‹ Traité élémentaire de conchyliologieChapitre 14 sur 54 · IO · texte numérisé non relu

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VINGT-DEUXIÈME FAMILLE

Chama turyidula ^ lj'à\ïï\. '

PI. 27. fig. 4. 5. 6.

Seba, Mus, t. 4. pl. 106. f. 55, 56, ^

Laa)k. Au. s. vest, t. 6. p. 97. n® 4. ‘ ■

Chama rtistha, Dcsli. ('.oq, foss. de i. p. 149. D* 5. pl. 37.

b 7» 8; pl. 38. f, 4»

Chaîna Desh, dausLamk. An. s. veiT, a* éd. l. 6. p. 588. u® 4,

Broun, Ind. pal. p. 283,

Cette coquille a ini intérêt spécial, en ce qu'étant propre à l'étage moyen des formations marines du bassin de Paris , elle se montre néanmoins dans les terrains nummulitiques des Pyrénées et des environs de Nice.

Dans les terrains tertiaires inférieurs de l’Amérique septentrionale, M. Conrad a fait connaître une espèce toute particulière sous lé nom de Chama Mississipiensîs.

Les terrains tertiaires moyens sont moins abondants en espèces de Chama; elles ont le remarquable privilège d’avoir presque toutes leur représentant dans la nature actuelle, et de remonter- dans les terrains tertiaires supérieurs. Nous en remarquerons plusieurs de douteuses pour nous, publiées sôns flgures par MM. Eiclnv^ald et Andrejowski; peut-être qu’étant mieux connues, elles viendront se ranger dans la synonymie d’espèces inscrites depuis longtemps dans les catalogues. Dans cette période des terrains tertiaires , une dizaine d’espèces seulement peuvent être mentionnées avec certitude, en y comprenant les trois espèces décrites par M. Conrad , et provenant des terrains moyens des États-Unis. Dans le bassin de Vienne, on observe plusieurs des espèces du bassin de Bordeaux et des faluns de la Touraine. Nous constatons ce fait intéressant dont la connaissance nous est accise par la communication de M. Joseph de Hauer : c’est que le Chama gryphina, que pendant longtemps nous avons cru propre au terrain tertiaire supérieur, commence dans le terrain moyen, et continue de vivre encore aujourd'hui. Tl en est de même du Chama crenulata de Laroarck. On le voit comnlencer aux environs de Bordeaux , se répandre assez abondamment dans les terrains de la Touraine, s’étendre dans le bassin devienne, et se continuer dans les terrains tertiaires supérieurs en Italie et en Sicile.

Nous comptons onze espèces dans les terrains tertiaires supérieurs , eu y comprenant celles des terrains moyens qui viennent se mêler à elles. Quelques unes sont déjà éteintes : nous citerons particulièrement

LES CàMACEES.

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dans ee premier groupe, le Chama Brocchii ^ que l’on trouve en Italie et en Morée, et le Chama dissimilis de M. Philippi, qui est mentionné en Sicile seulement. Il existe deux Chama diasimilis , l’un publié dès 4 831 par M. Broun, dans son Catalogue des [ossiîes d'Italie, l'autre de M. Philippi, en 1836, dans le 1" volume de son Enum. moll. Siciliæ. Nous ne connaissons pas suffisamment l’espèce de M. Bronn , à laquelle cependant le nom doit être réservé. Celle de M. Philippi en est très distincte, ce qu’il est facile de reconnaître par la comparaison des descriptions ; aussi nous nous proposons de donner è cette dernière le nom du savant qui l'a fait connaUre le premier, et de l’inscrire à l’avenir dans les catalogues , sous le nom de CAama Phitippiî, Deshayes. C'est , sans doute , par suite d'une erreur que dans son Index palœonlologicus , M. Bronn aura compris son Chama dissimilis parmi les espèces du terrain tertiaire inférieur.

Nous avons déjà signalé , parmi les espèces vivantes et fossiles , les Chama crenulata Qi gryphina qui remontent des terrains moyens dans les supérieurs : nous y ajouterons le Chama gryphoides do Linné , qui vit à la fois dans la Méditerranée et au cap de Bonne-Espérançe, d’après M. Krauss. Elle est fossile en Italie, en Sicile, et elle se retrouverait aux environs de Cassel , d'après M. Philippi.

2“ Chama arcinella. Le Chaîna arcinella de Linné vit dans les mers d'Amérique, et à l’état fossile il présente dans sa distribution quelque chose d’analogue à ce que nous avons fait remarquer pour plusieurs espèces d’Europe : il serait, en effet, à la fois dans les terrains tertiaires moyens et supérieurs de l’Amérique et de Saint-Domingue. Ce fait, d'un très grand intérêt, tendrait à prouver que les terrains tertiaires de cette partie du monde ont subi des phénomènes synchroniques à ceux de l’Europe ; mais pour donner des preuves irrécusables de ce synchronisme, les éludes palépntologiques ont besoin de s’étendre sur des régions de l'Amérique où elles sont. à peine commencées.

