éteintes; dans la deuxième, celles qui ont leurs représentants dans la nature actuelle. Dans ce nombre; nous comptons le peu d’espèces que nous avons précédemment mentionnées, et qui passent de l’étage moyen à l’étage supérieur. Nous retrouvons ici, dans la première série, le Cardium malticostatam , qui n’est pas moins abondant en Italie, en Sicile et en Morée, que dans l'étage moyen. M. Bronn , dans son ouvrage sur les Fossiles tertiaires dltaiie^ a décrit plusieurs espèces qûe nous ne retrouvons pas dans les catalogues publiés depuis par les savants italiens. Parmi ces espèces, il en est une à laquelle M. Bronn attribue le nom de Cardium hillanum , espèce éminemment crétacée, *comine nous l’avons vu, auquel il rapporte le Kenu-s cyprin de Brocchi , laquelle est devenue le Cardium cyprium pour M. de Hauer et pour nous. Ces espèces, en effet , ne sauraient se confondre ; et M. Bronn , depuis longtemps , a reconnu soi^

VINGT ET LNlEiME FAMILLE.

erreur. Cette coquille italienne a beaucoup de ressemblance avec notre Cardium semistriatum des environs de Paris; elle se distingue toujours aussi bien par ses caraclères extérieurs que par la charnière, et M. Sisinonda a eu tort de la confondre dans son ouvrage sur les Fossifes du Piémont, Nous avons déjà vu cette espèce aux environs de Vienne, noua la retrouvons dans toute l’ Italie. Les autres espèces sont propres aux collines subapennines, telles que le.s Cardium slriatissimûm deBonelli, hislulum de Brunn, etc. Quant au Cardium slrialulum de Brocchi, nous avons déjà fait des observations à son sujet, et nous y renvoyons le lecteur. Dans cette série des espèces perdues des terrains tertiaires supérieurs , viennent se placer les deux Cardium décrits par M. d'Orbigny, dans sa Paléontologie de VÂmérique du, Sud.

La seconde série contient les espèces suivantes / qui sont à la fois vivantes et fossiles.

4“ Cardium edule, Linné. PL 25. fig. 4, 2.

Vivant dans toutes les mers d’Europe, dans toute la Méditerranée, présentant un nombre considérable de variétés, pour lesquelles plusieurs espèces ont été successivement établies , entre lesquelles se distingue particulièrement le Cardium rusticum. Nous avons trouvé, en Algérie, ces deux espèces vivant ensemble; nous en avons examiné les animaux avec un soin scrupuleux, et nous y avons reconnu quelques légères différences, particulièrement dans la longueur proportionnelle des siphons, et dans le nombre des tentacules dont ils sont couverts. Quand on a sous les yeux toutes ces variétés, soit vivantes, soit fossiles, il devient impossible d’en poser la limite , et nous les réunissons encore jusqu’au moment où d’autres observations conGrmatives des nôtres auront prouvé que les nuances aperçues par nous peuvent être prises pour de bons caractères spéciOques.

A l’état fossile, ce Cardium se rencontre dans les terrains tertiaires supérieurs et dans les terrains quaternaires, à Üdvalla , en Norwége , à Bramerton, en Angleterre. Il est très abondant en Italie, en Sicile, aux environs de Marseille, et ce qui ajoute encore plus d’intérêt à l’histoire de l’espèce, c’est que sa présence dans le crag d'Angleterre prouve que son existence remonte à une très haute antiquité , puisqu’elle a vécu jadis avec des espèces aujourd’hui perdues et qu’elle a pu résister aux circonstances qui les ont anéanties , pour se répandre avec profusion dans nos mers actuelles, en passant à travers toute l’épaisseur des terrains tertiaires supérieurs et des terrains quaternaires.

LES CARDIACÉS.

2° Cardium pectinatum , Linné.

Celle-ci est vivante dans les mers du Sénégal , elle est également citée des mers de l’Inde. Elle a beaucoup .d’analogie avec le Cardium discrepa7is , elle en est cependant parfaitement distincte.

Elle est fossile en Italie. Nous avons, des environs de Bordeaux, une coquille plus petite et qui est intermédiaire avec le Cardium discors des environs de Paris. C'est cependant du peclinatum qu'elle se rapproche le plus.

3" Cardium papillosum , Poli.

