GENRE SOIXANTE-NEUVIÈME
CAMOSTRÉE, Chamosèrea^ Uoissy.
PI. 29. fiï. I à' 5.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. — Animal inconnu.
Coquille irrégulière , très inéquivalve , adhérente , subnacrée. Charnière formée, sur la valve gauche, d’une dent conique, lisse, reçue dans une fossette correspondante de la valve opposée. Un osselet allongé, irrégulier, recourbé , retenu à ses extrémités par un ligament sur des cicatrices correspondantes et enfermé sous les crochets de l'une et de l’autre valve. Deux impressions musculaires sur chaque valve : Tantérieure très large, occupant toute la hauteur du bord antérieur; la postérieure sub-semi-lunaire et plus courte. Impression palléale simple et très courte. Ligament intérieur.
SYNONYMIE générique. — Ckama (species), Lamk. — Chama, section C. Blainyille. — Cleidothœms , Stutchbury , Sowerby, Deshayes, Reeve, Swainson. — Chamostrea^ Roissy, Blainville, Sowerby, Hermansen , Gray.
Observations. Nous avons longtemps conservé du doute au sujet du genre Camostrée, de Roissy. Ce naturaliste n'ayant rien publié à son sujet, il a fallu en rechercher les traces dans ceux des ouvrages où il est mentionné avec les caractères que son auteur a donnés verbalement. M. de Blainville est de tous les conchyliologues le plus explicite à ce sujet. Il donne les caractères, incomplets il est vrai, mais tels qu’ils étaient connus alors, du nouveau genre de Roissy, et il l'introduit parmi les Cames à titre de section. L'espèce vue par de Roissy était également connue par Lamarck. Il l’a inscrite parmi les Cames dans son Histoire des animaux sans vertèbres ^ SQUS le nom de Chama aïbida; nous l'avons trouvée étiquetée de sa main dans la collection du Muséum lorsque nous avons publié le VI® volume de la 2® édition du même ouvrage. Nous n’avions pas reconnu alors l'identité de cette espèce avec celle de M. de Roissy, et c’est pour cette raison que, à cette
LBS
époque, nous avons préféré le genre Cléidothère, proposé en 1829 par M. Stulchbury, elreproduiten 1831 par M. Sowerbj^ dans son Généra. Les coquilles connues avant M. Stutolibui^ n’étaient pas complètes t le genre Camostrée ne pouvait donc pas être enlièremenl caractérisé. On doit à robservaleûr anglais la découverte de celte partie importante de la charnière, qui, sous la forme d’un osselet détaché dans l’épaisseur du ligament , rattache puissamment les deux valves l’une à l’autre. Cet osselet n’existant dans aucun des individus observés jusqu'alors, il ne faut pas s’étonner si les coquilles vues par Lamarck et de Roissy ont été confondues avec les Cames.
Les dénominations génériques et spécifiques de M. Slutchbury ne pourront rester; M. Gray lui-même l’a très bien senti eu adoptant de préférence le nom générique du zoologiste français.
L’animal du genre n’est point connu ; mais , d’après les impressions qu'il a laissées dans sa coquille, on peut soupçonner avec quelque raison qu’il ressemble beaucoup à celui des Cames. Nous en jugeons surtout par la ressemblance extrême des impressions musculaires, non seulement dans leur forme, mais aussi dans leur position. L’impression paliéale est elle-même semblable à celle des Cames : elle est très courte et elle va directement d’une impression musculaire à l’autre. Le peu d’espace qui reste entre les muscles adducteurs pour le développement des organes nous fait supposer que les branchies sont étroites et qu’elles tombent perpendiculairement de chaque côté du corps , exactement comme celles des Cames. Si le pied existe, ainsi que cela est probable, il doit être fort petit, puisque l’animal est réduit à l’immobilité la plus absolue. En6n, la brièveté de l'impression paliéale noos fait croire que les perforations de cet organe sont semblables à celles des Cames, ou fort peu différentes.
A la voir à l’extérieur, la coquille du genre Camostrée ressemble tellement à certaines Cames , que l’on est naturellement enclin à la rapporter à ce genre. Elle est en effet irrégulière et très inéquivalve ; elle est adhérente par la Valve droite, et c’est ordinairement par tout le côté antérieur que se produit cette adhérence. Il en résulte de ce côté une large surface plane, subtriangulaire, au sommet de laquelle le crochet se contourne irrégulièrement en affectant la forme de celui de certaines Exogyres. La valve droite est très convexe à l’extérieur, fort concave en dedans ; la valve gauche, au contraire, est presque plate et operculiforme ; la surface extérieure montre des stries irrégulières d’accroissement, mais elle est toujours dénuée de lamelles ou d’épines semblables à celles qui couvrent la plupart des Cames. Un épiderme jaunâtre
VINQT-DEÜXIÈWK FAMILLE.