En terminant ce qui a rapport au genre Came , nous devons appeler l’attention des naturalistes sur les faits qui le concernent. La manière de vivre des Cames les attache.au sol d’une manière plus immédiate que la plupart des autres Mollusques acéphalés , et l’on ne peut admettre pour ce genre aucune idée d’émigration ou de déplacement , au moment où des changements dans la condition des êtres se sont opérés. On peut supposer qu’une coquille libre a pu être transportée au loin dans un mouvement violent de la mer sans périr et a transplanté ainsi sa race assez loin du lieu de son origine. Mais celte supposition n’est point admissible pour les coquilles adhérentes , solidement fixées au sol ; elles

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subissent sur place tous les phénomènes qui atteignent le sol lui-même ; mais ce que nous voulons faire ressortir ici, c’ost que, malgré ces circonstances défavorables, les Cames se distribuent de la môme manière que les autres Mollusques acéphalés. Celles des terrains fnférieurs ne viennent pas se mêler è celles des 'terrains moyens ou supérieurs , tandis que la plupart des espèces des terrains moyens remontant dans les terrains supérieurs, continuent à vivre dans les mers actuelles. Ce phénomène, nous l’avons fait remarquer dans les genres Vénus , Cythérée , Cardium , etc., ce qui prouve que les faunes entières ont subi les mêmes changements, sans en excepter ceux dos animaux qui, par leur manière de vivre, sembleraient devoir se soustraire à la règle générale.

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lies Crassatellides. ^ Gray.

CABACTÈRES DE LA FAMILLE. — Animal ayant les lobes du manteau disjoints dans toute leur circonférence, dépourvu de siphons ; une simple bride servant à séparer le canal anal de la cavité palléale. Pied médiocre , comprimé , triangulaire , fendu en son bord. Deux feuillets branchiaux, inégaux de chaque côté du corps.

Coquille transverse , subquadrangulaire ou subtrigone , épaisse, parfaitement close. Charnière épaisse et solide, portant en avant une ou deux grandes dents cardinales, et en arrière un ligament interne inséré dans une fossette large et peu profonde. Deux impressions musculaires écartées , ovales ou obroudes; impression palléale simple.

GENRE. — Crassatella^ Lamk.

A l’exemple de M. Gray, nous admettons actuellement une famille que nous croyions devoir repousser il y a quelques années encore, lorsque les caractères qui servent à la fonder étaient complètement inconnus. Férussac eut le premier la pensée de fonder une famille des Crassatelles , pour rapprocher les deux genres Crassatelle ei Astarté ^ voulant ainsi perfectionner des indications que lui fournissait Cuvier dans

LES CRASSATELLIDES.

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la 1" édition du Règne animal. Cet éminent naturaliste, contrairement à l’opinion de Lamarck et du plus grand nombre des zoologistes, avait rapproché les Crassatelles des Cardiles , sans tenir compte de la place qu’occupe le ligament dans les coquilles des deux genres. Cuvier n’attachait pas à la position du ligament une importance aussi grande que Lamarck, et pour lui ce rapprochement n’offrait aucune difficulté. Pour nous, qui avons l’expérience de voir toujours le ligament intérieur chez des ^Mollusques d’une structure tout à fait différente , nous avons toujours préféré l’opinion do- Lamarck , tout , eu comprenant qu’elle devait subir des modifications,, et attendant, pour introduire des changements dans la méthode, les observations qui manquaient à la science, et qui malheureusement aujourd’hui sont encore incomplètes.

La familledes Crassatelies.de Férussac réunissait, ainsi que nous venons de le dire, les deux genres Astarlé et Crassatelle, l un ayant le jigament interne, et l'autre le portant à l'extérienr. Jusqu'ici Içs conchyliologues ont toujours séparé en familles distinctes les Mollusques qui présentent des caractères si différents. C’est ainsi , sans doute, que M. Gray a été conduit à proposer la famille des Crassatellides pour le genre Crassatelle lui seul , et celte famille nous la préférons à toutes coîlos qui pourraient la remplacer, mais qui auraient le défaut de contenir à la fois des coquilles à ligament interne , et d’autres à ligament externe. M. Menke , dans la i*"* édition de son Sy/iopsis méthodique des Mollusqxies^ en adoptant la famille des Crassatelles de Férussac , se contenta d’on changer le nom , sans apporter la moindre modification à son contenu. Un peu plus tard , dans la 2® édition du même ouvrage , il augmenta la famille d’un seul genre, celui des Myoconcha; et nous verrons bientôt que ce genre doit venir sq confondre avec celui 4es Cardiles. M. Gray rapproche sa famille des Crassatellides de celle des Astartés et des Glossidées ; cette dernière renferme la famille des Cardiacces dont nous avons parlé précédemment. Ainsi, relativement à l’ordre général des rapports , la famille qui nous occupe n'aurait pas subi de changements bien considérables depuis l’introduction du genre Crassatelle à la suite des Cardites , dans la méthode de Cuvier.