Nous avons déjà rectifié plusieurs erreurs commises au sujet de cette espèce, et parliculièrëmenl celle de Goldfuss, conservée par M. Nyst. Le vrai papillosum est vivant dans la Méditerranée et fossile en Italie et en Sicile.

4° Cardium clodiense , Renieri.

Cette espèce est très probablement une variété extrême du Cardium edule, plus oblongue et plus transverse que la plupart d’entre elles. Elle est vivante dans la Méditerranée, et fossile en Italie, à Asti particulièrement, ainsi que dans la mollasse supérieure de la Suisse.

5° Cardium ciliare f Linné.

Il règne toujours beaucoup d’incertitude au sujet du Cardium ciîiare de Linné , et nous pensons qu'il en est de cette espèce comme de plusieurs autres; on devrait la rejeter définitivement de la nomenclature , parce qu’il est impossible de s’éclairer à son sujet, au moyen des ouvrages de Linné, Le Cai'dium paucicoslatum de Sowerby est celui qui a toujours été considéré par les auteurs comme le ciliare de Linné. Nous suivons, en cela, l’opinion commune, et nous ajoutons que cette espèce est vivante dans la Méditerranée et dans presque tout TOcéan d'Europe. Elle est fossile en Italie, en Sicile, aux environs de Perpignan , et elle est citée , par M. Schmidt , sur les bords du Tage , dans les terrains tertiaires supérieurs.

6° Cardium aculecUum J Linné.

Espèce vivante dans la Méditerranée , fossile en Sicile , en Morée , en Italie, dans l’île de Céphalonie., et même en Angleterre, d’après le catalogue de M. Morris.

7“ Cardium Deshaycsiî, Peyraudeau.

Cette espèce, quoi qu’en dise M. Philippi dans son Enumeratio Moll. Siciliæ , nous paraît toujours douteuse. Elle semble très distincte quand

VINGT ET UNIÈME FAMILLE

on compare un petit nombre d’individus de celle-ci et deVechimtumf avec lequel elle se confond ; mais si l'on rassemble un grand nombre de variétés vivantes et fossiles, il devient très diflicile, et pour nous impossible, de saisir les caractères distinctifs. Quoi qu'il en soit, elle vit en abondance dans la Méditerranée, mêlée avec Vechinatum, et elle se trouve fossile en Italie et en Sicile. Dans tous les cas , il faut se garder de confondre avec elle la coquille à laquelle M. Andrezjowski a donné le même nom ; elle est tout à fait semblable à la variété de ïechinatum des environs de Bordeaux.

8® Cardium echinatum , Linné.

Celle-ci est une des espèces les plus communes de l'Océan d’Europe et de la Méditerranée. Elle présente de nombreuses variétés; peut-être en faudra-t-il distinguer comme espèce celle que nous avons déjà mentionnée aux environs de Bordeaux , et qui se trouve dans le terrain miocène. Si cette séparation était faite, le Cardfum echinalum serait propre au terrain tertiaire supérieur. Il est en Sicile, en Italie, en Morée, dans les mollasses supérieures du midi de la France; il est également cité en Angleterre et en Irlande.

9® Cardium erynaceum , Lamk.

Il est plus particulièrement confiné dans la Méditerranée , et fossile en Italie et en Sicile.

10® Cardium hians j Broccbi.

Lamarck, croyant que cette espèce était vivante dans les mers de rinde , l’a inscrite dans son Histoire des animaux sans vertèbres , sous le nom de Cardium in^icum, A ce nom , on doit substituer celui de Broccbi , parce qu'il est antérieur de plusieurs années. Cette grande et magnifique espèce n’est point originaire de l'Inde, elle vit dans la Mé’ dilerranée, et plus particulièrement sur les côtes de l’Algérie. Elle se répandait autrefois dans des mers beaucoup plus étendues, et son origine remonte à une très haute antiquité, puisqu'elle se montre dans les terrains miocènes du bassin de Vienne. A mesure que le continent européen s’est émergé, l’espèce a été resserrée dans des espaces plus étroits, et elle disparaîtrait probablement du nombre des espèces vivantes, si à la suite d’un événement géologique d'une faible importance relative , le fond de la Médiierranée était émergé à son tour. C’est de cette manière probablement qu'un grand nombre d’espèces ont été détruites dans l'espace et dans le temps. Celle-ci est à l’état fossile, en

LES CARDIACÉS. 70

Morée, en Italie et en Sicile; et nous le répétons , elle est également dans le terrain miocène des environs de Vienne.