couvre une partie do la surface extérieure , et en ternit les couleurs. A l'intérieur, la coquille est d’un blanc verdâtre; elle est subnacrée; elle présente , de ce côté , doux impressions musculaires fort grandes et situées parallèlement l'une àlaulresur les côtés antérieur et postérieur du lest. L'impression musculaire antérieure est très longue et fort étroite ; elle s’étend sur toute la longueur du bord antérieur; elle est divisée en deux parties à peu près égales par un étranglement assez profond. L’impression musculaire postérieure. est plus courte, mais elle est plus large; elle prend une forme semi-Junaire, et son extrémité inférieure est à peu près au môme niveau que celle de l'autre impression. L'impression palléale est simple , elle est courte ; elle quitte l'extrémité inférieure de l'impression du muscle antérieur, et ellè se dirige obliquement vers l’angle inférieur de l’impression opposée. Elle se recourbe en formant un angle rentrant, et elle vient joindre la ligne droite qui limite l’impression postérieure du côté interne. La charnière est constituée comme nous l'avons dit dans l'exposition des caractères. Elle consiste en une dent conique, obtuse au sommet, légèrement sillonnée, saillante sur la valve gauche, et reçue dans une fossette correspondante de la valve opposée. Le bord interne de celte fossette fait saillie à l'intérieur de la valve, ce qui lui donne de la ressemblance avec un cuilleron. C’est en arrière de cette charnière, immédiatement à côté d’elle, que l'on voiL sur chaque valve, une cicatrice profonde dans laquelle est contenu un ligament, au moyen duquel est itiainlenu un osselet claviforrae qui s'étend d'une valve à l'autre. La coquille est parfaitement close.; les valves se joignent lorsqu’elles sont rapprochées; les bords en sont minces et tranchants. La coloration ressemble à celle de plusieurs Cames. Elle consiste en fascies rougeâtres ou rosâtres , sur un fond d’un blanc grisâtre , en partie recouvert par an épiderme brunâtre. La coloration de la valve gauche est généralement plus foncée que celle de la droite.
Une seule espèce de ce genre est connue, M. Stutchbury lui a donné le nom de Cleidothœvus chamoides; mais ce nom ne saurait être accepté en présence de celui de Lamarck , antérieur d’une douzaine d’années ; l’espèce devra donc prendre le nom suivant :
LES CAMACÉEs.
Camostrée blanchâtre , Chamoslrea albida , Desh.
PL 29. fig. 1 à 5.
6’, testa semi’Orbicnlari y latere antico late nfjjxa, glabrâ, albo-grise^ roseb irregttlariter jasciatâ ^ intus pUimhco-margaritaceâ ; umbottibus minimis wx contortis.
Chama albida.hSimV. An. s. vert. t. 6; p. 96. n** i/|.
Chaîna hemicardtum. Blainv. Malac. p. 632.
CUidothœnts chamoides. Slulchbury , On two Nov, Gen, zool Journ. I. 5. p. 95.
/</, Sowerhy, Gen of RhelU. Sa, L i, 2, 3.
!d. Desh. dans Lamk. An. s. vert. 1* éd. t. 6. p. 5S5.
JJ. Swainson, Malte, p.
Charnostrea, Gray, Anii, mag. iiat. hisl. i'84o,
CleiJoth€erus chamoides., Recve, Conch. sysl. t. i. p, 58, pl.
Id. Sowerhy, Couch, inan. p. 104.
Cleidothærus chamoides^ Sow. Conch, niaii, p. iio. 1. 75.
Id. Hanley, lit. C4I. t. i, p. 227,
Habite le port Jackson.
Nous u'ajoulerons point ici la description de l’espèce , les détails que nous venons de lui emprunter étant suffisants pour la faire reconnaître.
Il nous semblerait peu nécessaire d’insister davantage sur la classification du genre qui nous occupe, si un savant zoologiste, M. Gray, et quelques antres de ses savants compatriotes , n’avaient insisté pour comprendre le genre dans une famille où, selon nous, il ne peut rester. Notre famille des Ostéodesmes n'est pas seulement caractérisée par la présence d’un osselet attaché à la charnière à l’aide d’un ligament ; tous les genres qui y sont rassemblés renferment des animaux dont le manteau est fermé en arrière , et prolongé en siphons plus ou moins considérables, pour la contraction desquels un muscle spécial s’enfonce dans la duplicature du manteau,, et vient laisser son impression sinueuse sur la coquille elle-même. Cette sinuosité de l’impression palléale est un caractère d'une plus haute valeur que celui de la présence d’un osselçt , et même que celui de rirrégularité et de l’adhérence ; car c’est parce que nous avons trouvé une sinuosité palléale dans le Myocbumti., que nous l’avons introduit dans notre famille des Ostéodesmes, et parce, qu’elle manque entièrement dans le Camostrée , que nous l’en séparons
VINGT-DEUXIÈME FAMILLE
pour le transporter dans le voisinage des Cames , où ses caractères généraux indiquent qu‘il est dans ses rapports naturels; nous ne connaissons jusqu’ici aucune coquille fossile que l’on puisse rapporter au genre Chamostrœa,