Pendant longtemps les opinions relatives aux Crassatelles se sont seulement appuyées sur les seuls caractères de la coquille. Les personnes qui se sont conformées à la manière do voir de Cuvier appuyaient leur opinion sur les caractères intérieurs des coquilles , et particulièrement sur celui de l’impression palléale qui est simple. Ceux, au contraire, qui défendaient l’opinion de Lamarck, trouvaient do l'analogie entre les ( aassalclles et d'autres genres, tels que les Erycines,

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par exemple, qui ont l’impression palléale simple, et chez lesquelles cependant le manteau a plusieurs points de soudure dans sa circonférence. Pour faire cesser le débat, il fallait donc de nouvelles observations; il est à présumer que M. Gray ne s’est décidé qu’après en avoir fait de personnelles, et malheureusement il ne les a point publiées. Pour nous, nous sommes obligé de nons en rapporter exclusivement à ce que dit M. d’Orbigny de l’animal des Crassatelles ; il a eu occasion do l'observer dans son voyage en Amérique. Nous devons faire supporter à cet auteur toute la responsabilité des changements que nous apportons nous*même dans la classification du genre qui nous occupe. Malheureusement M. d'Orbigny, en croyant décrire l’animal dé ce genre, n’en mentionne pas même les caractères essentiels: il a vu l’anima! du Crassàtelîa gibbosa , Sowerby, mais il ne parle ni de la bouche , ni des branchies , et c’est à peine s’il parle des autres parties. Nous comprenons que dans la Palèoyitoîogie françaisè ce naturaliste n’a'pu donner une grande extension à la description des caractères relatifs à l’animal. Nous espérions trouver davantage dans le Voyage d' Amé'ique , et malheureusement cet ouvrage est la copie textuelle dé la Paléontologie , de Sorte que nous ne pouvons compléter les caractères de la famille et du genrfc, et nous concevons des doutes sur la valeur de ceux exposés par M. d'Orbigny.

L'animal de la famille des Crassatelles paraît ne différer que tort peu de celui des Astartés : chez lui , les lobes du manteau seraient complètement séparés dans toute la longueur du bord inférieur et du bord antérieur; il serait en cela tout & fait semblable à celui des Molettes ; par là le siphon branchial se trouve complètement supprimé, mais la partie du manteau qui lui correspond serait un peu rétractile, et il serait garni de tentacules. Une simple bride, placée âTintérieur en dedans du bord, serait destinée à remplacer le siphon anal , qui ne serait plus apparent au dehors et se trouverait réduit à un simple canal intérieur, séparé de la cavité palléale. Le pied paraît assez court ; il est aplati, triangulaire , pointu au somhaet , et, d’après M. d’Orbigny, cet organe serait fendu le long de son bord libre et tranchant, ce qui lui donnerait, en effet , beaucoup de ressemblance avec celui des Astartés. Ce caractère n’est pas sans importance; il existe chez les Cardites , et se continue dans les familles qui suivent; il annonce presque toujours l’existence d’un byssus. Si le byssus est supprimé, comme dans les Astartés, par exemple, la fente du pied, en persistant, annonce une organisation très analogue, et ce fait, rapporté heureusement par M. d’Orbigny, est celui qui nous a le plus déterminé à rapprocher les Crassatelles des Cardites , et à les éloigner de la famille des Mactracêes

LB5 CRASSATBLLIDES.

OÙ Lamarck les a constamment rangées. Pour réunir les Grassatelles à la famille des Âstartés , ainsi que l’a fait M. d'Orbigny, il faudrait que la ressemblance des animaux fût complète et que la différence des deua genres résidât dans la position du ligament; mais pour en venir à ca résultat, il faudrait, à la comparaison minutieuse des caractères extérieurs, joindre celle des caractères plus profonds que pourrait donner l'anatomie des animaux. Jusqu’au moment ou ces résultats seront acquis, nous.croyons qu'il est plus sage d’adopter, peut-être provisoirement, l'opinion de M. Gray.

Les coquilles renfermées dans la famille appartenant toutes au genre Crassatelle, il n’est pas nécessaire d’en présenter ici les caractères que l'on va trouver suffisamment développés dans les pages suivantes. Qu’il nous suffise de rappeler, avant de terminer, qu’il aurait été possible encore d’introduire les Grassatelles, dans la méthode, dans le voisinage de notre genre Mésodesme. Nous avons vu, en effet, que dans ces coquilles à ligament intérieur, la sinuosité palléale diminue insensiblement et disparaît presque complètement dans certaines espèces : aussi Lamarck avait-il confondu parmi ses Grassatelles plusieurs de nos Mésodesmes , tant il existe de ressemblance dans les autres caractères des coquilles. Nous devons donc désirer vivement de nouvelles recherches sur l’animal des Grassatelles, et nous appelons, à ce sujet, toute l’attention des naturalistes voyageurs qui ont occasion de parcourir lés mers qui renferment les Grassatelles en abondance.

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