■1 1 ” Cardium punctatum , Brocchi.

Petite espèce intéressante qui vit dans la Méditerranée. Elle est fossile en Italie, en Sicile et aux environs de Perpignan.

12° Cardium minimum , Philippi.

Ce naturaliste indique cette espèce vivante dans les mers de Sicile ,

et fossile dans les terrains récents des environs de Palerme.

1 3° Cardium oblongunty Cliemnilz (Cardium sulcatum, Lamarck).

II s’est établi de la confusion entre cette espèce et la suivante, le Cardium noru'egicuni. Elles se distinguent cependant avec assez de facilité, quoiqu’elles aient à peu près le même aspect. Celle- ci est vivante dans la Méditerranée particulièrement; elle est fossile en Italie, et il est probable que c’est elle ou l’une de ses variétés que Brocchi a désignée sous le nom de Cardium fragile. M. Nysl , comme nous l'avons vu , l’a confondue avec le Cardium norwegicim, et a ainsi rapporté la synonymie des deux espèces à une seule.

1 i" Cardium iiorwegicum f Spengler.

C’est le Cardium lævigatum de Gmelin et de Lamarck , mais pon de Linné. Il est vivant dans les mers d’Europe; il vient jusque dans la Méditerranée se mêler au Cardium oblongum; il egl fossile, noji seulement dans le crag d'Anvers , mais encore en Sicile et en Italie.

1 5° Cardium magnum , Chemnitz.

Le Cardium magnum de Linné est une' espèce sur laquelle règne encore beaucoup d’incertitude : aussi n'est-ce pas d’elle que nous parlons dans ce moment, mais bien du Cardium magnum de Chemnitz, qui ne laisse aucun doute. Il vit sur les côtes d’Amérique, dans les mers de Californie, et il est cité à l’élai fossile, par M. Conrad, dans les terrains tertiaires supérieurs de l’Amérique septentrionale.

Avec la famille des Cnrdiacés se termine' pour nous le premier sousordre des Mollusques acéphalés dirtiyaires. dans lequel nous avons rassemblé tous ceux de ces animaux chez lesquels les lobes du manteau sont réunis et prolongés en arrière en siphons plus ou moins considérables. Tous, sans exception, sont réguliers , symétriques; ils habitent une coquille libre ; nous avons été obligé d’admettre une seule exception pour un genre à coquille adhérente et irrégulière, Myochamp,

76 VINGT-DEÜXIÈME FAMILLE.

parce que l’animal est pourvu en arrière de deux siphons. Dans le sous-ordre qui va commencer, sont compris en une seule famille un petit nombre de genres caractérisés par une coquille irrégulière , inéquivalve, immédiatement adhérente aux corps sous-marins. Les animaux de ces genres ont perdu la régularité de ceux de la famille précédente, et néanmoins ils ont conservé les traits principaux de leur organisation. Les lobes du manteau sont réupis et beaucoup plus même que dans beaucoup d’autres familles qui précèdent. Mais cet organe n’est plus prolongé en arrière par des siphons saillants ; il est simplement perforé, et c’est à peine si les bords de ces perforations font une légère saillie apparente en dehors des bords de la coquille. C’est là le dernier terme des siphons chez les Mollusques acéphalés. Nous les avons vus réunis et très allongés dans les premières familles , telles que les Pholades , etc,,, par exemple 5 nous les avons vus se détacher peu à peu l’un de l'autre, tout en conservant une grande longueur, comme dans les Tellines , et depuis ce moment ils se sont sans cesse raccourcis jusqu’à être réduits à de simples perforations un peu prolongées , comme dans la plupart des Cardiums. Les Lucines nous ont même offert cette particularité de la suppression complète de l’un des siphons, la nature se préparant en quelque sorte à la disparition des organes par un grand nombre de combinaisons qui s’approprient à tontes les autres modifications de l’organisme. Dans le sous-ordre actuel , la symétrie des animaux est détruite , en même temps les siphons sont entièrement supprimés et réduits à de simples perforations. Toute la longue série des Mollusques acéphalés dimyaires, à manteau fermé, se partage naturellement en deux sousordres, d’après ces caractères faciles à saisir, de leur coquille régulière et libre d’un côté , irrégulière et adhérente de l'autre.

VINGT-DEÜXIÈME FAMILLE, lies Caiiiacées* Chan%ace€9, Lamk.

CARACTÈRES. — Animal irrégulier, subglobuleux, ayant les lobes du manteau réunis et percés de trois ouvertures inégales : une grande , antérieure , pour le passage du pied ; deux postérieures , à peine saillantes , inégales , remplaçant les siphons. Bouche petite , lèvres étroites ; palpes labiales triangulaires ,

LES CAMACÉES.

courtes. Branchies transverses, profondément plissées, bridées sur leurs bords. Pied petit , claviforme. ■

Coquilles irrégulières, adhérentes, inéquivalves , inéquilatérales, closes; à crochets contournés, et quelquefois saillants. Charnière composée d'une grande dent , quelquefois sillonnée sur chaque valve, accompagnée d’une fossette pour recevoir la dent de la valve opposée ; quelquefois un osselet détaché dans l’épaisseur du ligament, et remplaçant les dents cardinales. Deux impressions musculaires allongées et ovalaires ; la postérieure, quelquefois saillante. Impression palléale simple. Ligament externe.

GENRES. — Chama^ Diceras^ Chamoatrea.

Lamarck est le premier créateur de la famille des Camacées; il la proposa pour la première fois dans sa Philosophie zoologique. Partagée en deux sections, cette famille réunit, d’après des caractères de peu de valeur, des genres qui n’ont pas de rapports entre eux : dans la première section , en effet , on trouve les genres Corbule et Pandore , tous deux inéquivalves , et dans la seconde les genres Cames , Dicérate et Éthérie, également inéquivalves. Les premiers sont libres; les seconds sont adhérents. Dans les classitications suivantes, Lamarck abandonna ce premier arrangement , et réduisit la famille des Camacées aux trois derniers genres que nous venons de citer. Ainsi limitée et renfermée dans un cadre plus naturel , cette famille fut admise par tous les conchyliologues. Il faut en excepter cependant M. de Blainville, qui, dans son Traité de malacologie ^ publié en 1 825 , et nous rappelons cette date parce quelle est postérieure de plusieurs années aux dernières réformes de Lamarck. reconstitua la famille des Camacées avec les défauts quelle avait dans la Philosophie zoologique , c’est-à-dire comprenant à la fois des Mollusques à coquille libre et régulière et d’autres l’ayant adhérente et irrégulière. Dans la première catégorie, nous trouvons les genres Tridacna, Isocardia et Trigonia; et dans la seconde, les genres Chama , Diceras et Eîheria. Rien dans les faits zoologiques connus à celte époque ne justifie cet arrangement du célèbre professeur ; jamais on n’a entrevu le moindre rapport entre les trois genres do la première section , puisque les Tridacnes sont monomyaires , que les îsocardes ont les lobes du manteau réunis et perforés à la manière des Bucardes , ainsi que l'atteste l’ouvrage de Poli ; tandis que les Trigonies,

VINGT-DEUXIÈME FAMILLE

avec leur test nacré , leur impression paÜéale simple , appartiennent à ce groupe de Mollusques où les siphons manquent compléfemenl, par suite de la division totale des lobes du manteau. M. Rang ajoute encore à ce désordre, en adoptant et en augmentant la famille des Can>acées de M. de Blainville; à côté des Dicerates^ il ajoute le genre Caprine, que l'on savait alors appartenir à la classe des Rudisles , et dans l'autre section il ajouté encore le genre Hippopus à côlé des Tridacnes.

Lorsqu’en 1830 nous avons présenté des tableaux de classification pour les Mollusques*, nous avons adopté la farpille des Camacées de Lamarck, en la réduisant aux deux genres Chaîna ei Dkeras. Précédemment nous admettions également le genre Elherüij mais notre opinion a été modifiée à son sujet par Texamen de Tanimal que nous avons trouvé semblable à celui des Mulettes. Dès lors, nous avons proposé quelques changements dans l'ensemble de la classification de celte partie des Mollusques acéphalés, en créant à la fin des Dimyaires à manteau ouvert et sans siphons un sous-ordre semblable à celui des Camacées, réunissant ceux des animaux qui ont le manteau fendu , et qui sont conlènus dans une coquille irrégulière et adliérente. De cette manière les grandes coupures de la classification deviennent simples, régulières et symétriques, pour ainsi dire , et peuvent se placer parallèlement. M. de Blainville avait été conduit à réunir dans la famille des Camacées des genres si différents, par ce fait que, dans les animaux, le manteau a trois ouvertures; mais, comme nous en avons autrefois fait l’observation , ce caractère a-l-il une telle valeur qu'il doive remporter sur tous les autres? La question se réduit à celle ci : Un animal raonomyaire, byssifére, libre, à coquille symétrique, ayant au manteau trois perforations, doil-il entrer dans le même groupe qu'un animal dimyaire, irrégulier, sans byssus, constamment adhérent, et portant également trois perforations au manteau?

Si la classification était basée sans exceplion sur les modificàtions du manteau, el que les caractères de cet organe traduisissent à l’extérieur des modifications profondes de l’organisalion , M. de Blainville aurait eu raison de s en saisir, et d'en faire l’application dans sa méthode. Mais nous l’avons vu , il y a trop de variations dans les formes extérieures du manteau pour qu’il satisfasse à lui seul à toutes les exigences d'une classification naturelle, et M. de Blainville lui-même ne l'ignorait pas, •puisque les autres familles de sa méthode sont basées sui' deS caractères difféi'enls. Tout ce que nous venons d’exposer vient confirmer ce que nous avons établi depuis une vingtaine d'années, et vient infirmer l’arrangement de la famille des Camacées de M. de Blainville , pour

LES C<VMACKES.

laquelle son auteur s’est attaché à des caractères d'une trop faible importance, envisagés d'une manière trop absolue, pour déterminer un rapprochement heureux entre les animaux qui les offrent.

Au nom de Camacées plusieurs auteurs ont substitué celui de Chamidés ou de Chamadés. M. Fleming est le premier qui ail proposé ce changement de nomenclature, tout en conservant la famille telle que Lamarck l'a instituée. M. Gray, dans sa dernière classification , en adoptant la famille des Chamidés, n’y admet que deux genres , celui des Chama de Linné, modifié par Lamarck, et celui que Schuniacker nomme Arcineïla. Il y introduit, avec doute, le genre Diceras de Lamarck, comme section des Cames. M. Gray a peut-être raison, relativement à ce dernier genre qui se rattache aux Cames par tous les caractères ; mais nous ne comprenons pas pourquoi il adopte le genre de Schumacher. Nous n’apercevons en lui rien qui le sépare des Cames : la coquille est plus équîvalve, il est vrai, mais elle est toujours adhérente. Sa charnière ne diffère pas sensiblement de celle d'un grand nombre de Cames . et c’est à peine si cette espèce et quelques autres qui s'en rapprochent méritent' de faire un groupe dans le genre auquel elles appariiennent.

Nous voyons avec plaisir M. Gray, à notre exemple, rejeter les Éihéries de la famille des Camacées. Néanmoins le savant zoologiste, en établissant une famille des Élhériadées, la place dans les rapports les plus immédiats avec celle des Cames, et nous pensons que celle séparation n'est point suffisante. Si l’on veut tenir compte de l’ensemble de l’organisation des animaux pour en fonder la classification , il faut de toute nécessité transporter les Éthéries dans le voisinage des ünios, pas loin des Cames par conséquent , quoiqu'elles soient adhérentes et irrégulières. La classification deM. Gray, fondée sur la modification de l'organe locomoteur, n’aurait pas di\ admettre les Éthéries dans le voisinage des Cames, puisque dans l’un et l’autre genre, le pied a une structure et une forme entièrement différente. Ce qui précède noùs'cônduirait naturellement à discuter les rapports de la famille des Camacéês et à déterminer la place qu’elle doit occuper dans une méthode naturelle, si tout ce que nous en avons dit jusqu’ici n'avail dû mettre lé lecteur en état de porter lui-même un jugement dans cette question. Aussi dans Létal actuel des choses, il nous est impossible de deviner sur quoi se fonde l’opinion de l’auteur de la Paléontologie françaisey qui. revenant à la classification erronée de Linné et de Bruguière, intercale la famille des Camés entre les Spondyles et les Huîires au milieu des Monornyaîres. À quoi servent donc les travaux des meilleurs zoologistes, si les faits qu’ils

VINGT-DEUXIÈME FAMILLE

ont constatés ne concourent pas à Tamélioration des classifications! Il est certain que l’animal des Cames, tout en conservant des rapports dans l’organisation avec celui des familles précédentes, constitue un type bien distinct et cependant assez rapproché; il était donc naturel de fonder pour lui un sous-ordre, les caractères sur lesquels il repose étant d’une valeur égale à celle du sous-ordre précédent, quoiqu’il s’appliquât à un bien moindre nombre de familles et de genres.

Nous ajoutons à la famille des Camacées le genre Chamostré , que la plupart des conchyliologues ont rattaché à notre famille des Ostéodesmes. Mais comme nous l’avons souvent répété , quand il s’agit de déterminer la place d’un genre, il ne faut pas envisager un seul caractère , il faut les prendre tous en considération , peser la valeur de chacun d’eux, et agir d’après leur ensemble. Or, dans les Chamostrés, les caractères principaux des Cames se montrent tous, à l’exception d’un seul, emprunté à la charnière. Dans ce genre intéressant, un osselet cardinal, retenu par un ligament, remplace les dents cardinales des Cames; aussi nous n’hésitons pas à rapporter le genre en question dans la famille des Camacées, jusqu’au moment où l’animal étant connu, on sera peut-être obligé de constituer pour lui une petite famille à part.

Toutes les coquilles de la famille des Camacées se reconnaissent avec la plus grande facilité. Elles sont toutes irrégulières, assez souvent cordiformes , portant des crochets contournés en spirale plus ou moins saiilanle; la valve adhérente est toujours la plus grande : son irrégularité dépend surtout de l’étendue de l’adhérence qu’elle contracte sur les corps où elle s’attache. Quelquefois cette adhérence est très bornée et réduite au sommet des crochets. D'autres fois elle envahit une partie considérable de la surface, soit inférieure, soif latérale de la coquille. Quoique plus aplati , le crochet de la valve supérieure est autant contourné que celui de la valve opposée; ce commencement de spirale est souvent plus régulier. Les bords des valves sont lantôt lisses, tantôt crénelées. La charnière est presque toujours épaisse , et supportée par une lame cardinale fort large. Elle consiste en une dent oblique sur chaque valve , réciproquement reçue dans une fossette juxtaposée. Dans certaines Cames très épaisses, les dents cardinales deviennent fort saillantes, et souvent elles sont creusées de sillons irréguliers dans leur longueur. Dans les petites espèces de Dicérales, ces dents ont beaucoup d’analogie avec celles des Cames; on y retrouve exactement la même disposition des parties , mais déjà dans un degré d’exagération notable. Dans les grandes espèces, cette charnière prend une importance remarquable par la longueur des dents et la profondeur des fossettes qui les

LES CAMACEpS.

reçoivent; dans le Camoslrée, an contraire , la cliarnière a reçu une modification importante : il semblerait que la partie postérieure du bord cardinal a été brisée et ensuite maintenue par un ligament adventice, sous forme d’osselet cardinal , à côté et en avant duquel se trouve sur la valve gauche une petite dent conique, reçue dans une cavité correspondante de la valve droite. Les impressions musculaires sont grandes, et leur taille est môme disproportionnée avec l’étendue de la surface interne de la coquille. Ce caractère est important parce qu’il persiste sur les moules intérieurs, ce qui peut contribuer à les caractériser et à les faire rapporter à leur véritable genre , quoique pour eux l’irrégularité de la forme ne permette guère do les confondre avec d'autres. Il y a néanmoins, parmi les huîtres de la section des Exogyres, des coquilles dont la forme se rapproche beaucoup de celle de certaines Cames; mais chez elles on ne retrouve jamais qu’une seule impression musculaire, et cette différence fondamentale est bien suffisante pour empêcher toute confusion. Dans les Dicérales, l'impression musculaire postérieure a le bord interne saillant dans l’intérieur, et ce bord imprime sur le moule un sillon profond , comparable à celui que l'on remarque dans les Cucullées. L’impression palléale est toujours simple dans tous les genres de la famille des Camacées ; elle est courte et parallèle au bord inférieur des valves; elle s’étend d’une extrémité à l’autre des impressions musculaires.

Presque toutes les coquilles de cette famille sont épaisses et solides ; leur test n'est point nacré , si ce n’est dans le Camostrée , où il a quelques reflets peu apparents. La surface extérieure est presque toujours armée d’épines plus ou moins longues, de lames minces et saillantes, quelquefois élégamment découpées. Il est peu d'espèces qui soient lisses ; môme dans le genre Dicérate , dont les coquilles, souvent roulées, se présentent presque toujours dépourvues de lames et d'épines, on a do rares exemples d'individus bien conservés, oùl’on retrouve des traces de sillons longitudinaux et de lames transverses. Toutes les coquilles de la famille des Camacées sont marines sans exception.

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